Rapports parlementaires

Publié le Mis à jour le

assemblée_nationaleLe Figaro a signalé l’extraordinaire « innovation » de M. Péchadre, qui n’a pas craint d’introduire dans son rapport sur le budget du ministère des Travaux publics, plusieurs pages de publicité commerciale.

On se demande comment M. Péchadre a pu concevoir cette singulière idée. Verrons-nous un jour des députés agents de publicité ? Ce serait trop beau, vraiment ! Nous ne sommes pas encore préparés à cet industrialisme politique, bien que la manière dont les rapports aux Chambres sont composés, nous réserve parfois des surprises curieuses. 

Nous ne voulons nullement désobliger M. Péchadre, que nous ne connaissons pas. Mais est-ce lui qui a rédigé son rapport ? Et s’il ne l’a pas rédigé, l’a-t-il lu ? Trop de rapporteurs s’en remettent à l’administration ou bien à leurs secrétaires particuliers. On fait le travail, et le rapporteur néglige parfois même d’en prendre connaissance. 

On assiste alors à des spectacles édifiants. Le rapporteur défend une thèse opposée à celle que le rapport expose. Ou bien il se révèle ignorant le premier mot des pages qu’il a signées. On sourit. Et on trouve ça tout naturel. 

Il importe cependant que de telles mesures ne se perpétuent pas. C’est le régime qu’on discrédite. Les besognes politiques demandent du sérieux dans l’exécution. Est-il si difficile de ne confier les rapports qu’aux hommes éminents (il n’en manque pas) qui les accepteront presque toujours ? Au lieu de cela, on les écarte souvent, pour désigner un camarade ou un bon garçon. Les résultats ne sont pas fameux…

« La Renaissance. » Paris, 14 février 1914.

Publicités

L’assassin de l’alchimiste

Publié le Mis à jour le

alchimiste mindscapeJe sais une légende du nord de la France, qui ne donne le frisson rien que d’y penser. Il s’agit d’un alchimiste qui a poignardé son propre père pour s’approprier le secret du grand œuvre, découvert par le vieillard et révélé dans un livre magique.

Ce forfait a été commis au fond d’une de ces mystérieuses cryptes, si communes dans le Cambrésis, et sur l’une desquelles, soit dit en passant, se trouve bâtie la ville qui eut Clodion pour roi, que conquit Louis XIV, et dont Fénélon fut l’archevêque.

Son crime accompli, l’assassin ramasse le livre qui contient le secret de son père, et s’approche d’une lampe pour lire les formules fatidiques. A l’instant même, la lampe saisie par une main invisible, est transportée à l’extrémité du souterrain, où elle apparaît comme une lueur phosphorescente. L’alchimiste, son livre à la main, court vers elle; la lampe recule devant lui; et depuis des siècles et des siècles, plongé dans l’obscurité, haletant, baigné d’une sueur glacée, accablé de fatigue, mourant de soif et de faim, en proie au désespoir et toujours son livre à la main, il court, sans pouvoir mettre un terme à sa marche épouvantable, sans pouvoir approcher de la lampe les pages magiques !

Certaines questions scientifiques, quand je me penche sur leur abîme, me font éprouver quelque chose du vertige du damné dont la légende flamande raconte l’histoire.

De ce nombre, plus que toute autre, est la question de l’aliénation mentale. Ou commence-t-elle ? où s’arrête-t-elle ? qu’est-ce qui est folie et qu’est-ce qui est raison ?Quelle nuance imperceptible sépare le génie de la démence, la vision céleste de l’hallucination ? Pas une voix humaine ne répond à ces questions fatales. Et cependant, que de savants ont écrit sur la folie ! Aristote, Zenon, Chrysippe, Érasme, Arnold, Chrichton, Ferriar, Hibbert, Esquirol, Fabret, Darwin, Heuret, Paterson, Abercombrie, Bonnet, Foville, Lélut, Bland, Calmeil, Aubanel, Baillarger, M chéa, Szafkowski, Dendy, Parchappe et Brierre de Boismont.

brierre_de_boismont

Alexandre Brierre de Boismont surtout, a publié un livre intitulé des Hallucinations (1), et dans lequel il professe qu’un homme peut tout à la fois être fou et raisonnable, c’est-à-dire, voir des êtres surnaturels, subir des visions, entendre des voix mystérieuses, et cependant rester en possession de son intelligence, de sa volonté, et même de son imagination. Son volume renferme des milliers d’observations médicales. Ces observations sont, la plupart, de petits drames, tantôt sinistres, tantôt bouffons.

