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Vénus et ses bras

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venus de miloIl n’est point de statue qui ait soulevé autant de controverses ou fait couler autant d’encre que la Vénus de Milo. Publicistes, artistes, sculpteurs, archéologues et historiens se querellent à son sujet depuis près de deux siècles.

A peine avait-elle revu la lumière du jour, quand on la découvrit, en février 1820, près du théâtre antique de la ville de Mélos, qu’une question angoissante se posait devant tous ceux qui s’intéressent à l’art : Le sculpteur grec avait-il pourvu de bras sa statue ?

Cette question-là, du moins, fut bientôt résolue par l’affirmative. Mais c’était retomber de Charybde en Scylla, car une seconde question sollicitait aussitôt l’attention des archéologues. Quelle position avaient ces bras ? 

Après des années de discussions passionnées, le point d’interrogation demeure intact et la Vénus, gloire et orgueil de notre musée du Louvre, attend encore l’artiste de génie qui lui rendra ses bras.

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Ralentissement et ironie

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albert ankerUn bruit assez étrange est venu jusqu’à nous. Nous avons appris, en effet, ces jours-ci, avec quelque étonnement qu’on voulait enrichir notre ponctuation d’un nouveau signe.

Nous avions déjà la virgule, le point et virgule, les deux points, le point interrogatif, le point exclamatif, le point suspensif, la parenthèse, les guillemets, le tiret, j’en passe et des meilleurs, on veut nous doter de la virgule de ralentissement. C’est M. Léon Ricquier, président de la Société de lecture et de récitation, pour lequel nous avons personnellement beaucoup d’estime, qui en a eu cette honorable inspiration :

« Je crois qu’il est nécessaire, écrit-il, d’ajouter un nouveau signe de ponctuation à ceux qui existent. Ce signe indiquerait au lecteur le temps qu’il doit prendre, en plus de ceux indiqués par les signes convenus jusqu’à présent. »

M. Léon Ricquier trouve qu’on lit en dépit du sens commun et, en cela, il n’a pas tout à fait tort. On lit tout d’un trait comme on boit un verre d’hunyadi-janos. On ne savoure pas. On ne nuance pas. En musique, nous avons des points d’orgue. En architecture, nous avons des paliers. En littérature, nous devrions avoirs des petits arrêts entre les stations. Et M. Léon Ricquier a inventé le point de ralentissement. Ce point nouveau, ce signe particulier, cette halte originale, ce sera la virgule renversée.

Avec ce système, s’il revenait, Racine devrait écrire :

Je t’aimais Captureinconstant, qu’aurais-je fait fidèle ?

Et La Fontaine :

L’ignorance Capturetoujours est prête à s’admirer.
Faites-vous des amis Captureprompts à vous censurer.

Il est à craindre que ces virgules aériennes ne jettent autant de trouble chez le lecteur qu’une comète inopinée dans la lunette d’un astronome, mais nos alarmes sont vaines, car le signe nouveau n’est encore qu’un projet qui éprouvera sans doute quelque ralentissement à se voir adopté.

Ce n’est pas la première fois qu’on a essayé d’orner notre ponctuation de nouveaux fleurons. Il y a une dizaine d’années, un certain M. Alcanter de Brahm avait voulu inventer le point d’ironie. De Brahm expliqua à cette époque, dans des interviews à retentissement, sa grande pensée. Goûtez-en la saveur :

« Incontestablement, le point d’ironie faut à la ponctuation moderne… Cette lacule astreint la plupart des hommes à développer de sérieux effort en vue de l’aperception des différentes formes de chleuasme, de maïeutique, d’astéisme et d’humeur répandues parmi les œuvres artistes, sauf à se priver de ce régal de lettrise… C’est pourquoi j’ai profité de cette occasion non pareille (au moment de la parution de mon nouvel ouvrage l’« Ostensoir des ironies », exposé à la muflerie contemporaine) de doter notre langue d’un signe nécessaire, tantôt flagellateur de la stupende et respectueux du préjugé, tantôt idoine à mettre, par application de la méthode socratique, en contradiction avec soi-même, par des conclusions similaires aux siennes, le bourgeois réflecteur inconscient de l’opinion du nommé Tout le Monde… Je suis de ceux qui prétendent que Pecus a droit de notre mépris ouaté d’indulgence.« 

Est-ce assez clair ? Est-ce assez limpide ? Si vous n’avez pas suffisamment compris, c’est que vous avez peut-être omis, en lisant, de mettre les  virgules de ralentissement nécessaires.

