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2723 fiancés pour une demoiselle

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prétendantsL’Amérique est le pays des choses étonnantes. Après les rois de l’acier, du pétrole, des chemins de fer, l’agent matrimonial Edward Scott, de Chicago, aurait le droit de s’appeler le roi des marieurs. Qu’on en juge :

Une demoiselle d Boston, miss Mulier, possédant la jolie dot de 18 millions, avait chargé l’agence de lui trouver un mari. On devine aisément que les candidats ne firent pas défaut. Bien au contraire, lorsqu’il se fut agi de les présenter à la jeune Américaine, leur nombre atteignait le chiffre fantastique de 2723. Et miss Mulier déclara qu’elle voulait les voir avant de se décider.

Si vastes que fussent les locaux de l’agence, il était difficile d’y réunir ce peuple d’aspirants aux joies matrimoniales. On tourna la difficulté comme suit :

Les prétendants à la main de miss Mulier furent invités à se trouver un certain jour et à une heure déterminés sur les bords du lac Michigan. Ils furent placés en ligne et la jeune personne passa la revue de ce singulier régiment.

Jamais on n’avait encore vu cela à Chicago.

Le choix de la riche prétendue s’arrêta sur un jeune clerc (employé de bureau) de Saint-Louis, M. Harry Watson, et quelque temps après le mariage était célébré en grande pompe.

« La Jeunesse moderne. » Paris, 22 octobre 1904.

Deux articles

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Curieuse expérience

crapaudOn sait combien longtemps un crapaud peut vivre sans manger. Une curieuse expérience vient encore d’être faite à ce sujet.

Il y a sept ans, le 15 janvier 1870, un naturaliste, M. Margelidet, a enfermé un crapaud au fond d’une cavité pratiquée dans une pierre, puis il a rebouché la cavité et serré le tout.

Hier, la cavité a été débouchée au Muséum d’histoire naturelle.

Le crapaud était vivant, mais dans une grande somnolence dont il n’est pas encore sorti. Il a été jusqu’à présent impossible de faire prendre aucune nourriture à cet extraordinaire animal.

« Journal de Fourmies. » Fourmies, 11 mars 1877.

Transfusion du sang

transfusion_sangUne intéressante opération chirurgicale vient d’avoir lieu à l’hôpital Beaujon. Elle a été pratiquée par M. le docteur Terrier.

Il s’agissait d’une transfusion du sang, chose assez rare. Par le moyen employé, l’habile chirurgien espère sauver la vie il une femme tombée à la suite de couches laborieuses dans le plus complet épuisement. Un interne n’a pas hésité à donner son sang pour la malheureuse femme. Le sang a été introduit immédiatement, au moyen d’un appareil spécial, dans les veines de la malade. A la suite de son acte de dévouement, l’interne a dû garder le lit. Sa situation n’inspire pas d’inquiétude, mais il est d’une grande faiblesse qui persistera encore quelque temps, selon toute probabilité.

La malade saura-t-elle gré à son sauveur du sacrifice qu’ il lui a fait ? Hélas ! trop souvent les médecins sont bien mal récompensés de leur zèle et de leurs soins; nous en avons chaque jour l’exemple.

Les premières tentatives de transfusion du sang furent faites au dix-septième siècle. Elles ne réussirent pas tout d’abord, parce qu’on injectait à la personne malade du sang d’animal. Or, l’expérience a prouvé que l’opération pour réussir doit nécessairement être faite d’homme à homme. Les essais heureux de M. Béhier à Paris, et de M. Roussel en Russie ont démontré qu’une opération faite dans ces conditions avait de grandes chances de succès.

L’opération consiste à faire à un homme de bonne volonté une saignée ordinaire d’au moins cinq cents grammes, à recueillir avec un entonnoir le sang qui s’écoule ensuite dans une seringue graduée, placée dans un vase plein d’eau à 34°, c’est-à-dire à la température du corps humain. On injecte le sang ainsi recueilli avec lenteur et précaution, dans une des veines du bras du malade que l’on a préalablement ouverte.

Telle est, à quelques détails près, l’opération que vient de faire M. Terrier à l’hôpital Beaujon.

« Journal de Fourmies. » Fourmies, 6 mai 1877.

Le « chez soi » inconnu

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neuchatelIl n’est pas de jour où l’on n’entende, à Lausanne, par exemple, des personnes demander où se trouvent l’avenue F.-C. de la Harpe, l’avenue Dickens, l’avenue Gleyre, l’avenue Druey, l’avenue Eugène Rambert, ou telle et telle avenue nouvelle, où déjà, sans doute, elles auront passé cent fois sans en connaître le nom. Et il est non moins fréquent que la personne interrogée ne puisse répondre à la question.

Il est de fait que pour louable que soit l’usage, généralement admis, d’honorer la mémoire des grands citoyens en donnant leur nom aux rues ou avenues de nos cités, ce système laisse fort à désirer au point de vue pratique, qui en telle occurrence est bien un peu à considérer.