J’ai connu, dit Wirdan, cité par M. Brierre de Boismont, j’ai connu un homme fort intelligent et très aimable qui avait le pouvoir de placer son image devant lui; il riait de bon cœur à la vue de son sosie, qui paraissait aussi lui-même toujours rire. Cette illusion fut pendant longtemps un sujet de divertissement et de plaisanterie; mais elle eut une fin déplorable. Le pauvre homme se persuada peu à peu qu’il était hanté par son double. Cet autre lui-même discutait opiniâtrement avec lui, et a sa grande mortification, le réfutait quelquefois, ce qui ne laissait pas de l’humilier beaucoup, à cause de la bonne opinion qu’il avait de son raisonnement. 

Quoique le singulier malade ne fût jamais soumis à la plus légère contrainte, il finit toutefois par prendre en dégoût la vie, et résolut de ne pas commencer une nouvelle année. Il paya toutes ses dettes, enveloppa dans des papiers séparés le montant des dépenses de la semaine, attendit, un pistolet dans la main, la nuit du 31 décembre, et, au moment où la pendule sonnait minuit, il se fit sauter la cervelle. 

(1) « Des hallucinations, ou Histoire raisonnée des apparitions, des visions, des songes, de l’extase, du magnétisme et du somnambulisme. », Paris, G. Baillière, 1845.
« Patrie » 15 juin 1859. Henri  Berthoud.
« L’Avenir : moniteur du spiritisme. » Paris, 3 novembre 1864.
Illustration : « Le secret de l’alchimiste » cd rom, Mindscape, 2004 .
Portrait de Brierre de Boismont, Nadar, 1901.

Haro sur les confetti

Publié le Mis à jour le

Jurisprudence établie pour le prochain carnaval

carnavalLe jeu qui consiste à inonder les passants inoffensifs de petits ronds de papier plus ou moins propres a déjà soulevé plus d’une protestation. 

Le soir du 14 juillet, un commissaire de police de Rouen recevait en pleine figure une poignée de confetti. Il dressa procès-verbal contre le délinquant, un sieur Amédée Lebon, en faisant connaître son titre. 

Traduit d’abord devant le tribunal correctionnel, le prévenu eut beau soutenir qu’il ignorait la qualité du plaignant, il se vit infliger quinze jours de prison et 5 francs d’amende.

Lebon interjeta appel de cette condamnation, mais la cour a cru devoir la maintenir, tout en faisant à l’amateur de confetti application de la loi Bérenger

« La Joie de la maison. » Paris, 10 novembre 1892.

Confetti et serpentins

carnaval niceNous, Maire de la Commune de Sidi-Bel-Abbès, Chevalier de la Légion d’Honneur.
Vu la loi du 5 Avril 1884, notamment en son article 97;
Considérant qu’à l’occasion des fêtes du Carnaval, le public a l’habitude de se porter en foule sur le parcours de la rue de Mascara; que, par suite, la libre circulation des voitures et des cavaliers y devient à certains moments, très difficile et pourrait y occasionner des accidents;
Considérant d’autre part, que la vente sur la voie publique des confettis et serpentins a donné lieu à des réclamations, soit parce que les marchands, débitant ces articles au milieu de la foule entravaient la circulation, soit parce qu’ils livraient aux passants des confettis ramassés dans les rues.

ARRÊTONS :

Article 1er. — Pendant les journées des 12 et 14 courant, à partir de deux heures jusqu’à sept heures du soir, la circulation des voitures autres que celles transportant des personnes travesties et des cavaliers autres que ceux travestis, sera interdite dans la partie de la rue de Mascara, comprise entre les rues Prudon et J-J. Rousseau.
Art. 2. —La vente des confettis et serpentins sera interdite, sur la voie publique, pendant les journées des 12,13 et 14 courant.
Art. 3. — Seront également interdits, pendant les mêmes journées, la vente et le jet de confettis multicolores.
Art. 4. — Le service de la Police, la Gendarmerie et les Gardes-Champêtres, sont chargés de l’exécution du présent arrêté.
Sidi-Bel-Abbès le 10 Février 1899.
Pour le Maire absent :
Le 1er Adjoint : Eug. PERRY. 

« Le Progrès de Bel-Abbès. » Bel-Abbès, 11 février 1899.

