L’article 213

Publié le Mis à jour le

article 213Avant de se séparer, la Chambre a été saisie, comme cadeau de Noël, d’un projet de loi tendant à l’abolition de l’article 213 du Code civil.

Quel est donc cet article 213 ? Mesdames, messieurs, rappelez vos souvenirs. Remémorez-vous la minute où M. le maire, ceint de son écharpe, avant de prononcer la formule sacramentelle qui devait vous unir au nom de la loi, vous a lu quelques-uns des articles du code parmi lesquels figurait celui immatriculé au chiffre 213. Et cet article 2013 disait ceci : La femme doit obéissance à son mari !

Eh bien ! il s’est trouvé un député, M. Justin Godart, qui considère que l’article 213 du code est une monstruosité, une odieuse survivance du temps où la femme était, au sens exact du mot, la propriété de l’homme, comme la bête de somme. « Tu ne prendras à ton prochain, disait la loi juive, ni son âne, ni sa femme. » Le mari avait, dans toutes les anciennes barbaries, droit de vie, droit de mort, droit de vente sur sa femme.

Ceci doit cesser, a pensé M. Justin Godart, et son projet de loi est ainsi conçu : Article unique : L’article 213 du Code civil est abrogé.

L’honorable député du Rhône, dans l’exposé des motifs du projet d’abrogation, fait cette remarque amusante :

« Comme adjoint au maire de Lyon, écrit-il, il m’a été donné de procéder à la célébration de quelques centaines de mariages. J’ai pu remarquer combien la lecture de l’article 213 nuisait à la solennité simple de la cérémonie. Elle était accueillie généralement par des sourires, des chuchotements. Et que de restrictions mentales devait-elle susciter chez les futurs époux, tandis que, par un léger coup de coude, l’homme, orgueilleusement, prenait acte de sa supériorité doublement affirmée par le Code et par le maire revêtu de ses insignes !« 

« Mari et femme, conclut la proposition, dans l’association matrimoniale, font un apport égal de qualités propres et d’activité utile. Ne faisons pas croire au mari qu’il est d’essence exceptionnelle. Il peut en abuser s’il est inintelligent et, s’il est intelligent, il peut souffrir dans son amour-propre. »

Il est évident que l’article 213 est discutable. La volonté napoléonienne avait exigé, on le sent bien, la nécessité d’une direction unique, et désiré marquer ainsi le rôle prépondérant du mari en tout ce qui concerne les actes de la vie civile. Mais combien la pratique même de la vie apporte-t-elle de correctifs à cette disposition ! Lors même que la femme, douée de raison, obéit au mari, n’est-il pas des limites naturelles à son obéissance ? De plus, la toute-puissance ne se déplace-t-elle pas fréquemment du côté de la femme, lorsque celle-ci (le cas est fréquent) est plus intelligente et plus sensée que son conjoint ?mere et enfantsDans les milieux de labeur où la dot est ignorée, l’homme et la femme sont matériellement et moralement des égaux. Ils apportent dans le ménage chacun leur effort, et le budget commun est fait du salaire de l’un et de l’autre. L’école les a élevés au même niveau. Et la vie se chargera, bien souvent, de placer la femme à un niveau supérieur. Car, jour par jour, qui fera l’intérieur prospère, le budget stable, sinon l’ordre et l’économie de la femme ? Ce sont ses qualités qui pallieront les défauts du mari. Qui donc, de par l’union, subira les plus grands risques physiologiques, sinon la femme dans son rôle douloureux de maternité ? Sur la conscience, dans le cœur de l’enfant, qui imprimera sa marque le plus profondément, sinon la mère, dont le souvenir ému brusquement s’évoque aux heures dures de la vie, même chez les plus misérables ?

Pourquoi, dès lors, réduire la femme légalement en état constant d’obéissance, alors qu’elle a, en réalité, tant de force, d’initiative, de volonté réfléchie, alors que la vie lui est plus dure qu’à l’homme ?

La proposition de M. Godart a de grandes chances d’être adoptée.

Il y aura évidemment des gens qui protesteront. Ils ont déjà commencé cette semaine. Nous avons appris, en effet, qu’on cherchait à constituer une Ligue des Droits du mari. Cette Ligue aurait pour but de « protéger les époux contre l’indiscipline de leurs subordonnées ». C’est une réponse directe au projet de M. Godart. Comment réduire une rebelle ? Comment mater une indomptée ? Grave question que la nouvelle Ligue aura à résoudre. Au XVIIIe siècle, ce brave Jean-Baptiste Rousseau y avait déjà répondu. Méditez ces vers tirés de sa Cantate de Circé :

Ce n’est point par l’effort qu’on aime :
L’amour est jaloux de ses droits;
Il ne dépend que de lui-même,
On ne l’obtient que par son choix.
Tout reconnaît sa loi suprême;
Lui seul ne connaît point de lois.

« Léon Robelin. « Nos lectures. » 13 décembre 1908.

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3 réflexions au sujet de « L’article 213 »

    karouge a dit:
    octobre 12, 2018 à 9:17

    petite remarque : il est question à trois reprises de « l’article 2013 »

    J'aime

      Gavroche a répondu:
      octobre 12, 2018 à 11:26

      Erreur de ma part… Je rectifie, merci 🙂

      J'aime

    jmcideas a dit:
    octobre 16, 2018 à 5:42

    L’amour d’une femme n’est sublimé que par le respect
    Sans aile, démembrée,
    Son désir va à la conquête de l’humanité.
    (Samothrace-l’ex-voto)

    « La femme est l’avenir de l’homme »

    Aimé par 1 personne

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