Auteur : Gavroche

Endurance du peuple noir…

Publié le Mis à jour le

tintinDernièrement une revue américaine, afin de prouver que les noirs sont autrement faits que nous et surtout beaucoup moins sensibles à la douleur physique, citait les faits suivants : 

Un homme de la peuplade des Makus, ayant eu une jambe amputée, sortit de son lit le lendemain et se promena en sautillant dans l’hôpital. Un Ydo, auquel on avait enlevé trois doigts de la main, s’évada de l’hôpital douze heures après l’opération et entreprit un voyage de plusieurs semaines, au cours duquel il se servi constamment de sa main mutilée. Pendant la guerre de Sécession, la capitale d’un chef esclavagiste ayant été bombardée, plusieurs femmes blessées mortellement ont été vues cherchant du bois à brûler, tirant de l’eau du puits et se livrant en général à tous les travaux du ménage. Le lendemain, la plupart succombèrent à leurs blessures. 

Les enfants ne diffèrent pas de leurs parents. L’auteur cite, à l’appui de cette affirmation, le fait suivant : une petite fille,ayant eu une jambe coupée, se traîna sur le bord d’un étang, où elle s’assit, trempant son membre amputé dans l’eau et chantonnant comme si de rien n’était. C’est ce qui explique, du reste, ces jeux extravagants des minstrels ou « clowns musicaux  nègres », lesquels, au cours de leurs cabrioles, se portent parfois, pour tout de bon, des coups terribles qu’ils ne paraissent même pas sentir. La façon de voir de l’auteur américain sera sans doute facilement acceptée par ses compatriotes très mal disposés en ce moment pour nos frères noirs. 

Il y a longtemps d’ailleurs que certains yankees ont adopté cette théorie et la mettent en pratique. On se rappelle que l’un d’eux, le célèbre explorateur Stanley, le « découvreur » de Livingstone, révéla aux Africains la beauté de la civilisation à coups de mitrailleuse.

« L’Universel. » Paris, 24 septembre 1903.
Illustration : Hergé.

Publicités

Veuf et bigame

Publié le Mis à jour le

françois-forichonEn 1900 mourut dans un canton du département du Gard, Mme X… Le décès fut déclaré à la mairie en présence de deux témoins, ainsi que le prescrit la loi, et le maire remit à la famille un extrait de la déclaration, qui devait accompagner le corps à transporter par  voies ferrées dans une ville voisine. 

Deux ans plus tard, le mari M. X… désirant se remarier, demandait à la mairie un extrait  de décès, lequel lui fut adressé et complété dans les formes légales. Quelque temps après, M. X… ayant eu besoin d’un nouvel extrait de décès de sa première femme, le réclamait à cette même mairie, qui lui répondit :

« Les registres de l’état-civil de 1900 ne mentionnent pas le décès de Mme X... ».

Une demande identique fut faite au greffe du Tribunal de l’arrondissement. M. X… reçut une réponse semblable. L’intéressé s’adressait alors au ministre de la Justice qui lui fit savoir :

« Je ne puis rien y faire, vous devez constituer avoué pour demander la régularisation de l’état-civil de Mme X... ».

Le maire de cette époque-là étant décédé depuis, M. X… ne pouvait avoir de recours que contre les héritiers, mais ces derniers avaient quitté le pays. 

Il en résulte donc que M. X… quoique veuf est bigame légalement et que s’il veut régulariser sa situation, il aura à débourser trois cents francs au moins pour omission dont il n’est pas l’auteur.

« Agence républicaine d’informations. » Paris, 7 juin 1917.
Peinture : François Forichon.

Des puces et un sultan

Publié le Mis à jour le

Les puces de la marquise

naturalisteLe marquis de Bourlley, mort l’an dernier, a laissé à sa femme une collection d’insectes vraiment rares et que tous les savants voudraient posséder.

Comment M. Bourlley, le fameux naturaliste s’y prit-il pour séduire la marquise ? Il serait indiscret de le rechercher : toujours est-il qu’elle le rendit le plus heureux des hommes en lui offrant un couple de puces géantes de Patagonie, espèce devenue introuvable à présent.

M. Bourlley a fait mettre sous globe l’inestimable cadeau, qui figure maintenant dans son salon, à la place d’honneur, avec, en lettres énormes, cette inscription.