Enfants de génie

Publié le Mis à jour le

de-nerval rimbaud
Gérard de Nerval & Arthur Rimbaud

On venait de rééditer, dans la collection des Maîtres du Livre, la traduction que fit Gérard de Nerval de Faust et du Second Faust

Lorsqu’il fit cette traduction, l’auteur d’Aurélia, l’admirable précurseur de nos plus subtils poètes contemporains, était à peine âgé de dix-sept ans. Goethe, au déclin de sa vie, lui exprima, en une lettre, sa reconnaissante admiration. Quel écrivain put jamais se vanter de débuter sous de pareils auspices ? 

Il y eut pourtant un enfant de génie qui eut la fortune d’être sacré poète par un poète de génie. 

C’était l’adolescent Arthur Rimbaud, l’antéchrist de Charleville, ce « mortel, ange et démon », à qui Mme Paul Verlaine, après quarante-cinq ans, n’a pas encore pardonné la destruction de son foyer bourgeois. Rimbaud avait alors seize ans. Il venait d’écrire Bateau Ivre, pour « montrer à ceux de Paris », comme il le confiait à son condisciple Delahaye. 

Théodore de Banville conduisit Rimbaud chez Victor Hugo, instruit déjà de l’étonnante précocité du vagabond providentiel. Lorsqu’il le vit, il sourit, d’un sourire qui n’était pas encore celui de l’Art d’être Grand-Père, étendit sa main de César vers l’hôte nullement intimidé, lui pinça l’oreille, au grand déplaisir du sublime gamin, et laissa tomber ces mots : 

Shakespeare enfant ! 

Arthur Rimbaud lui éclata de rire au nez. 

« Gil Blas. » Paris, 8 janvier 1914.

Livret de famille

Publié le Mis à jour le

familleUne utile innovation vient d’être adoptée par les mairies de Paris, et il est à souhaiter qu’elle se propage dans toute la France, surtout dans toutes les communes rurales.

Désormais, tous les nouveaux époux recevront, à l’issue de la cérémonie légale, un petit livret distribué gratis et destiné à établir et à conserver, dans un format commode, leur généalogie et celle de leur famille. Ces petits livrets, de format in-12, contiennent huit pages avec couverture :  indépendamment de la première, consacrée spécialement au mariage, il y a des cases spéciales pour chaque conjoint, puis d’autres pour les enfants. L’administration a été prévoyante et a fait largement les choses, car ce dernier article ne contient pas moins de douze cases !

Les livrets contiennent, en outre, des instructions très détaillées et très claires, relativement aux actes de l’état-civil, tels que les naissances, mariages et décès, ainsi que pour la délivrance des copies de ces actes, et il est certain qu’ils rendront les plus grands services à la classe ouvrière, où l’on est d’ordinaire peu au courant des formalités à remplir sur chacun de ces chapitres.

« Journal de Fourmies. » Fourmies, 14 janvier 1877.

Le cerf-volant

Publié le Mis à jour le

jacques de romasJacques de Romas est né à Nérac, il y a vécu, s’occupant beaucoup de science et un peu de sa charge d’assesseur au présidial, il y est mort… et il y fut oublié. Un jour récent, Nérac fut très surpris d’apprendre que vers le milieu du XVIIIe siècle, un de ses fils l’avait couvert de gloire en faisant dans ses murs la magnifique expérience du cerf-volant qui prouva l’identité, jusqu’alors à peine pressentie, de l’électricité et du feu du ciel.

Depuis peu, sur l’une des places de la ville, se dresse la statue du savant qui, Prométhée souriant, en perruque poudrée, mais non moins audacieux, ravit aux dieux leur foudre.

Réparation tardive, due à une initiative bordelaise. Car Bordeaux se souvenait du physicien, membre éminent de son Académie. Sa bibliothèque conserve ce qu’un vieil inventaire écrit à la main appelle « la liasse Romas », c’est-à-dire de curieux manuscrits traitant de très diverses sciences et deux mémoires imprimés, dont l’un, où se trouve relatée une série de belles expériences sur l’électricité atmosphérique, couronnées par celle du cerf-volant, est le plus beau traité, le plus précis, le plus passionnant qui ait été écrit sur l’électricité, en un temps où cette branche de la physique était la préoccupation de tous les esprits sérieux et de tous les beaux esprits.

De la science nouvelle si séduisante qui apparut comme une fée dont la baguette à chaque coup faisait jaillir l’éclair, on s’entretenait partout : au lever des belles dames, dans les très doctes compagnies, aux camps, à la cour, à l’ombre des églises. Ce fut un engouement étrange. Les théories étaient diverses et les expériences multiples; on ne vit jamais pareille émulation, et le cerveau inventif de Romas fut pris de la noble fièvre. Il observe, il écrit, il formule, il expérimente.

