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Végétarisme

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Frans SnydersIl y a à New York un cubain, nommé Eusébio Santos, qui a réussi, paraît-il, à gagner de nombreux adeptes à sa doctrine, d’après laquelle l’homme peut et doit vivre exclusivement d’herbe comme les ruminants. Cet original est, on peut le dire, un fameux lapin. Il ne se nourrit donc que d’herbes et de chardons.

On voit souvent dans les parcs publics, Santos accompagné de quelque disciple (asinus asinum fricat) couper du gazon pour se régaler.

Le brave homme a l’air tout étonné quand on lui parle de la cherté de la vie. Pour lui, tout est pour le mieux, plus habile que le cuisinier d’Harpagon, il a trouvé le moyen de faire bonne chère avec peu d’argent et fait, à peu de frais, son petit Lucullus.

Prochainement, il va convier tous ses disciples à un banquet-monstre : le repas aura lieu dans une vaste prairie au bord d’une paisible rivière. De quoi boire et manger à volonté !

En attendant, Eusébio Santos est fort occupé à remplir son grenier. Il rentre du fourrage pour son hiver.

O fortunatos nimium !…

« Nos lectures. » Paris, 1908.
Peinture : Frans Snyders.

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Tromperie sur la marchandise

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ludovic pietteDes journaux viennois racontent que le bohémien Sandor S…… était venu présenter son étal au marché d’un village avec une cage pleine de superbes canaris. La foule des amateurs ne manqua pas d’admirer ces oiseaux qui se faisaient remarquer par l’éclat de leur plumage plus que par leur ramage.

Sandor fit de bonnes affaires mais il n’avait pas encore vendu tous les produits de son élevage que la pluie se mit à tomber.

Un de ses clients revint en poussant des cris d’indignation. Il rapportait au bohémien un canari qu’il venait d’acheter. Le volatile avait déteint au contact de la pluie, se révélant alors comme un vulgaire moineau…

Et, pour ces faits, le trop ingénieux Sandor S…… s’est vu infliger trois semaines de prison. Voilà qui lui permettra d’attendre le beau temps.

D’après « Le petit Journal. » Paris, 1935. 
Peinture : Ludovic Piette.

Parlez-moi d’amour…

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femme radioCertaines stations radiophoniques des Etats-Unis ont inauguré une causerie amoureuse. Chaque jour, le « radio-lover » parle d’amour à des milliers de femmes qui sont à l’écoute. Sa voix douce et insidieuse trouble le cœur des auditrices. Il débute généralement en ces termes :

« Maintenant que nous ne sommes plus que trois : vous, le poste et votre amoureux radiophonique, approchez votre chaise plus près de la voix du speaker et laissez-moi vous parler d’amour ».

Il est à noter que ces émissions amoureuses commencent à 10 heures du matin alors que les maris sont au bureau, et que leurs femmes estiment qu’elles ont le droit de se distraire un peu des rudes besognes ménagères. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les maris américains ne se plaignent pas, paraît-il, de ce flirt d’un nouveau genre.

« C’est encore le moins dangereux », pensent-ils sans doute…

« Le Petit journal. » Paris, 1935.

Le mot et la chose

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repas au front poilusOn sait que M. Chéron marqua son passage au sous-secrétariat de la Guerre par un acte mémorable : c’est lui qui fit rédiger le fameux Livre de cuisine en usage aujourd’hui dans toutes les casernes où l’on mange bien…

Ce qu’on connaît moins, c’est que le souci de ménager aussi à nos marins de succulents menus, préoccupa vivement le sous-ministre, et qu’à plusieurs reprises il fit, sur ce sujet,
d’officielles prescriptions. Un jour, à bord de
La Couronne, le commandant se rendit auprès du maître-coq et s’enquit de ce qu’il préparait pour le repas du jour :

 Mon commandant, nous aurons du bœuf parmentier…
— Du bœuf parmentier ? s’écria le commandant en faisant claquer sa langue. Ce doit être excellent, ça ?…
— Mais… oui, mon commandant…
— Et… c’est nouveau ?…
— Nouveau !… Nouveau !… C’est plutôt le nom qui est nouveau… à cause du nouveau règlement… Du bœuf parmentier nous en faisions déjà autrefois… Seulement nous l’appelions du rata aux pommes de terre…

L’apologue est symbolique. Il montre ce qu’il en est de certaines « réformes » et de certains « progrès ». Et plus spécialement de ceux auxquels Adolphe Chéron a attaché son nom.

« La Renaissance. » Paris, 1913.
Illustration : Scène de repas au front, 1915. Album photographique lecoeurauventre.com

L’espionnage

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charles schulmeisterL’interminable guerre de tranchées est coupée journellement par les succès partiels et les combats incessants. Sur l’autre théâtre de la guerre, les alliés  russes, après avoir fait tomber la place de Przemysl, font reculer l’ennemi sur le front du Niémen comme dans les Carpathes. Les Anglais terminent de préparer la bataille de Gallipoli. Et, c’est normal ! le peuple français se préoccupe des fâcheuses lacunes qui ont été détectées depuis le début du conflit mondial au sein de l’organisation militaire, et dont il faudra rechercher les causes.

