Fantômes et revenants

Publié le

fantomeDe nos jours, comme au cœur crédule et teinté de terreurs superstitieuses du Moyen Age, il est des êtres qui n’ont pas fini de trembler aux épouvantes sans nom. 

S’il est peu d’hommes qui ne soient prêts, lucides ou non, à écouter ou à conter quelque histoire de revenants ou de fantômes, il en est qui, plus que d’autres inquiets, portent en eux le mal terrible de la peur. Et c’est cette peur qui auréole soudain les faits divers d’une lueur sanglante. L’effroi et le mystère s’achèvent dans la mort, libération suprême. En 1938, des gens croient encore aux esprits, se sentent menacés par des fantômes.  L’Angleterre a beau être un pays positif, rigide… 

Le fantôme d’Anne de Boleyn a été à nouveau vu dans la tour de Londres, peuplée de mystères historiques et de souvenirs terrifiants !… 

Une sentinelle, placée devant la tour de Saint-Martin, entendait, il y a quelques semaines, un grand cri suivi d’un appel au secours. Elle accourut et vit un jeune soldat évanoui. Ranimé, interrogé, le malheureux, terrorisé, affirma sur l’honneur avoir vu, à quelques pas de lui, le fantôme sans tête d’Anne de Boleyn. On se souvint alors que, déjà en 1933, un fait analogue avait été rapporté et que des soldats effrayés n’osaient plus s’aventurer, la nuit tombée, dans les vastes couloirs déserts. 

La liste des fantômes est longue. Il en est de célèbres. Il en est dont la réputation ne dépasse pas les limites de la région où ils apparaissent. 

Qui ne connaît celui de la Croix du Grand Veneur, celui de Giovanni Monaldeschi, le malheureux amant poignardé de Christine de Suède et qui hante la galerie des cerfs du château de Fontainebleau ? Et le fantôme de l’Opéra qu’on prit soin de prévenir de l’arrivée à Paris des souverains britanniques en organisant une inspection minutieuse des sous-sols immenses du théâtre national ? 

Mais il est surtout des fantômes qui surgissent du passé le plus reculé pour venir faire intrusion dans notre terne vie quotidienne. Le Grand Veneur mène sa chasse infernale, certaines nuits, sous les ramures endormies de la forêt de Fontainebleau. La cour de Suède a son spectre datant de la mort de Charles XII, ce roi singulier qui, ayant passé sa vie à se battre, n’eut pas le temps de régner !… Une dame, au plumet rouge, surgie du néant, vient avertir de leur trépas les princesses dispersées d’une maison jadis régnante d’Allemagne. 

Il y a deux ou trois ans un gentleman écossais vint consulter un avocat parisien, Me D… de L… et se plaindre des mauvais offices d’une voyante qui l’engagea, de la manière la plus extra-lucide, à l’achat de vingt-cinq carnets de billets de la Loterie nationale dont aucun ne rapporta le gros lot. 

Tout en maudissant la sorcière moderne, il conta avoir eu recours à elle faute de pouvoir consulter le fantôme familial, resté dans son château des Grampians !… La pythonisse continentale avait donc remplacé, sans l’égaler, ce spectre, feu brillant jeune seigneur de grand avenir sous le règne du roi Jacques Ier, qui avait commis l’incorrection de trucider son épouse après avoir par trop goûté à certain vin de Malvoisie. De cet événement funeste dataient et la préférence de la descendance des Mac Iver pour le whisky aux  effets moins irrémédiables et le fantôme du jeune irrité qui, depuis trois cents ans, accorde ses conseils aux membres de la famille, dans les circonstances imprévues de la vie d’ici-bas. 

Il y a quelques mois à peine, deux fermiers des environs du Mans, qui, à force de vivre avec un fantôme qui les envoûtait, étaient devenus un danger pour le voisinage, furent arrêtés après une lutte farouche. Les malheureux se terraient dans un placard, ne se nourrissant que de blé écrasé et de légumes !… 

Parfois un étrange relent de mystère et d’angoisse souffle sur ces hantises en marge de la vie. C’est ainsi qu’à Fez, en 1936, au cimetière de Bab Ftouh, on aurait vu un fantôme  s’emparant de cadavres. Des tombes, fort anciennes, avaient été violées et les corps enlevés. Les recherches et l’enquête permirent seulement d’établir qu’une habile mise en scène avait permis aux sorciers-voleurs de cadavres de se réapprovisionner en débris macabres qu’on mêle aux aliments des gens qu’on veut envoûter. 

