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Au Bal Masqué

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C’était sous l’Empire et dans un bal masqué où les danseurs faisaient assaut de costumes excentriques. Tout à coup, un individu bizarrement affublé fait son entrée et obtient, dès son apparition, un vif succès.

C’était un jeune étudiant déguisé en… armoire ! Imaginez une grande boite peinte en couleur chêne d’où émergeait une tète blanche rappelant assez exactement une tête de plâtre semblable à celles qu’on plaçait jadis, sur les bibliothèques. Les pieds étaient habilement dissimulés dans le socle.

On fait cercle, on applaudit. Sur la porte de l’armoire, ornée d’une énorme clé, on lisait :« Défense d’ouvrir. »

Naturellement, quelqu’un ouvrit. Alors cefut une explosion de rires, de bravos, de trépignements ; le loustic n’avait que son armoire comme… costume.

Et la foule augmente, et le tapage de grossir. Si bien que le déguisé est emmené au poste où l’on veut verbaliser, le commissaire taxant cet acte d’immoralité. 

Immoralité ? s’exclame le délinquant, j’étais dans mon armoire jusqu’au menton.

Enfin cette porte qu’il suffisait d’ouvrir …

Elle était fermée à doublé tour et j’avais écrit dessus : « Défense d’ouvrir. »

Cette raison désarma le commissaire. L’étudiant sortit indemne de celle affaire. Il y a de cela quarante ans. Aujourd’hui, l’étudiant est conseiller à une Cour d’Appel.

« Mascara-Cythère. »    Alger, 1902.
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Le Club des suicidés

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Dessin modifié de Baloup et Vaccaro

La Pall Mail Gazette, qui avait fait le bruit que l’on sait avec la publication de ses scandales de Londres, a décidément le monopole des révélations sur les étrangetés de la vie anglaise.

Elle vient d’affirmer qu’il existe dans la capitale britannique un «Club des pendus», c’est-à-dire de raffinés qui se donnent, en se faisant pendre, la sensation même de la mort : on les décroche au moment où l’asphyxie va être complète, et il faut quelque temps pour leur rendre le sentiment.

Mais quelle satisfaction ensuite, et quelles émotions ils ont éprouvées !
Cette manie funèbre compte-t-elle beaucoup de fervents ? Pour accomplir cette folie, un certain courage est nécessaire. Une seconde de trop, en effet, et c’en est fait !

La Pall Mail Gazette ne se contente pas, du reste, de nous apprendre qu’il existe un Club des pendus; elle publie un récit intitulé : « Ce que c’est que la pendaison, par un homme qui en a essayé. » Suit une longue série des impressions ressenties par le pendu. « Il me semblait, dit-il, que je me trouvais transporté dans un monde brillant; je croyais nager dans une mer d’huile ; elle était pareille à de l’or ; j’entendais un choeur de voix divines… puis, tout à coup, je m’éveillai : on venait de couper la corde ! »

Il n’y a pas longtemps, un écrivain anglais, M. Stevenson, avait révélé l’existence d’un autre cercle : le « Suicide-Club », où il ne s’agirait plus d’émotions seulement, mais d’une réalité tragique.

Faut-il le croire ? N’y a-t-il pas dans son récit romanesque une part d’exagération ? Nous le pensons.

Voici, en tous cas, ce qu’il donnait comme certain :

Beaucoup de gens sont las et dégoûtés de la vie, mais le courage leur manque pour se tuer. A cette minute suprême, la main qui tient le revolver ou le poignard hésite et on se raccroche instinctivement à cette vie qu’on veut quitter. Un industriel peu délicat aurait imaginé de rendre à ces gentlemen fatigués de l’existence le petit service, de les en débarrasser sans scandale, sans que leurs derniers moments soient pénibles, et sûrement.

Il aurait, dans ce but, fondé un cercle, où, pour être admis, il faudrait d’abord prouver qu’on appelle la mort avec impatience : après avoir fait verser au postulant une somme très élevée, le « directeur » prierait le nouveau membre de signer une déclaration dans laquelle il affirme qu’il s’est tué volontairement.