Parmi ces lacunes, il y en a une dont on entendait beaucoup parler c’est celle de l’espionnage. Comment avait-on pu laisser les Allemands installer en France, à grands frais, un système d’espionnage aussi complet, aussi dangereux ? Etait-il difficile de trouver, dans notre histoire, dans notre mémoire, des exemples sur l’importance indéniable de l’espionnage et du contre-espionnage pour la préparation à la guerre et la marche des hostilités ?

Ces exemples abondent. Il sera utile de les rechercher, de les réunir en un corps de doctrine, afin d’éviter de retomber dans le défaut de « ne pas savoir assez », commun à toutes nos lacunes actuelles.

Napoléon s’est beaucoup servi de l’espionnage, et a toujours eu plusieurs polices, se contrôlant les unes les autres. La police aux armées a été longtemps assurée par le général Savary, qui devint le duc de Rovigo. L’un des agents les plus utiles de Savary a été surnommé « le grand espion de Napoléon ». Ce « grand espion », celui qui lui a servi de 1805 à 1809, à l’apogée de sa carrière, s’appelait Charles Schulmeister. C’était le fils d’un pasteur protestant du duché de Bade il s’était marié en Alsace, à Sainte-Marie-aux-Mines, avant la Révolution; s’était fixé à Strasbourg comme petit commerçant, et en réalité s’occupait surtout, activement, audacieusement, de contrebande. Il avait été rencontré et utilisé pour des passages du Rhin par Savary, à l’époque où le futur duc de Rovigo servait à l’armée du Rhin, sous Desaix et Moreau, pendant les campagnes de la Révolution.

Quand, en 1805, Savary fut chargé d’organiser le service des renseignements de la grande armée pour la campagne d’Ulm et d’Austerlitz, il se souvint de l’intelligence, de la dextérité, de la finesse de son contrebandier et le mit à la tête de l’espionnage.

Les documents français donnent peu de renseignements sur les services rendus par Schulmeister dans la première partie de cette campagne. Les documents allemands sont plus intéressants. Ils nous le montrent réussissant à pénétrer dans Ulm, à se créer des relations dans l’état-major autrichien, à inspirer une fausse confiance au général en chef Mack, auquel il fait perdre un temps précieux et qui finit par être forcé de capituler.

Bientôt après, il réussit à donner sur l’armée austro-russe des renseignements très précis, très utiles, grâce dit-il dans son rapport à Savary « à la générosité qu’on a eue à son égard et qui lui a permis à lui-même d’être généreux à l’égard d’officiers autrichiens et russes.

Quand l’armée de Napoléon occupa Vienne, Schulmeister fut nommé commissaire général de police et rendit les meilleurs services, non seulement au point de vue de la sécurité et des ressources de cette capitale, mais encore pour l’observation des armées ennemies.

A la paix, il retourna opérer à Vienne mais il fut découvert, arrêté, et l’on eut de la peine à le faire relâcher. L’un de ses aides resta entre les mains des Autrichiens et termina sa carrière « entre ciel et terre ». On pendait encore alors les espions.

Schulmeister est très utile en 1806, avant et après Iéna. Dans la fameuse poursuite qui permet d’anéantir l’armée prussienne, il intervient lui-même personnellement, militairement, à Wismar, et contribue à faire prendre toute une colonne ennemie avec une audace, une témérité que, dans ses mémoires, Savary qualifie d’extravagantes. Cette affaire de Wismar vaut à Savary une citation à l’ordre de l’armée. 

Dans les trois années suivantes, nouveaux et nombreux services rendus par Schulmeister. En 1809, on le retrouve à Vienne, commissaire général de la police. C’est là qu’il est rencontré par le pharmacien de Napoléon, Cadet de Gassicourt, qui le représente dans ses mémoires comme un spécialiste, jouissant dans la grande armée d’une réputation générale au point de vue de l’intelligence, de la présence d’esprit, de la finesse et, de plus, inspirant aux Viennois une telle terreur qu’il vaut à lui seul tout un corps d’armée

Après 1809, Schulmeister cessa de fonctionner. Etait-il brûlé ? Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il s’était grandement enrichi. Le petit contrebandier de Strasbourg était devenu un très riche propriétaire. Auprès de Strasbourg, il possédait la belle terre de Meinau; près de Paris, l’ancienne résidence du maréchal de Saxe, le château du Piple. Cela ne lui suffit pas il fit des démarches pour être décoré. Mais l’Empereur refusa « De l’argent, dit-il, tant qu’il voudra mais la croix d’honneur, jamais. »

En 1814 et 1815, le « grand espion » vit ses propriétés pillées avec rage par les alliés. Puis il se lança dans des affaires industrielles qui le ruinèrent. Il est mort à Strasbourg en 1853, à l’âge de quatre-vingt-trois ans, dans son modeste appartement de la place Broglie.

