Auteur : Gavroche

Madame de Talleyrand

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Il nous revient une anecdote savoureuse sur Mme de Talleyrand. La femme du célèbre diplomate était d’une ignorance impressionnante !

Il arriva que, dans une cérémonie, elle devait avoir pour cavalier un explorateur, auteur de plusieurs livres de voyages. Talleyrand fit venir sa femme et la pria de lire quelques ouvrages de l’auteur en question, afin de pouvoir lui en parler. Il lui indiqua de lire surtout le dernier livre paru, intitulé Relations. Mme de Talleyrand alla donc trouver le bibliothécaire et le pria de lui remettre un livre… un livre de voyages dont le titre finissait en on

 Robinson, sans doute ? interrogea-t-il.
— C’est cela, répondit joyeusement Mme de Talleyrand.

Et c’est pour cela que, le lendemain, l’étourdie disait à son cavalier interloqué : 

 Vous avez du être bien joyeux, quand vous avez rencontré Vendredi !

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Truffes à la purée d’ortolans

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louis-xviii-orson-wellesLouis XVIII fut non-seulement un grand législateur, mais encore un gastronome consommé. Ses connaissances dans l’art culinaire , son appétit immense, égalaient sa science profonde du régime représentatif, et s’il a des droits à la reconnaissance des citoyens français, son nom doit aussi être béni par les ventrus de toutes les nations. L’estomac serait-il donc plus ingrat que le coeur ? et lorsque tout redit la gloire de l’auteur de la Charte, aurait-on déjà oublié l’immortel inventeur des truffes à la purée d’ortolans ? 

Oui, c’est à ce royal gourmand, c’est à ses sublimes méditations de gastronomie transcendante, que nous devons ce mets divin, ce chef-d’oeuvre inimitable de la poétique culinaire. Voir Naples, et puis mourir ! dit un Italien. Manger des truffes à la purée  d’ortolans, et puis mourir ! dirait M. Piet; oui, mourir !… Trop fortuné duc d’Escars ! tu as connu ce bonheur…. tu as savouré religieusement le fruit délicieux des savantes élucubrations de l’auguste cuisinier. Tu es passé d’un plat de truffes à l’éternité ! Venez, profanes, venez avec nous, jeter quelques fleurs sur la tombe du héros, et écouter l’histoire édifiante du plus beau fait d’armes et du plus beau trépas de la gastronomie moderne ! 

Heureux possesseur de la confiance de son maître, M. le duc d’Escars , premier maître d’hôtel, connaissait seul secret de cette sublime truffe à la purée d’ortolans, qui fera passer à la postérité le nom de son auteur. 

Lorsque l’illustre inventeur voulait se régaler de son mets favori, il faisait appeler le premier maître d’hôtel. Tous deux, dans le silence du cabinet, dans le recueillement de la méditation, troquaient l’hermine et le brocard contre la veste blanche et le bonnet de coton. La porte était fermée à tous les regards, et le grand mot : « M. le duc d’Escars a travaillé dans le cabinet » paraissait le lendemain imprimé officiellement dans les journaux. Mais là ne se bornait pas la tâche du duc d’Escars : après avoir été aide de cuisine, il devenait convive, et dans l’auguste tête à tête, savourait la moderne ambroisie. 

Un jour, la matinée avait été consacrée à l’admirable travail : le succès passa toute espérance : le plat de truffes à la purée d’ortolans était immense, savoureux, embaumant. Les deux illustres gourmands prennent place à un petit couvert, et le plat entier (et il eût suffi à vingt personnes) fut mangé avec art, méthode, raffinement. Cependant, comme les plus belles choses ont aussi un terme, il fallut se soulever de table. Le duc d’Escars se retire, et comme Bacchus, vainqueur des Indes, il rentre triomphant dans son appartement.

