Auteur : Gavroche

Crépuscule de gloire

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Sur les bords de l’Essonne, au pied d’un chaos de rochers, extrême pointe de la forêt de Fontainebleau, quels sont ces promeneurs au crâne rasé, à l’allure martiale, qui semblent mal à l’aise dans leur costume civil ?

Ils habitent nombreux, en famille, dans de grandes villas ou de vieux moulins loués pour les vacances, et forment un petit monde à part avec leur langue et leurs moeurs.

Parfois de nouveaux arrivants débarquent d’autos propres et soignées, qui, à plus ample examen, se révèlent de simples taxis au compteur encapuchonné.

Ce sont d’anciens officiers de l’armée du tsar, que les événements ont contraints à se faire chauffeurs et qui prennent dignement leur disgrâce en patience… rêvant à des retours de fortune qui s’annoncent peut-être, dans le lointain Extrême-Orient !

« L’Impartial. » Djidjelli, 1931.

« Contribution au sauvetage et au rappel à la vie des personnes que leur maladresse ou le malheur des temps a indûment fait tomber dans la rivière. »

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M. Laborde expose à l’Académie de médecine les observations relatives à deux sujets en état de mort apparente à la suite de submersion et qu’il a ramenés à la vie par un procédé qu’il croit inconnu ou tout au moins qui n’a pas été signalé jusqu’ici.

L’effet et l’importance de cette manoeuvre résident principalement, dit M. Laborde, dans l’action puissante que l’excitation de la base de la langue et surtout sa traction exercent sur le réflexe respiratoire. Cette traction peut, d’ailleurs, être réalisée d’une façon rythmique en s’appropriant, en quelque sorte, au rythme de la fonction qu’il s’agit de réveiller. 

Pour saisir et bien tenir la langue, qui glisse, on le sait, avec grande facilité, la préhension avec la main est la seule ressource. Le moyen le meilleur et le plus sûr de la réaliser, c’est en même temps que l’on s’est armé d’une cuiller (si l’on en a une à sa disposition) pour maintenir l’ouverture de la bouche et appuyer sur la base linguale. C’est, dit M. Laborde, d’entourer ses doigts d’un mouchoir, afin d’éviter, autant que possible, le glissement et l’échappement de la  langue, qu’il ne faut pas craindre de tenir avec force et sur laquelle, il faut « tirer hardiment. » 

Il serait néanmoins exagéré d’attraper le noyé par la langue pendant qu’il est encore dans l’eau et de chercher à l’en extraire comme un simple barbillon, en le tirant par cet organe articulatoire. Il n’aurait même pas la ressource de crier : « Oh là ! mais vous me faites mal ! » 

Enfin, si quelqu’un, sous prétexte qu’il a trop bu au cours d’une immersion, refuse de revenir à la vie, conseillez-lui de tirer la langue, aidez-le à ce faire, et ne négligez pas pour cela les autres moyens, élévation rythmique des bras, etc. Mais gardez-vous de le pendre par les pieds, tous les. noyés qui en sont revenus ont dit que ce traitement leur avait été peu agréable.

M. Champimont. ED. L. Boulanger. Paris, 1892.
Peinture : Alfred Guillou.

Trente et une perruques pour une tête

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Juvénal raconte que Messaline, de légère mémoire, couvrait, pour courir la prétentaine, sa noire chevelure sous une perruque blonde, flavo crinem abscondente galero. L’art des postiches qui remonte à une haute antiquité, est arrivé aujourd’hui à un degré de perfection qu’il lui sera, croyons-nous, difficile de surpasser. Cependant, la grande lutte du tissu végétal contre le tissu animal est loin d’être terminée, et il en sortira peut-être quelque révélation nouvelle qui reculera les limites de l’art. 

A propos de perruques, une anecdote se place sous notre plume. Lord B…, un riche Anglais qui vit depuis de longues années à Paris, avait vu tomber sous l’implacable faux du Temps les boucles soyeuses de sa chevelure. Il avait eu recours au postiche mais, n’ayant pas abdiqué toute prétention de jeune homme, il tenait beaucoup à ce qu’on ignorât le secours que les défaillances de la nature l’avaient contraint de demander à l’art. Voici l’ingénieux système qu’il avait imaginé dans ce but : 

Un artiste capillaire émérite, bien connu de toutes les calvities parisiennes, lui confectionna trente et une une perruques d’un blond cendré parfait. Chacune de ces perruques était affectée à un jour du mois. Mais, là est le trait de génie, les cheveux de ces perruques différaient en longueur. La perruque du 2 était d’un millimètre plus longue que celle du 1er. Celle du 3, d’un millimètre plus longue que celle du 2, et ainsi de suite. Il y avait entre la perruque du 1er et celle du 30 une différence de 31 millimètres. 

