Haïkous

Publié le Mis à jour le

haïkuHaïkou, telle est en effet, selon M. Sato, Japonais de haute culture, attaché à l’Institut de coopération intellectuelle, et selon nos confrères nippons, la désignation exacte de cette forme de poésie que l’on a jusqu’à présent classée en France sous le nom de haï-kaï. 

On se sent entraîné par les événements et ce n’est point là le fait d’un clerc de bonne qualité, mais qu’y faire ? Les événements de Tokio m’ont suggéré de rechercher quelques poésies héroïques qui dateraient des temps classiques. C’est un travail pour la conduite duquel il faut plus de patience que je n’en montre d’ordinaire. Songez que le choix que fit au huitième siècle Otomo Yakamochi, et qui porte sur les quatre ou cinq siècles antérieurs, ne comprend pas moins de 4.496 poésies de formes différentes, les unes fort longues. 

J’ai relu le Tanka de Manyoshù. (Le Tanka est une poésie de trente et une syllabes). Il porte sur cette fidélité qui semble faire le fond de l’âme japonaise. 

Par delà la côte sauvage.
Les vagues sont infidèles :
Mais l’infidélité jamais
M’effleurera ma pensée,
Dussé-je mourir de désir. 

Après tout, ce n’est pas très guerrier, ce ne l’est même pas du tout. Passons. 

Non loin d’Osaka s’élève le Yoshino; c’est une montagne couverte de cerisiers et si jolie pendant leur floraison. Mais c’est un lieu qui rappelle aussi les tristes temps de la scission entre le Sud et le Nord. Au début du quatorzième siècle, l’empereur Go Daigo, chassé de sa capitale, se retira sur le Yoshino. Le poète Shiko s’écrie : 

O mont du Yoshino
Poétique certes
Si douloureux pourtant dans le livre des guerres… 

De Bashô, que traduisent M. Kuni Matsuo et M. Steinsilber-Oberlin, de Bashô (dix-septième siècle) qui est le plus grand maître des haïkous. voici une poésie très connue, très citée, écrite devant la plaine d’Hira lzoumi, champ de plusieurs grands combats : 

Des herbes d’été sur la plaine
Et c’est tout ce qui reste du rêve
Des guerriers morts dans la bataille…

S’attendait-on à cette mélancolie ? Il m’a semblé que précisément aujourd’hui il était curieux de la noter; mais elle est celle des poètes et par là tout s’explique. 

Je citerai encore une poésie qui est des plus populaires parmi les marins et les soldats. L’auteur est cet Otomo Yakamochi dont j’ai parlé plus haut. C’était un général fameux et un très haut fonctionnaire. Il appartenait à une famille illustre du japon. 

Quand nous allons sur la mer
Le corps meurt dans les flots.
Quand nous allons sur la terre
Le corps meurt dans les herbes :
Nous ne craignons pas de mourir
Pour l’Empereur. 

Et nous voici revenus au thème de la fidélité à quoi il faut ajouter le thème du mépris de la mort. C’est un soldat qui chante.

René Jouglet.  « Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques. » Paris, 1936.

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