Ah ! jeunesse…

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Maurice Couyba, alias Maurice Boukay

Cette exclamation qui est le titre d’un livre fort réjouissant de Courteline, peut servir d’épigraphe à cette petite histoire.

Dans un volume déjà oublié, intitulé Chansons d’amour et de jeunesse, nous avons pu lire une dizaine de couplets fort bien tournés, ma foi, qui sont l’histoire d’un bistro devenu député sans savoir pourquoi.

C’est une satire assez mordante du système parlementaire.

A cette époque lointaine, son auteur, devenu sérieux aujourd’hui, ne détestait pas la blague. Une autre preuve à l’appui, c’est un petit volume qui doit sommeiller encore dans la bibliothèque de l’Université de Lyon à côté des légistes rigoureux et des austères philosophes et qui n’est autre qu’une petite revue quelque peu folichonne, écrite en collaboration avec le docteur Gabriel Montoya, resté chansonnier, et jouée à l’Association des Etudiants. Nous, ne pouvons pas reproduire ici tous les couplets de ladite chanson : ils sont trop ! Contentons-nous du dernier : 

Mes électeurs me payent des bocks
Pour ma noble attitude. 
C’est tous des zigs, des démoc-socs;  
— Faut pas d’ingratitude !  —
Une fois dégoûté  
D’être leur député, 
Et d’avoir fait la fête, 
J’attrape l’aut’ mandat, 
J’irai dans l’Sénat 
Prendre ma petit’ retraite.

Cela s’appelle Député ! et c’est dédié à M. Léon Bourgeois, tout simplement. Le piquant de l’histoire consiste aussi dans ce fait que l’auteur de cette chanson — et de beaucoup d’autres — sans avoir été bistro, devint député, le resta quelque temps et se fit ensuite nommer sénateur, tout comme dans la chanson.

Il fut même ministre, ainsi qu’il l’avait prévu aussi, en écrivant à la fin du quatrième couplet :

Faudra bien qu’un jour,
Ça soye à mon tour
D’avoir l’assiette au beurre.

En France tout ne finit donc pas par des chansons, il y a des hommes qui commencent par là. Le sénateur Maurice Couyba ne nous en voudra donc pas de lui rappeler la petite chanson de Maurice Boukay.

Il faut bien que jeunesse se passe.

« La Semaine politique et littéraire de Paris. » Paris, 10 novembre 1912.

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