Bientôt, dans le vaste château, chacun dort sur les deux oreilles, même ceux qui, dit-on, ne dorment jamais : mais grand Dieu ! quel triste retour des choses d’ici-bas ! le maître d’hôtel  se réveille en sursaut. Il sonne, on accourt. Les médecins lui prodiguent les soins les plus empressés. Le mal fait d’effrayants progrès, il ne laisse bientôt plus d’espoir : le duc voit son état : il songe encore à l’excellent mets qui causera sa mort, et, dans sa reconnaissance et son effroi, il ordonne que l’on se hâte de voler chez son amphitryon, qui, peut-être, court un égal danger…. Il dormait du sommeil de l’innocence et de la digestion !… M. le duc d’Escars est mort !… 

Altéré à cette nouvelle, l’inventeur de la truffe à la purée réfléchit sur la fragilité des choses d’ici-bas, donne un soupir à la mémoire de son fidèle serviteur, puis se laissant aller à un petit mouvement d’orgueil, bien excusable dans une telle circonstance, il s’écrie: 

« J’avais raison de le dire, mon estomac vaut mieux que le sien ! »

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« Journal des gourmands. » 1830.
Illustration : Orson Welles dans « Waterloo » film de Sergueï Bondartchouk. 1970.

Le roi Lear 

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Arsène Alexandre, parlant des derniers moments de la vie de M. Degas, nous apprend que, devenu presque aveugle, le vieillard quittait chaque après-midi le boulevard de Clichy, et marchait à grands pas jusqu’à la nuit au hasard, dans Paris.

Il rentrait fort tard, et les quelques rares personnes qu’il fréquentait encore craignirent souvent qu’il ne lui advint malheur. Mais M. Degas n’admettait pas d’être accompagné en ces courses éperdues. Tel un vieux roi Lear de la peinture, il partait, chassé de chez lui par l’horreur de la solitude, le désespoir de ne plus peindre, et un effroi de la mort dont l’idée, avoua-t-il, le hantait jusqu’à l’obsession. 

Ses collections, depuis qu’il avait dû quitter son double appartement par suite d’expropriation, étaient entassées pêle-mêle, Greco avec Perronneau, Gauguin auprès d’Ingres, par terre, dans l’atelier. Nul n’avait le droit d’y toucher, de retourner les toiles, de les épousseter. 

Est-il rien de plus pathétique que la fin de cet artiste, misanthrope, seul, ne voulant parler à âme qui vive, mourant, sans enfants, sans foyer, parmi des chefs-d’œuvre que ses yeux ne peuvent plus adorer ? On songe à la mort du grand Tolstoï, s’échappant un soir, hagard et affolé, et qu’on retrouva demi-vêtu, grelottant de froid, sur le banc d’une petite gare de Russie.

« Le Carnet de la semaine. » Paris, 1918.

 

Entr’aide malgré tout

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enfants-noelIl est un vieux proverbe chinois que l’on ferait bien de répéter souvent à l’heure actuelle. Le voici : « Vous ne pouvez pas empêcher les oiseaux de la tristesse de voler au-dessus de votre tête, mais vous pouvez les empêcher de faire leurs nids dans vos cheveux.« 

Les Juniors » semblent avoir compris cela. Ils savent que pour obéir à leur devise « Je sers »  ils n’ont pas le droit de se laisser décourager par les difficultés. Ils prouvent à chaque instant que l’on peut trouver moyen de venir en aide aux autres, si maigres que soient les ressources dont on dispose. 

Les Juniors d’une Ecole Secondaire de Vienne se sont trouvés devant un problème angoissant à la Noël dernière. Depuis des années, ils envoyaient des cadeaux de Noël aux élèves d’une pauvre école dans les montagnes. Ils savaient que ces enfants comptaient sur leur colis cette année-là comme de coutume. Mais la caisse de la Croix-Rouge de la Jeunesse était vide. Que faire ? Ils se sont réunis en conseil et ont trouvé pour résoudre la difficulté un moyen qui exigeait un sacrifice de leur part. Ils ont apporté à l’école quelques-uns des cadeaux qu’ils avaient eux-mêmes reçus pour la Saint-Nicolas et une semaine avant Noël ils ont pu expédier deux gros colis aux enfants des montagnes. 

Dans l’Ecole Primaire de Kunovice, Tchécoslovaquie, se trouvaient 36 élèves pauvres, auxquels les Juniors de cette école voulaient donner des cadeaux de Noël. A force d’ingéniosité, ils ont tiré de leurs modestes ressources un parti inespéré, n’achetant que ce qu’ils ne pouvaient pas fabriquer. Leurs préparatifs furent connus en ville et tout d’un coup, ce projet des Juniors devint le projet de toute la collectivité. 

