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Progrès

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Bien plus fort !

evanouisOn a fait grand bruit, ces jours derniers, autour d’un canon électrique d’une très grande portée. On a parlé également d’un autre canon électrique d’une extraordinaire puissance et inventé par un de nos pasteurs pour assurer à jamais le règne de la paix dans le monde. La fin justifie les moyens.

Mais ces inventions ne sont rien à côté de celle d’un médecin, autrichien si nous ne faisons erreur, qui préconise un obus d’un genre tout à fait nouveau, « l’obus somnifère ». Cet obus contiendrait un fluide qui, au moment de l’explosion du projectile, se dégagerait à l’état de gaz, et dont l’action, embrassant une zone très étendue, aurait pour effet de plonger dans le sommeil tous les êtres vivants.

Des régiments entiers pourraient être ainsi soudainement endormis pendant deux ou trois heures : on en profiterait pour les désarmer, et le but de la guerre serait, de cette façon, atteint sans effusion de sang, sans même que la santé des belligérants eût à en souffrir, car l’inhalation du nouveau gaz ne déterminerait aucun accident permanent.

La guerre parle sommeil, telle est donc la belle découverte du docteur autrichien.

« Le conteur vaudois. » Lausanne, 18 avril 1908.

La publicité chez le coiffeur

barbierUn coiffeur ingénieux et qui a compris le parti que l’on pouvait tirer aujourd’hui de la toute puissante publicité, vient d’observer que ses clients, quand ils se font raser ou tailler la barbe, avaient nécessairement la tête levée et le regard porté vers le plafond de la pièce.

Or, qu’y a-t-il à voir au plafond ? Rien, absolument rien que du blanc…

Prochainement, sans doute, nous verrons donc, tandis que le rasoir ou la tondeuse se promèneront sur nos joues, au lieu du nez du coiffeur ou de la blancheur immaculée du plafond, d’aimables invitations en faveur du savon X, de la voiture automobile Y ou de la plage Z.

« Annales africaines. » Alger, 4 juin 1926.

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Les anciens voyaient-ils les mêmes couleurs que nous ?

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peintreUne telle question peut et doit même paraître absurde. Elle mérite cependant d’être examinée, et la réponse semble ne pas devoir être celle que nous sommes d’abord portés à y faire.

Un oculiste allemand, le docteur H. Magnus, s’est demandé si l’organe de l’œil a toujours eu, dans l’espèce humaine, la même finesse, la même délicatesse d’impression qu’aujourd’hui, et si les hommes, à toutes les époques, ont perçu les couleurs du prisme ainsi que les perçoit l’homme moderne. Sa conclusion est que les hommes primitifs, dans leur état grossier, n’ont que des perceptions confuses des couleurs et même ne les perçoivent pas toutes. Ainsi, les anciens ne voyaient que trois couleurs au lieu de sept dans le prisme, et les Sagas du Nord ne comptent également que trois couleurs dans l’arc-en-ciel. Les plus lumineuses, celles qui agissent avec le plus d’intensité sur l’œil, sont le rouge, l’orange et le jaune; le bleu, l’indigo et le violet sont d’une faible intensité; le vert occupe un rang intermédiaire.

Or, dans toute l’antiquité, il n’est pour ainsi dire question que du rouge et du jaune. Selon Pline, les peintres n’employaient que ces deux couleurs avec le noir et le blanc pour leurs plus grands effets. Les étoffes les plus estimées étaient teintes en rouge et en jaune. Le sentiment de la couleur verte n’existe, pour ainsi dire, ni dans la littérature sanskrite ni dans Homère, qui pour décrire les vertes campagnes emploie des épithètes se rapportant à une autre couleur.

Un savant, nommé Geiger, prétend avoir constaté que ni dans les poèmes du Rig-Véda et dans l’Avesta, ni dans la Bible ni dans les poésies d’Homère, ni dans le Coran, ni dans les monuments de l’ancienne littérature finnoise et Scandinave, on ne trouve trace du bleu; il n’y a pas de mot pour désigner cette couleur. Ainsi, il aurait existé des peuples pour qui la verdure n’était pas verte et le ciel n’était pas bleu. Encore aujourd’hui, les habitants de la Birmanie distinguent difficilement le bleu d’avec le vert. William Ewart Gladstone, helléniste confirmé et admirateur des œuvres d’Homère, est arrivé, paraît-il, aux mêmes conclusions que l’auteur allemand, relativement au sens des couleurs à l’époque homérique. Homère, suivant M. Gladstone, ne connaissait que le rouge, le jaune, le blanc et le noir.

