Le dernier brigand italien

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horace vernetQue parlez-vous encore des routiers des marais Pontins et des coupe-jarrets de Terracine ? Les brigands italiens sont morts avec les farouches bohémiens des Abruzzes, si bien  reproduits dans les tableaux et dans les vers de Salvator Rosa; les bandits que nous a peints Horace Vernet ne sont que des scélérats dégénérés, des égorgeurs vulgaires.

Le dernier brigand italien est mort à la fin de l’autre siècle; il se nommait Giovanni Rita, et fut longtemps la terreur de la province de Velletri dans le voisinage de Rome. Souvent encore, pendant les longues nuits d’hiver, ou durant les premiers soirs de l’automne, les bergers du Tibre ou les vieux moissonneurs de Léopold Robert racontent aux femmes réunies autour d’eux, comme dans ce beau tableau que Winterhalter intitule le Décaméron , la légende aventureuse et sanglante de Giovanni Rita.

« Nous aussi, disent-ils, nous l’avons vu, à la nuit tombante et au plus épais de la forêt de Fondi, entouré d’une vingtaine des siens, les uns étendus sur l’herbe et se reposant de leurs fatigues, les autres causant de leurs prises de la veille ou de leurs exploits du lendemain. Lui-même, Jean Rita, debout au milieu de ses compagnons, il s’entretenait avec sa femme, comme lui vêtue d’habits d’homme; et leurs costumes, à lui et à elle, étaient si pittoresques, et les cheveux du bandit étaient si longs et si noirs, son regard si pénétrant et si doux, que l’on se demandait lequel des deux était la femme, ou plutôt, si l’un et l’autre n’étaient pas dignes des plus amoureux vers de Pétrarque. »

Ainsi devisaient jadis les vieux Transtevères; aujourd’hui, les voleurs et les assassins ne sont pas beaux et ils ne portent que des guenilles, même en Italie.

« Revue pittoresque. » Paris, 1843.
Peinture : Horace Vernet.

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4 réflexions au sujet de « Le dernier brigand italien »

    juliette a dit:
    octobre 2, 2018 à 7:30

    Ah ! j’aurais adoré rencontrer ce beau couple de brigands amoureux aux yeux doux !

    Pétrarque
    « Nulle paix je ne trouve, et je n’ai pas de guerre à faire :
    Je crains et j’espère ; je brûle et je suis de glace.
    Et je vole au plus haut des cieux, et je gis à terre ;
    Et je n’étreins nulle chose, et j’embrasse le monde entier.
    Qui me garde en prison la porte ne m’ouvre ni ne ferme,
    Ni ne me tient pour sien, ni ne défait les liens ;
    Amour ne me tue pas et ne m’ôte pas mes fers,
    Ne me veut pas vivant, et ne vient pas à mon secours.
    Je vois et n’ai point d’yeux, et sans langue je crie ;
    Et je désire périr, et demande de l’aide ;
    Et pour moi je n’ai que haine et pour autrui qu’amour …
    Je me repais de ma douleur, et en pleurant je ris ;
    Également m’insupportent vie et mort :

    Aimé par 2 personnes

    loufoxinloveblog a dit:
    octobre 2, 2018 à 7:38

    Lol, pareil pour les stars je regrette nos feux baladins et trouvères ; )

    Aimé par 1 personne

      Gavroche a répondu:
      octobre 2, 2018 à 8:37

      Nos ceusses d’avant, c’était quèqu’chose, ma p’tite dame… ç’avait ben respectable allure… crénon de boudiou !

      Aimé par 1 personne

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