Concours de chiens 

Publié le Mis à jour le

chien de policeNous venons d’avoir un concours de chiens de police. Très réussi. M. Clemenceau présidait, assisté de M. Lépine. Il faisait un temps tout à fait de circonstance : un temps de chien. Les bonnes bêtes nous ont donné des exemples admirables. A tel point que M. Clemenceau, ne trouvant pas de termes pour exprimer son admiration, ne leur a pas adressé de discours.

Songez donc ! Il y avait là des chiens français, allemands, suisses, belges, hollandais, et ils n!ont pas cherché un seul moment à s’entre-dévorer ! Quelle leçon pour les hommes ! On leur a fait une distribution de prix, médailles et diplômes, et il n’y a pas eu, parmi eux, la moindre protestation contre le jury : songez pourtant à ce qui se passe, tous les ans, aux concours du Conservatoire ! 

Cependant il faut bien constater, qu’une des épreuves du concours a laissé à désirer.  D’après le programme, l’on devait tendre aux concurrents des gâteaux, et les chiens ne devaient pas les prendre. Raté sur toute la ligne ! Il n’y a pas un chien qui ait hésité à happer le morceau, sans aucune espèce de pudeur. Mais, n’était-ce pas assez que les chiens se conduisissent en hommes, que dis-je ! bien mieux que des hommes ? Pourquoi exiger qu’ils se conduisent aussi en héros ? Or, je vous le demande, y a-t-il beaucoup d’hommes capables de refuser le gâteau qu’on leur offre,  même lorsque c’est un gâteau défendu ? Passons donc cette faiblesse à ces bons chiens, ils en ont tant à nous pardonner ! décrotteurEt ils nous rendent tant de services, n’est-ce pas ? Tenez, l’on a écrit des volumes sur  l’ingéniosité des chiens, mais j’en ai connu  un, moi, dont on n’a jamais parlé. C’était le chien (un mauvais cabot, aussi bon que laid) d’un décrotteur de Marseille. Il s’était fait pour son maître un rabatteur de clients. Son procédé était simple. Il se tenait, sur la Canebière, près d’un grand café très fréquenté. Dès qu’il voyait sortir un monsieur dont les bottines étaient propres, il y courait, et il s’arrangeait, comme par hasard, à lui salir les bottines en y passant ses pattes qu’il venait de mouiller dans le ruisseau. Le monsieur pestait, mais aussitôt un décrotteur était là, qui s’offrait à réparer le désastre. 

 Sale cabot ! grognait le client, en se faisant décrotter.
— Ne me parlez pas de ces vilaines bêtes ! répondait le décrotteur.  

Le chien, aux aguets, n’entendait rien à ces paroles, mais il voyait le regard que lui adressait son maître en dessous, et ce regard était sa récompense. 

Véranet.  « Ma revue. » Paris, 1908.
Illustration affiche. : « Concours de chiens de défense et de police » par Groulier, Bibliothèque municipale de Lyon.
Photo : décrotteur.

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