Nul n’est prophète… ou le système Pélissier

Publié le Mis à jour le

trainIl y a quelque temps, M. le Préfet de la Gironde, quelques notabilités de la science à Bordeaux et quelques écrivains assistaient à l’essai du frein Pélissier. Cette expérience avait lieu sur l’ancienne voie de la gare Ségur à La Teste et donnait des résultats magnifiques. Nous ne venons pas raconter tardivement les diverses phases de l’essai du frein. Non. Cet article ne doit contenir que l’expression de notre étonnement.

Nous sommes étonnés, parce que cette expérience dont les résultats, nous l’avons déjà dit, ont été admirables, n’a pas eu plus de retentissement que les hauts faits du plus médiocre chien enragé. Nous sommes étonnés, parce que nous avons vu à la station de la Médocquine des gens compétents en cette matière, qui ont été les témoins comme nous de la facilité avec laquelle on peut arrêter un train et qui n’ont rien fait, rien dit, rien écrit, soit pour combattre, soit pour soutenir le système de M. Pélissier.

Il faut que Bordeaux soit la ville de la plus profonde indifférence, pour que devant une découverte d’une telle importance, on ne se soit pas plus ému que s’il s’agissait de feu Colin Tampon. 

C’est vraiment une chose profondément honteuse qu’en présence des moyens de salut offerts à l’humanité, pas un de ceux qui devraient s’en faire les apôtres, ne s’en préoccupe. A quoi sont-ils donc bons ces gens-là ? à être de l’académie de Bordeaux. Sans m’amuser à contester ici l’importance de ce corps soporifique, je crois que ce n’est pas assez.

C’est vraiment une chose profondément honteuse que de voir des grands journaux, qui ne laissent pas passer le moindre chien perdu et la plus petite querelle de marins sans l’enregistrer, de voir ces journaux dis-je, ne pas même envoyer un de leurs rédacteurs pour assister aux expériences les plus essentiellement utiles, les plus essentiellement importantes qu’on puisse faire à notre époque.

Voilà un homme, M. Pélissier qui passe plusieurs années de sa vie occupé tout entier à un travail terrible, il arrive un beau jour et découvrant à nos yeux des résultats merveilleux, il nous dit : « Venez voir et si on se dérange c’est à peine pour en causer avec ses amis ». Oh l’indifférence ! l’humanité est toujours la même.

J’ai entendu des gens qui disaient : C’est vrai, nous voyons bien les résultats produits, mais ce système de frein est totalement contraire à toutes les lois de la science. Eh ! mais savants que vous êtes, croyez-vous donc que vous ayez atteint les limites de cette science et que vous n’ayez plus rien à découvrir ?

En somme, voici ce que nous avons vu. Un train lancé à une vitesse de soixante-dix kilomètres à l’heure a été arrêté sur un espace de 50 à 60 mètres à partir du moment où le signal d’arrêt a été donné; le train se composait de quatre ou cinq wagons et de la locomotive. Il n’y avait qu’un seul frein. Et ce train a été arrêté par gradation, sans secousse, à ce point que des personnes (au nombre desquelles nous nous trouvions) debout dans un wagon, n’ont pas un instant perdu l’équilibre.

On m’a affirmé que M. Pélissier avait l’intention de faire une nouvelle expérience pour laquelle il a sollicité la bienveillante présence de S. M. l’Empereur. Il s’agirait pour cette fois de faire marcher deux trains l’un sur l’autre et de les arrêter à une distance très minime. J’espère qu’après cela, on daignera un peu s’occuper de l’invention de M. Pélissier. 

Les courbes les plus courtes des chemins de fer sont au moins de trois cents mètres, si on peut arrêter un train sur un parcours de cinquante, soixante ou même cent mètres, il est évident qu’on n’aura plus à craindre les rencontres de deux convois.

Après cela, peut-être que les savants trouveront encore un inconvénient à l’application de ce système.

Ch. Chaulny. « La Lorgnette. » Bordeaux, 1858.
Image d’illustration.

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Une réflexion au sujet de « Nul n’est prophète… ou le système Pélissier »

    Aldor a dit:
    avril 13, 2019 à 9:09

    Et qu’en est-il devenu, du frein de M. Pelissier ?

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