Mme de Montedour

Publié le Mis à jour le

guerisseuseOn nous demande parfois des nouvelles de Mme de Montedour « la bonne dame d’Harfleur ». Nous l’avions perdue de vue. Les journaux de Belgique viennent de la rappeler à notre souvenir. Voilà ce qu’on lisait, ces jours derniers » dans l’Indépendance belge :

Mme de Mesnard de Montedour, lorsqu’elle habitait la France, était connue sous le nom de la « bonne dame d’Harfleur ». Elle guérissait tous les maux de l’espèce humaine, grâce à une faculté spéciale dont la nature généreuse l’avait dotée. Toute jeune, elle voyait, dans l’infini du ciel, aller et venir les lumières qui éclairaient, pour elle seule, des choses inconnues de tous : des personnages, des fantômes liaient avec elle des conversations instructives — et lui enseignaient la façon de guérir les malades.

Mme de Montedour, âgée de 50 ans, mariée et mère de famille, vint s’installer à Bruxelles, il y a un an environ. Elle habita une maison, rue de Neufchâtel, maison qui, bientôt, devint le but des pèlerinages de beaucoup d’estropiés et de malades. Elle recevait tous ces pauvres gens; avec amabilité et générosité, vêtue de blanc, ayant autour de la taille une ceinture bleue, et « ressemblant à la vierge Marie », disent ceux qui l’ont vue. Elle guérissait tout le monde, sans distinction de classe par la simple apposition des mains sur les parties du corps atteintes par la maladie. Des gens huppés venaient la voir, et la réputation de Mme Montedour s’étendit…

Elle s’étendit trop. Les esculapes professionnels virent dans les actes de la bonne dame d’Harfleur une concurrence dangereuse. Ils déposèrent une plainte au parquet, et celui-ci assigna la « guérisseuse » devant le tribunal correctionnel sous la prévention d’avoir exercé illégalement l’art de guérir. La bonne dame d’Harfleur devait comparaître vendredi matin devant les juges, mais elle a fait défaut pour l’excellente raison qu’un arrêté d’expulsion avait été pris contre elle. L’instruction à l’audience a été faite néanmoins, et elle a été intéressante.

On a entendu, notamment, une petite fille de 9 ans que la « bonne dame » avait guérie d’une anémie très  prononcée. Puis un autre client, M. L… , ancien chef de gare, est venu faire cette déclaration :

 J’étais aveugle. J’appris la puissance de Mme de Montedour et allai chez elle. Elle appliqua les mains sur mes yeux; rien que cela. Pendant ce temps, elle causait d’art, de littérature, de musique, de cuisine même… Cela dura plusieurs heures. Le lendemain j’éprouvai un mouvement dans les yeux et, depuis, je vois clair !…
— Vous avez payé cette dame ?
— Non. Elle n’a pas voulu, sachant que je suis une victime de l’administration des chemins de fer.

Le témoin entre dans des détails relatifs à sa situation vis à vis de l’Etat, duquel il se plaint vivement. Mais le président l’empêche de continuer…

Un autre, témoin, un vieillard, demi-paralysé, vient déclarer qu’il peut marcher grâce à l’intervention de la bonne dame.

 Ces auditions suffisent. Le ministère public se déclare satisfait : je demande l’acquittement, dit-il. D’abord parce que Mme de Montedour n’est pas ici et ne peut se défendre, et ensuite parce qu’elle ne tombe pas sous l’application de la loi, n’ayant pas exercé la médecine au sens strict du mot.

Et le tribunal acquitte… à la satisfaction générale.

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 15 avril 1901.

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