Un drôle de zèbre

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joe-jacksonComme il l’a maintes fois constaté lui-même, non sans une pointe d’orgueil, le Zèbre, de son vrai nom Léopold Brelan, vagabond endurci, d’une quarantaine d’années, est un  « sans-travail ».  Il n’a jamais pu, en effet, s’astreindre à une besogne, ayant toujours eu des patrons une horreur instinctive. Cependant il faut vivre : aussi, pour assurer son existence, le Zèbre a recours à des expédients. Sa dernière « création » mérite d’être contée. 

Lorsque, flânant dans les rues,le nez au vent, il trouve une bicyclette, que son propriétaire, absent pour quelques minutes, a calée contre la bordure du trottoir, il saute en selle, file à toutes pédales, et, après une courte promenade, revient restituer l’objet volé… Tout naturellement, il raconte alors au cycliste qui commençait à se désespérer, qu’un individu, « un filou, monsieur ! » s’était emparé de sa bicyclette; que lui, le Zèbre, pauvre mais honnête, avait poursuivi le voleur, lui avait administré une sévère correction et repris la machine. . . 

La voici, monsieur, je vous la rends, ajoutait-il. 

Et le cycliste, heureux de rentrer en possession de son bien, qu’il croyait perdu, récompensait toujours le brave Brelan, en lui allouant pour sa peine quelques pièces blanches. 

Grâce à cet ingénieux procédé, le Zèbre réussissait à vivre sans trop de privations, il faisait même des économies, et l’avenir lui paraissait riant, précurseur d’une heureuse vieillesse, lorsque, hier matin, malgré son habileté, il se laissa pincer.. 

Il avait enfourché, rue Bergère, une bicyclette que le chasseur d’un café des boulevards avait laissée, pour quelques instants, devant un bureau de tabac, et il la ramenait à son propriétaire, qui déjà se confondait en remerciements, lorsque du rassemblement qui s’était formé, une voix s’éleva : 

Mais c’est lui qui l’a volée ! Quel toupet ! 

Un passant, en effet, pour le malheur du Zèbre, avait été témoin et du vol et de la restitution.  Léopold Brelan, tout confus, à été arrêté aussitôt et conduit devant M. Rieux, commissaire de police. Après un premier interrogatoire, le « sans-travail » indélicat a été envoyé au dépôt.

« Le Petit journal. » Paris, 1903.
Illustration : « Joe Jackson, Le voleur de bicyclette« , Alessandro Cervelatti.

2 réflexions au sujet de « Un drôle de zèbre »

    juliette a dit:
    janvier 25, 2019 à 6:05

    hi ! hi ! j’aime bien ce voleur restituteur …
    y’a longtemps j’ai piqué un vélo dans une fourgonnette de vélos à louer garée une nuit dans mon village ( et oui ), j’étais à pied et sans le sou, et quelques mois après j’invite des copains à manger chez nous et l’un d’eux me dit en voyant le vélo dans le jardin que c’était le sien …il en a rigolé et je le lui ai rendu 😁

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    jmcideas a dit:
    février 5, 2019 à 7:46

    Hihi, je me rappelle avoir emprunté une bicyclette sur la place du village
    Pas un vol, puisque mon intention était de retourner le bicycle
    Mais la maréchaussée m’a poursuivi, m’empêchant de le rendre en lieu et place
    Une contradiction qui m’est restée en travers
    😀

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