Le Diable en Afrique

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exorcismeUne émotion assez vive, causée par un fait des plus étranges, a agité l’an dernier tout un quartier de la ville de Bône. 

Il est un haut et puissant personnage dont on parle depuis longtemps, que beaucoup ont appelé, que bien peu ont eu l’honneur de voir, au moins en ce monde, le Diable ! oui, le Diable, qui, s’il ne s’est pas montré dans toute sa majesté, le front armé des cornes classiques, s’est cependant manifesté de la façon la moins douteuse dans une maison de la rue Staoueli, habitée par des juifs. 

Cette famille était tranquillement occupée aux soins du ménage. Tout à coup le seau du puits s’est violemment jeté, de lui-même et sans provocation, sur une cruche qu’il a mise en pièces. Les assistants, épouvantés, ont pris la fuite, et, quand ils sont rentrés avec du renfort, ç’a bien été autre chose ! Un feu était sorti de terre; une marmite infernale, venue on ne sait d’où, bouillotait sans qu’aucune main humaine y eût touché; le tentateur s’était même amusé à couper en menus morceaux un melon qui se trouvait là; enfin, et ceci est plus grave, une pluie de pierres tombait sur les curieux, dont plusieurs ont été plus ou moins contusionnés. 

On ne nous demandera pas, sans doute, de faire connaître les motifs que pouvait avoir le Diable d’en agir ainsi. La maison est-elle construite, comme on l’a avancé, sur les restes d’un saint marabout dont l’âme révoltée a, très-mal à propos, été prise pour le malin esprit ? Nous n’en savons rien, mais nous devons rendre cette justice aux habitants de la maison, que rien n’a été négligé par eux pour exorciser Satan. 

Le cadi, le rabbin, un peu de musique arabe même, et, ce qui pouvait bien être aussi utile que tout le reste ensemble, la police, ont été appelés pour faire cesser les plaisanteries déplacées de l’ennemi du genre humain, 

Enfin, une dernière précaution, la plus sage de toutes à notre avis, a été prise par les juifs. Connaissant les vices du Diable, ils ont résolu de s’en débarrasser par sa propre gourmandise. On a disposé, pour cela, dans une chambre de la maison, les mets les plus appétissants, les confitures les plus délicates; on a levé la clef, et depuis lors tout est tranquille. 

Le Diable festine à son aise, et tout le monde est content. 

« Almanach astrologique. » Paris, 1858.

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