Le vaisseau-cigare

Publié le Mis à jour le

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LONDRES. — Chantier de construction du Bateau-Cigare (Cigar-Ship). Nouvelle invention américaine (D’après le croquis de M. E. Barrère).

Plus d’une fois les passagers qui parcourent les bords de la Tamise ont dû se demander quel est l’objet mystérieux placé sur le bord de l’eau, près de Blackwall, et entouré d’échafaudages qui servent aux navires en construction. 

En effet, il y a lieu de s’étonner. Qu’on s’imagine un gigantesque cigare en métal, ou plutôt une carotte comme on en voit à la porte de nos débits de tabac, pointue par les deux bouts, longue de 300 pieds environ, et, pour compléter la ressemblance, peinte uniformément en rouge. Il faut se creuser un peu la cervelle avant de deviner dans cet objet un vaisseau à vapeur qui doit traverser ou plutôt percer les flots avec la rapidité de la flèche. 

L’idée est aussi hardie qu’originale, elle provient d’un Américain, M. Wyman, le propriétaire, qui dirige lui-même la construction de son innovation navale, bien appelée le cigar-ship ou vaisseau-cigare, nom que lui vaut sa forme. Ce vaisseau est en fer, et les différentes parties en sont jointes avec tant d’habileté, que le tout semble une seule pièce; le toucher même ne peut servir à faire discerner les soudures des plaques de fer. 

En examinant le cigar-ship terminé à l’avant et à l’arrière (qui se ressemblent exactement) en pointe d’aiguille, on peut, sans crainte de se tromper, prédire une rapidité immense; cependant il nous semble qu’un vaisseau de cette espèce doit percer à travers les vagues, droit comme une flèche, sans se donner, comme un vaisseau ordinaire, la peine de les monter et de les redescendre, ce qui fait que dans un gros temps, la course du vaisseau-cigare deviendrait presque entièrement sous-marine. L’intérieur est divisé en seize compartiments, tous impénétrables individuellement à l’eau. Sur une longueur d’environ 300 pieds, le cylindre (nous entendons par là le vaisseau), mesure dans sa partie la plus renflée, 16 pieds de diamètre… Au lieu de quille, se trouve placée au fond une sorte de poutre en fer massif, s’étendant d’un bout à l’autre du vaisseau et qui par son poids joint à celui du lest, l’empêche de rouler sens dessus dessous dans l’eau. Le pont, qui ne représente qu’une très petite surface est soutenu ou plutôt étayé par des supports partant des flancs du navire. Le tout est surmonté de quatre cheminées, de deux petits mâts et d’une tourelle pour le capitaine. Ces derniers objets joints à une petite portion supérieure du cylindre seront tout ce qu’on verra du vaisseau au-dessus de l’eau. 

On est occupé à donner au cigar-ship, le dernier coup de main avant de le lancer. Comme voyage d’essai, M. Wyman se propose, avec un équipage choisi, de traverser l’Atlantique, pour se rendre en Amérique. L’idée est hardie, nous ne pouvons que souhaiter un bon voyage à cet innovateur intrépide et espérer que l’entreprise du vaisseau cigare ne tournera pas en fumée.

« La Petite presse. » Paris, 29 avril 1866.

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