Imposture

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superdupontIl s’appelait Drouin, Lucien Drouin. C’était un bel officier, de carrure athlétique, au menton volontaire, au regard ferme sous les sourcils noirs. Il arborait quatre galons, et une tunique échantillonnée des ordres les plus divers et les plus rares. Vraiment, Lucien Drouin aurait fait, pour le cinéma, un héros plein d’allure.

Et pas fier avec ça… Tout le monde le connaissait à Boulogne : il avait promis à celui-ci de ramener le fiston de la ligne Maginot pour le caser dans dans un bureau pépère. A celui-là, il avait fait entrevoir une pension à 100 % et un bureau de tabac. Un peu tapeur, c’est vrai… mais n’était-il pas le propre cousin d’un ministre influent du Front Populaire ? Dans les bistros où Drouin payait le coup de rouge, les habitués de la belote et du PMU saluaient son arrivée par des acclamations :

V’la l’commandant ? Comment ça va, vieille baderne !

Et ils lui tapaient sur le ventre en supputant le prix d’une telle familiarité…

Or Drouin n’était qu’un imposteur de l’espèce la plus méprisable : l’imposteur vaniteux. Il lui fallait l’uniforme, à cet homme, et qu’on l’admirât sous toutes les coutures.Le plus fort c’est que Drouin, non satisfait d’exercer son prestige sur les civils, allait de temps à autre au ministère de la Guerre terroriser les secrétaires d’état-major. Pour rien, pour le plaisir, il avait passé en revue une compagnie de la garde républicaine, en compagnie du colonel. Inspectant in régiment d’artillerie, il avait fait renvoyer à M. Schneider deux canons de 75, sous prétexte qu’ils ne marchaient pas.

Enfoncés les vaudevilles militaires où l’ordonnance Fernandel, sous le manteau du colonel, a des aventures avec les dames de l’aristocratie locale ! Mais Drouin appartient sans doute à cette race de gens dépourvus d’esprit qui vivent dans un atmosphère de farce et n’en ont pas conscience.

La farce, c’est que ces imposteurs fassent illusion sur les gens du métier, professionnellement méfiants. Etonnez-vous maintenant que l’audace d’espions intelligents soit couronnée de succès !

« Vendredi. » Paris, 1938.
Illustration : « Superdupont » de Gotlib.

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Une réflexion au sujet de « Imposture »

    iotop a dit:
    juillet 25, 2018 à 7:29

    Bon jour,
    Je ne connais pas ce Lucien Drouin, mais à une certaine époque dans ma région il y avait les transports et cars Drouin … les cars existent toujours … Rien à voir sans doute avec cet imposteur … 🙂
    Max-Louis

    Aimé par 1 personne

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