Le Maçon de Notre-Dame

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paul févalOn célébrait le centenaire de la naissance de Paul Féval, et le fils du célèbre romancier a raconté, à cette occasion, aux lecteurs du Figaro, les difficiles et courageux débuts de son père dans les lettres.

En nous présentant cette édition nouvelle du Maçon de Notre-Dame, un des plus  chatoyants, des plus pittoresques, des plus captivants parmi les quelque cent vingt romans que l’intarissable auteur du Fils du Diable écrivit de sa main, M. Paul Féval fils rappelle une anecdote qui vient fort à propos par ces temps où le plagiat fait fureur. 

Accusé lorsqu’il fit paraître le Maçon de Notre-Dame d’avoir pastiché le titre de Notre-Dame de Paris, Paul Féval avait complaisamment appelé son ouvrage les Deux Femmes du Roi. Ce sacrifice consenti, il ne prévoyait pas le reproche qu’allait lui adresser le comte de Fontenilliat d’avoir pris le sujet et presque le titre du drame d’Ernest Legouvé. 

« Je vous répondrai par écrit » , riposta l’écrivain.

Et M. Paul Féval fils cite la spirituelle lettre où son père fit justice de cette accusation : 

Mes héroïnes, observait-il notamment, sont, en effet, comme les deux reines de M. Legouvé, Agnès de Meranie et la reine Ingeburge, menant leur querelle à travers les débats de l’excommunication subie par Philippe Auguste. Seulement, remarquez bien ceci mon livre a paru, pour la première fois, dans un recueil illustré : les Nuits de Paris (1851), c’est-à-dire quatorze ans avant la première représentation du beau drame illustré par la musique de Ch. Gounod.  

J’aime assez, concluait fièrement Paul Féval, imiter ainsi d’avance

On comprend que son premier titre soit aujourd’hui restitué au Maçon de Notre-Dame. 

« Le Figaro. » Paris, 1920.

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Attacher son cheval à un trou 

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yakariDans les grands déserts de Californie faits de sables et de couches alcalines, dans ces steppes immenses, où aucun arbre, aucun buisson ne veut pousser dans ces solitudes, où il n’existe même aucune pierre, il est difficile de trouver une méthode différente pour attacher les animaux.

Elle n’est cependant pas si facile que cela à imaginer car les hommes blancs, malgré tout leur génie inventif, n’ont pas réussi à trouver le moyen pratique d’attacher leurs chevaux dans ces déserts qui s’étendent à perte de vue.

Les Indiens eux ont trouvé !

Ils emploient depuis fort longtemps une méthode, qui est tout à la fois habile, unique en son genre, et très effective. Ils attachent leurs animaux à des trous creusés dans le sol.

S’agenouillant sur le sol brûlant, l’Indien commence par creuser le sable avec ses mains dures et calleuses comme les pattes d’un chien. Il fait alors un grand nœud dans les rênes de sa monture et place ce nœud au fond du trou qu’il recouvre de sable. Ceci fait il foule vigoureusement ce sable avec ses pieds jusqu’à ce que le sable devienne solide et emprisonne le nœud comme une vis est emprisonnée dans le bois. C’est un travail d’autant plus curieux qu’il donne un résultat pratique excellent.

La bête ainsi attachée n’est pas particulièrement difficile à maintenir en repos. Indocile et mal dressée, ce système d’attache rend aux cavaliers le même office que n’importe quelles attaches ordinairement en usage dans les pays civilisés.

Illustration : Yakari.

La protectrice

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chouette-pigeonnierLes chouettes jouissent d’une très mauvaise réputation dans nos campagnes et l’on met sur leur dos quantité de méfaits dont elles sont bien innocentes : destruction de couvées, de pigeonneaux, de poussins, etc. Le préjugé est si vivace qu’aucune instruction ne peut le détruire, et il faut vraiment que la chouette s’impose par ses bienfaits pour être simplement tolérée.

Récemment une chouette réussit par de tels moyens à mériter la reconnaissance des habitants d’un moulin. Un soir, tous les pigeons du moulin étant rangés au bord du pigeonnier et roucoulant à qui mieux mieux,une chouette arrive précipitamment au milieu de la bande, sans provoquer le moindre émoi. Elle bouscule légèrement deux pigeons et se glisse dans le colombier. Enquête faite, la chouette avait son nid dans le pigeonnier, et, autour du nid, on voyait les cadavres de trois rats et d’une fouine.

