Autour de la guillotine 

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victorien sardouM. Victorien Sardou, ayant désiré assister à l’exécution de Troppmann, fut reçu par M. Deibler avec les plus grands égards. A peine le bourreau l’avait-il aperçu qu’il allait le chercher en lui disant : 

Puisque vous vous documentez sur la Révolution, vous ne serez pas fâché de voir les petites modifications que j’ai apportées à la guillotine telle qu’elle fonctionnait sous la Terreur. 

Sardou, qui ne ratait jamais une occasion de s’instruire, s’approche de l’appareil et examine à la lueur d’un falot le mécanisme que lui expliquait le bourreau. Mais, au moment où il va retourner prendre place au premier rang du public, le long panier d’osier destiné à recevoir le cadavre du supplicié, qu’on venait d’apporter auprès de la guillotine, s’ouvre de lui-même; et un homme en surgit. Si habitué qu’il soit aux coups de théâtre, Sardou a un mouvement instinctif de recul : 

Ce n’est rien, dit le bourreau : c’est ma femme. 

Mme Deibler avait désiré assister à l’exécution, et son mari n!avait pas trouvé de meilleur moyen pour la mettre, elle aussi, au premier rang, après l’avoir fait se vêtir comme l’un de ses aides. 

Sardou n’était pas revenu de son ahurissement, qu’il s’entend interpeller par un des aides. 

Bonsoir, M. Sardou. 
— Bonsoir, mon ami, fait l’auteur dramatique, machinalement. 

Et, il s’éloignait. 

Vous ne me reconnaissez donc pas ? dit l’homme. Je vous vois assez souvent, moi, au théâtre, où je suis machiniste. 

Ah ! fit Sardou, vous cumulez ? 
— Dame M. Sardou, quand on est père de famille, on ne peut pas négliger les extras.

« Touche-à-tout. » Paris, 1904.

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Une réflexion au sujet de « Autour de la guillotine  »

    karouge a dit:
    juillet 13, 2018 à 3:55

    Merci pour le lien (Troppmann), qui raconte bien cette histoire effarante. A noter que plus de 20000 personnes assistèrent à l’exécution, dont Flaubert, A. Dumas, Lautréamont et Rimbaud , et que « le petit journal » fut l’initiateur de la parution régulière des « faits divers » dans la Presse et que le directeur du journal offrit un dîner de 500 couverts pour « fêter » l’événement de la décapitation qui lui avait certainement rapporté un énorme paquet d’argent ! (je m’en tiens à ce que raconte Hondelatte dans le lien)

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