« L’intensité des phénomènes électriques croît en raison de l’élévation des barres« , proclame-t-il. S’il est difficile d’élever un mât immense, il est plus aisé d’envoyer dans les nuages, emportée par le vent, retenue par une corde, une aiguille à électriser, et en juillet 1752, Jacques de Romas écrit à l’ Académie de Bordeaux : « Je vais renouveler l’expérience des pointes par une combinaison empruntée à un simple jeu d’enfant. » Il tarde un peu, il tarde trop à construire le cerf-volant dont il ne cesse d’entretenir le cercle de beaux esprits que son ami le chevalier de Vivens aimait à réunir dans son château de Clairac.

Entre temps, Benjamin Franklin lance au ciel avec quelque succès (assure-t-il) le cerf-volant muni d’une barre qu’avec son jeune fils il vient de fabriquer en un tour de main. Mesquine tentative, sans témoins, sans éclat et sans suite.

Voici la vraie expérience scientifique, longuement préparée, savamment combinée, menée à bien dans un péril mortel avec un mâle courage et un sang-froid si merveilleux, que le savant nota avec la précision la plus rigoureuse, toutes les particularités du phénomène :

Ce fut le 7 juin 1753 que Romas, ayant réuni ses amis sur l’une des promenades de Nérac, lança son cerf-volant électrique. Cet appareil mesurait dix-huit pieds carrés de surface; il était recouvert de papier huilé; un fil de cuivre suivait la corde de chanvre longue de deux cent dix mètres; un cordon de soie terminait le tout et le rattachait à l’auvent d’une maison. Un cylindre en fer-blanc était suspendu à la corde. En touchant le cylindre avec l’excitateur à manche de verre inventé et nommé par lui, le hardi physicien tirait des étincelles. L’orage montait à peine, les étincelles étaient faibles, et le savant s’amusa à les tirer avec les doigts. Le jeu parut charmant, et les assistants tour à tour voulurent toucher le cylindre avec la main, une clé, une canne, une épée. Tous ces Gascons enfiévrés jouaient gaiement avec le tonnerre. Cependant l’orage grandissait menaçant. Une commotion plus forte fait comprendre à Romas que l’heure du danger a sonné; alors écartant la foule qui le pressait, seul au milieu du cercle, calme et héroïque, il se mesure avec le dieu.romas jacques deDans cette première expérience, des flammes d’un pied de long sont produites; dans celles qui suivirent, tant à Nérac qu’à Bordeaux, elles atteignirent dix pieds. Et le peuple terrifié par de tels prodiges disait en voyant passer le grand savant qui portait la tête un peu inclinée sur l’épaule : « Le diable en sa colère lui a tordu le cou. « 

C’était la gloire pour Romas. Son mémoire fut lu en séance publique à l’Académie de Bordeaux et à l’Académie des sciences de Paris; il fut membre associé de l’une et membre correspondant de l’autre; des étrangers de marque vinrent le visiter, entre autres lady Mary Montagüe, qui, retenue par l’amabilité de M. et de Mme de Romas, fit à Nérac un séjour prolongé.

En 1770, le savant écrivait de Bordeaux à sa femme :

« L’impression de mes ouvrages n’est pas commencée… tout le monde dit qu’ils se vendront comme poivre. Sur ce propos, je te diray quelque chose qui je pense te surprendra agréablement.

J’appris d’un Anglais que mes deux mémoires, l’un sur les expériences du cerf-volant en temps d’orage, l’autre sur celles que j’ay faites avec le même instrument dans un temps serein, nébuleux, neigeux ou simplement vaporeux, glacial ou tempéré, sont traduits en anglais depuis plus de quinze ans. Mais ce qu’il y a de plus singulier, c’est qu’un savant français nommé M. Latapy, qui est actuellement en Angleterre, vient d’écrire à M. de Secondât (le fils du grand Montesquieu) que s’étant trouvé à Londres d’un repas avec plusieurs savants anglais, ceux-cy demandèrent à M. Latapy s’il me connaissait, que celuy-cy leur ayant répondu qu’il avait mangé avec moy plusieurs fois chez M. de Secondât, ils parlèrent avec enthousiasme de moy et de mes expériences du cerf-volant.