Pendant longtemps il avait été impossible d’avoir des pigeons au moulin en question, tant les rats y pullulaient et les rongeurs trop audacieux, n’hésitaient pas à dévorer les jeunes. Un beau jour la chouette apparaît et sans s’inquiéter de l’émoi provoque par son arrivée, se met à croquer les rats.

Peu à peu les pigeons se sont si bien habitués à sa présence qu’ils ne se dérangent même pas pour elle, et que les couvées de pigeons ne sont plus dévorées par les rats.

« L’Écho des jeunes. » 1904.

L’Auvergne et le taxamètre 

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taxamètreOn nous assure… je ne garantis pas la chose, mais, vraiment, il faudrait qu’elle soit vraie, tellement elle est jolie, que l’Auvergne n’est pas du tout contente de la création du taxamètre

Serait-elle donc ennemie du progrès, allez vous me dire ? Pas du tout, l’explication en serait beaucoup plus simple. Il paraîtrait que la grande majorité de nos cochers vient d’Auvergne, et quand un cocher auvergnat rencontre un gars du pays, il n’hésite pas, en bon compatriote, à le voiturer à « l’œil !… »

N’hésitait pas jadis, car c’était la chose du monde la plus facile avec l’ancien système. Mais, désormais, quand un client sera dans une voiture, le cocher, muni d’un taxamètre, sera forcé, même si c’est un Auvergnat, d’abaisser son drapeau, de mettre sa machine en mouvement, de telle sorte que, le soir, il devra donner à la Compagnie la pari de recettes lui revenant… Vous pensez bien qu’il ne pourra consentir à un tel sacrifice. Alors, finies ces bonnes petites « balades a l’œil » ! 

Je demande à nos amis d’Auvergne quelle créance il faut ajouter à cette historiette. 

« Touche-à-tout. » Paris, 1904.

Louable initiative 

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monetOn ne dira jamais assez combien nos admirables ingénieurs, qui quittent l’administration des Ponts et Chaussées pour venir dans les Chemins de fer, toucher des appointements meilleurs, sont capables d’initiatives intelligentes.

Si la crise des transports n’est pas encore résolue, c’est évidemment qu’elle ne peut l’être. Monsieur Claveille a usé, à vouloir accomplir cette tâche surhumaine de nous donner des trains, le meilleur de son activité, et de nombreux « chers camarades » ont en vain passé des nuits à chercher la solution introuvable de ce si difficile problème. Mais si le public, qui souffre de la vie chère, est enclin à jeter la pierre à tous ces hommes de valeur et de bonne volonté, le journaliste, qui réfléchit et se documente, a le devoir de leur rendre hommage… et d’expliquer à la foule ignare que ce n’est point leur faute si tous les convois déraillent ou parviennent en retard à destination. 

Et ce m’est une joie bien douce et réconfortante, de crier très haut le mérite de M. le Chef de l’Exploitation de la Compagnie des Chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, qui vient de se signaler à l’estime de ses contemporains, par une mesure inattendue qui révèle, tout à la fois, et l’ardeur de son patriotisme éclairé et une profondeur de vues, que l’on souhaiterait à beaucoup de nos ministres. 

Convaincu que la discipline fait la force principale des armées, et que la déférence est fille légitime de la discipline, cet homme de bien, ce CHEF a donné l’ordre à tous les employés du P.-L.-M. de faire le salut militaire à leurs supérieurs hiérarchiques, ainsi qu’à MM. les Généraux. L’homme d’équipe doit saluer le lampiste, le lampiste le chef de train, le chef de train le chef de gare, etc. 

Les lampistes sont dans la joie. L’un d’eux, avec qui je déjeune fréquemment au Café de  Paris, me disait hier, en son langage dépourvu de prétention :

Y a pas d’erreur, not’ chef de l’Exploitation est un poteau. Ça fait plaisir d’avoir droit au salut de quéqu’un. Ainsi, moi, je reçois de l’homme d’équipe, le même salut qu’il adresse au général Pétain Bien entendu, c’est pas ça qui fait bouillir la marmite. Mais j’aime presqu’autant ça qu’un apéro. 

