Un affamé

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j_micheletJules Michelet, le gavroche parigot qui atteignit la célébrité, eut des périodes bien pénibles durant sa rude adolescence. Tourmenté par ses camarades d’école, efflanqué comme un poulain mal nourri, il excitait aussi bien la pitié que les rires. 

Dans la cave humide de la rue de Bondy, qui servait à ses parents d’imprimerie, il gelait quotidiennement et stoïquement en assemblant ses « petites lettres de plomb ». Mais, plus que le froid, la faim le tenaillait sans répit. 

Et j’avais seize ans ! s’écria-t-il plus tard avec amertume; l’âge où  la croissance rapide rend le besoin d’une nourriture abondante plus impérieuse qu’à aucun moment de la vie.

Lorsqu’il arrivait que sa grand-mère lui remît quelque menue monnaie, il avait fort envie de se précipiter dans une boulangerie; mais l’orgueil le retenait :

Mais comment trahir ma pauvreté en mangeant mon pain sec devant mes camarades ? D’avancé, je me voyais exposé à leurs rires, et j’en frémissais… 

Aujourd’hui, il conclut avec superbe :

Cette indigence née de la persécution, fièrement, noblement supportée par les miens, fait ma gloire. Alors, elle me semblait une honte, et je la cachais de mon mieux. Terrible respect humain ! 

« Lisez-moi Historique. » Paris, 1935.

3 réflexions au sujet de « Un affamé »

    anne35blog a dit:
    mars 8, 2019 à 5:46

    ceux qui ont connu la faim deviennent souvent plus forts que les autres …

    Aimé par 1 personne

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