Après quoi, chacun s’étant armé de son verre, on avait bu à la santé de l’ingénieux M. de Romas. Ainsi tu vois que l’on m’a fait en Angleterre à peu près les mêmes honneurs qu’on me fit il y a quelques années à l’illustre Parlement de Paris. »

Et voici que soudain toute cette gloire est éclipsée. La part de mérite qui revient à Franklin est pourtant assez grande sans qu’on y ajoutât la part d’autrui, — surtout sans qu’il la prît. Mais Franklin était d’un pays dont l’une des plus originales productions est sans contredit la réclame énorme et bien faite, et son ami Priestley fut un barnum parfait. Les efforts, les inventions, les découvertes des autres physiciens furent drainés au profit d’un seul; de plus, le prestige de l’homme d’Etat servant de piédestal au savant, Franklin qui n’avait pas tout le mérite eut toute la gloire,

Jacques de Romas souffrit cruellement vers la fin de sa vie de ce déni de justice; il protesta, il en appela aux témoignages de ses amis, dont quelques-uns portaient des noms éminents, qui savaient, pour avoir assisté à ses travaux et reçu ses confidences, qu’ayant conçu prématurément l’idée du cerf-volant remplaçant les pointes pour soutirer l’électricité des nuages, il ne l’avait empruntée à personne. Il écrivit et fit imprimer une admirable lettre où, rendant justice à son adversaire, trop heureux ou trop habile, il montre, tout en défendant son bien, la courtoisie d’un parfait gentilhomme et l’âme haute d’un vrai savant.

Tout fut inutile, il sombra et mourut.

L’heure de la réparation fut bien lente à venir. La voici pourtant. Nérac et toute la Gascogne en ressentent un noble orgueil.

A. VILLENEUVE. « La Lecture française. » Bordeaux, 25 mars 1912.
Peinture : Portrait de Jacques de Romas par Antoine Colbet.
Statue de Romas édifiée à Nérac.

D’épouvantables bruits dans l’air

Publié le Mis à jour le

charles IXM. de Sainte-Foix, dans son Histoire de l’ordre du Saint-Esprit (édition de 1778), rapporte ce passage tiré d’un recueil écrit, vers la fin de 1572, par le marquis chrétien Juvénal des Ursins, lieutenant général de Paris, et imprimé en 1601.

« Le 31 août 1572, huit jours après le massacre de la Saint-Barthélémy, j’avais dîné au Louvre, chez madame de Fieschi. La chaleur ayant été très forte, tout le jour, nous allâmes nous asseoir sous le petit berceau, du côté de la rivière, pour prendre le frais. Tout à coup nous entendîmes dans l’air un tapage épouvantable de voix tumultueuses et de gémissements, mêlés de hurlements de rage et de fureur. Nous restâmes immobiles d’effroi, en nous regardant de temps en temps, sans avoir la force de parler. Il est certain que le roi Charles IX l’entendit; il en fut atterré et ne dormit pas de toute la nuit. Aussi, le lendemain, bien qu’il n’en dit pas un mot on remarqua qu’il avait l’air sombre, pensif et décomposé.

« Si quelque prodige ne doit point trouver d’incrédules, c’est assurément celui-ci; car il est attesté par Henri IV, lui-même. Ce prince, dit  Agrippa d’Aubigné (livre 1er, chap. VI, page 561), nous a raconté plusieurs fois, dans le cercle de ses courtisans, les plus familiers et les plus intimes (et j’ai plusieurs témoins vivants qui ne l’ont jamais répété, sans se sentir encore rempli d’épouvante), que huit jours après le massacre de la Saint-Barthélemy, une grande multitude de corbeaux, vinrent se poser et croasser sur le pavillon du Louvre.

La même nuit, Charles IX, deux heures après s’être couché, sauta en bas de son lit, fit lever des hommes de sa chambre et les mit en quête, en entendant un grand bruit de voix lamentables, pareilles à celles qu’il avait entendues la nuit de la Saint-Barthélemy; que tous ces cris divers étaient horribles, articulés si clairement, si distinctement, que Charles IX, croyant que les ennemis des Montmorency et de leurs partisans les avaient surpris et attaqués, envoya une troupe de ses gardes pour empêcher ce nouveau carnage.

Ses gardes revinrent lui dire que Paris était tranquille et que tout le bruit qu’on entendait était dans l’air. »

(Extrait du journal de Turin, Annuli d’ello Spiritismo, n°5, p. 297)

« L’Avenir : moniteur du spiritisme. » Paris, 21 juillet 1864.