L’emmerdeur

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restaurantLe caporal Ulysses S. Grant, le petit-fils du fameux président, qui parle parfaitement le français, s’amusait l’autre jour à initier un de nos officiers interprètes aux secrets de l’argot américain. Et, pour lui indiquer les nuances qui différencient cet argot de l’argot anglais, il avait choisi le mot cheek qui, chez les Anglais, signifie aplomb, toupet, et dont l’équivalent américain est nerve

« Avoir du nerve, tout est là, en Amérique ! » Et, pour conclure, en matière d’illustration, le caporal Grant raconta cette petite anecdote d’un homme qui, en effet, ne manquait pas de toupet : 

Quelques jours avant de m’embarquer pour la France, fit-il, je déjeunais dans un  grand  restaurant de New York, quand un homme entra, accompagné de deux petits garçons et s’assit à, une table voisine de la mienne. Alors, tranquillement, il avisa, une carafe d’eau, en emplit trois verres, et demanda au garçon de lui donner trois assiettes. 

Le garçon s’exécuta aussitôt. Mais lorsqu’il vit ce singulier client tirer un paquet de sa poche et on déballer des sandwiches qu’il plaça dans les assiettes pour les servir aux enfants et se mettre lui-même à manger, le garçon, un peu interloqué, alla sur-le-champ avertir le patron du restaurant de la présence de ce visiteur qui apportait son manger avec soi et ne commandait rien du tout. 

Dites-moi donc, mais c’est une plaisanterie ? s’écria avec indignation le directeur de cet établissement «chic», en s’adressant aux mangeurs de sandwiches… Ignorez-vous que mon restaurant, n’est pas une salle d’attente où chacun vient déballer ses provisions ?

Ah ! vraiment ? fit avec sang-froid le père de famille, en offrant de nouveaux sandwiches à ses enfants. Et puis-je vous demander qui vous êtes? 
— Je suis le patron de la maison, éclata le restaurateur, rouge de colère, je suis… 
— …vous êtes justement la personne que je désirais voir, interrompit, l’homme aux sandwiches. Et maintenant, répondez-moi : pourquoi l’orchestre ne joue-t-il pas ? Qu’attendez-vous pour commencer ? 

« Le Pêle-mêle. » Paris, 1918.

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2 réflexions au sujet de « L’emmerdeur »

    jmcideas a dit:
    octobre 8, 2018 à 8:00

    Il n’est pas d’autre emmerdeur que celui qui se dissimule sous l’aspect de votre ami
    En soit, il se pourrait-être votre invité privilégié
    Il vous connait, vous admire, et vous exalte
    enfin, il vous emmerde
    😀

    Aimé par 2 personnes

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