Léon Robelin. « Nos lectures. » Paris, 1908.
Peinture : Albert Anker.

Excentricités américaines

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dompteuseAyant besoin d’une dompteuse, une grande ménagerie fit paraître une annonce dans les journaux, promettant 500 francs par semaine.

67 miss se présentèrent mais chaque postulante devait signer un contrat dégageant la responsabilité du directeur, au cas où elle serait dévorée. 27 se retirèrent, 9 s’enfuirent en entendant rugir un lion, 31, plus braves, pénétrèrent dans une cage vide, et l’on introduisit une lionne : cris, évanouissements, légères égratignures…

Il ne resta que 3 miss qualifiées pour l’épreuve finale. L’une d’elle déclare pour les appointements promis, mettre sa tête dans la gueule du lion, et l’autre soutient qu’elle continuera la représentation avec les mêmes bêtes en faisant le même exercice au cas où son amie viendrait à être dévorée.

Inutile de dire que cela se passe aux Etats-Unis.

« Almanach de L’Écho valréassien. » Valréas, 1907.

Duellistes enragés

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ilya repinVous chercherez vainement dans les annales du duel une anecdote aussi extraordinaire que celle que nous allons emprunter à la presse russe.

Deux riches propriétaires, le prince Suboloff, âgé de 91 ans, et M. Wjarjanin, âgé de 93 ans, vivaient en paix sur leurs domaines, aux environs de  Nikolskussiorski. Anciens compagnons d’armes pendant la guerre turco-russe, les deux voisins étaient liés d’une amitié qu’aucun nuage n’avait troublé durant un demi-siècle.

Ils se rencontraient presque chaque jour chez une voisine, Mme Dejanski, une veuve âgée d’une quarantaine d’années. Et chacun, oubliant son siècle presque échu, rêvait secrètement de donner son nom à l’aimable veuve.

La vieille amitié fit bientôt place à la froideur, qui tourna rapidement à l’animosité. Et la querelle éclata sauvagement, un soir, comme les deux nonagénaires sortaient de chez la belle.

 Vous vous conduisez comme un petit imbécile !
Et vous, répliqua le vieil officier, comme un petit polisson !

Sur quoi les deux rivaux échangèrent leurs cartes.

Après entente avec avec leurs témoins, les adversaires décidèrent de vider leur querelle à l’épée, en se servant des armes qu’ils avaient portées pendant la guerre turco-russe. Hélas ! affaiblis par l’âge, leurs poignets n’étaient plus de force à manier les pesantes lames ! Et l’on se rabattit sur le pistolet.

Au premier échange de balles, le prince Suboloff avait le puce droit emporté. Sans laisser aux témoins le temps d’arrêter le combat, ce vieillard de quatre-vingt-onze ans saisissait l’arme de la main gauche et logeait sa balle de l’épaule de son adversaire !

Les deux vieillards ont refusé de se réconcilier. Et ils déclarent qu’ils n’attendent que leur rétablissement pour se rencontrer à nouveau.

Ne trouvez-vous pas extraordinaire cette soif de sang chez deux hommes dont on peut dire qu’ils ont chacun un pied et demi dans la tombe ?

Jacques d’Izier. « Mon bonheur : variétés, curiosités, nouvelles… » Paris, 1910.
Peinture Ilya Repin.

Flegme

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aviateur

Les aviateurs et les aéronautes, mais principalement les premiers, ont le culte de la mise en scène.

Lorsqu’il leur arrive un accident et que par bonheur ils ne se cassent pas le cou, ils ont aussitôt un geste, qui, au demeurant est assez crâne : ils cherchent avant tout à montrer à tous qu’ils n’ont pas eu peur. Et… ils allument une cigarette !biplanSantos-Dumont, au début du dirigeable n’y manquait jamais, lui qui tombait régulièrement toutes les fois que son appareil s’envolait. Cet été, le lieutenant de vaisseau Beaumont, en voulant quitter Boulogne-sur-Mer à bord d’un hydro-aéroplane pour aller à Londres, capota et s’engloutit dans la mer par dix mètres de profondeur.

