Note historique sur la pomme de terre

Publié le Mis à jour le

millet glaneusesCinquante ans auparavant, la pomme de terre, ce précieux tubercule si nécessaire dans l’art culinaire, était à peu près ignorée en France. Originaire de l’Amérique, la pomme de terre fut apportée en Europe vers le milieu du XVIe siècle.

Les Espagnols la trouvèrent cultivée dans le haut Pérou et la transportèrent dans leur pays. L’amiral anglais Walter Raleigh en rapporta de l’Amérique septentrionale en 1585.  A partir de cette époque, la pomme de terre se répandit dans toute l’Europe, non sans difficulté toutefois. Des préjugés absurdes empêchèrent longtemps, surtout en France, d’apprécier à leur juste valeur, les avantages qui devaient résulter de sa culture et ceux que l’art culinaire devait en retirer pour son propre usage. On disait, on croyait que l’usage de cette substance devait produire des maladies nombreuses. C’était même au dire de certains médecins, un aliment malsain, dangereux : le peuple le regardait comme un mets grossier à peine bon pour les bestiaux et se privait ainsi d’une ressource précieuse, sans avoir l’air de s’en douter. 

Les choses en étaient à ce point, vers la fin du XVIIIe siècle, lorsque l’incomparable philanthrope, le savant agronome Parmentier attaqua ces préjugés avec courage et persévérance : il en démontra la fausseté et lâcha par une suite de travaux théoriques et pratiques, de ramener à la culture de la pomme de terre. Et malgré les obstacles qu’il rencontra, les désagréments qu’il eut à endurer, comme il arrive d’ordinaire à ceux qui se dévouent au bien de la société, il eut le bonheur d’y parvenir, l’on dit même que pour mieux y réussir, il fit usage d’un tout singulier stratagème. 

Parmentier fit planter à ses frais des pommes de terre dans une assez vaste étendue de terrain : aux approches du mois de novembre, époque où l’on en fait la récolte, pour mieux montrer aux habitants quel prix il y attachait, il les fit garder pendant le jour par beaucoup de monde, et pendant la nuit il faisait retirer les gardes afin que dans l’obscurité ces mêmes habitants, qui étaient en observation, pussent librement, et comme s’ils y fussent tacitement autorisés, arracher de la terre ce fruit, s’en nourrir et en planter dans leurs champs, si cela leur était agréable. Ce que le philanthrope désirait, arriva, puisque dans la suite ces personnes aimèrent et cultivèrent la pomme de terre, toutes imbues qu’elles étaient auparavant du préjugé de l’époque.  

Parmentier fut encore assez heureux pour en faire agréer quelques magnifiques pièces à Louis XVI, ce protecteur éclairé de l’agriculture, qui se piquait aussi d’être un gourmet assez connaisseur. Le roi les admira, s’en fit apprêter et les ayant trouvées d’un goût fort agréable ordonna de lui en servir tous les jours. 

Grâces donc à la constance du célèbre Parmentier, depuis ce moment cette fécule fut mise au premier rang parmi les richesses agricoles de la France. La cour entière se fit un plaisir, un devoir même de suivre en cela l’impulsion donnée par le roi, en faisant usage comme lui de cet aliment, en le faisant varier sous mille formes de ragoûts et en le transformant même en beignets. 

L’enthousiasme pour les pommes de terre arriva à un tel point, que les dames de la cour, non seulement en mangeaient avec délice à tous leurs repas, mais encore plaçaient dans leurs parures des bouquets formés des feuilles et des fleurs de cette plante, et les merveilleux, les fashionables du temps, en portaient à la boutonnière de leurs habits brodés. 

Les résultats obtenus alors par cet ami de l’humanité furent si universellement reconnus et accueillis avec gratitude, que François de Neufchâteau  proposa d’appeler cette solanée la Parmentière

Honneur donc ! mille fois honneur à la mémoire de Parmentier, de cet homme qui, par la philanthropie et sa constance, donna la santé et l’aisance à des milliers de malheureux destinés à mourir de faim et de misère, procura aux gourmands un met délicieux et mérita la gratitude de ses semblables, riches ou pauvres. 

« La Gastronomie : revue de l’art culinaire ancien et moderne. » Paris, 1840
Peinture de Jean-François Millet.

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2 réflexions au sujet de « Note historique sur la pomme de terre »

    marie a dit:
    octobre 20, 2018 à 9:30

    Bonsoir, il semblerait que nous pourrions en manquer cette année vu la sécheresse. Billet très interessant. Bonne soirée Amitiés MTH

    Aimé par 1 personne

    karouge a dit:
    octobre 21, 2018 à 12:17

    Hier ils jetaient des pommes cuites à Molière, aujourd’hui c’est pommes de terre, nous nourrissez le peuple, Gavroche!
    Plus sérieusement, il semble que pas mal de « fléaux » nous arrivent notamment d’Asie (le frelon, certains moustiques, etc) certainement par l’entremise des containers transbordant leurs cargaisons. Raison pour laquelle en bon européen, je ne mange que des choux de Bruxelles, et vérifie, concernant la production locale (des choux), qu’un petit garçon n’y soit pas oublié (idem avec mes rosiers, pour les fillettes quand j’en coupe les tiges). Pardonnez-moi pour ces bêtises!

    Aimé par 3 personnes

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