Ces puces m’ont été données
Par Mme LA MARQUISE DE BOURLLEY.

« Mon dimanche. » Paris, 4 janvier 1903.

Un souverain bien gardé

controleLe sultan Abd-ul-Hamid a une terreur folle d’être assassiné. Aussi aucun souverain n’est-il mieux gardé que lui. Un Allemand en a fait l’expérience à ses dépens.

Lorsque ce sujet de Guillaume débarqua à Constantinople, les employés de l’octroi aperçurent dans une des malles du voyageur un guide Bædeker. Ils le confisquèrent sans hésitation. Le lendemain, le livre fut restitué à son propriétaire, mais en piteux état. Une centaines de pages en avaient été arrachées : toute la partie traitant de Constantinople.

Notre Allemand se rendit incontinent à la censure pour demandes des explications. On le reçut avec une obséquiosité tout orientale, et on lui fit remarquer (admirez la logique de ce raisonnement) qu’il n’était pas possible qu’on laissât entre les mains de personne une description de Constantinople, car ne pourrait-on pas utiliser un plan détaillé de cette ville pour approcher plus facilement le sultan et attenter à sa vie ?

« Mon dimanche. » Paris, 4 janvier 1903.

Les toiles d’araignées  dans les étables

Publié le Mis à jour le

araignée-toile_luneC’était autrefois un usage général, en Vendée, de ne jamais toucher aux toiles d’araignées dans les étables. Cette coutume, peu à peu abandonnée çà et là, mais encore en vigueur  dans un grand nombre de villages, était fondée sur la croyance populaire que les toiles d’araignées retiennent le mauvais air et préservent le bétail des maladies contagieuses. 

Il se peut qu’il n’y ait là qu’un préjugé sans fondement, mais est-il bien vrai que la présence de ces toiles d’araignées soit aussi néfaste que le prétendent, messieurs les professeurs d’agriculture… en chambre ? Ce qu’il y a de certain, c’est que les cultivateurs du Haut-Bocage sont, en grande majorité, demeurés fidèles à l’antique coutume, et que c’est précisément dans cette partie de la Vendée que s’élève le plus beau bétail. D’où je serais tenté de conclure que cette croyance populaire, comme tant d’autres en apparence ridicules, ne mérite point les anathèmes des soi-disant savants, toujours un peu trop portés à nier — a priori — ce qui leur paraît inexplicable : il y a tant de faits que la Science (avec un grand S) est impuissante à expliquer et qui n’en sont pas moins des faits ! 

En tout cas, s’il n’est pas permis d’affirmer que les toiles d’araignées dans les étables retiennent le mauvais air, on peut tenir pour certain qu’elles retiennent les mouches, et j’aime à croire que si les bœufs et les vaches pouvaient parler, ce ne serait pas pour s’en plaindre ! 

« La Vendée historique. » Luçon, 5 octobre 1908.

Château Lafite

Publié le Mis à jour le

chateau-lafiteÉvoquant le souvenir de voluptés exquises, ce seul nom de Château Lafite fait éclore un délicieux parfum sur les lèvres, des rubis dans les verres et la joie dans les cœurs. Pour raconter ce vin royal il faudrait un livre et pour le célébrer un poème. 

Le premier propriétaire de ce cru fameux entre tous fut, en 1355, le Damoiseau Jean de Lafite. Plus tard, sous Louis XIV, le précieux domaine appartint au président de Ségur, joliment appelé le « Prince des vignes ». Puis vint, de 1785 à 1793, M. de Pichard, président au Parlement de Guienne, comme propriétaire envié de l’aristocratique vignoble; condamné par le tribunal révolutionnaire de Paris, il fut guillotiné et ses propriétés confisquées et vendues au profit de la nation. Une compagnie hollandaise acquit Château Lafite

C’est en 1868, à la barre du Tribunal de la Seine, que ce domaine fut acquis par le baron James de Rothschild. Il est ensuit devenu la propriété des barons Alphonse, Gustave et Edmond de Rothschild. Tel qu’il était entre les mains du président de Ségur, voici bientôt deux siècles, tel il passa aux mains du baron James de Rothschild en 1868. Tel il est encore aujourd’hui, pas un pied de vigne n’ayant été ajouté depuis lors, à la séculaire et invariable contenance de Lafite. 