Ce lampiste a raison. Évidemment l’instauration du salut militaire ne fera point arriver les express de la Compagnie avec plus d’exactitude, mais on peut espérer qu’ils ne subiront pas, de ce fait, de retards importants. En tout cas, on ne peut que se féliciter de voir la vieille urbanité française, qui semblait mal au point, ressusciter grâce à M. le Chef de l’Exploitation du P.-L.-M. 

On m’affirme même (mais je n’ose croire à ce miracle) que dans un avenir prochain les employés devront saluer Messieurs les voyageurs 

« La Pomme cuite. » Paris, 1917.
Peinture de Claude Monet.

Mystérieux instinct

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animaux ArcheAppelé à donner son avis sur la catastrophe de la Martinique, M. Ramon, le distingué géologue du Muséum, a répondu qu’en l’état actuel de la science, il lui paraissait  impossible de prévoir la proximité et l’intensité d’une éruption volcanique. D’après ce savant, on ne peut, à ce redoutable sujet, que se livrer à des conjectures, et bien présomptueux ceux qui risqueraient une affirmation.

Sans doute, en général, des secousses plus ou moins violentes et des tremblements de terre plus ou moins étendus précèdent les phénomènes volcaniques, mais il serait dangereux de généraliser. Et M. Ramon ajoute que les animaux sont seuls à prévoir ces cataclysmes comme l’ont prouvé maintes catastrophes et tout particulièrement les événements de la Martinique. Que s’est-il passé en effet autour du volcan prétendu de la montagne Pelée ? Il est indéniable que, guidés par leur seul instinct, les animaux prévoyaient longtemps à l’avance l’épouvantable catastrophe du 8 mai.

Dès le 15 avril, le bétail en train de paître autour de la montagne donne des signes manifestes de panique répétée, que les habitants ne peuvent s’expliquer dans leur étonnement. Des bœufs affolés, on ne sait pourquoi, brisent subitement leurs cordes et s’enfuient au loin; les chevaux se cabrent et refusent obstinément d’avancer dans la région que rien ne menace encore, mais qu’un effroyable désastre attend.

De tous côtés (avertissement lugubre, mais impossible à comprendre) les chiens hurlent continuellement, et de jour et de nuit, abandonnent les troupeaux confiés à leur surveillance. Les serpents, très abondants sur la montagne Pelée, quittent en masse leurs retraites rocheuses, envahissent soudain les côtes voisines en processions grouillantes et monstrueuses. Le sol, en certains endroits, en est comme mouvant et gris. Les oiseaux enfin, qui animent par leur éclat et par leur chant ce paysage encore riant, qui est une sorte d’eden fleuri, les oiseaux tout à coup se rassemblent en troupes innombrables et bientôt s’enfuient, craintifs et muets, à tire d’aile, désertant la montagne, leur séjour de prédilection, plus de quinze jours ayant l’effroyable catastrophe.

Instinct mystérieux des bêtes dont la raison d’être échappe à l’homme et qui ne les trompe jamais.

Ce merveilleux instinct est surtout remarquable chez les oiseaux qui, non seulement prévoient les phénomènes de la nature, mais qui pressentent aussi les prochaines  épidémies encore insoupçonnées des hommes. C’est ainsi que, à l’époque de la grande épidémie de Hambourg où le choléra multiplia ses affreux ravages, toute le monde constata que, dix jours avant l’apparition du fléau, tous les oiseaux avaient déserté la ville. Ce n’était pas du reste la première fois qu’on avait vu des multitudes d’oiseaux de toutes espèces s’enfuir à tire d’aile des régions que bientôt devait envahir une épidémie. Cette disparition générale et soudaine peut annoncer d’une façon certaine la prochaine arrivée du fléau..

Pendant l’été de 1884, quand le choléra faisait rage à Marseille et à Toulon, tous les oiseaux abandonnèrent ces deux villes pour se réfugier en masse dans les îles d’Hyères  restées indemnes. De semblables migrations ont été observées dans différentes parties de l’Italie, de l’Autriche et de la Russie avant l’arrivée du choléra. De même en Espagne, de même en Grèce, de même en Turquie.