Ceci n’est qu’une simple précaution, au cas où on aurait par hasard des soupçons; mais cette pièce ne sert généralement pas, « l’accident » qui délivre le membre du Club du fardeau de la vie étant toujours supérieurement combiné.

Les membres du « Suicide-Club », d’après l’écrivain anglais, se réunissent chaque soir, et chaque soir une partie de cartes s’engage.

Mais quelle partie ! Celui qui a le nombre de points le plus élevé — le gagnant — jouit du privilège le plus envié d’être sûr de ne pas se réveiller le lendemain: Dès que le sort a prononcé, les « désespérés », ses collègues, l’entourent, le félicitent, appellent un sort pareil de tous leurs voeux. 

Puis, on festoie joyeusement jusqu’à minuit. A minuit, le « gagnant » se retire, et, avant qu’il ait pu regagner sa demeure, une voiture lancée au galop lui a écrasé la tête, ou une pierre énorme s’est détachée d’une maison et l’a frappé à la tempe…

C’est toujours un accident : il y a un personnel admirablement dressé pour ce genre d’exécutions volontaires.

Tout ceci semble fantastique. Le narrateur a dû évidemment ajouter quelques détails de son cru. Mais les « spleenétiques » anglais nous ont habitués à tant d’excentricités que cette suprême excentricité-là est peut-être bien possible !

« Revue des journaux et des livres. »   Paris, 1885.

L’auberge rouge de Peyrebeille

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Photo DL/Fabrice HÉBRARD

Dans tout l’imaginaire de l’horreur, l’auberge où l’on assassine tient une place d’honneur. C’est une auberge reculée, perdue, que l’on ne peut éviter si l’on ne veut pas coucher dehors dans la nuit glaciale, et dont les hôtes massacrent , pour les détrousser, les malheureux voyageurs isolés.

Elle a existé ici au début du XIXème siècle dans un sévère décor de montagnes désertiques. Le plus étrange est que ses propriétaires, les époux Martin, ont exercé à loisir pendant plus de vingt-cinq ans leur coupable industrie avant d’être découverts en 1831.

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Ils furent décapités en 1833 dans la cour même de leur auberge après un procès retentissant dont les détails firent frissonner la France entière grâce à une presse à sensation à ses débuts. On ignore le nombre exact de leurs victimes, mais une si longue impunité témoigne de leur ruse et du soin avec lequel ils choisissaient leurs proies.

Fait étrange, la fiction avait précédé la réalité: quelques années avant ce macabre procès, un mélo qui fit courir le Tout-Paris pour applaudir Frédérick Lemaître, l’Auberge des Adrets, développait un thème à peu près analogue !

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La visite des lieux est impressionnante: ses propriétaires actuels ont su restituer une atmosphère très suggestive et, quand les curieux grimpent le sombre escalier où la domestique Rochette, âme damnée des épous Martin, guettait les clients pour les assomer, ils s’y croiraient. On a dit que l’on n’hésitait pas ici à servir les victimes en pot-au-feu aux clients suivants.

« A la découverte de la France mystérieuse. »  Sélection du Reader’s Digest, 2001.

Hôtel hanté à Brighton

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C’est, comme on sait, à la veille de Noël que les revenants font, selon la tradition, leur apparition dans les milieux que fréquentait, pendant leur existence matérielle, leur personnalité mortelle. L’histoire du revenant qui vient d’être signalé à Brighton paraît donc de circonstance. 

C’est dans un petit hôtel particulier à deux étages, situé dans une rue peu importante de la grande ville d’eaux, que se sont produites les manifestations surnaturelles qui ont suscité un vif intérêt dans les cercles où l’on s’occupe de l’élucidation des problèmes de la psychologie. On donne, à ce sujet, les récits les plus détaillés qui présentent toutes les apparences de la sincérité.

