La planète Mars 

Publié le Mis à jour le

astronome« Les hommes qui vivent sur la Terre vont peut-être communiquer avec les habitants de la planète Mars. » C’est en ces termes que, tout récemment, un astronome américain très réputé, le professeur William Henry Pickering s’adressait à ses concitoyens.

Il annonçait même la réalisation possible de ce troublant problème pour le courant du mois de juillet, parce que, à cette époque, Mars se trouve plus rapprochée de la terre. M. Pickering junior, comme on l’appelle aux États-Unis, est professeur à la célèbre Université Harvard, dont son frère aîné, M. Edward C. Pickering, dirige l’observatoire bien connu.

Nous sommes en juillet, M. Pickering nous doit de très prochaines révélations.

« Puisque nous supposons, a dit cet astronome américain, que la vie est très développée dans la planète Mars, il doit être facile de correspondre avec ses habitants, si nous le désirons, avec quelque esprit de suite. Pourquoi ne pas admettre que les Martiens sont en possession, comme nous le sommes nous-mêmes, d’instruments très perfectionnés et par conséquent prêts à seconder nos efforts ? Si nous parvenons à leur envoyer un  message, il est à peu près certain qu’ils parviendront à nous répondre. Si un code de communications s’établit peu à peu, nous ne serons pas longs à en apprendre davantage sur cette planète. Peut-être sera-t-il aisé de converser dans un délai assez rapproché avec les Martiens comme nous conversons de très loin, entre nous, à l’heure actuelle. 

« Mes plans de communication, ajoute M. Pickering, nécessitent l’emploi d’une série de miroirs exposés à la lumière solaire, et arrangés de façon à faire face à la planète. Ces miroirs sont fixés à un grand axe parallèle à l’axe de la terre, mû par des moteurs réglés pour faire une révolution complète chaque vingt-quatre heures. Naturellement cet ensemble de réflecteurs ne sera pas visible à l’œil nu par les Martiens, mais ils pourront très nettement le distinguer, à l’aide des lunettes très perfectionnées qu’ils doivent avoir. De la surface de Mars, cette lumière réfléchie apparaîtra comme un minuscule point lumineux sur notre globe.  

« En possession de ce réflecteur, nous commençons une série de signaux, interceptant la lumière du miroir, puis la rétablissant afin de déterminer un codé télégraphique. Les Martiens n’auront aucune peine à nous répondre, et il sera dès lors enfantin de régler la transmission des messages.

« Il faut environ huit minutes pour que la lumière du soleil parvienne à la Terre, et sans doute il ne faudra pas davantage pour que la lumière réfléchie de nos miroirs soit visible des observatoires martiens. »

Tout cela est très joli et ressemble bien davantage à un conte qu’à une démonstration scientifique. Est-il nécessaire de rappeler que la seule raison qui fasse supposer certains astronomes que la planète Mars est habitée est la régularité des canaux, visibles sur sa surface ? Cette régularité a amené les astronomes imaginatifs à prétendre qu’ils sont artificiels.w_h_pickeringMars ne possédant que très peu d’eau, il convenait d’en faire un usage approprié. C’est pourquoi les ingénieux Martiens, au dire de nos astronomes, se sont occupés d’installer un colossal système d’irrigation. La déduction facile qui découle de là est que les Martiens sont très civilisés et très intelligents. C’est peut-être aller un peu vite en besogne; on est en droit d’avancer que si les Martiens étaient vraiment d’une civilisation très avancée, ils auraient fait, pour communiquer avec nous, les premiers pas. Faut-il insister aussi sur ce que l’hypothèse d’une réponse immédiate a d’enfantin ?

M. Pickering croit que, son signal enregistré, il recevra sans tarder une réponse. C’est résoudre le problème théorique avec des si bien nombreux.

Le professeur américain Percival Lowell, de l’observatoire de Flagstaff, dans l’Arizona, qui s’est donné comme mission, depuis des années, d’étudier Mars, croit que non seulement les Martiens existent, mais qu.ils sont d’une intelligence bien supérieure à celle des pauvres Terriens. Le professeur Pickering est moins affirmatif, mais ses hypothèses et ses suppositions reviennent au même.

Dès qu’on aborde la question d’habitabilité de la planète Mars, on est sûr de rencontrer mille avis différents.

 Comment ! Vous dites que l’air respirable fait défaut ! Y êtes-vous allé voir ?
L’eau est rare, dit un autre, la végétation est peu vivace, et la nourriture des Martiens doit être très dissemblable de la nôtre
Peut être ne mangent-ils point hasarde un troisième.
Je suis sûr, déclare le professeur Lowell, que les Martiens sont migrateurs. Ils changent de régions avec les saisons.