Différents magasins envoyèrent des présents comprenant des souliers, des vêtements,  des mouchoirs, des casquettes, des gants, des fournitures scolaires et des friandises. Ces envois, ajoutés aux cadeaux confectionnés par les Juniors et à ceux qu’ils avaient achetés, ont fait de Noël un moment inoubliable pour les 36 élèves indigents. Bien plus, lorsque les Juniors ont dressé l’arbre de Noël dans une des classes, ils ont trouvé au pied des dons d’argent provenant de bienfaiteurs anonymes qui ont voulu participer à cette œuvre de charité. Avec cet argent, les Juniors ont acheté des souliers et de l’étoffe pour faire des habits pour plusieurs des élèves. 

Les activités de ce groupe de Juniors tchécoslovaques sont caractéristiques de l’oeuvre  des différents groupes du pays. Ils ont choisi comme devise cette année : « Aidons davantage les malheureux. » 

En Bulgarie, les membres de la Croix-Rouge de la Jeunesse poursuivent le même but. Plusieurs groupes ont organisé des cantines scolaires gratuites où l’on sert quotidiennement des repas sains et abondants. On distribue des livres de classe aux élèves pauvres afin de leur éviter cette dépense. Un des groupes a donné une représentation dont le produit a permis d’acheter des chaussures pour quinze enfants  qui venaient nu-pieds à l’école par un temps abominable. 

« Jeunesse : organe de la Section de la jeunesse de la Croix-rouge française. » Paris, 1932.

Vers la diminution des heures  et des jours de travail 

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diego-riveraIl y a quatre ans environ, Henry Ford surprit ses concitoyens en instituant dans ses usines la semaine de 5 jours de travail en expliquant les mobiles de sa décision. 

Son idée était que la semaine plus courte laisserait aux travailleurs davantage de temps peur utiliser et consommer des produits de l’industrie. A son avis, l’industrie nationale ne pourrait plus subsister au cas où les fabriques établiraient de nouveau la journée de dix heures de travail. Par exemple, i’ouvrier n’aurait guère le temps de se servir de sa voiture, s’il -devait travailler de l’aube jusqu’au coucher du soleil, A son avis, de la même manière que la journée de huit heures avait conduit le pays à la prospérité, la semaine de cinq jours est destinée à  lui procurer une prospérité encore plus grande.

M. Ford .annonça qu’il paierait pour la semaine de cinq jours les mêmes salaires qu’il payait auparavant pour la semaine de six jours, car autrement le but de la réforme, qui consiste à accroître la consommation, ne serait pas atteint. « Mieux vous payez les heures de repos de vos ouvriers, plus grands deviennent leurs désirs. Et ces désirs deviennent vite des besoins. » Pour satisfaire ces nouveaux besoins les ouvriers dépensent largement leur argent et favorisent ainsi la prospérité générale. 

La crise que traverse actuellement l’économie des Etats-Unis, loin de faire abandonner, le point de vue du grand constructeur de Détroit, n’a fait que le renforcer, En effet, dans la généralisation de la semaine de cinq jours on voit aujourd’hui une solution, tout au moins partielle, au chômage, en particulier à celui qui est causé par le développement du machinisme et la découverte de procédés industriels plus économiques, réduisant la main-d’œuvre. 

On calcule que plus de 500.000 ouvriers travaillent aux Etats-Unis d’un bout de l’année à l’autre par application de la semaine de cinq jours. L’an dernier 150.000 ouvriers du bâtiment ont été placés sous ce régime dans la ville de New York seulement. 

Il faut dire cependant que la National Association of Manufacturers s’oppose vigoureusement à la généralisation de la semaine de cinq jours. Elle déclare que son adoption aurait pour effet d’augmenter de plus de 15 % le coût de la vie, de diminuer la production, de détruire dans les travailleurs toute ambition de progresser, et de rendre le pays plus vulnérable vis-à-vis de l’emprise économique européenne. 

Rappelons que l’ancien gouverneur Alfred E. Smith et John J. Raskob, président de la General Motors, se sont par contre déclarés partisans de la semaine de cinq jours en vue de diminuer le chômage. 

« Le Courrier automobile. » Hanoï, 1931
Illustration : fresque de Diego Rivera.

Le général Tom Pouce à Bade

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Phineas Taylor Barnum et Charles Stratton

Le général Tom Pouce qui va arriver à Bade est bien réellement, dit le programme que nous avons sous les yeux, celui qui, il y a douze ans, fut couvert de caresses et de baisers par les plus jolies femmes de Paris, et qui fut reçu par le roi Louis-Philippe et la famille royale. 

