Un cheveu dans la soupe

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napoléon-joséphineNous sommes heureux de pouvoir consigner ici un fait inconnu jusqu’à ce jour, un fait qui a échappé même à M. Marco de Saint-Hilaire, l’éternel narrateur des faits et gestes du consulat et de l’empire. 

Cette fois la scène se passait dans les premiers temps de l’empire. Napoléon poussait jusqu’à l’adoration sa tendresse pour Joséphine, l’une des femmes les plus séduisantes de son époque, et qui joignait l’esprit le plus fin aux grâces et à l’abandon voluptueux d’une créole. Joséphine était la première femme qu’il eût aimée, et qui ne se rappelle comme on aime une première et peut-être une seule fois dans la vie !  

Le grand homme, au contraire d’Orosmane, ne donnait à son amour qu’une heure, celle du déjeuner, et le reste du jour était tout à l’empire. 

Il déjeunait donc en tête-à-tête avec Joséphine : un consommé, deux côtelettes et un fruit. Une aimable causerie, un tendre abandon et les pieds sur les chenets. Voilà les bons déjeuners. 

Un jour, le maître-d’hôtel, au moment de poser le consommé sur la table, aperçoit… oh ! horreur !… un cheveu nageant sur le bol. Le retirer, il n’était plus temps !… d’ailleurs, c’était provoquer l’attention, et le malheureux cheveu pourrait passer inaperçu…. Il fallait se résigner, attendre… que sait-on ?… une inspiration !… 

Mais le grand homme avait l’habitude de tout voir par lui-même, et, avec son œil de lynx, il voit le… Il lance un regard plus terrible que la foudre sur le pauvre maître-d’hôtel. « Qu’est-ce ? » L’inspiration fut aussi prompte : « Sire, c’est un cheveu de l’impératrice; je viens de le voir tomber. » 

A ces mots, l’orage fut calmé, le cheveu déposé sur une serviette, et l’empereur n’en trouva le consommé que meilleur. 

De retour à l’office, le maître-d’hôtel fut moins facile que son maître. On convoqua le ban et l’arrière-ban des cuisines. Il fallait découvrir le coupable, le punir, le chasser. La pièce de conviction était là, et fit reconnaître que le cheveu appartenait à un vilain marmiton roux. 

Dans ce temps-là, nous marchions à grands pas dans l’art de la flatterie et je suis étonné que, comme la chevelure de Bérénice, on n’ait pas consacré et fait placer dans l’Olympe le cheveu de l’impératrice. 

P. S. J’avais oublié de dire que Joséphine avait les cheveux d’un noir de jais. 

« La Gastronomie : revue de l’art culinaire ancien et moderne. » Paris, 1839.

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4 réflexions au sujet de « Un cheveu dans la soupe »

    fanfan la rêveuse a dit:
    septembre 18, 2018 à 7:01

    Bonjour Gavroche,
    Oups, l’empereur avait il un souci de daltonisme ? De roux à noir, il y a matière à s’inquiéter 😉
    Belle journée ensoleillée ! 🙂

    Aimé par 1 personne

    jmcideas a dit:
    septembre 23, 2018 à 3:39

    Un cheveux, c’est rien–Mais un oeil dans la soupe, c’est pire
    Chanson de Pierre Perret ‘Le Tord-Boyaux’
    Et, encore plus grave
    Resto: le Fékir
    Où des boites de conserves de chats/chiens ont été retrouvées par une inspection de Police, en guise de couscous maison!
    Bon app’
    😀

    Aimé par 1 personne

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