Les mères des archanges

Publié le Mis à jour le

lindbergh-mermozJe songe à ce mot de la mère de Lindbergh, lorsqu’on vint lui annoncer que, après avoir traversé l’Atlantique en trente-trois heures, son fils venait d’atterrir au Bourget. Dans un petit village d’Amérique, elle faisait la classe à vingt petits garçons. 

— Merci, fit-elle. Mais voulez-vous me laisser continuer mon cours. 

Et posément, elle poursuivit sa leçon. Ce ne fut que la classe terminée qu’elle télégraphia à son fils. 

Les mères ne s’étonnent pas des exploits héroïques de leurs enfants. Ce n’est point orgueil, c’est divination : il leur paraît naturel qu’ils réussissent ce qu’ils osent entreprendre. 

La mère du grand pilote Mermoz, la mère de Guynemer ont connu ce sentiment de souveraine confiance, qui dominait l’inquiétude de leurs cœurs tremblants. D’ailleurs, l’ardent courage des jeunes héros n’est-il pas fait du courage modeste, silencieux de ces mères ? 

Celle de Mermoz dut lutter durement contre une gêne qui touchait à la pauvreté pour pou- voir élever son fils. Elle s’était installée avec lui à Paris dans un petit atelier de l’avenue du Maine qui grevait lourdement son budget, mais qui leur apportait le seul luxe dont ils ne pouvaient se passer : la lumière, le libre espace devant leurs yeux. Or, elle n’avait pour vivre que le maigre salaire de son travail d’infirmière à l’hôpital Laënnec. 

Elle se privait de tout, du pain même, que la guerre à son dernier stade rationnait, pour combler l’insatiable appétit d’un adolescent. Le soir, Mermoz, en rentrant du lycée Voltaire où il faisait ses études, retrouvait une maman épuisée de fatigue, mais qui gardait la force de lui sourire gaiement, et de lui conter les découvertes et les joies de ses journées de travail à Laënnec. L’enfant apprenait ainsi le prix du dévouement, le respect des trésors spirituels, et que richesse et luxe comptent peu en regard des vraies valeurs humaines. Lui, à son tour, faisait part. à sa mère de ce qu’il avait appris. Il lui lisait des vers, car il  avait une passion pour la lecture et les poètes étaient ses favoris. 

De ces entretiens du soir avec sa mère attentive, et dédaigneuse de tout ce qui n’était pas sa mission maternelle, Mermoz avait gardé un sens grave de la dignité, une pureté de cœur profonde et le vœu fervent de servir. 

« Nouveauté. » Paris, 1938.

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4 réflexions au sujet de « Les mères des archanges »

    brindille33 a dit:
    septembre 14, 2018 à 12:05

    Un très bel article sur l’amour maternel et ce qu’apprit Mermoz.

    Aimé par 2 personnes

    telavivcat a dit:
    septembre 14, 2018 à 1:59

    A reblogué ceci sur michmich32.

    Aimé par 1 personne

    jmcideas a dit:
    septembre 22, 2018 à 4:22

    Très bel article

    Aimé par 1 personne

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