La dame blanche du palais royal de Berlin a fait également parler d’elle cette année. 

Elle hante le « vieux château » dont les soubassements humides et sinistres plongent dans l’eau morte de la Spree. Derrière ses murailles noires aux fenêtres innombrables, la dame blanche glisse, fantôme furtif, les bras étendus, la chevelure éparse, signal de mort prochaine pour quiconque l’aperçoit. La légende veut que ce soit là le spectre d’une pauvre vieille de Berlin dont un électeur de la maison de Brandebourg abattit la masure pour agrandir son palais. Depuis lors elle apparaît à tous les rois de Prusse. 

Le père du grand Frédéric, paralysé après un dernier et terrible accès de rage, ployant sous le faix conjugué de la goutte, de la gravelle, de la sciatique et de l’hydropisie la vit, une nuit, s’arrêter à son chevet. Acceptant son sort, il commanda son cercueil, ordonna à la reine son épouse de s’y étendre à sa place d’impotent, pour voir si cette dernière demeure avait bien les dimensions requises et trépassa dans la soirée. 

Le fantôme annonciateur de la mort, soucieux de ne point faillir à sa mission, alla jusqu’au château de Sans-Souci pour y surprendre le grand Frédéric lui-même. Le roi voltairien et athée qui voulait, par testament, qu’on l’enterrât avec ses chevaux et ses chiens, dans un coin reculé de sa terrasse favorite, le vit, un soir, en parla à son domestique et mourut deux jours plus tard. Et, depuis lors, il apparut, inexorable, à tous les princes qui se sont succédé sur le trône. En 1887, les journaux assurèrent qu’on le vit rôder à travers les salles désertes du vieux château. L’empereur ne s’y trouvait point mais était malade !… 

En 1910, en 1919, en 1922, en 1927 et en 1933 il revint. Cette année-ci encore on l’a revu. Dans une Allemagne où il n’est point de place pour les superstitions et les spectres on s’inquiète, à voix basse. L’attrait du surnaturel prime sur la plus brûlante préoccupation politique. 

Mais qui donc vient chercher la pauvre vieille Berlinoise accrochée à sa vengeance éternelle, dans ces demeures princières où, jadis, gardiens et serviteurs la voyaient glisser, terrifiés ? 

Quelques années avant la guerre mourait, dans le Devonshire, une tapissière du nom de Joanna Southcott qui passait pour avoir le don de prophétie. Elle laissait une caissette de bois entourée de cordes et qui était censée contenir des écrits devant apporter « le salut à l’Angleterre dans un temps de grave danger national ». Une véritable secte se fonda qui se réclamait d’elle et qui menait une campagne dont le mot d’ordre était : « Qu’on ouvre la boîte ! » Il ne fallait point y songer, la présence de vingt-quatre évêques s’avérant indispensable selon les vœux de la testatrice !

Et voilà que l’on reparle de la tapissière inspirée. Son fantôme se promène à travers Londres. Des fidèles l’ont reconnu. Nul doute n’est possible. Joanna est revenue sur terre pour qu’on ouvre sa boîte. Les sectateurs s’agitent et, comme en 1923, un mouvement se dessine, appuyé par une organisation fort judicieuse qui, fantôme en tête, réclame que la Grande-Bretagne prenne connaissance du secret de la prophétesse. 

Les apparitions d’esprits et de fantômes sont-elles autre chose que des hallucinations ? L’histoire est pleine de récits de dames blanches et de chevaliers décapités. Peut-on, doit-on donc admettre la réalité de faits de ce genre ? 

Abstraction faite du côté romanesque et anecdotique qui en fait le principal charme, il serait malaisé de se prononcer. Et les hypothèses que l’on pourrait formuler sur le phénomène des apparitions ne vaudraient guère plus que celles que l’on fit sur l’électricité, du temps qu’on ne la connaissait que sous la forme de l’éclair. 

Michel Caron, « Marianne. » Paris, 1938.

Publicités

3 réflexions au sujet de « Fantômes et revenants »

    marie a dit:
    juillet 12, 2018 à 1:49

    Bonjour j’aime beaucoup ton billet, ils me font peur les fantômes, (enfin presque) j’y crois aussi (enfin presque) mais faut dire qu’il y a des faits troublants. Bon après-midi MTH

    Aimé par 1 personne

    marie a dit:
    juillet 12, 2018 à 8:41

    Bonne soirée, j’espère que je ferais pas de cauchemars!!! Amitiés MTH

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.