Le père de Pasteur

Publié le Mis à jour le

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Jean-Joseph Pasteur & Louis Pasteur

M. Rockfeller, le milliardaire américain, vient de donner l’argent nécessaire pour sauver de la destruction la maison où le grand savant Pasteur naquit à Dole et pour en assurer l’entretien.

Le père de Pasteur était, comme on le sait, un petit tanneur. L’illustre chimiste l’aimait pieusement et, quand il devint directeur de l’Ecole Normale supérieure, il hébergea souvent dans son appartement le tanneur, de passage à Paris. Le vieux paysan franc-comtois, même quand il était chez son fils, ne renonçait pas à ses habitudes campagnardes. C’est ainsi qu’il ne voulut jamais se servir de bougies de stéarine. II avait coutume de se servir de chandelles à Dole. Il en apportait à Paris et il les brûlait à l’Ecole Normale. Il déclarait que l’odeur des chandelles lui était agréable et que d’ailleurs cet éclairage coûtait moins cher que tout autre.

Jean-Joseph Pasteur se gardait de fréquenter les professeurs qui faisaient des cours dans l’établissement dirigé par son fils. Ce n’était point une société qui lui plut. Démocratiquement, il s’installait dans la loge du concierge et causait du matin au soir avec ce brave homme. Pasteur, qui voyait son père continuellement fourré chez ce modeste fonctionnaire en était quelque peu agacé, mais il respectait trop l’auteur de ses jours pour lui faire la moindre observation.

Avant d’être tanneur, le père de Pasteur avait servi dans les armées de Napoléon 1er. Il avait été sous-officier, s’était bravement conduit et avait gagné la croix sur les champs de bataille. Pasteur hérita de lui une certaine raideur militaire.

A l’Ecole Normale, il aimait montrer beaucoup d’autorité dans ses fonctions de directeur. Les élèves goûtaient peu d’ailleurs cette façon de leur commander. Il avait exhumé un règlement qui datait du premier Empire et où il était spécifié que les Normaliens, le dimanche, devaient s’habiller en queue de morue pour sortir de l’Ecole, Il voulut imposer ce règlement aux jeunes gens aux environs de 1880. On juge de l’effet que produisit cette prétention. Les élèves refusèrent obstinément de s’y soumettre, et le directeur dut céder.

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Emile Roux & Emile Duclaux

Une autre fois, Pasteur voulut forcer les élèves à manger d’un plat qu’ils jugeaient mal préparé. Lui-même y goûta et leur ordonna d’imiter son exemple. Ils n’y consentirent point. Pasteur le leur fit servir au repas suivant. Ils n’y touchèrent pas. Comme pour le règlement relatif à la queue de morue, le directeur dut s’avouer vaincu.

Ce ne fut pas seulement aux élèves de l’Ecole Normale que Pasteur fit sentir son autoritarisme : ses disciples en chimie eurent souvent à en souffrir. Emile Duclaux et Emile Roux qui, à ses côtés, devinrent de si grands savants, étaient souvent traités par lui comme de petits préparateurs de laboratoire. Il leur donnait l’ordre d’exécuter certaines expériences que lui suggéraient ses théories, mais jamais il ne leur disait la raison pour laquelle il les leur faisait faire. Ils devaient obéir comme des machines, puis communiquer les résultats obtenus à leur maître. Celui-ci en prenait connaissance et voyait si c’était ce qu’il attendait. C’était seulement quand la découverte était faite que Duclaux et Roux apprenaient pourquoi Pasteur leur avait commandé de contrôler tel ou tel phénomène.

Cependant, comme c’étaient des hommes d’une intelligence supérieure, il leur arrivait de deviner le plan de leur maître. Alors eux- mêmes imaginaient des expériences à tenter pour vérifier certaines hypothèses. Ils en soumettaient timidement l’idée à Pasteur qui commençait par se mettre en fureur, car il n’aimait pas qu’on lût dans son cerveau sans sa permission; puis subitement, regardant ses collaborateurs avec un sourire :

Pardonnez-moi ! C’est très ingénieux ce que vous venez de dire. Faites les expériences dont vous venez de me parler. Je vous remercie de m’y avoir fait penser.

C’est le docteur Roux, lui-même, qui raconte ces souvenirs et il ajoute :

Pasteur avait raison de ne pas vouloir que ses expérimentateurs connussent ses idées. Car lorsqu’on sait d’avance ce qu’on doit découvrir et qu’on désire obtenir tel ou tel résultat, on a une tendance à se tromper pour l’obtenir. Mais vraiment, il fallait être aussi dévoués que nous l’étions pour accepter une pareille façon d’agir.

« Le Pêle-mêle. » Paris, 10 mars 1912.

7 réflexions au sujet de « Le père de Pasteur »

    francefougere a dit:
    février 27, 2020 à 7:41

    Très intéressant et inattendu – merci 🙂

    Aimé par 1 personne

    Trigwen a dit:
    février 28, 2020 à 2:31

    Grand homme et illustre chercheur mais pas commode t plutôt psychorigide le père Pasteur ! Heureusement qu’il a trouvé une certaine résistance pour lui rappeler on ne dirige pas comme un dictateur, même une école prestigieuse.

    Aimé par 2 personnes

      Gavroche a répondu:
      février 28, 2020 à 9:30

      Une résistance parfois féroce, si on en croit les journaux et les publications de l’époque : il n’est pas exagéré de dire que beaucoup d’éminents scientifiques l' »attendaient au tournant », guettant la moindre faille qui aurait pu jeter un doute sur ses travaux !

      Aimé par 1 personne

    Le Jardin Secrêt De Marguerite a dit:
    février 28, 2020 à 8:20

    Bonsoir je découvre Pasteur sous un angle pas trop sympathique(c’est le moins qu’on puisse dire).. je ne connaissais pas son caractère exécrable..pourtant combien de gens ont pu vivre grace à lui..

    Aimé par 2 personnes

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