II faut ajouter que les conclusions du professeur allemand et de l’ex-ministre anglais sont vivement contestées, bien que les observations qu’ils ont faites relativement au sens de la vue puissent s’appliquer à tous les sens qu’on trouve obtus et rudimentaires chez les populations non cultivées.

« Almanach de France et du Musée des familles. » Paris, 1879.
Illustration : https://www.trictrac.net

La dame à la clef

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edmund-blair-leightonIl est mort à Versailles une dame russe qui parut tout un hiver dans les salons de Paris, en 1848 et 1849, et que l’on avait surnommée la dame à la clef.

Retirée à la campagne, près de Versailles, elle y est décédée l’année dernière, à l’âge de quarante-cinq ans. Elle y vivait dans la plus complète solitude. On prétend que son mari, beaucoup plus âgé qu’elle, venait la voir pendant une semaine ou deux, tous les six mois, et repartait on ne sait pour où. Tout était mystère, d’ailleurs, autour de la dame à la clef.

Au mois de février 1870, ce ne fut pas le mari qui arriva, comme d’habitude, ce fut une lettre qui annonçait sa mort. La veuve ne lui a survécu que de quelques jours. Elle s’est littéralement éteinte. On va jusqu’à supposer qu’elle s’est laissée mourir de faim.

Histoire ou légende, voici ce qu’on chuchotait sur son compte quand elle parut à Paris, jeune et belle. Elle n’avait alors que vingt-trois ou vingt-quatre ans. On se racontait que son mari l’avait surprise, dans une petite maison de campagne qu’il possédait aux portes de Moscou, au moment où elle fermait vivement une armoire.

Un domestique l’avait dénoncée à son mari.

L’Othello moscovite donna deux tours à la clef, la retira, puis il enjoignit à sa femme de sortir avec lui. Un briska de voyage attendait à vingt pas de la maisonnette. Plus morte que vive, la malheureuse obéit. Le mari, quand il l’eut installée dans la voiture et eut donné un ordre à voix basse au cocher, retourna sur ses pas et rentra dans la maison.

 Gardez cette clef, avait-il dit à sa femme; j’ai oublié quelque chose, je vais revenir.

Il revint, en effet. Mais du bas de la côte que redescendait la voiture, la pauvre femme put voir les flammes sortir par les fenêtres de la maison de campagne et commencer à l’envelopper.

Elle s’évanouit. Combien dura-t-il, cet évanouissement ? On ne sait. Mais, en reprenant ses sens, l’infortunée s’aperçut qu’elle avait au cou un collier d’or, sans fermoir, rivé, et auquel était suspendue la petite clef de l’armoire.

Elle voulut se tuer. Le mari la menaça, si elle donnait suite à sa résolution, de dévoiler sa faute, de flétrir à jamais sa mémoire, de faire rejaillir le déshonneur sur la famille de la coupable.

Il la condamna à vivre ! Elle dut se résigner.

Emmenée à Paris, son étrange bijou intrigua beaucoup les curieux. On fit mille conjectures, on jasa jusqu’à ce que, cédant aux prières de sa femme, son tyran consentit à la laisser vivre dans une modeste retraite, à la condition, cependant, condition qu’elle s’engagea sur serment à respecter, qu’elle n’attenterait pas à sa vie tant qu’il vivrait lui-même.

La mort du mari l’a rendue enfin libre; c’était depuis plus de vingt ans qu’elle languissait ainsi, ayant toujours devant elle le témoignage de son infidélité d’un jour.

« Almanach astrologique. » 1871, Paris.
Peinture : Edmund Blair Leighton.