Il paraît effectivement que le doute n’est pas possible, car plusieurs personnes qui l’ont visité alors, l’ont parfaitement reconnu sur les photographies qui sont exposées à la librairie des Demoiselles Marx. Son esprit et son intelligence seuls ont grandi depuis cette époque, car sa taille n’a pas dépassé trente et un pouces anglais (quatre-vingts centimètres), et il ne pèse que vingt-neuf livres (quatorze kg).  

Laissons, du reste, parler le Times, qui vient de rendre compte de l’exhibition du général Tom Pouce dans l’Alhambra de Londres : 

« Le général Tom Pouce, cet ancien favori du public, a reparu lundi dernier, 24 juillet, et a reçu l’accueil le plus cordial. Ce petit héros à grand renom , preuve évidente du peu de matière qu’il faut pour loger une individualité humaine, revient à nous sans que le temps ait ajouté une ride à son front, ni la centième partie d’un pouce à sa taille. Il est toujours plein d’esprit, de vivacité, et ses proportions parfaites n’ont point été altérées. Il a ajouté à ses mérites un talent mimique dans le genre de la célèbre artiste Barney Williams, et ses chants sont remarquables par l’expression et l’intelligence. Son aplomb  et ses reparties heureuses sont depuis longtemps appréciées par ceux qui le connaissent, et ceux qui ne le connaissent pas, n’ont rien à craindre de son aspect qui est très agréable. »

Voici quelques détails que nous pouvons donner comme authentiques : 

Le petit général mignon, ou gentilhomme en miniature, comme l’ont fait surnommer ses heureuses proportions et ses gracieuses manières, est né dans les Etats-Unis d’Amérique, en la ville de Bridefort. A peu près comme le petit Poucet, avec cette différence que l’un est le héros d’un conte et que l’autre est une réalité, Charles Stratton cessa de croître dès l’âge d’un an et fut un sujet d’alarmes pour une famille presque pauvre qui lui dut plus tard sa fortune. 

En 1843, le célèbre Barnum, le Roi de la réclame, si connu par ses exploitations artistiques et son voyage en Amérique avec Jenny Lind, découvrit ce petit personnage et l’ajouta à son musée de New York, où des milliers de visiteurs s’extasièrent devant le plus petit être humain qui fut jamais. 

En 1844, Barnum l’amena à Londres avec sa famille. 

Le général parut trois fois devant Sa Majesté la reine Victoria et la famille royale. Plus de 600,000 personnes l’ont visité dans la salle égyptienne, à Piccadilly. 

En 1846, il visita, comme nous l’avons déjà dit, Paris, où son succès fut colossal. On l’a vu dans la salle des concerts Musard (rue Vivienne). 

Il joua le petit Poucet au Vaudeville, avec Mme Lagrange, dont nous avons dernièrement admiré la grâce et le talent dans le rôle de la marquise d’O, et qui, alors âgée de sept ou huit ans, jouait le rôle d’un petit frère du petit Poucet et chantait très gracieusement une petite romance, dans la petite pièce faite tout exprès pour notre petite célébrité. Tom Pouce eut l’honneur de visiter une foule de princes de tout rang, et fut comblé de cadeaux par les plus illustres personnages de notre temps (le programme annonce qu’on nous fera voir ceux qu’il tient des têtes couronnées). 

En 1847, Barnum et lui retournèrent en Amérique en emportant chacun 600,000 fr. Après avoir visité Cuba et le Canada, ils revinrent, en 1857, en Angleterre. 

Le général Tom Pouce n’a jamais mis le pied sur le sol germanique. Pour la première fois, dans sa vie, il vient en Allemagne. Les repoussantes petites individualités qui se sont parées de son nom et de son titre pour tromper le public, n’étaient que de mauvaises contrefaçons de cette petite monnaie humaine. 

Le célèbre Barnum, qui l’a toujours dirigé, l’accompagne dans ce rapide tour sur le continent. Nous disons rapide, car, si nous en croyons les journaux de Londres, dès le commencement de 1859, le général aurait l’intention de regagner son pays natal, de rentrer dans la vie privée et de se livrer à la pêche à la ligne comme un simple particulier. 

Sa suite, pendant son voyage, se compose de quatorze personnes. Son équipage est le plus petit du monde. 

« Journal littéraire et artistique de la Forêt Noire et de la vallée du Rhin. » 1858.