Cette question du baptême des rues a déjà donné lieu, partout, à de longues discussions. Elle n’est pas encore résolue et ne le sera probablement pas de sitôt.  A Paris, lors de la chute du premier empire, on discuta longuement la « débaptisation » de nombre de rues qui portaient des noms rappelant trop le régime déchu et ses cruelles conséquences. Au nombre des propositions présentées à ce sujet, il en est une assez originale.

Un savant, M. Bouillier, avait imaginé un ensemble de dénominations méthodiques auxquelles l’esprit de parti était absolument étranger. Ce système, emprunté à la géographie de la France, aurait été applicable non-seulement à Paris, mais à toutes les villes du pays. Voici, en résumé, le projet de M. Bouillier :

« Les départements du Sud devaient être mentionnés sur les plaques municipales au sud de la ville, ceux du Nord au nord, ceux de l’Ouest à l’ouest, etc. Les chefs-lieux de département donnaient leur noms aux rues principales, les chefs-lieux d’arrondissement aux voies moins importantes, les chefs-lieux de canton aux rues plus étroites, etc. Et toujours le nom du département devait accompagner celui de la ville qui en faisait partie, de sorte que chaque passant aurait pu apprendre à se remettre en mémoire la géographie de la France. »

Le système de M. Bouillier se complétait par l’innovation suivante : une boussole et une carte auraient tenu lieu d’indicateur, et, la nuit, il aurait suffi au passant en quête de son chemin de lever les yeux au ciel pour être renseigné sur la direction à prendre.

Mais voilà, M. Bouillier n’avait pas pensé aux nuits sans étoiles.

« Conteur Vaudois« . Lausanne, 15 août 1908.

Bons et mauvais cygnes

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george_bellowsUne jeune fille d’Issy-les-Moulineaux, qui s’appelait Mlle Fernande, passait un matin sur le viaduc d’Auteuil lorsqu’elle aperçut un volatile important autant qu’immaculé. « Oh! la belle oie, pensa-t-elle ! » Mais non ! l’oiseau qui se dandinait et ployait son col avec grâce était un cygne.

Elle comprit en l’admirant comment un aussi bel oiseau avait pu séduire une femme célèbre dans l’histoire, une certaine Léda, que les peintres représentent en maints tableaux. Et cependant elle ne fut point séduite et ne s’agenouilla point. Elle prit dans ses bras le beau cygne qui poussa quelques gloussements et ne se fâcha point, heureux peut-être d’avoir vu le viaduc d’Auteuil et d’être transporté gratis. Il pénétra avec dignité dans la fourrière où Mlle Fernande le mena, rue de Dantzig.

Le personnel des lieux l’informa que l’établissement, réservé aux chiens et aux chats, ne pouvait accueillir ce nouveau pensionnaire et que les animaux errants des autres espèces devaient se « présenter » à la fourrière de la rue de Pontoise. Et là, les employés téléphonèrent au Bois de Boulogne, au Jardin d’acclimatation et peut-être même au Parc Montsouris. Partout, les groupes de cygnes répondirent au complet à l’appel, et cela fit dire au personnel de la rue de Pontoise, avec le sourire qui accompagne d’ordinaire les calembours : « Mademoiselle, vous avez de la chance, c est un bon cygne ! »

La jeune Fernande repartit avec son cygne et nul ne sait ce qu’ils sont devenus.

2_cygnesTous les cygnes sont beaux. Leconte de l’Isle décrivit leur splendeur dans un poème inoubliable, ce qui explique qu’on oblige les lycéens à l ‘apprendre par cœur.

Tous les cygnes ne sont pas doux. Un antiquaire, bien connu, aimait à aller au Bois de Boulogne pour offrir à son chien, un berger allemand, une promenade autour du lac. Un matin, alors que l’antiquaire humait l’air et considérait le ciel d’un vert léger, il négligea un instant de surveiller son chien. Or, celui-ci était tombé en arrêt devant un cygne. Le cygne attaqua.

Le chien, en état de légitime défense, lui tordit le cou.

Cinq cygnes qui voguaient au loin, majestueux comme des navires et présomptueux comme des mousquetaires, accoururent pour venger leur frère. Tous périrent. Trois canards qui faisaient les badauds dans cet endroit eurent aussi de la dent du chien, jusqu’au trépas.

L’antiquaire reçut en récompense un procès-verbal et le garde du Bois y ajouta la facture
des bêtes mortes, six cygnes, soit 30.000 francs.

Les canards n’en sont pas revenus.

Tristan Lenoir. « Almanach des coopérateurs. » Limoges, 1926.
Peinture : George Bellows.

Effets de la musique sur divers animaux

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traite_musiqueChacun a pu entendre hurler des chiens agacés par les orgues de barbarie. Si l’on siffle devant un lézard qui s’enfuit, il s’arrête soudain, et, pour peu que l’air soit agréable, il l’écoute avec un plaisir visible.

