SANS CATEGORIE

Il n’y a plus de  « Temps des Cerises »  pour Thérèse Clément

Publié le Mis à jour le

cerises

Quand nous chanterons le temps des cerises
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête…

En écrivant les paroles de sa romance, Jean-Baptiste Clément ne se doutait guère qu’un jour viendrait où sa veuve ne pourrait même plus s’offrir, comme au bon vieux temps, ces « pendants de corail » qu’il chantait.

Depuis quarante-cinq ans qu’il est mort à Duboin, d’un cancer au foie, Thérèse Clément habite, avec une vieille amie, un modeste petit logement de la rue des Abbesses, non loin de la place qui porte le nom de son mari et de la maison où ils vécurent ensemble.

Fils d’un meunier de Boulogne-sur-Seine, Jean-Baptiste Clément avait été apprenti tourneur avant de fréquenter les muses. Rictus n’aurait pas désavoué sa première chanson, Si j’étais le bon Dieu, dédiée aux humbles. Militant révolutionnaire, il participa activement à la Commune et dut s’enfuir en Angleterre, comme Vallée, après la défaite des fédérés. A Londres, pour vivre il se fit encadreur et donna des leçons de français.  

la commune 1871
La Commune, 1871

Rentré d’exil, il fut rédacteur en chef au journal de Gérault-Richard, La Petite République, et gérant de la première librairie socialiste du boulevard de Clichy. Il reprit également son activité de chansonnier, connut Thérésa, Mercadier, Fragson qu’il retrouvait dans une guinguette des bords de la Marne tenue par Clodoche, un ancien danseur.

Jusqu’à la fin de sa vie, Jean-Baptiste Clément composa. Les chansons naissaient sous sa plume avec une facilité qui déconcertait ses camarades. Il y en avait pour tous les goûts : chansons d’amour, humanitaires et sociales, bluettes, chansons à boire, rondes enfantines. Mais jamais il ne retrouva le succès prodigieux du Temps des cerises, même avec Au printemps dernier, qu’il écrivit pendant sa maladie :

Au printemps dernier, à ma chère aimée
Nous sommes venus dans ces verts sentiers
Le ciel était bleu, la brise embaumée
Par les prés en fleurs et les églantiers.

En 1936, le centenaire de sa naissance a été commémoré sous la présidence de Gustave Charpentier, le compositeur de Louise, par Lucien Descaves, de l’Académie Goncourt, Georges Pioch, Léon Frapié, l’auteur de La Maternelle, Dorival, de la Comédie-Française, le musicographe Jacques-Gabriel Prod’homme, Eugène Manescau qui fit la musique de plusieurs de ses chansons et Raymond Souplex.

chez gegene
Chez Gégène

Depuis, on semble s’être désintéressé du sort de sa compagne. A 78 ans, elle n’a pour vivre que la retraite des vieux (60 francs par jour) et les maigres droits du Temps des cerises, seule chanson de son mari qui soit encore interprétée quelquefois à la radio et au music-hall.

Thérèse Clément m’a montré la dernière feuille de la Société des auteurs. Au terme d’un calcul assez compliqué, j’ai vu qu’il lui revenait la somme fabuleuse de… 3.000 francs. Pour six mois !…

Et la chanson a fait le tour du monde à la radio, au disque, au cinéma, bénéficiant du talent d’artistes tels que Ninon Vallin, Vanni-Marcoux ou Richard Tauber !

A peine sorti de la vieille maison de la rue des Abbesses, l’ardoise d’une marchande de quatre-saison attira mon regard : Cerises « extra », 100 francs le kilo

Avec 60 francs par jour ! 

Mais il est bien court le temps des cerises.

Bien dur, aussi, pour les veuves des poètes… 

thérèse clément

Jacques Parrot.« Les Lettres françaises. » Paris,17 juin 1948.

Publicités

Les piqueuses dans le jardin

Publié le Mis à jour le

Emilie VastUn propriétaire ne pouvait faire un pas dans son jardin sans s’exposer à la piqûre des abeilles. Il aimait les fleurs, il les cultivait avec passion. Mais il lui était défendu d’y toucher, défendu d’en savourer le parfum.

Plus d’une fois les enfants de l’importuné étaient venus pleurant comme l’Amour d’Anacréon, montrant leurs mains ou leurs figures enflées et répétant :

« Je souffre, je meurs, un serpent m’a piqué, un petit serpent ailé, que les laboureurs appellent abeille. »

Cependant notre homme n’avait point de ruches. Les abeilles appartenaient à ses voisins. Mais ne trouvant pas de fleurs chez elles, ayant une idée confuse de la propriété et un respect médiocre pour les clôtures, elles allaient picorer où il leur plaisait.

La position n’était pas tenable, le propriétaire consulte un chimiste de ses amis qui lui enseigne un remède héroïque. Une poudre empoisonnée est répandue sur les fleurs, les abeilles meurent par milliers.