Quand on arrivait au 29, lord B… disait négligemment à ses amis : — C’est singulier, comme mes cheveux poussent vite. Il faut que j’aille me les faire couper.

Le lendemain, lord B… disait : — Décidément, j’irai me faire couper les cheveux demain. 

Enfin le 31, il disait : — Je vais de ce pas me faire couper les cheveux.  

Et il reparaissait le 1er avec la perruque plus courte de 31 millimètres que celle de la veille. Lord B… a payé ses trente et une perruques 50,000 fr.

« L’Argus et le Vert-vert réunis. » Paris, 1859.

Mystification et modestie

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prisonniers

Plusieurs de nos parlementaires ont dernièrement reçu une circulaire leur demandant de protester contre le long martyre du peuple Poldève opprimé par des tyrans sanguinaires. 

En réalité, le peuple Poldève n’existe point et le récit de ses souffrances appartient plutôt à la fumisterie qu’à l’histoire. Cela n’a pas empêché une dizaine de députés de répondre avec empressement à la circulaire en promettant leur « concours dévoué ». Pour ce que ça leur coûte ! 

La farce est bien amusante, mais, à notre humble avis, les mystificateurs triomphent trop bruyamment. Se croient-ils donc immunisés contre toute naïveté de ce genre ? Et oublient-ils que la somme de leur savoir est bien peu de choses à côté de ce qu’ils ignorent ? 

« La Revue limousine. » Limoges, 1929.

Douteux rebouteux

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rebouteuse

Le peuple a gardé contre les médecins une méfiance craintive, comme s’il appréhendait toujours d’être pris pour sujet d’expériences. Au contraire, les rebouteux, guérisseurs et autres charlatans ont leur tendresse, grâce à l’amour tenace du merveilleux qui gît en notre âme de Gaulois épris de fantastiques histoires.

A chaque instant les tribunaux ont à condamner quelque marchand de boulettes mirifiques, autant en général pour escroquerie que pour exercice illégal de la médecine ou de la pharmacie. Le dernier qui vient de voir interrompre le cours de ses  « merveilleuses » cures, a été jugé à Rouen, il n’y allait pas de main morte.

Peigner (c’est le nom du prévenu) cumulait les fonctions de masseur, de rebouteur, de médecin, de chirurgien, etc. Un détail donnera une idée de sa science. Pour administrer des fumigations à ses clients, il les enfermait dans un tonneau, la tête seule émergeant. Assis sur une chaise placée dans le tonneau, le patient recevait, en cette position, la chaleur d’un réchaud à charbon allumé au-dessous.Le tribunal a prononcé contre Peigner une triple condamnation : d’abord, huit jours de prison pour blessures par imprudence, ensuite 500 francs d’amende pour exercice illégal de la pharmacie et 16 francs d’amende pour exercice illégal de la médecine et de la chirurgie.

Un autre bel exemple de rebouteux qui n’administre pas seulement de la mie de pain en pilules, est celui de la femme Lombard. Elle habitait et habite peut-être encore Ménilmontant, en pleine Ville-Lumière.

Un pauvre diable de graveur, à moitié ataxique, nommé Ney, la laissa s’installer chez lui, où elle prétendait le guérir. Elle lui administra d’abord ce qu’elle appelle, des bains secs. Le malheureux Ney, qui n’a rien de commun avec le vainqueur d’Elchingen, devait s’asseoir sur une chaise percée dans laquelle la femme Lombard avait placée une lampe à alcool. La guérisseuse expliquait au patient qu’il s’agissait de « cuire le mal ». L’infortuné Ney sautillait, résigné, sur son siège. Parfois, la femme Lombard lui donnait en quelques heures, jusqu’à six lavements qu’il devait garder, car il ne suffisait pas de « cuire le mal », il fallait le « noyer ». C’était la question par l’eau, mais de l’autre côté. Après avoir tour à tour cuit ou noyé le mal, il fallait « l’enlever ». C’étaient alors des frictions qui duraient plusieurs heures et où la femme Lombard déployait une telle furie que la peau du malheureux Ney, surnommé par ses voisins le Brave des braves, s’en allait par lanières dont la frictionneuse remplit un bocal. Enfin, pour « évacuer le mal», la guérisseuse donnait à M. Ney des purgations qui l’etendaient raide.

