Les piliers des Halles

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hallesA l’heure où nous, écrivons ces lignes il reste à peine quelques pans de murs qui tomberont demain de ces fameux piliers des Halles qui ont joué un si grand rôle il y a deux siècles.

C’était là que jadis le peuple s’assemblait, que les conteurs de nouvelles trouvaient unauditoire attentif, que se fredonnaient les dernières chansons contre le Mazarin et que se fomentaient les émeutes. Le duc de Beaufort, le roi des halles, comme le surnommait le parti de la cour, trouvait tous les jours , sous les piliers , de nouvelles recrues pour le parti des princes, et les dames de la halle venaient lui donner l’accolade et le remercier de l’intérêt qu’il portait au peuple.

Les monuments et les ruelles historiques qui s’entassaient dans cet espace relativement étroit, ont fait place aux nouvelles Halles centrales, le plus beau marché du monde, et les derniers piliers vont à leur tour disparaître devant les pavillons qui doivent compléter le grandiose ensemble de ces palais de fer, immense garde-manger de la ville aux deux millions de bouches.

La Presse illustrée ne pouvait voir tomber, sans les saluer une dernière fois, ces glorieux débris d’un autre âge et sans rappeler en quelques lignes leur origine et leur histoire.halles.La construction des piliers des Halles date de Louis le Gros. Ils furent augmentés sous Philippe Auguste, et s’étendaient à droite et à gauche de l’extrémité de de la pointe Saint-Eustache. Les piliers de droite, ceux dont on démolit aujourd’hui les derniers vestiges, étaient nommés les grands piliers. Les piliers de gauche ou piliers potiers d’étain s’étendaient depuis la pointe Saint-Eustache jusqu’à la rue de la Cossonnerie; ils entouraient la partie des halles où était autrefois le pilori. Notre génération n’a connu que les piliers de la rue de la Tonnellerie, ou grands piliers, ceux qui leur faisaient face sont démolis depuis de longues années. Quand ces derniers débris auront disparu, lorsqu’on aura jeté à bas les maisons de la rue des Prouvaires jusqu’à la rue Berger ainsi que le malencontreux pavillon de pierres, surnommé lors de sa construction le Fort de la halles, la large voie qui doit mettre en communication le pont Neuf avec la rue Montmartre sera complètement percée.

C’était sous les piliers des Halles que se tenaient jadis les marchands de draps et les tapissiers en renom. De nos jours les marchands de coupons d’étoffes, de lingerie et de chaussures à bon marché y avaient élu domicile. Les bourses modestes allaient y chercher des occasions uniques et les travailleurs trouvaient à se réconforter chez les restaurateurs en plein vent.

Dans une des maisons de la rue de la Tonnellerie, qui porte le numéro 3, naquit, le 15 janvier de l’année 1620, Jean-Baptiste Poquelin de Molière, comme l’indique une inscription sur marbre surmontée d’un buste :

J.-B. POQUELIN DE MOLIÈRE
Cette maison a été bâtie sur l’emplacement de celle où il naquit, en l’an 1620.

Les piliers des Halles sont riches en souvenirs historiques; comme nous l’avons dit plus haut. Charles V, encore dauphin, y alla déclamer contre Charles le Mauvais, roi de Navarre, et y fut sifflé parce qu’il avait moins bonne mine que son adversaire.halles-lhermitteLe pilori, en face des petits piliers, existait depuis le douzième siècle; c’était une tour octogone avec un rez-de-chaussée et un seul étage au-dessus, percé tout autour de hautes croisées. Au milieu de cette tour était placée une roue de fer mobile, avec des trous où l’on faisait passer la tête des patients qui, pendant trois jours de marché, étaient exposés aux regards du peuple pendant trois heures par jour. De demi-heure en demi-heure, on faisait tourner la roue, pour leur faire faire le tour du pilori.

Parmi les plus illustres condamnés décapités aux Halles, nous citerons : Olivier de Clisson, en 1344; Jean Montagu, surintendant des finances, en 1409; Colinet de Pisex, en 1411, et Jacques d’Armagnac, duc de Nemours, en 1477.

« La Petite presse : La Presse illustrée. » Paris, 1866.

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2 réflexions au sujet de « Les piliers des Halles »

    iotop a dit:
    mai 26, 2019 à 3:03

    Bon jour,
    Le pilori existe toujours. Il a changé de modèle avec les réseau sociaux qui sont devenus d’autant plus « barbares » qu’il n’y pas de demi-mesure …
    Bel article comme toujours.
    Max-Louis

    Aimé par 1 personne

    jmcideas a dit:
    juin 2, 2019 à 2:23

    On regrette les Halles
    Non, par le pilori,
    mais par l’ambiance bonenfante qu’il y régnait
    Qui ne se souvient de la soupe aux oignons après minuit?
    Tout a disparu –et le bonheur aussi
    JMC

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