Une dame, qui était autrefois locataire de l’hôtel en question, déclare qu’un dimanche soir, se trouvant dans son salon, son étonnement fut grand d’apercevoir subitement, en levant les yeux, la forme d’une femme qui se tenait debout auprès du piano. Sur les traits de son visage se lisait une angoisse indicible. Puis le fantôme disparut avant que la dame, épouvantée, ait eu le temps de l’examiner.

Une déclaration fut faite par un monsieur, bien connu à Brighton, qui a habité le petit hôtel en question pendant quinze mois. C’est un homme vigoureux et énergique, qui ne semble guère d’un tempérament à être victime d’illusions. Ce monsieur et sa femme déclarent avoir entendu, un soir, résonner, par trois fois, trois notes différentes sur une guitare pendue au-dessus du piano disposé dans ce coin du salon où la femme aurait fait son apparition.

L’examen de la guitare n’a rien révélé qui pût expliquer ce phénomène.

Plus d’une fois, après cet incident, on a entendu résonner des notes du piano sans cause apparente. Des amis qui ont passé la nuit dans la maison disent avoir entendu des bruits étranges. Mais le récit le plus intéressant est celui d’un avocat qui habite Brighton. Il y a quelque temps, cet avocat et deux de ses amis ont décidé de passer la nuit dans la maison hantée afin d’éclaircir ce mystère. Il s’était muni d’un revolver et un petit chien les accompagnait.

Pendant la nuit, le chien manifesta une vive inquiétude et, subitement, l’avocat entendit appeler ses amis, qui se trouvaient dans une autre pièce. Il se précipita aussitôt et, en arrivant dans la chambre où ils se trouvaient, il aperçut une femme qui traversait la pièce. Il la regarda fixement et jamais, dit-il, il n’oubliera l’expression de douleur atroce qui contractait sa figure.

La forme était transparente et laissait l’impression d’être vêtue d’un costume brun. Elle marcha jusqu’au mur, puis disparut L’avocat dit que cet incident l’impressionna vivement et que lui et ses amis quittèrent aussitôt la maison sans faire d’autres recherches.

On dit qu’il y a quelques années, une jeune femme, que les cruautés d’un homme avaient rendue folle, s’est pendue dans une chambre à coucher de la maison.

Gaston Mery, Paris, 1905.

Le retour du soldat: l’étrange récit d’une mère

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Dans une séance de la London Spiritualist Alliance, l’un de ses membres raconta un cas spirite très intéressant qui venait de parvenir à sa connaissance.

Une femme habitant une ville du Lancashire avait un fils qui fut tué à Gallipoli. Comme une amie (le membre de la London Spiritualist Alliance) lui exprimait ses condoléances pour le malheur qui l’avait frappée, la mère dit :

—  Je l’ai vu, il est revenu à moi.

Et elle se prit à raconter qu’un mercredi soir, avant que la nouvelle de sa mort lui parvînt, elle se trouvait seule chez, elle, prenant son thé, quand elle entendit la porte s’ouvrir et elle vit son fils entrer et s’arrêter sur le seuil, en s’appuyant à la paroi. Elle s’avança vers lui, en poussant une exclamation de joie, quand, à sa grande surprise, il sortit de nouveau, en fermant la porte. Elle courut après lui, mais ne le voyant pas dans la rue, elle supposa qu’il avait été acheter des cigarettes; elle s’en fut donc à deux boutiques, demandant si on ne l’avait pas vu, mais sans succès.

Elle en conclut qu’il devait avoir rencontré quelques amis et qu’il ne tarderait pas à revenir; elle laissa donc la porte ouverte durant toute la soirée et veilla jusqu’à onze heures, fort désappointée de ne pas le voir reparaître.

Le lendemain, dans l’après-midi, elle vaquait aux soins du ménage ; tout à coup, levant les veux, elle aperçut son fils, assis sur un escabeau, devant elle. Surprise qu’il eût pu entrer sans qu’elle l’entendît, elle s’avança vers lui pour l’embrasser, mais il disparut de nouveau.

Le soir suivant, elle avait préparé son thé et était assise, la tasse à la main, quand elle vit encore son fils, debout sur le seuil de la porte. Elle s’écria :

Mon enfant, ne laisse pas ta mère, cette fois ! Entre, et prends une tasse de thé avec moi !

