La Toussaint

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justin bastien-lepageLe jour le plus triste de l’année est assurément celui de la Toussaint, jour d’amères réflexions, même pour les plus sceptiques, et dont l’aube est saluée par les sonneries lugubres des cloches, qui sonnent en même temps le glas de la bonne saison : le deuil des hommes ne va pas sans celui des choses et rarement il fait beau le jour de la Toussaint.

Cette fête a le privilège de réveiller chez l’homme tout ce qu’il garde de généreux, de bon, d’aimant : c’est le moment réservé à l’affection, au souvenir, aux émotions intimes qui survivent à toutes les préoccupations, à toutes les luttes, à toutes les misères de la vie.

Toute l’année, les fêtes mondaines furent consacrées aux vivants; la Toussaint est la fête de ceux qui ne sont plus. Le glas funèbre appelle les vivants aux nécropoles pour y porter une pensée de regret à ceux qui sont partis pour l’éternité…

Le pieux pèlerinage, l’annuelle visite aux cimetières sont un enseignement pour tous les hommes, mortels aussi comme ceux qui les précédèrent ici-bas et qui maintenant reposent dans la tombe. Et chacun, croyants ou sceptiques, en face de l’écueil suprême où vient se briser toute existence humaine, involontairement, songe au mystérieux inconnu de l’au-delà…

En ces jours funèbres, aux trépassés dévolus, où la terre elle-même, dans un décor automnal comme voilé de tristesse, semble s’associer au deuil général, toute la vie des villes et des villages se porte vers la mort et vers les morts. Tous les cimetières, parés et fleuris, reçoivent la visite des vivants sans distinction de caste et d’opinion.

Unis dans un même sentiment, le jour de la Toussaint, fidèles et libres-penseurs, ceux qui ont beaucoup de religion et ceux qui n’en ont pas, se réunissent en un même culte : celui  du souvenir. Recueillis, les visiteurs ne songent pas qu’aux chers disparus sur les tombes desquels ils déposent des couronnes où la dentelure des chrysanthèmes et le velours des pensées se mêlent aux pétales des roses dernières dont l’odeur, plus douce en cette saison, est semblable au parfum léger des choses mortes.

Et, qu’il soit humble ou opulent, chaque cimetière, ce jour-là, dans ses allées trop étroites, constellées de feuilles mortes semées par le vent, voit se presser une foule silencieuse  qui, devant le simple tertre que surmonte une modeste croix, comme près de l’orgueilleux monument funéraire, s’incline en témoignage du respect, du culte voué aux défunts.

L’idée de cette solennité n’est point particulière au christianisme. Il y avait déjà chez les druides une fête des morts qui se célébrait du 1er au 2 novembre.

Maurice Thiéry. « La Picardie : littéraire, historique et traditionniste. » Cayeux-sur-Mer, 1904.
Peinture de Jules Bastien-Lepage.

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4 réflexions au sujet de « La Toussaint »

    juliette a dit:
    novembre 1, 2018 à 4:46

    Point besoin de la Toussaint , cher Gavroche , pour penser aux disparus de mon cœur …

    Aimé par 2 personnes

    etiliyle a dit:
    novembre 11, 2018 à 8:32

    💖💖💖

    Aimé par 1 personne

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