Le pays du tapage

Publié le Mis à jour le

Rouleau1Le pays du tapage, c’est la Chine. Cette dénomination lui revient de droit, même si on fait abstraction des soulèvements de boxers de naguère, et des entreprises révolutionnaires d’aujourd’hui.

Selon ce que dit M. V. Tissot dans son intéressant ouvrage sur La Chine, tout étranger visitant ce pays doit, pour bien s’initier aux mœurs des Célestiaux, se promener dans l’Avenue du Centre, de Pékin, qui est quelque chose comme nos grands boulevards de Paris : on y entend un tapage étourdissant.Rouleau2Dans toutes les manifestations quotidiennes de la vie chinoise, le bruit a sa part. 

A l’école, les élèves doivent crier à tue-tête. Ils apprennent leurs morceaux de récitation en répétant les phrases en chœur. Si leur voix vient à faiblir, le maître entonne à pleine gorge le passage récité, et les écoliers sont obligés de hausser le ton.

Aucune affaire, quelle qu’elle soit, ne pourrait se conclure sans tapage. Le Chinois est inspiré par le bruit, comme d’autres le sont par le calme et la solitude.

« Malheur à l’Européen qui entreprend un voyage à l’intérieur de la Chine ! Qu’il soit en barque, à cheval ou en voiture, il n’échappera pas au tapage : dans les auberges, la nuit, près de sa chambre, pour semer son sommeil de rêves gracieux, des ânes qui braient, des muletiers qui se disputent, l’hôtelier qui frappe sur son bambou et tire des coups de fusil pour éloigner les voleurs… »Rouleau3Dès qu’un Chinois vient à rendre le dernier soupir, ses parents s’élancent vers la pagode en poussant des hurlements véritables qui vous déchirent les oreilles. Le jour de l’enterrement, tout le quartier s’assemble devant la maison du défunt et crie à tue-tête. Plus l’on crie, mieux l’on montre l’étendue de sa peine. Puis, bientôt, les tams-tams et les gongs se mettent de la partie.

Lors d’un mariage, on ne fait pas moins de bruit. Les mêmes instruments sont frappés avec la même vigueur, les mêmes musiciens jouent les mêmes airs.Rouleau4A tout le tapage qui semble avoir, sinon une raison, du moins une excuse, il faut ajouter le retentissement des plaques de métal que l’on frappe continuellement, dans le but de faire fuir les mauvais esprits, et de se rendre favorables les bons !

On nous annonce, sous peu, un parlement chinois. Grands Dieux ! si certains partis veulent faire de l’obstruction lors des séances, quels concerts de hurlements ne feront-ils pas entendre !

« Le Pêle-mêle. » Paris, 25 février 1912. 

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