Toujours bon à savoir !

Publié le Mis à jour le

Marevéry_YvesHippolyte de Villemessant , qui était un vieil habitué des restaurants à la mode, a donné à ses confrères en gourmandise, d’excellents conseils.

Il leur recommande avant toute chose de vérifier l’addition et de ne pas craindre, lorsque le garçon rapporte leur monnaie sur une assiette, de soulever le papier couvert de chiffres qui l’accompagne. Bien souvent l’addition recouvre une petite pièce, soit de cinq francs en or, ou de tout autre valeur qu’on laisse sans s’en apercevoir, mais que le garçon n’oublie pas et qu’il a baptisé du nom significatif de traînard.

Quand vous avez offert à dîner à quelque ami, n’ayez aucune honte de vérifier devant lui votre addition, au lieu de vous empresser de la plier sans compter (ce qui paraît de bon goût). Déchiffrez consciencieusement et biffez impitoyablement les beurres, radis, thon mariné etc., etc., auxquels vous n’avez pas touché et qui et qui gonflent indûment votre total.

Ne vous exagérez pas la vieillesse du vin qu’on vous apporte dans un panier, et rappelez-vous l’anecdote suivante :

Deux amis dînent ensemble; c’est l’occasion de boire une de ces vieilles bouteilles qui disparaissent sous la poussière du temps.

 J’ai votre affaire ! dit le maître de la maison; un vieux bordeaux oublié au baptême de mon grand-père.

Et il disparaît en laissant les deux amis pleins de joie et tournant le coin de leurs serviettes dans leurs verres, pour les rendre plus dignes de recevoir le vénérable nectar.

Le restaurateur reparaît, marchant doucement, et dépose sur la table la bouteille, emmaillotée de toiles d’araignée. Le bouchon a été à demi tiré dans l’office, il n’y a plus qu’à l’enlever tout à fait. L’invité tend son verre, l’amphitryon débouche enfin.

Oh ! stupéfaction ! une mouche s’envole légèrement du goulot en bourdonnant son chant de liberté au nez des deux convives.

Le restaurateur, qui s’est contenté de verser du jeune vin dans une vieille bouteille, s’excuse en disant que l’indiscret insecte s’est glissé dans le goulot pendant le temps qu’il décantait le vin à l’office.

« Le Petit Marseillais. » Marseille, 30 mars 1889.
Illustration : Yves Marevéry.

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