Dauphins, mystères et monstres

Publié le Mis à jour le

carte maritimeOn lit dans l’United Service Journal les détails suivants sur les dangers de l’Océan. 

Il existe une espèce de dauphin du poids de deux ou trois tonneaux et d’environ seize pieds de longueur, qui s’amuse à sauter, ou plutôt à lancer sa masse énorme hors de l’eau, dans une position verticale, et retombe ensuite à plat sur le dos. Ce tour de force de la part d’un si gros poisson est presque incroyable, et nous prouve la puissance extraordinaire des muscles dans cette classe d’animaux. J’ai vu ces monstres s’élancer hors de l’eau à une distance de dix toises du vaisseau, le plus souvent le soir, et après avoir suivi en nageant toute la journée la ligne du bâtiment. Les marins, dans leur langage, disent que ces animaux ont quelquefois la fantaisie de danser une matelotte ou fricassée (hornpipe).

A un demi mille de distance, au coucher du soleil, ou immédiatement, après, il est facile de les prendre pour des pointes aiguës de rochers qui dominent la surface de la mer; et les éclaboussures et l’écume qu’ils produisent, ressemblent à l’action des vagues contre les rochers. Un officier de marine m’a raconté, qu’étant près de l’équateur, après le coucher du soleil, il fut très effrayé et fort surpris (parce qu’il ne s’y attendait pas) d’entendre crier les rochers qui environnaient le vaisseau. En regardant avec autant d’attention que la clarté du jour le permettait, il vit distinctement des objets qu’il prit, ainsi que ceux qui se trouvaient sur le tillac, pour des pointes de rochers de couleurs noire et blanche. Cependant, bientôt après, il s’aperçut que ces dangereux bancs n’étaient autre chose qu’une troupe de dauphins dansant. Quand un d’eux disparaissait, un autre le remplaçait, de manière qu’il y en avait toujours cinq ou six au moins hors de l’eau. 

Toutes les personnes qui ont navigué sur l’Océan ont du s’apercevoir combien les organes visuels perdaient de leur assurance à l’aurore et pendant le crépuscule. La plupart des marins ont une excellente vue, que l’habitude rend telle; cependant j’ai connu un officier renommé pour l’excellence de ses yeux, qui m’assura que le matin et le soir, il lui était difficile d’arrêter sa vue plus d’un ou deux secondes sur un vaisseau séparé. La nuit, même avec une lunette, il pouvait fixer l’objet plus longtemps. 

Il y a quelques années que le frère Jonathan se joua un peu du public avec son énorme serpent de mer. Je suis loin de contester qu’il existe dans l’Océan des êtres de cette espèce, cependant je suis presque certain qu’une chose, dont j’ai été témoin pendant un voyage que je fis aux Indes occidentales, est précisément la même que certains Américains ont transformée en serpent de mer long d’un mille. C’était une bande de marsouins noirs endormis sur une seule ligne longue d’un quart de mille. Cette apparence était assez singulière, et ressemblait un peu à un radeau, ou à une chaîne de rochers. 

Un certain nombre de diables de mer (lophius), ou même un seul, peuvent ressembler à un banc de sable, et je crois qu’au nombre des choses étonnante qu’on voit en mer, ce monstrueux animal est bien propre à tromper le jugement , et à être pris, par erreur, pour un écueil caché dans l’eau, là où il n’en existe pas. J’ai examiné attentivement un de ces êtres extraordinaires, pendant qu’il passait lentement, occupant un espace égal aux deux tiers du navire (frégate de 33 canons.) Sa forme était presque circulaire, sa peau était d’une couleur vert foncé, marquée de taches blanches et vert clair, comme la raie et quelques autres poissons plats. 

Brinkof a donné au capitaine Kotzebue, une curieuse description d’un serpent marin qui le poursuivit depuis l’ile Bering. Il était rouge et excessivement long; sa tête ressemblait à celle du lion de mer, d’où sortaient deux yeux d’une grandeur disproportionnée, qui lui donnaient un air effrayant. M. Brinkof paraît s’être trouvé dans une position aussi périlleuse sur la surface de la mer que celle où se trouva le plongeur du lieutenant Hardy, au fond de l’eau avec le tinterero

Dans l’histoire de Groenland (qu’on pourrait justement appeler Paryenne), il y à, je crois, un détail authentique d’un grand serpent de mer, vu sur la côte de cette immense île, dans la baie d’Hudson. 

Diable de mer. — Extrait du Journal de navigation du vaisseau le Douglas. I

Il mit à la voile, le 3 mai, à Cuiraçao. Le 6 mai, à 3 heures, p.m., par 30 degrés de latitude et 68 de longitude, nous crûmes découvrir une carcasse de vaisseau, à cinq ou six milles de distance. Nous approchâmes à 40 pieds de l’objet, dont la forme paraissait être celle d’une tortue. Son élévation au-dessus de la mer était de dix ou douze pieds; on voyait une espèce de rame de chaque côté. La queue avait 19 ou 20 pieds de long, la tête était celle d’un fort lion avec de gros yeux. L’écaille ou le corps ressemblait à un bateau construit de fer blanc, de 29 à 30 tonneaux, retourné et dont les joints étaient peints à neuf. Cet animal cinglait vers Bermuda, et faisait environ deux nœuds à l’heure. Un vaisseau, en passant sur un tel monstre, courait les plus grands dangers. 

« Archives curieuses, ou Singularités, curiosités et anecdotes de la littérature, de l’histoire, des sciences, des arts, etc. » Paris, 1831.

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2 réflexions au sujet de « Dauphins, mystères et monstres »

    jmcideas a dit:
    septembre 29, 2018 à 10:22

    Monstres qui n’en sont pas (extrait de ‘mes récits de mer’)
    O. de Kersauson et # récits de marins nous ont déjà parlé du calamar géant…….
    Je n’ai bien sûr pas rencontré cet imaginaire céphalopode, mais en plus modeste, j’eus toutefois également, des visions de choses étranges sur l’horizon, mal définies:
    Soit un fourmillement de bestioles que j’avais, à peu près défini, comme étant des SOURIS MULTICOLORES faisant la navette d’est en ouest (voir d’ouest en est)
    > Un moment d’angoisse, ajouté à une grosse fatigue, en fin de voyage, m’ avait tout simplement fait confondre les feux de signalisation d’un câble émergé pour ces maudites petites bêtes.
    (Les nuages, les côtes, la crête des vagues, vous font délirer sur des choses étranges….)
    Anecdotique,
    Un jour je perdis sur un coup de vent, ma casquette de mer à visière, auquelle je tenais tant…Ce qui persiste bêtement à ma mémoire, et, lorsque je distingue au loin sur la surface, un ‘vague objet flottant de même taille’, la tentation est grande de détourner ma route pour vérifier que ce ne serait pas elle–Ridicule, je sais!
    (D’où la nécessité d’un ‘PSY de MER’, à bord….)
    😀

    Aimé par 1 personne

      Gavroche a répondu:
      septembre 29, 2018 à 10:30

      Cela confirme ce que j’ai toujours pensé : l’Océan est un autre monde où il faut toujours réagir et raisonner différemment…

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