Langue vivante 

Publié le Mis à jour le

homme-ecritureLe français, tel que le parlaient et l’écrivaient les Anglais en 1858, était chose savoureuse à en juger par cette lettre que nous retrouvons dans un journal de l’époque. 

Comme j’ai fait le jurement de parler français tant que je ne saurais pas parfaitement  ce langage, ne trouvez pas méchant, mon ami, que je m’en serve pour vous écrire. 

J’ai d’abord percé la Belgique, puis j’ai eu des dissemblances avec les commis entrant en France à propos de quelques tomes de tabac pour lesquels j’ai dû payer le noyau. Il ne nous est rien abordé ensuite, si ce n’est qu’en sortant d’une poitrine de montagnes, un troupeau de bouillis ont effrayé nos chevaux qui ont pris le trépas aux dents et qui ont manqué de nous répandre

Je me satisfais beaucoup à Paris. J’ai déjà vu le Louvre, Notre-Femme, le Panthéon, le Luxembourg et autres beaux tombeaux. A cinq heures, je vais chez le réparateur, et ensuite au théâtre de la joie où je ris comme un insensé. Demain, si je n’ai pas encore, comme aujourd’hui une tristesse à la jambe, j’irai visiter les hôpitaux, où les malades ont des sœurs ivres pour sentinelles

Je me peins que vous serez bien étonné de mes avancements quand vous saurez que j’ai enseigné le français tout solitaire

Ce devait être l’auteur même de cette lettre qui, quelques années plus tard, invité chez un fin gourmet lui répétait d’un air convaincu : 

Il est bon ce Tartuffe, il est bon ce Tartuffe aux fines herbes.  

Et comme son hôte le regardait effaré, l’insulaire ouvrit son manuel de conversation à la lettre T et lut triomphalement : 

Tartuffe : faux dévot. 

Foie de veau, faux dévot, notre Anglais n’y regardait pas de si près. 

« La Pomme cuite. » Paris, 1919.

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5 réflexions au sujet de « Langue vivante  »

    karouge a dit:
    mai 20, 2018 à 5:09

    *notre Anglais n’y regardait pas de si près* si bien qu’il fonça dans le cyprès (qui était si proche mais pas sans reproches).

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    iotop a dit:
    mai 20, 2018 à 7:05

    Bon jour,
    Excellent ! Il est vrai que le français est difficile, il a des nuances et je retiens entre autres : « nos chevaux qui ont pris le trépas aux dents » : le mors était entre de belles dents 🙂
    Max-Louis

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    marie a dit:
    mai 20, 2018 à 9:10

    Très bien ce billet, je relève faux dévot = foie de veau!!!! j’aime beaucoup et puis je ne devrais pas me moquer car si je devais écrire en Anglais…. Bonne soirée MTH

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    L'Ornitho a dit:
    mai 20, 2018 à 9:23

    Le franglais de Belgique et tout le monde sera content, foie de tartuvot.

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    telavivcat a dit:
    mai 21, 2018 à 6:56

    A reblogué ceci sur michmich32.

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