Elle employait aussi une pommade, dont voici la formule :

« Prenez trois petits chiens d’un mois. Tuez-les en leur faisant boire du cognac. Ecrasez leur graisse avec des vers rouges semblables à ceux que l’on emploie pour la pêche à la ligne. Faites cuire le tout au bain-marie pendant soixante-douze heures, à l’époque de la pleine lune. Cette pommade guérit rhumatismes, goutte et toutes les douleurs. »

La femme Lombard vendit au triste Ney, en peu de temps, pour 1.600 fr. de pommade de chiens ivres-morts. Elle soignait une jeune fille qui perdait ses cheveux en lui faisant avaler des pilules de crottes de blaireau. La justice intervint. On arrêta la femme Lombard. Alors trois cents habitants de Ménilmontant signèrent une pétition pour demander la mise en liberté de la faiseuse d’onguent de vers de vase.

Il est vrai que Ménilmontant est un pays d’esprits forts et que nous sommes dans un siècle de lumières.

« La Joie de la maison. » Paris, 1892.

Une femme a menti… en argot

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M. Léopold Marchand fut, la saison dernière, engagé, par la Société Paramount, pour choisir et présenter les films ; il exécuta ainsi Une femme a menti, dont il écrivit lui-même le scénario. 

Ce film 100% parlant, connut le succès dans différents cinémas parisiens, jusqu’au jour où son auteur, rencontrant un sien ami, entendit avec stupéfaction cet ami lui reprocher de ne plus écrire en français mais… en argot. M. Léopojd Marchand tomba des nues. 

Oui ou non ? interrogea l’ami, êtes-vous l’auteur d’Une femme a menti

Et, sur  sa réponse affirmative, l’autre ajouta : 

Eh bien ! cette pièce est écrite en une langue plus en usage à la Villette qu’au faubourg Saint-Germain !… ou même aux Champs-Elysées. 

L’écrivain s’en fut au cinéma le plus proche et s’aperçut que, si la femme mentait toujours, l’ami, lui, n’avait pas menti… les expressions argotiques émaillaient le style jadis pur de son oeuvre. L’auteur avait écrit notamment cette phrase :

« Eh bien, là lune de miel est déjà finie ? » La réplique avait été remplacée par celle-ci : 

« Eh bien ! quoi… il y a déjà de l’eau dans le gaz ? » 

Plus loin, au lieu de : « Je suis fatigué de cette vie ! » On disait :  

« Moi, cette vie… j’en ai marre ! » 

M. Léopold Marchand estimant que cette traduction plus que libre de son oeuvre, lui cause un préjudice moral grave, réclame 500.000 francs de dommages-intérêts à la Société Paramount. Me. Adrien Peytel soutiendra devant la première chambre les intérêts de l’auteur d’Une femme a menti

« Cyrano. » Paris, 1931. 

Remords de Cauchon

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Le 18 décembre 1442, alors que, de passage à Rouen, il se rasait, l’évêque Cauchon, juge de Jeanne d’Arc, mourut subitement.

Où avait-il été enterré ? Dans la chapelle Jeanne d’Arc (Cathédrale de Lisieux) que, poursuivi par le remords, assurait-on, il avait fait construire à Lisieux ? Mais on n’avait de cela aucune certitude.

Pour mettre d’accord les historiens, on a ouvert, dans cette chapelle, au pied d’un pilier portant les armes du juge de triste mémoire, un tombeau clos depuis cinq siècles. Une crosse d’ivoire est apparue, posée sur un cercueil recouvert d’une chape de plomb, et reposant sur deux barres de fer. 

Les bras étaient croisés sur la poitrine, le tête légèrement penchée à gauche. Les os étaient nus. Derrière le crâne il y avait encore des touffes de cheveux, blonds et fins. On est maintenant certain, qu’il s’agit bien du corps de l’évêque Cauchon.

Les ossements ont été remis dans l’enveloppe de plomb, puis replacés dans le tombeau.

« Chantecler. » Tananarive, 1931.
Illustration : https://www.la-nrh.fr/2010/11/pierre-cauchon-comment-on-devient-le-juge-de-jeanne-darc/