Quoi qu’il en soit, même si l’on ne partage pas l’opinion de M. Pickering, il faut lui savoir gré des efforts qu’il accomplit pour tenter de résoudre un problème passionnant. L’installation de ces réflecteurs dont je viens de vous parler coûtera 50 millions, mais quelle gloire, si, grâce à eux, on peut réunir des données nouvelles Et, qui sait ? la science, souvent si fertile en déboires, est parfois récompensée par des résultats inattendus.

Oui ou non, la planète Mars est-elle habitée ? Lorsque vous posez cette question à un astronome, il commence toujours par hésiter. Dira-t-il oui ? Dira-t-il non ? En réalité, il n’est en possession que de vagues hypothèses : aucune précision, aucune réalité. S’il dit « Je n’en sais rien », il risque de n’intéresser personne et de se faire traiter de naïf par ses confrères plus audacieux. S’il dit « assurément non », l’incident est clos, il faut laisser dormir la question, le public ne se passionne plus pour ce monde inhabité. Voilà pourquoi, même les plus doués de franchise n’hésitent pas à déclarer « Mars est peut-être habitée. » Dès lors, le champ est ouvert à toutes les suppositions. Vous pouvez donner libre cours à votre imagination, et la palme est à l’astronome qui, avec des apparences de réalité, en s’appuyant sur ses connaissances scientifiques, créera le monde le plus extravagant sur notre proche voisine.

Vous avez sous les yeux une évocation du monde martien, conçue par des astronomes d’Amérique. Il semble certain que s’il y a des Martiens dans Mars, ils ne sont pas conformés comme nous le sommes. En premier lieu, leur système respiratoire doit être dissemblable du nôtre, puisque l’atmosphère de Mars n’est pas comparable à l’atmosphère de notre globe. Leur corps ne doit pas être conformé comme le nôtre, puisque la densité de l’air est plus faible. Dans ces conditions, se nourrissent-ils comme nous La flore, je l’ai déjà dit, est, ou plutôt doit être, peu abondante et peu vivace. Toutes ces petites choses ont assurément une importance. Y-a-t-il un monde marin dans cette eau qui après avoir séjourné aux pôles est amenée par les canaux artificiels un peu partout ? Mystère. Nous saurons peut-être tout cela bientôt, mais, pour le moment, nous devons nous contenter de faire des suppositions.percival-lowellAvouez avec moi que les Martiens, tels que les astronomes américains se les figurent, sont bien faits pour nous étonner et qu’on ne saurait souhaiter les voir de plus près, s’ils sont réellement ainsi.

La tentative du professeur Pickering ne sera pas la dernière de ce genre on annonce aussi (et ceci se passe encore en Amérique) que le professeur David Todd, du collège d’Amherst, est tout prêt à tenter plusieurs expéditions en ballon pour communiquer avec les Martiens, grâce à la télégraphie sans fil.

Le professeur Todd est très affirmatif, il assure que les Martiens, de beaucoup en avance sur nous, ont, depuis longtemps, essayé de communiquer avec la Terre. Sur quoi s’appuie-t-il pour faire cette déclaration ? Je ne le sais pas. Il croit qu’en s’élevant très haut dans les airs, il s’éloignera des centres bruyants peu propices à ses expériences, et qu’une fois seul dans l’éther, il pourra aisément recevoir les ondes envoyées de Mars et y répondre. M. Todd sera enfermé dans une cabine d’aluminium, installée comme nacelle. Dans cette cabine, il y aura des réserves d’oxygène, car le professeur a l’espoir de monter très haut.

Vous serez très certainement intéressés par ces déclarations de M. Todd. Je les traduis mot à mot.

« S’il y a des êtres vivants dans Mars, je suis persuadé qu’il nous ont envoyé des messages depuis de nombreuses années et qu’ils nous prennent pour des imbéciles, puisque nous ne leur répondons pas.

« J’espère intercepter ces messages, et, de cette manière, résoudre tous les mystères de la race humaine. 

« Les Martiens sont des dizaines de milliers d’années en avance sur les Terriens »

Vous voyez que M. Todd ne doute de rien. Je crois que nous n’avons qu’à nous armer de patience, tandis que les astronomes s’arment de leurs télescopes. Attendons de nouvelles informations. Tous les observatoires sont, ce mois-ci, en plein travail. Mais, permettez-moi de demeurer incrédule; à mon avis, la question martienne est encore loin d’être résolue.

Paul Hugault. « Le Magasin pittoresque. » Paris, 1909.

Une réflexion au sujet de « La planète Mars  »

    Cochonfucius a dit:
    août 14, 2019 à 6:33

    Blague de mon grand-père (Henri Lanet)
    ———-

    Les astronomes voient des rochers noirs disposés dans un désert martien, comme une phrase.

    Ils placent des rochers sur le sable du Sahara pour écrire «Qu’est-ce que vous dites?»

    et les Martiens répondent (en français) : «Rien».

    Sahara : «Si vous ne dites rien, pourquoi faites-vous des signes?»

    Planète Mars : «C’est pas pour vous, c’est pour ceux de Saturne.».

    .

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