L’activité des Offices

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impots lilleUne des plus étonnantes facultés du contribuable est bien celle de toujours vouloir sans jamais pouvoir. Et c’est bien la raison profonde de cette faiblesse permanente qui ne trouve d’issue que dans sa révolte à longue échéance. 

Il faut qu’il paie longtemps pour refuser de payer, non pas parce qu’il ne veut plus, mais seulement parce qu’il ne peut plus. 

Il lui serait, pourtant, plus facile de veiller attentivement à ne pas trop payer en exigeant, par son bulletin de vote et par son droit d’association, que les impôts qu’on lui inflige correspondent à une bonne, à une saine gestion publique. 

Un avertissement de Poincaré 

« Prenez garde ! » s’écriait à la Chambre le président Poincaré. 

Et il lança cet avertissement : 

« Le jour où les contribuables, trompés par les urnes électorales, se syndiqueront pour contrôler le fisc, ce jour-là vous vous apercevrez que, par votre faute, le contribuable est devenu votre adversaire politique. »

Pure et profonde vérité qui n’a jamais été mieux fondée que sous cette législature. La fiscalité impitoyable et, surtout, aveugle qui décime le corps des contribuables ouvre une époque redoutable. Et l’on ne fait rien pour arrêter des événements qui sont déjà en route ! Ne pourrait-on pas tenter, ne serait-ce qu’à l’égard des offices, de redresser cette fiscalité qui bascule sous son propre poids ? 

Huit milliards ! 

Car si des dépenses injustifiées provoquent sans trêve les déficits budgétaires et la ruine des assujettis à ces déficits, ce sont bien les offices avec les huit milliards qu’ils coûtent à peu près chaque année à la nation. 

Huit milliards ! Est-ce possible ? Les techniciens en doutent, car eux-mêmes ne savent pas « exactement » ce qu’il faut entendre par « offices » et encore moins où peuvent exister et fonctionner ces pompes à dépenses publiques. Nous plaisantons si peu que nous-même nous avons eu la curieuse idée de rechercher ces mystérieux organismes. Or, sur 85 offices qu’on nous avait dit exister, nous n’avons réussi à en découvrir que 57. Et, pourtant, quel mal ne nous sommes-nous pas donné ! 

Un grand homme 

Ce mal ne nous aurait d’ailleurs servi qu’à peu de chose si, à force de tracasser les gens en place et les parlementaires, nous n’avions fini par découvrir un rapport de M. Jacquier. 

Ce grand homme a réussi — avec quelle peine, lui aussi ! — à dépister dans le budget général « quelques-uns » de ces insaisissables offices. 

Nous disons : quelques-uns. 

C’est ainsi que M. Jacquier a pu noter tous ceux qui « font bien » au tableau : musées, lycées, bibliothèques, mutilés, pupilles de la nation, etc. Mais les autres : ceux qui n’ont pas répondu aux signes de détresse des contribuables ? Evidemment « on » a lâché les offices qui portent enseigne. On ne pouvait, en effet, nier l’existence des offices de l’azote, des combustibles liquides, agricoles, etc. : le nez au milieu du visage. 

Mais les autres : ceux qui, sont répartis dans le budget général, dans le fouillis des dépenses administratives ?

Huit milliards plus X milliards ! 

Où sont ces autres, que n’a pu dénombrer ni dépister M. Jacquier et qui ajoutent leurs dépenses aux huit milliards connus ? 

Encore un concours pour les lecteurs de ce billet ! Ce concours pourrait, par exemple, débuter par cette colle : 

« En 1930, les offices et les établissements autonomes engageaient, moins la Caisse d’amortissement, quelque 12 milliards. « En 1935, moins la Caisse d’amortissement, les offices engagent une somme de 8 milliards 221 millions. » 

Soit quatre milliards en moins ! D’où celle double question : 

1° Si l’on a supprimé des offices pour quatre milliards, dire lesquels ?
2° Si l’on n’a rien supprimé, dire ce que sont devenus ces offices. 

C’est simple ! 

Le bon sens public 

Les contribuables ne peuvent pas, en effet, ne pas s’inquiéter d’un pareil accordéon fiscal. Ils ne peuvent pas se contenter de recettes et de dépenses à coulisses, surtout lorsqu’il s’agit de mastodontes comme ces offices que le ministère des Finances n’a même pas le droit de contrôler. 

Car l’autonomie administrative dont jouissent ces broyeurs, ces concasseurs fiscaux s’oppose, légalement, à toute ingérence de l’Etat. Seul, le Conseil d’administration ou le Comité de direction est responsable.

Est-ce que, par hasard, le statut des fonctionnaires s’opposerait, le cas échéant, à ce que les administrateurs ou les directeurs des offices rendissent compte de leur gestion devant une assemblée de contribuables : leurs actionnaires ? 

Comme n’importe quelle société sérieuse… 

« Cyrano. » Paris, 1935.
Photo : Les automobilistes de Lille protestent contre les nouveaux impôts sur l’essence. 1933.  Agence de presse Mondial Photo-Presse.

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3 réflexions au sujet de « L’activité des Offices »

    karouge a dit:
    janvier 20, 2019 à 4:20

    les niches fiscales, c’est pas pour les chiens !

    Aimé par 1 personne

    fanfan la rêveuse a dit:
    janvier 21, 2019 à 6:30

    1935 !
    Aie aie aie, décidément rien ne change pourtant cela devrait être formateur…
    Bonne semaine Gavroche !
    🙂

    Aimé par 1 personne

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