Dans une ménagerie ambulante qui parcourait l’Angleterre se trouvait un grand lion. L’effet des notes élevées d’un piano, dont on jouait près de lui, fut d’exciter en lui une forte surprise. Mais à peine eut-on touché les notes basses qu’il se leva brusquement, ses yeux lancèrent des flammes; il s’efforçait de rompre ses chaînes, se battait les flancs de sa queue et paraissait animé d’une telle fureur que les femmes présentes à ce spectacle étaient glacées d’effroi. Il poussait des rugissements épouvantables. La musique ayant cessé, le lion se calma presque subitement.

Quant au loup, le son d’un cor de chasse lui est singulièrement désagréable. On peut aisément le mettre en fuite en jouant du violon ou en agitant fortement une sonnette.

En Amérique, quand un sauvage possède le talent de siffler avec agrément, il peut s’approcher sans difficulté de l’iguane et capturer ce gigantesque lézard, dont la chair est, dit-on, si bonne à manger. Comme tous les autres sauriens, l’iguane écoute la mélodie avec une attention telle qu’il en oublie le soin de sa propre conservation. Cela prouve que la mélomanie peut quelquefois être mortelle, témoin aussi les duels d’il y a cent ans entre les gluckistes et les piccinistes.

« Cosmos : revue encyclopédique hebdomadaire des progrès des sciences. » Paris, 2 juillet 1870.
Image : Wisconsin Historical Society.

En bref

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Les écoliers et la température

ecoliers_classe

M. Mouné, un savant hollandais, s’est efforcé de déterminer l’effet de la température sur les écoliers.

Il a fait patiemment 1.584 observations. Sur 389 enfants observés par un temps sec et beau, il a constaté que 343 se montraient tranquilles; dix étaient bruyants, dix inattentifs, et le lot restant se décomposait en quelques indifférents et dormeurs. Quand le temps est brumeux, sur 239 élèves, il y en a 165 tranquilles, tous les autres sont agités. Quand il pleut, sur 207 observations, on ne compte que 92 sujets paisibles; le reste fait du bruit, joue, boude, s’endort. Mais s’il vente, c’est bien pire : sur 88 écoliers, on n’en compte que 17 de sages.

« Agence républicaine d’informations politiques, financières, économiques. » Paris, 15 juin 1917.
Peinture de Pierre Saez.

Fourrures de guerre

putois

La guerre a fait accepter par la femme des fourrures qu’elle n’aurait jamais consenti à porter : la peau de rat ou de lapin. Ces deux petits animaux ont supplanté le vilain petit carnassier qu’est le putois d’Amérique et qui fournissait aux élégantes le skunks.

Le putois d’Amérique est très frêle, mais la nature l’a doté d’une défense naturelle très étrange, mais peu poétique. Il porte sous la queue une poche remplie d’une matière semi-fluide et d’une repoussante odeur. L’animal, poursuivi, prend la fuite; s’il est près d’être atteint, il fait halte, lève la queue et envoie à son agresseur la substance infecte que renferme sa poche. Cette odeur est des plus tenaces et persiste des journées entières.

La morsure de ce triste petit animal, de peu d’importance par elle-même, est redoutable, car elle renferme un virus spécial qui détermine chez les animaux mordus une maladie qui ressemble à la rage. Cette rage méphitique est généralement mortelle.

« Agence républicaine d’informations politiques, financières, économique. » Paris, 19 juin 1917.
Dessin : © Eric Gasté.

Le facteur-boîtier

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mascaraOn nous adresse la lettre suivante sur laquelle nous appelons l’attention de M. le directeur des Postes :

« Franchetti, 24 août 1886.
« Monsieur le Rédacteur,

« On dit souvent que « moins on en fait, moins on veut en faire.» C’est le cas de notre facteur-boîtier dont le périmètre de distribution est fort limité. Cependant cet humble fonctionnaire affiche des prétentions qui nous semblent exorbitantes et très préjudiciables à nos intérêts.

« Le train d’Arzew, qui nous porte le courrier d’Oran et de France, arrive à Franchetti à 4 h. 29 minutes. Rien n’est donc plus facile de nous mettre immédiatement en possession de notre correspondance. C’est pour notre facteur cachir à peine 15 minutes de travail; mais il trouve que c’est trop et invoquant de prétendus règlements se refuse à cette distribution du soir, qui se fait cependant dans toutes les autres localités, placées comme nous sur la ligue du chemin de fer. Il n’y a sans doute aucune raison pour que nous soyons moins bien traités que nos voisins de Charrier, Traria, etc.

« Nous pensons que M. le directeur des Postes sera de-cet avis et qu’il s’empressera de nous faire distribuer régulièrement, dès son arrivée, le courrier le plus important qui nous parvienne chaque jour.

« Veuillez agréer, M. le Rédacteur, etc.

« Un groupe de Colons. »

« L’Indépendant de Mascara. » Mascara, 29 août 1886.