Dodécalogue conjugal 

Publié le Mis à jour le

coupleLes procès d’Amérique présentent si souvent des circonstances bizarres qu’on serait tenté de croire qu’ils sont imaginaires et que les chroniqueurs français les inventent à plaisir, Il faut pourtant se rendre à l’évidence lorsqu’on trouve dans le Courrier des Etats-Unis des cas comme le suivant : 

Un M. Byron Sutton, de Wilkes-Barre (Pensylvanie), vient d’être arrêté sur la plainte de Mme Byron, qui avait accusé son mari de l’avoir abandonnée. Le prévenu, pour sa défense, s’est, contenté de donner lecture au tribunal de douze commandements rédigés par sa femme pour lui marquer le détail de ses devoirs d’époux : 

« I. Vous vous lèverez tous les jours à cinq heures du matin sans que je sois obligée de vous réveiller. — II. Vous fournirez ce qui est nécessaire pour la confection d’un gâteau par semaine. — III. Item, vous fournirez ce qui est nécessaire pour la confection de plusieurs tartes par semaine.— IV. Vous achèterez vingt-cinq sous de bœuf deux fois par semaine, le mardi et le samedi. — V. Vous achèterez vos vêtements et vous ferez en sorte d’être toujours bien mis de façon à me plaire. — VI. Vous ne tiendrez pas de propos vulgaires et vous ne blasphémerez jamais. — Vous irez tous les dimanches à l’église de Wyoming et vous ferez en sorte que je n’aie pas à être continuellement après vous (sic) pour que vous arriviez à l’heure. — VIII. Enlevez les affaires de votre mère et renvoyez-lui sa vache car je n’ai pas le temps de m’en occuper. IX. — Vous achèterez tous les jours deux pintes de lait. — X. Voulez-vous prendre un bain au moins une fois par semaine ? —- XI. — Ruth ne doit pas faire de course, acheter, ni porter de paquets. — XII. Vous devrez essuyer vos pieds avec soin chaque fois que vous rentrerez à la maison. » 

Lecture faite de cette oukase, M. Byron Sutton a été acquitté. Quand on lit d’un œil désintéressé les commandements de l’épouse américaine, on est obligé de convenir qu’ils sont tous conformes à la plus saine morale, que quelques-uns sont sages, plusieurs autres hygiéniques, et que ceux mêmes qui paraissent arbitraires sont à tout le moins inoffensifs. Le tribunal de Wilkes-Barre a cependant jugé que les exigences de Mme Byron Sutton étaient inacceptables, puisqu’il a absous son mari.

La magistrature d’outre-mer vient de créer là une dangereuse jurisprudence. Si le mari est excusable de quitter le domicile conjugal lorsque la femme est impérieuse, le mariage américain est une institution bien menacée. 

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. » Paris, 1903.

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6 réflexions au sujet de « Dodécalogue conjugal  »

    iotop a dit:
    mai 18, 2019 à 8:29

    Bon jour,
    Je note, diantre 🙂
    Max-Louis

    Aimé par 1 personne

    marinadedhistoires a dit:
    mai 19, 2019 à 6:31

    J’adore le VIII !!

    Aimé par 1 personne

      Gavroche a répondu:
      mai 19, 2019 à 2:26

      La « vache »… j’ai pensé à une astuce à un moment : mais non ! il devait être normal, pour une belle-mère, à l’époque, de confier ainsi sa vache… 😮

      J'aime

    Un petit blog avisé?? a dit:
    mai 19, 2019 à 11:06

    Écroulée de rire !😂
    Mais boudiou ! Ce ne sont que commandements de bon aloi 😉😅
    Cette jurisprudence a fait largement florès tout autour du globe… Et bien avant ce procès ! 😉

    Aimé par 1 personne

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