Procès

Le propriétaire des abeilles assigne le propriétaire du jardin. Il lui dit :

« Vous vous êtes fait justice vous-même. Que mes abeilles vous aient piqué, vous, votre femme, vos enfants, vos serviteurs, qu’elles aient rendu votre propriété inhabitable, c’est possible. Mais il fallait vous adresser à la justice. A chaque blessure il fallait suivre l’abeille, la suivre jusqu’à sa ruche, faire dresser procès-verbal et m’envoyer du papier timbré. »

Un rhéteur romain, Quintilien si nous avons bonne mémoire, a relaté ce beau procès tout au long.

« La Comédie au tribunal. » Paris, 1869.
Illustration : Ricochet Emilie Vast

Métempsycosisme

Publié le Mis à jour le

babinet jacquesDans une excursion scientifique que nous faisions en Suisse, des savants et moi, racontait le physicien français Jacques Babinet, nous nous arrêtâmes dans une hôtellerie.

Pendant le repas, la conversation tomba sur la croyance d’une école, fort peu nombreuse en réalité, d’après laquelle l’homme revit, et tous les événements se reproduisent exactement tous les trente-deux mille ans. Chacun de nous remarqua l’attention que notre hôtelier prêtait à notre conversation. Au dessert, il n’y tint plus.

Je suis des vôtres, messieurs, nous dit-il, et pour moi, c’est une conviction, une ferme croyance. Dans trente-deux mille ans, nous serons tous ici, à la même table

Je voulus jouer un bon tour à notre hôte; et, lorsqu’il présenta l’addition : 

Nous sommes un peu à court d’argent, lui dis-je; nous espérons que vous nous ferez crédit. Vous savez que nous sommes assurés de nous revoir : nous vous payerons la prochaine fois. 

L’hôtelier se gratta l’oreille, mais promit le crédit demandé. Toutefois, au moment où nous nous retirions : 

Pardon, messieurs, nous dit-il; ma femme, qui a une très bonne mémoire, me rappelle qu’il y a trente-deux mille ans vous avez fait un repas exactement pareil à celui d’aujourd’hui. Tenez, voilà le montant de la note dont je vous fis crédit; payez-moi la note arriérée, et, ainsi que cela est convenu, je vous ferai crédit pour celle d’aujourd’hui. 

« Almanach de France et du Musée des familles. » Paris, 1878.

La guerre des cerveaux fêlés

Publié le Mis à jour le

savant fouChaque guerre exerce sur les inventeurs une influence excitatrice qui n’est pas toujours bienfaisante. Ceux qui croient avoir découvert la « machine à terminer la guerre » sont légion, depuis Archimède.

Chaque pays pourtant prend la peine d’examiner et de trier l’énorme masse d’inventions réalisées par ses nationaux. On ne sait jamais !… En France le Bureau des Inventions, dirigé par M. Breton, s’est acquitté avec éclat de ce travail. En Angleterre le même bureau a fonctionné de 1914 à 1918, et a été réorganisé en 1939. Parmi les inventions qui lui ont été soumises, voici les plus étranges :

Un produit capable de congeler les nuages, ce qui aurait permis, disait l’inventeur, de les utiliser comme plates-formes pour canons antiaériens.

Un « rayon noir », destiné à obscurcir la lune afin de rendre impossible les vols de nuit.

Des mouettes ou goélands dressés au repérage des sous-marins. 

Un obus contenant des serpents venimeux qui iraient infester les tranchées ennemies.

Un projectile chargé de gravier pour combler les trous d’obus du « no man’s land » et permettre aux troupes d’assaut de passer.

Du côté des Américains

geo trouvetouLe génie américain, on s’en doute, s’est montré plus fertile encore dans ce domaine.

Le 5 octobre 1918, MM. E.-A. Klager et Carles A. Poth, de Pittsburg, faisaient breveter un obus anti-avion qui, en éclatant, projetait des lanières d’acier munies de crochets destinées à s’entortiller dans les hélices.

En 1930, M. E.-G. reprenait ce brevet en le perfectionnant : les lanières d’acier étaient attachées chacune à un petit parachute.

Tout récemment, un inventeur vient de proposer au département de la Marine à Washington, un appareil qui, placé sur un cuirassier, tournerait comme un gigantesque ventilateur et recevant les bombes à leur arrivées les rejetterait sur les côtés, par l’effet de la force centrifuge.

On vient de proposer également de monter sur les navires d’énormes électro-aimants capables d’attirer les sous-marins. Ce serait un moyen plutôt dangereux si l’inventeur n’avait prévu que le sous-marin, ainsi attiré contre la coque du bâtiment, recevait une énorme décharge électrique qui l’anéantirait.

Mais voici le fin du fin : des obus remplis de thermite (substance incendiaire dégageant 3.000°) semblables à ceux qu’utilise l’ennemi. Mode d’emploi : abandonner ces projectiles « mine de rien », pour que l’ennemi les recueille et s’en serve dans ses canons où ils exploseraient et provoqueraient de terribles ravages.

On avouera qu’auprès de ces inventions diaboliques, les miroirs d’Archimède n’étaient que jeux d’enfants.

« 7 jours : grand hebdomadaire d’actualités. » Lyon, 5 janvier 1940.
Illustrations : « Frankenstein’s Army  » de Richard Raaphorst, 2013.
« Géo Trouvetou » personnage Disney, créé par Carl Barks.