Il réapparut au bout de quelques secondes et s’installa placidement sur un des flotteurs qui allait à la dérive. Lorsque le canot de secours arriva, son premier soin fut de demander des cigarettes à l’un des mécaniciens.hydravionEt lorsqu’il rentra au port, les spectateurs, qui nombreux étaient massés sur la jetée de Capécure, purent le voir assis négligemment à l’arrière du canot automobile, tout mouillé et fumant une cigarette… doucement, doucement… à petites bouffées.

« Le Monde contemporain. » Paris, 1912.

Reconducteurs d’ivrognes

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fiacre chamIl vient de se former en Brabant, une société dont le but est de faire prendre et reconduire à leur domicile les buveurs attardés ou surpris par la chaleur communicative des banquets.

Le prospectus, fort alléchant, de la société anonyme, informe les amateurs que les prix pour les adhérents sont les suivants :

    Sans ménagements :            0 fr. 75                                Très délicatement :        1 fr. 00
    Sur chaise à porteurs :         1 fr. 50                               Charrette à bras :           1 fr. 60
    Charrette à chiens :             2 fr. 25                               Dans un fiacre :              3 fr. 00

Le matériel est désinfecté après chaque opération et la plus grande politesse est exigée du personnel. Les employés doivent user de tous les ménagements possibles. On peut prendre des abonnements.

« Almanach de L’Écho valréassien. » Valréas, 1907.
Illustration : Cham.

Ce qu’ils fument

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hommes au cigareLes grands de ce monde ne se contentent pas toujours de l’agréable fumée dont les encense la gloire. C’est du moins ce que nous conte le Goût Parisien.

M. Briand grille quantité de cigarettes. M. Pelletan fume des cigares à un sou. M. Lépine, le nouveau député, fume la pipe en terre, qu’il ne culotte pas, mais casse après s’en être servi une seule fois.

Edouard VII fumait les cigares les plus longs et les plus gros du monde. Ils mesuraient exactement vingt deux centimètres de long et avaient un diamètre de cinq centimètres et demi. Il va sans dire que ces cigares n’étaient pas dans le commerce. On les fabriquait à la Havane et ils revenaient à 5 fr. pièce. L’ouvrier qui les confectionnait recevait 1 franc par cigare.

Guillaume II a conservé le même fournisseur qu’Edouard VII, mais ses cigares ne mesurent que dix-sept centimètres de long et ne coûtent que 150 francs le cent.

fabrication cigares
Issy les Moulineaux. La manufacture des tabacs. Fabrication des cigares au moule

Quant à François-Joseph, il n’existe pour lui qu’une sorte de cigare, qui a la forme d’une queue de rat et que traverse un chaume. Il en fume beaucoup et en distribue encore davantage. Mais tout le monde n’en vient pas à bout. Ils brûlent la langue comme un crapulos.

Le tsar adore la cigarette fabriquée avec un tabac d’Orient manufacturé spécialement pour lui; l’arôme de ce tabac impérial est des plus délicats et des plus fins.

Alphonse XIII n’aime également que la cigarette, mais il fume effroyablement, continuellement; il souffre pendant les moments où l’étiquette le prive de son plaisir favori.

« L’Est Républicain. » 1913
Illustration : Emil Cardinaux.
Carte postale/source : Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand

bon cigare

L’adieu aux crapulos

On sait que, depuis 1911, le cigare à un sou, vulgairement dénommé « crapulos », a été remplacé par un cigare du même prix, d’un modèle nouveau. Les produits de cette dernière fabrication sont bien meilleurs que ceux de la précédente.

Cependant, il se trouve encore en France des amateurs du « crapulos », ancien modèle. Dans les Alpes-Maritimes, notamment les fumeurs de l’espèce, ne réclament que de ceux-ci.

La direction des manufactures de l’Etat se verra bientôt dans l’impossibilité de donner satisfaction à ces fumeurs réactionnaires, la France devant, en effet, être en principe alimentée de cigares à 5 centimes du type 1911. Les faibles quantités de l’ancien modèle encore fabriquées par quelques établissements seront écoulées dans les entrepôts des Alpes-Maritimes qui en exprimeront le désir et sans qu’il soit possible que les proportions demandées par eux seront observées.

Cette fabrication, d’ailleurs, diminue progressivement et arrivera prochainement à l’extinction complète.

« L’Écho de Jarnac. » 1914.