Suffrage universel

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suffrage universelIl vient de se passer en Suisse un petit fait, dont nous devrions bien profiter, car il pourrait donner la solution d’une foule de difficultés politiques et économiques dans lesquelles nous nous éternisons en France, sans profit pour personne.

La Suisse est depuis beaucoup plus longtemps que nous en République, la forme de gouvernement n’y est jamais en discussion, elle jouit d’une tranquillité que bien des États plus importants ont le droit d’envier; elle peut donc nous donner des leçons de sagesse pratique, puisqu’elle a sur nous l’immense avantage, surtout en matière de gouvernement, de l’expérience et de la durée.

Une loi de 1849 avait rendu la vaccine obligatoire dans le canton de Berne. La vaccine a toujours été fort discutée; nous n’abordons pas la question, mais c’est un fait que, depuis quelque temps, les Bernois se montraient plutôt rebelles à cette obligation. Que serait-il arrivé chez nous en pareil cas ? Les contempteurs du vaccin obligatoire auraient été dénoncés, jugés et condamnés, parce qu’en France toute loi est infaillible, tant qu’elle n’a pas été abrogée, et, au train dont marchent nos députés, on sait qu’il court beaucoup de temps entre l’instant où une loi a été reconnue défectueuse et le moment où l’on se décide à la changer,

les Suisses sont plus expéditifs, et ils ne s’en trouvent pas plus mal. Devant l’opposition que soulevait l’obligation de la vaccine, ils ont décidé d’en référer au suffrage universel, dont personne ne songe à contester les arrêts, car s’il est une loi en ce monde qui n’admet aucune contradiction, c’est bien celle du nombre, c’est-à-dire de la force. Dans un pays comme le nôtre surtout, où le suffrage universel est le principe même, du moins officiel, du pouvoir, et où la souveraineté populaire est un dogme, il ne peut venir à l’idée de personne de contester ses arrêts. C’est donc par voie de référendum, autrement dit de consultation directe du souverain, le peuple, que les Bernois ont résolu la difficulté.

La lutte a eu tous les agréments et toutes les allures d’une campagne électorale. Les deux partis ont convoqué des réunions contradictoires, distribué des brochures, lancé des caricatures. L’une représentait le diable se moquant du Créateur parce qu’il n’avait pas créé l’humanité toute vaccinée; une autre montrait la Mort guettant les malheureux auxquels un charlatan inoculait du « poison de vache ». Bref les attaques, les ripostes, les gros mots ont été, comme il convient, répandus à profusion; après quoi, les votants devant se considérer comme parfaitement éclairés, on a tranquillement procédé au vote final : 26,238 voix se sont prononcées contre le vaccin obligatoire, et 24,543 pour. Depuis lors, se fait vacciner qui veut, et les Bernois, satisfaits de savoir à quoi s’en tenir, sont redevenus les gens les plus paisibles du monde.

Supposons maintenant, pour rester sur ce terrain, qu’une loi décrète en France la vaccine forcée : que de cris, que de protestations, quelle campagne de presse du côté des anti-vaccinateurs, qui feront durer la lutte jusqu’à révision de la loi qu’ils attaquent. avouez que si, au lieu d’être résolue par le Parlement, la difficulté l’était par le suffrage universel, on ferait certainement au préalable une campagne acharnée, mais, le verdict prononcé, tout le monde l’accepterait de bonne grâce, puisqu’il est, pour quelque temps du moins, sans appel.

Et si ce système était appliqué à mainte autre question, exploitée par tel ou tel parti, grossie à dessein pour les besoins de la cause, on supprimerait du coup bien des éléments de divisions stériles et de fâcheux malentendus, et l’on pourrait peut-être travailler aux réformes dont tout le monde parle et que personne n’entreprend. Si Tout le monde a plus d’esprit que Voltaire, pourquoi Tout le monde n’aurait-il pas aussi plus de bon sens ?

« Journal du dimanche. » Paris, 6 mars 1895.

L’herbe des sabres

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frederic mistralOn peut dire que l’air de Provence est tout imprégné de superstition. On la rencontre à tous les pas et sous toutes les formes, même sous celle des plantes. Il en est une que l’on appelle « l’herbe des sabres » : celui qui ose la transplanter meurt dans l’année. Frédéric Mistral possède, dans son poétique et fougueux jardin de Maillane, une touffe de cette herbe des sabres et il en racontait dernièrement la tragique histoire.

