Les crabes manchots

Publié le Mis à jour le

crabeLa reproduction des organes de l’écrevisse est un fait scientifique bien connu.

Des expériences faites au laboratoire d’embryogénie comparée du Collège de France, par M. Samuel Chantrau démontrent que les antennes repoussent pendant le temps qui sépare une mue de la suivante. Les autres membres — tels que les grosses pattes, les petites, les fausses pattes et la lamelle de la queue — se régénèrent plus lentement, trois mues ayant lieu durant leur régénération. Quand survient la quatrième mue, les membres régénérés ont toute leur force.

Dans la première année de leur existence, soixante-dix jours suffisent aux jeunes écrevisses pour la régénération de ces divers membres. Il faut plus de temps à l’écrevisse adulte : la femelle a besoin de trois ou quatre ans pour refaire ses membres, et le mâle un an et demi à deux ans; c’est que le mâle mue deux fois l’an et la femelle une fois seulement. Enfin les yeux se régénèrent aussi chez ces vivaces animaux.

L’écrevisse fait peau neuve plus souvent que le serpent. Sa première mue a lieu dix jours après l’éclosion et le jeune crustacé change huit fois de carapace au cours de sa première année. La seconde année, il subit cinq mues et dans la troisième une en juillet, une autre en septembre. Dès lors, comme nous l’avons dit, la mue devient annuelle pour les femelles, bisannuelle pour les mâles. L’accroissement est en raison directe du nombre des mues.

Pour effectuer sa mue, l’écrevisse se met sur le flanc, soulève son corselet avec sa tête et son dos et dégage ainsi la partie antérieure de son corps; puis par un brusque mouvement de la partie postérieure, l’animal se sépare entièrement de sa vieille carapace.

Les crabes jouissent du même privilège de voir repousser leurs membres brisés. Les pêcheurs du golfe de Cadix ne l’ignorent point. M. Octave Sachot a raconté quelque part que, dans la petite ville de Puerto-Santa-Maria — célèbre par ses courses de taureaux et ses vins exquis — il s’étonnait de la prodigalité avec laquelle son hôte servait quotidiennement des plats de pinces de crabes.

 Que faites-vous du reste de la bête ? demanda un jour le voyageur.
La bête ? Nous la laissons bien tranquille sur son rocher jusqu’à ce qu’il lui soit repoussé d’autres pattes, que nous ne manquerons pas de lui enlever plus tard, quand le moment sera venu

Depuis lors, ajoutait le voyageur, « je n’ai jamais pu me représenter le rivage de Puerto-Santa-Maria autrement que comme un vaste promenoir d’invalides peuplé de manchots ».

Mettre des crabes en coupe réglée comme de jeunes chênes, l’idée ne manque pas de pittoresque; mais, la Société protectrice des animaux — qui prend la défense des crustacés, comme des bipèdes — ne manquerait certainement pas de s’émouvoir et de lancer ses foudres sur les peu scrupuleux pêcheurs, qui infligent sans remords de semblables mutilations aux « cardinaux des mers. ».

B. Depéage. « La Science illustrée. » Paris, 28 mai 1892.
Dessin Tom Sam You – Archives Larousse.

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