La maison hantée de Montblanc 

Publié le Mis à jour le

basses alpes

Malijai, le 16 février 1902.
Monsieur,

Par sympathie pour la Libre Parole dans laquelle je lis tous vos articles, je viens vous signaler une maison hantée qui pourra vous fournir un beau chapitre dans votre Echo du Merveilleux.

C’est le presbytère de la commune de Montblanc, dans les Basses-Alpes. Ce petit village se trouve près d’Entrevaux, d’où y conduit un chemin vicinal, tout à fait au sud, sur la limite du Var. Il y a eu des apparitions d’homme nu et les bruits les plus variés et les vacarmes les plus étourdissants y sont journaliers. M. le curé habite là avec sa mère et sa sœur. S’il voulait, il pourrait vous donner là dessus les détails authentiques qui circulent dans toute la région. Mais je crois qu’il s’y refusera, car il en est on ne peut plus ennuyé et n’aime pas trop à en parler. Informez-vous plutôt dans le voisinage.

Deux sœurs quêteuses que je connais bien y ont passé tout dernièrement et y ont couché, mais n’ont pas dormi de la nuit, bien qu’elles fussent prévenues. On a fait en vain toutes les cérémonies prescrites par l’Eglise en pareil cas.

On raconte des choses si extraordinaires, qu’il vaudrait, je crois, la peine de se déranger pour venir voir. Les bruits sont perçus par tout le monde (toute la paroisse a défilé au presbytère). Le chien seul n’entend rien de ces bruits étranges, alors qu’il aboie au moindre bruit ordinaire. M. le curé est poursuivi par des manifestations d’un autre genre jusque dans ses promenades. Chutes subites d’un corps lourd, vent violent soufflant en tempête sans qu’aucune feuille d’arbre soit agitée.

Je n’ai, bien entendu, rien vu de tout cela, mais je vous raconte ce qui se dit dans la région entre les confrères de M. le curé. Et je me serais déjà transporté sur les lieux si les moyens de communication étaient plus faciles et si j’avais plus de temps à moi.

Agréez, Monsieur, etc.                                                                                                     C...

Nous n’avons pu, jusqu’à présent, recueillir d’autres renseignements que ceux que contient cette lettre. S’il nous en arrive d’autres, nous les publierons dans notre prochain numéro. Ceux de nos lecteurs qui auraient eu connaissance de ces faits nous obligeraient
en nous racontant leurs constatations et leurs impressions.

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 1er mars1902.

Nous avons reproduit, dans notre numéro du 1er mars, une lettre d’un de nos lecteurs, qui nous signalait les phénomènes étranges dont le presbytère de Montblanc (Basses Alpes) est depuis quelque temps le théâtre. Voici le récit détaillé de ces faits, que l’un des principaux témoins a bien voulu nous adresser.

Voici ce qui s’est passé dans le presbytère de Montblanc, arrondissement de Castellane (Basses-Alpes) (1). Depuis quelque temps nous entendions dans les sous-sols des bruits insolites. Nous tâchions de nous les expliquer. Soudain, à onze heure du soir, au milieu du grand silence, trois grands coups ébranlèrent notre demeure. Nous crûmes à des malfaiteurs, d’autant plus qu’une bande opérait dans la région. Le fusil en main nous étions en proie à une vive anxiété. Le silence des chiens, ces gardiens fidèles, nous rassura, et je dis à mon entourage : « Ces bruits trahissent une tout autre origine. Ayez bon courage, ce n’est rien. » Le calme le plus absolu persista et nous ne pûmes rien découvrir, malgré une visite minutieuse.

Le lendemain au soir, vers les neuf heures, de nouveaux coups retentirent à nos oreilles dans toutes les directions. Il n’y avait plus à en douter : notre maison était hantée. Aux coups succéda bientôt un vacarme assourdissant. Nous visitâmes successivement toutes les pièces, mais le bruit semblait nous fuir. Une grande heure s’écoula ainsi. Mes parents, effrayés et surexcités à la fois, s’écrièrent : « Que voulez-vous donc ? » Il leur fut répondu par des miaulements, des aboiements, des ricanements fort significatifs. Une « farandole satanée » tranchait encore par intervalles irréguliers, malgré le bruit de la batterie de cuisine, des bouteilles, des assiettes, des meubles secoués  (ils l’étaient parfois) et transportés comme à grand fracas, partant du premier étage et venant contourner les lits. Il en fut ainsi jusqu’aux premières lueurs de l’aurore, vers les six heures du matin.