Et si la terre cessait de tourner ?

Publié le Mis à jour le

jeune astronomeOn sait que la terre tourne de deux manières; premièrement sur elle-même, à peu près comme une toupie; deuxièmement autour du soleil et, dans ce dernier mouvement, sa vitesse de translation est cent vingt fois plus grande que celle d’un boulet de canon. Quant à sa vitesse de rotation, elle est différente, pour chaque point de surface, à raison de son éloignement de l’axe. A l’équateur, elle est de 36.000 kilomètres en vingt-quatre heures : soit 26 kilomètres par minutes ou 470 mètres par seconde.

Si donc ce double mouvement venait à s’arrêter, ou même l’un des deux seulement, il arriverait alors à chacun des objets placés à sa surface, mais à une intensité incomparablement supérieure, ce qui arrive aux voyageurs placés sur un véhicule quelconque, lorsque ce véhicule se trouve brusquement stoppé dans sa marche : le mouvement qui est en eux continuerait de les emporter avec la même vitesse dont la masse était animée au moment où elle s’est arrêtée. Ainsi, les hommes, les animaux, les pierres, les eaux des océans et celles des rivières seraient projetées avec une vitesse effroyable. Les rochers même et les montagnes seraient arrachés de leur base, les arbres seraient déracinés…

Ce serait un un spectacle curieux à voir… de loin.

« Le Petit Marseillais. » Marseille, 2 mars 1889.
Peinture : Olivier van Deuren.

Le cinéma du père Prieur

Publié le Mis à jour le

paisàQuand il tournait Paisà, Roberto Rossellini avait passé quelque temps dans un monastère très isolé dont les pères, sans aucun contact avec le monde, tournèrent sans même savoir ce qu’était le cinéma.

A quelque temps de là, passant dans la région, il va rendre visite au père Prieur qui lui avait beaucoup facilité la tâche. Il trouve le portier en larmes : « Notre Prieur est mort cette nuit. On l’a installé dans une chapelle ardente, devant l’autel. Si vous voulez lui rendre les derniers devoirs... »

Le réalisateur italien, tout mécréant qu’il soit, s’approche du cercueil ouvert et asperge le saint homme du goupillon qui lui est offert.

Récemment, Rossellini, tournant dans le même décor, vient demander l’hospitalité au monastère :

 Alors, vous avez un nouveau Prieur ? demande-t-il en entrant.
— Un nouveau Prieur ? Non ! Pourquoi ? C’est toujours le même.
— Mais, je le croyais mort !
— Ah non, riposte vivement le moine, c’était une erreur. Nous allions l’enterrer, mais Dieu soit loué, il s’est réveillé pendant la cérémonie.

« Les Lettres françaises. » Paris, 1er janvier 1948.

Quelques brèves

Publié le Mis à jour le

Archimède n’était en retard que de 16 siècles 

archimèdeLa Krasnao Gazeta de Moscou, publie des renseignements intéressants sur un papyrus fameux que détient l’Ermitage. 

D’après ce papyrus déchiffré récemment par l’académicien B. A. Touraiew et le conservateur des antiquités de l’Ermitage, W. Itruve, on voit que le problème de la mesure de la circonférence et de la surface de la terre était déjà résolu par les Egyptiens, 18 siècles avant J.-C.. tandis que, jusqu’à présent, on attribuait à Archimède la résolution de ce problème. Ce papyrus avait été acheté par le collectionneur bien connu Golinichov, qui, en 1912, en fit don au musée des Arts. 

Très prochainement l’Ermitage publiera le texte et la traduction de ce papyrus.

« L’Homme libre : journal quotidien du matin. » Paris, 30 décembre 1927.

Un train disparaît 

trainOn signale de Moscou qu’un train parti de Sébastopol, le 19 décembre, pour Pétrograd, où il devait arriver le 22, n’est pas arrivé à destination, et on ne sait pas ce qu’il est advenu de lui. 

« L’Homme libre : journal quotidien du matin. » Paris, 30 décembre 1927.

Qui joue les fantômes dans l’ancien couvent des Carmes ? 

peurDepuis la rentrée scolaire, les locaux de l’ancien couvent des Carmes, de La Rochefoucauld en Charente, abritent l’école communale de filles. La directrice de cette école, Mlle Brunet, y est logée, ainsi que l’une de ses adjointes; deux élèves de l’école y sont pensionnaires.

Or, depuis quelque temps, ces dames entendent, la nuit, des bruits et des cris. Des portes, soigneusement fermées le soir, sont trouvées ouvertes le lendemain matin. Des menaces auraient même été distinctement perçues, venant d’une cave : les occupants de l’ancien couvent des Carmes sont terrorisés.

On s’explique leur frayeur si on songe que les vastes locaux de ce couvent sont isolés de la rue et de tout voisinage par de hauts bâtiments, une grande cour entourée du célèbre cloître ogival et de très grands jardins. La directrice et son adjointe ont porté plainte.

La gendarmerie fait une enquête; des empreintes de pas ont été relevées. 

« L’Homme libre : journal quotidien du matin. » Paris, 25 novembre 1927.