Tout en étant loin de faire fi de l’espionnage, et s’en étant beaucoup servi au cours de sa carrière, Napoléon savait combien l’organisation de ce service était délicate et demandait des chefs expérimentés.

« Vous allez trop vite et vous vous alarmez trop promptement, écrivait-il à Lauriston en 1813. Vous ajoutez trop de confiance à tous les bruits. Il faut plus de calme dans la direction des affaires militaires et avant d’ajouter croyance aux rapports, il faut les discuter. Tout ce que les espions et agents disent sans qu’ils l’aient vu de leurs yeux n’est rien et souvent, quand ils ont vu, ce n’est pas grand-chose. »

Article (quelque peu modifié) paru dans le « Le Gaulois : littéraire et politique. » Paris, 1915.

Après la bagarre

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famille sermentUne excellente famille de Philadelphie est presque tout entière réunie devant la bible du tribunal pour jurer de dire la vérité, rien que la vérité.

Presque tout entière, car il manque le père, Charles Willing, 72 ans, qui, pour avoir réprimandé son fils, Richard, 22 ans, parce qu’il rentrait ivre, reçut de celui-ci un coup de revolver qui l’envoya à l’hôpital. Son autre frère (à gauche) lança à la tête de son frère une potiche qui le blessa. D’où sa tête bandée. 

Les autres membres de la famille sont la mère, Mrs Willing, et Miss Frances, 22 ans. Le policier Charles Stotsenburgh (au centre) prête lui aussi serment.

Qui pourrait croire, en voyant les mains de cette famille unies sur le livre sacré, que tous viennent de vivre un sombre drame ?

« Qui ? : le magazine de l’énigme et de l’aventure. » Paris, 1946.

La machine infernale du ministère de la Marine

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colis ministereC’est une histoire que M. Théophile Delcassé n’a jamais apprise. Pourtant, sa vie faillit sans doute être mise en danger. Peut-être ce fut un attentat, manqué grâce au courage des membres de son cabinet, qui négligèrent ensuite de l’en avertir. Car ils avaient pris le danger pour eux, et, enthousiastes de travailler sous les ordres d’un homme qui se donnait sans ménagement à sa tâche et leur offrait l’exemple du patriotisme à l’oeuvre, ils craignirent de le distraire inutilement, et ils eurent la jolie pudeur de ne pas se faire valoir. 

Un paquet mystérieux arrivait d’Allemagne, adressé au ministre personnellement. Etait-ce un échantillon industriel ? ou bien quelque fourniture commandée depuis longtemps ? On fit des recherches dans le dossier des envois annoncés, mais on ne trouva rien. Tout le monde était perplexe et considérait avec inquiétude le surprenant objet. La bizarrerie de sa forme oblongue ne laissait pas de provoquer des hypothèses singulières. L’un conjecturait que ce pouvait être un modèle d’obus. L’autre voulait que ce fût une batterie de gamelles perfectionnées. Et l’on contemplait l’extraordinaire colis sans parvenir à se mettre d’accord sur une interprétation raisonnable. 

Quelqu’un se dévoua et entreprit de l’ouvrir. Il le saisit par une extrémité, dévissa une calotte de métal et découvrit des fils qui s’entre-croisaient à l’infini. Puis, retournant l’appareil, il vit une boule d’acier et trois tubes de verre remplis d’un liquide noir. Un officier s’écria : 

— Arrêtez-vous, c’est un engin explosif !

On le laissa sur la table où l’on avait commencé de le démonter. Et ce fut, dans tout le ministère, une procession interminable. Les chefs des bureau, sous-chefs, expéditionnaires, les fonctionnaires des services techniques, les attachés à l’état-major et le concierge venaient l’admirer… de loin. Ils jetaient dans la salle un regard furtif et disparaissaient prestement. 

Seul, un membre du cabinet restait là, comme s’il était de garde. Un ingénieur qui passait aux nouvelles remarqua que la bombe, si bombe il y avait, était exposée au soleil. « Mais elle va éclater ! » dit-il, et il jeta un voile dessus. Et les curieux se succédaient encore. Quelques-uns lançaient un coup d’œil et s’enfuyaient aussitôt. Certains, plus hardis, soulevaient légèrement le voile et s’en allaient à pas retenus. Des militaires d’une bravoure indiscutable vinrent aussi. Ils firent observer qu’il ne fallait pas inutilement se mettre dans le cas d’être déchiquetés par une explosion. On téléphona au laboratoire municipal. L’analyse révéla que la machine contenait des pièces et des liquides de nature et de composition absolument inconnues. Impossible de dire si c’était explosible ou non.

Mais à quelque temps de là, on reçut une lettre avisant le ministère de l’expédition du fameux colis, lequel devait contenir un instrument fait d’un métal et de matières de fabrication secrète. On écrivit à l’expéditeur. Il ne répondit pas. On fit une enquête. Vainement. Personne ne saura jamais de quoi il s’agissait. 

« La Renaissance. » Paris, 1913.