Le Lafite, répudiant toute mésalliance, s’est fièrement confiné dans son domaine originel à l’instar de ces vieilles familles qui s’enferment jalousement dans la noblesse immaculée de leur blason. L’une des caractéristiques du Lafite, c’est qu’il ne devient un vin incomparable qu’après quinze ou vingt ans de bouteille; alors seulement se développent les merveilleuses qualités de finesse et de bouquet qui le distinguent entre mille. 

Un mot, s’il vous plaît, sur les plus grandes réussites des années actuellement existantes dans le commerce, les caves des amateurs ou sur les cartes des restaurants. 

1870 représente la plus grande année, celle qui, peut-être, réunit le plus complètement les qualités de ce nectar. Les années 58, 64, 68, 69, sont magnifiques de richesse et de vigueur, de moelleux, de bouquet vraiment incomparable. Les 71 et 74 se distinguent par la délicatesse de l’arôme et la finesse d’une saveur sans rivale. Enfin, le 75 peut être qualifié de Grande bouteille. Avec ses 28 ans d’âge et de grade aussi vénérable que glorieux, il est actuellement à point. Les 93 et 95, années à retenir et donnant les plus douces promesses, continueront la gloire immortelle du Château Lafite

Chaque année la Ville de Paris offrait à Louis XIV du Chambertin, rosée favorite du Roi Soleil. Son médecin Fagon lui conseilla le Lafite et lui en fit goûter. Dès lors Louis XIV en fit son vin ordinaire. 

Louis XVIII aurait renoncé à ses fameuses Côtelettes Martyre plutôt que de ne pas les arroser d’un vieux Lafite. Et son ministre, M. de Martignac, aussi fin gourmet qu’éminent orateur, avait toujours dans sa bibliothèque une bouteille de Lafite faisant vis-à-vis à une terrine de Nérac embaumant la truffe. 

Prisonnier à Amboise, l’émir Ab-el-Kader tombe assez gravement malade, et dans le régime que lui prescrit le médecin figure un Château Lafite dont le pieux musulman n’eut qu’à se louer. 

 Ah ! disait-il avec autant de reconnaissance que d’admiration, si Mahomet eût connu les vertus bienfaisantes de ce divin breuvage, il n’aurait peut-être pas défendu le vin dans le Coran. 

On sait que, dans les grandes mêlées parlementaires. M. Thiers avait coutume de remplacer le classique verre d’eau de la tribune par un verre de ce cru célèbre. Faut-il s’étonner qu’il eut tant d’esprit ! 

Tous les hommages rendus au Château Lafite ne sauraient rien ajouter à son mérite et à sa valeur. N’est-il pas, lui aussi, un éminent personnage, un grand Seigneur, un roi ! 

Baron de Vergt. « Almanach des gourmands. » Paris, 1904.
Photo : lafite.com

Morts de peur

Publié le

peurLe premier roi de Prusse, Frédéric Ier, dormant un jour sur un fauteuil, fut tellement frappé par la visite inattendue de sa femme, Louise de Mecklembourg, tombée en démence et échappée des mains de ceux qui la gardaient, qu’il s’imagina voir en elle l’apparition de la femme blanche, dont la venue annonçait toujours la mort d’un prince de la maison de Brandebourg. A l’instant même il fut saisi d’une fièvre ardente, qui l’emporta au bout de six semaines, à l’âge de cinquante-six ans. 

Peuteman, peintre allemand du dix-septième siècle, mourut en 1651 de la frayeur qu’il ressentit en voyant remuer des squelettes agités par un tremblement de terre. 

Madame de Guerchi, fille du comte de Fiesque, mourut en 1672 pour avoir eu peur du feu. 

Le maréchal de Montrevel eut la malchance de voir une salière répandue sur lui dans un dîner officiel : la fièvre le saisit, bientôt et l’emporta, en 1716. 

Dans ses Souvenirs et Portraits, M. Halévy raconte la triste fin du charbonnier musicien Thomas Britton, fondateur du club musical en Angleterre, qui mourut deux jours après la sinistre plaisanterie d’un ventriloque qui prétendit lui annoncer sa dernière heure. 

« La Revue des journaux et des livres. » Paris, 13 février 1887.
En illustration : photo du film « Les Trois Visages de la peur« , de Mario Bava © Éditions Montparnasse.