—  Je ne puis pas, répondit-il  je n’en peux plus; il faut que j’aille me coucher.

Alors elle s’aperçut, avec une émotion profonde, que sa poitrine était couverte de sang.

Monte dans ta chambre ! s’écria-t-elle, je vais venir le laver et t’apporter une tasse de thé.

Elle l’entendit monter et le suivit; elle le trouva, en effet, assis à coté du lit. Soudain, il se renversa sur le lit, qui était tout couvert de sang. Avec, une exclamation d’effroi, elle alla chercher une éponge et revint au lit. Il n’y avait personne; le lit n’était aucunement défait ni tâché.

C’est seulement alors que la pauvre mère se rendit compte qu’elle n’avait pas eu affaire à la réelle personne physique de son fils.

Le lendemain, le soldat se montra de nouveau à sa mère; cette fois, il lui demanda de ne pas s’inquiéter, car tout allait bien.

La première apparition eut lieu un mercredi. Le dimanche suivant, la femme était assise à la porte de sa maisonnette, quand le facteur de la poste entra. L’une des lettres qu’il lui remit contenait la nouvelle de la mort de son fils. Il avait été tué le mercredi précédent.

Cinq semaines avant le commencement de la guerre, le jeune homme était venu voir sa mère et lui avait dit qu’il allait être appelé sous les armes et qu’il ne reviendrait plus de sa vie.

« Annales des sciences psychiques. »    Société universelle d’études psychiques,   F. Alcan Paris, 1916.

Les merveilles de Tilly

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paysansTilly-sur-Seulles recommence à faire parler de lui. Il s’agit, avant tout, d’un curieux phénomène optique, météorologique, ou de quoi que ce soit, dont la Libre Parole rendit compte, le 13 août, en ces termes :

Le 7 juillet, vers sept heures du soir, un habitant de Tilly, M. Yon, homme robuste et de sang-froid, âgé d’une quarantaine d’années, reconduisait sa mère chez elle sur la route de Caen. A un certain moment, Il porta ses regards du côté du soleil couchant. En les reportant ensuite sur un autre point, il fut un peu surpris d’apercevoir à plusieurs reprises un rayon d’un éclat singulier. Il n’y attacha pas toutefois d’importance, sachant bien que lorsqu’on a fixé un objet brillant, on continue à voir pendant quelque temps des points lumineux.

Mais, après avoir marché une vingtaine de mètres environ, arrivé à un endroit où le soleil se trouvait caché par des arbres et des maisons, il aperçut devant lui, très distinctement une multitude de petites boules, ressemblant aux ballons que l’on vend les jours de fête pour les enfants. Il y en avait de différentes couleurs, des vertes, des violettes, des roses, des jaunes.
Il n’était pas encore revenu de son étonnement, lorsque sa mère, qui marchait devant lui, lui dit tout à coup :

C’est malheureux de vieillir ! C’est étonnant comme la vue me fait défaut ! Je ne vois devant moi que des petits ballons. La route en est couverte.

M. Yon lui demanda de quelles couleurs ils étaient.

Ils sont verts, répondit-elle.

Et immédiatement après :

En voilà des violets !

C’était exactement ce que voyait son fils. Un peu plus loin, le spectacle leur apparut si magnifique, que tous deux s’arrêtèrent pour le contempler à leur aise. La pâture et les arbres qu’ils avaient devant eux étaient absolument couverts de ces globes lumineux, ce qui produisait un effet féerique dont la plus splendide illumination électrique n’aurait pu donner une idée.

De plus en plus surpris, M. Yon alla prévenir différentes personnes. Ces personnes constatèrent exactement le même phénomène que lui. D’autres témoins ne tardèrent pas à accourir. Ils virent ce qu’avaient vu les précédents. Les boules partaient de dessous ou de derrière le soleil et s’avançaient dans diverses directions. Elles devenaient de plus en plus innombrables et de teintes de plus en plus variées.

Le Révérend Père L… s’est fait remettre par chacun des témoins une déposition écrite et signée.