Le troisième soir nous prolongeâmes notre veillée. A peine étions-nous couchés que les bruits, coups, ricanements, etc., éclataient comme un coup de foudre. Que faire ? s’armer de courage et de patience ! Vers les deux heures du matin,le vacarme n’étant plus supportable, mes parents me hélèrent. Le mousquet en main je partis. Quelle ne fut pas ma surprise (tout en gardant mon sang-froid), d’apercevoir sur le seuil de la porte de ma chambre, où aucun bruit ne s’était produit, une ombre grise à forme humaine, bien détachée, en costume primitif et les bras ballants !

Je l’interpelle aussitôt. Aucune réponse. J’essaye de lui administrer un violent coup de pieu. Elle l’évite soigneusement. Je fonce sur elle avec mon arme. Elle fait un pas en avant et évite le coup par une habile contorsion. Je m’arrête, elle s’arrête. Je me précipite sur elle et, maintenant qu’elle est à portée et sans danger pour moi de faire feu, je dépose la bougie que je tenais entre elle et moi et j’épaule vivement. Le mouvement n’est pas terminé que déjà elle s’est éloignée et a disparu dans le mur. Elle mesurait exactement  1m.79. On voyait distinctement à travers ce « corps » qui ne projetait aucune ombre.

Le vacarme alors était indescriptible. Mes parents étaient impatients de me voir arriver et je n’eus garde de leur narrer alors « ma vision ».

Comme la nuit précédente, à l’aurore seulement, les bruits, coups, miaulements, ricanements, bruits d’épées s’entrecroisant sur les vitres, s’évanouirent. comme par enchantement. Un certain temps s’écoula. Nous goûtions une paix profonde. Cette fois, les coups se firent entendre à l’aurore et, après une accalmie durant la presque totalité du jour, au crépuscule ils recommencèrent. Coups comme à l’ordinaire, air de violon, chariots passant au milieu de nous, concert fuyant de voix humaines, etc., durant trois jours consécutifs.

Trois mois et douze jours s’écoulèrent dans le calme le plus profond. Tout à coup, en plein jour : coups, bruits divers pendant seize-jours, sans interruption notable. Nous avisâmes des amis. Ils constatèrent ces faits étranges. Plus tard, d’autres voulurent satisfaire leur curiosité. Quinze personnes étaient présentes, toutes perçoivent les mêmes coups et bruits étranges. Tout à coup, un baquet à demi plein se soulève. On l’emplit d’eau, il sursaute, mais l’eau demeure immobile. Enfin, une ombre informe passe en coup de vent et est aperçue par quatre personnes.

Un autre soir, un visiteur de marque, après avoir été surpris par des coups lointains et presque à soulever la maison, interroge et dit : « Frappez 10 coups, 20 coups, 100 coups« . Il est obéi aussitôt. « Imitez le trot du cheval« . Même résultat.

Mais fait-on intervenir le nom de Dieu, on n’obtient plus de réponse. Laisse-t-on agir ces bruits intelligents selon leur volonté, toujours ils obéissent par des coups, des grattements, etc. On ne peut tout narrer. Je termine par ce fait :

J’avais lu qu’un M. X. mit fin à des bruits similaires en tirant dans toutes les directions des coups de feu. J’essayai, le lendemain soir : il me fut répondu par des coups de mousquet. A remarquer aussi que ces bruits semblent redouter les armes. Quand on est à bonne portée, immédiatement ils se produisent plus loin.                                                                                                                                                                           J.B.

(1) Ce presbytère est isolé, placé à proximité de la lisière d’un bois et habité par cinq personnes.

« L’Écho du merveilleux. » Paris, avril 1902.

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