Il y a peu d’années, un paysan de Maillane, homme dans la force de l’âge et d’une superbe santé, vint lui dire qu’il avait découvert, dans des ruines, un pied de l’herbe des sabres, — laquelle, parait-il, est assez rare, —et il offrit au poète d’aller le lui chercher.

 Mais, objecta celui-ci, n’as-tu pas peur de mourir dans l’année ? 

Le brave homme se mit à rire. Il n’avait pas peur du tout. Et il arriva, quelques heures après, avec la mystérieuse plante, que l’on plaça au bon endroit.

 Eh ! bien, racontait Mistral, trois mois après, cet homme mourait aussi qu’un sabot se fend, comme l’on dit en Provence. Mais, ajoutait le Maître en souriant, ce n’est peut-être qu’une coïncidence. Cependant, poursuivait-il, cette plante a beau gagner du terrain, devenir très encombrante dans mon jardin, sentir mauvais (ce qui est une de ses particularités), ce n’est pas moi qui la ferai jamais arracher.

« Le Signal de Madagascar et dépendances. » Tamatave, 6 juin 1909.

La race la plus intelligente

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rencontreLes ethnologistes modernes offrent certainement un spectacle amusant lorsque, avec un seul crâne, deux tibias et un pot d’ocre pour barbouiller une carte, ils prétendent démontrer que les habitants de l’Irlande, d’une partie de l’Angleterre, de l’Italie, de l’Egypte et du Maroc appartiennent tous à un type d’humanité fort dépourvu d’intelligence.

La palme, cependant, doit être décernée à ce génie de l’Université de Princeton qui, grâce à on ne sait quelle épreuve compliquée, vient de découvrir qu’un Hollandais est beaucoup plus intelligent qu’un Autrichien et qu’un Turc l’est plus qu’un Italien Dans la liste des honneurs, les Italiens n’arrivent qu’avec le numéro 16. On demeure assez surpris lorsqu’on songe que durant deux siècles l’Italie a eu l’honneur de donner au monde plus de géants intellectuels et artistiques que le reste du monde.

Mais, sans doute, il y a quelque erreur grossière dans cette affirmation et c’est ainsi que l’Université de Princeton établirait la nationalité des grands hommes suivants :

Léonard de Vinci, l’homme le plus intelligent que le monde ait jamais produit, était un Turc; Michel-Ange était un Suédois; Christophe Colomb, né à Porktown, partit de New York pour découvrir Gênes; Dante était un Petit Prussien; Virgile un Hollandais et Bonaparte un Wallon.

« L’Écho annamite. » Saïgon, 26 février 1925.

Lettres perdues

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Dead Letter OfficeSavez-vous ce que deviennent, aux Etats-Unis, les lettres tombées au rebut ?

Celles qui proviennent du Canada, de la Grande-Bretagne, de la Suisse, du Sud-Amérique et de l’Australie sont, par suite d’une convention spéciale, jetées aussitôt au feu. La France, l’Italie, la Russie, l’Espagne, la Norvège, la Suède, le Danemark et la Belgique montrent pour la correspondance de leurs nationaux un peu plus d’intérêt : elles les réclament intégralement, et la Russie pousse même la sollicitude jusqu’à faire recommander ses retours.dead lettersLe pays qui fournit le plus de besogne au Dead Letter Office (bureau des lettres au rebut), est l’Italie. La raison en est à la fois curieuse et simple : l’Italien qui écrit à son compatriote émigré aux Etats-Unis néglige couramment d’affranchir sa lettre. Le destinataire, de son côté, ne se soucie guère de payer la double taxe. Il lui suffit généralement de reconnaître l’écriture de l’envoyeur et de lire le nom de la ville d’où provient la missive, et il en conclut que son correspondant se porte bien, et rend la lettre au porteur… sans la décacheter.

On ne saurait économiser plus sagement.

« Le Pays : journal des volontés de la France. » Paris, 8 octobre 1902.