Les jours suivants, les mêmes faits furent encore constatés. On peut dire que tout le village les a vus. Voilà le témoignage du curé-doyen de Tilly :

Le mardi 9 juillet, a-t-il déclaré, vers sept heures et demie du soir, je sortais de l’église après ma visite au Saint-Sacrement. Je vis plusieurs groupes de personnes regardant dans l’espace, du côté du soleil, et je les entendais jeter des cris. Passant près du premier groupe, ils m’exprimèrent leur saisissement, à la vue de toutes les boules qui, sortant du soleil, sillonnaient l’espace. Je m’arrêtai un peu, et à peine eus-je regardé comme les autres, je vis moi-même toute une explosion de globes noirâtres, très opaques, parfaitement dessinés, des boules très nettes, d’un diamètre de trente centimètres environ, lancées par le soleil à des hauteurs immenses. Je suivis des yeux quelques-unes de ces boules éparpillées dans l’air; elles retombaient en faisant une courbe parfaite et s’évanouissaient dans l’espace, et tout d’un coup. Les cris de la foule (des enfants surtout) avec leurs réflexions, me firent voir que tous avaient vu la même explosion et de la même manière… Le soleil était étrange : il semblait un foyer vivant, se roulant à droite et à gauche, et avec des lueurs indéfinissables. Je compare ce que j’ai vu à un mortier de feu d’artifices, d’où s’élancent une série formidable de globes, qui franchissent l’espace et retombent comme en cascade, avec cette différence que les boules ne subissaient aucune transformation dans leur trajet et disparaissent, tout d’un coup, sans explosion.

Le Révérend Père L…, après avoir fait son enquête à Tilly, s’est rendu dans divers Observatoires, pour demander si des phénomènes du même genre avaient été parfois constatés, et on lui a répondu que non.

Paris, 1901.

Ce n’était vraiment pas son heure

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Un homme se disputait le 8 avril avec sa femme, au sujet de l’argent du loyer qu’il ne pouvait lui fournir. Accablé d’injures par elle, il voulut en finir avec la vie.

Prenant un petit poignard long de dix centimètres, il le plaça verticalement sur le sommet de la tête et à l’aide d’un marteau il l’enfonça jusqu’à la garde. Cela fait, il n’en fut pas plus avancé. Non seulement il ne lui était pas venu d’argent, mais il n’en avait pas fini avec l’existence et il ne sentait rien. II avait toute son intelligence et l’usage de ses sens et de ses mouvements. Très embarrassé d’avoir si mal placé son poignard, il dut faire appeler le médecin qui essaya d’arracher ce couteau de la boite du crâne, mais tous ses efforts furent infructueux.

On appela M. Dubrisay nos deux confrères ensemble ne furent pas plus heureux. Ils soulevaient le malade en tirant sur le manche du poignard, mais l’arme solidement fixée dans les parois du crâne ne bougeait pas. On conduisit le malade dans un atelier du voisinage pour avoir des moyens de traction suffisamment énergiques. 

Placé entre deux portants ayant dans leur intervalle une forte pince de fer mise en mouvement par une force mécanique, assis par terre et bien maintenu, la lame du poignard fut saisie, tirée sans secousse et arrachée, enlevant un peu le malade qui retomba sur le sol, il se leva aussitôt, se mit à marcher, à causer et reconduisit M. Dubrisay à sa voiture en lui disant « merci ». La lame de l’instrument était un peu courbée vers la pointe. On voyait qu’elle s’était heurtée à un corps dur qui est la fosse occipitale. 

Craignant de voir apparaître des accidents de méningite, le malade fut conduit à Saint-Louis, dans le service du Dr Péan, mais il en sortit au bout de huit jours, sans qu’il se soit développé d’accidents inflammatoires ou paralytiques.

Comme procédé de suicide, celui-là est curieux et on peut le publier sans crainte de produire une épidémie d’imitation.

« Suicides et crimes étranges. »   Dr Moreau de Tours,  Société d’éditions scientifiques, Paris, 1899.