En 1872, le même fait curieux se produisit en Galicie : un beau jour qui de devait être bientôt suivi de mauvais jours, tous les moineaux quittent subitement la ville importante de Prezemosye où ils abondaient sept ou huit jours ayant l’apparition du fléau terrible qui devrait frapper tant de Victimes.

Les habitants surpris se demandaient ce qu’étaient devenus les oiseaux aimés de leur ville. Pourquoi cet exil ?

Deux mois après, quand la meurtrière épidémie a complètement disparu, on voit revenir par escadrons joyeux les moineaux de Prezemosye. Les arbres et les toits de la ville en sont couverts, et l’air retentit de leurs douces chansons. Les habitants émus s’accostent en disant : « Nos oiseaux sont revenus« .

Encore un même fait enregistré par la science : vers 1840, une effroyable maladie, la suette, éclate dans une partie du Périgord, terrifiant les habitants, décimant la population. Dans les villages de Cendrieux, de Saint-Michel, il se trouva des maisons entièrement vidées par la mort. Chaque habitant du foyer, chaque membre de la famille, étant représenté par un cercueil. Plus d’une semaine avant la foudroyante arrivée du fléau, tous les oiseaux des champs et des bois disparaissent comme un seul volatile de la contrée maudite, que le mal irrésistible va plonger dans le deuil et dans la mort.

Mais lorsque le fléau a enseveli sa dernière victime, on voit revenir les légions aériennes des oiseaux qui semblent gazouiller dans le ciel l’oraison funèbre de tant de malheureux fauchés par l’épidémie.

On pourrait accumuler les exemples de cet admirable et mystérieux instinct des oiseaux qui les incite à fuir les régions que rien ne semble encore menacer et qui bientôt pourtant seront affreusement contaminées par le fléau.corotEt le chien ! Quel admirable pressentiment de malheurs inattendus mais souvent annoncés par ses lugubres aboiements.

Combien de fois n’a-t on pas remarqué, dans les pays les plus divers, que quelques jours avant les désastres imprévus d’une soudaine inondation, les chiens de la contrée aboyaient lamentablement au bord des fleuves encore paisibles dont nul ne pouvait prévoir les prochains et terribles débordements. Mais c’est surtout les malheurs de famille, les deuils du foyer que le chien pressent d’une façon plus intime, plus poignante, et toujours sûre.

Le chien hurle-t-il à la mort ? Oui, vous répondra Georges Sand dans une page exquise de ses bucoliques berrichonnes où, j’en conviens, la poésie tient plus de place que la science. Mais voilà une étrange anecdote que nous tenons d’un membre de l’Institut, très grave mathématicien, qui ne croit guère qu’à ce qu’il a vu de ses yeux, entendu de ces oreilles.

Il s’agit d’un pêcheur habitant, au bord de la Loire un petit hameau de quatre ou cinq maisons, ne comptant que des gens pleins de santé. N’empêche que, depuis sept ou huit jours, le chien du pêcheur, un vieux Terre-Neuve, ne cesse toutes les nuits de hurler affreusement à la mort.

Chaque matin, le chien reçoit de son maître une correction soignée dont il ne tient d’ailleurs aucun compte. Médiocrement charmés par la navrante mélancolie de ces concerts aussi sinistres que nocturnes, les voisins se plaignent vivement au pêcheur qui, voyant l’impuissance des raclées quotidiennes se décide à noyer son vieux chien, son ancien compagnon de travail, aujourd’hui affaibli par les années et ne rendant plus que des douteux services.

Après un copieux, trop copieux repas, renforcé de maintes bouteilles, le pécheur monte en titubant sur une barque avec sa victime. A son cou il attache une lourde pierre et d’une poussée formidable le précipite dans le fleuve.

Le chien disparaît, mais le pêcheur perd l’équilibre et tombe aussi dans la Loire. Il nage mal. Le courant l’emporte…

Au même instant, la pierre, mal disposée se détache du cou du Terre-Neuve qui remonte aussitôt à la surface de l’eau. Apercevant son maître qui se noie, il nage vers lui avec une vigueur qui n’est plus de son âge, le saisit de ses vieilles dents par un bout de sa veste et le ramène sur la rive, rendant, ainsi la vie à celui qui a voulu, lui donner la mort.

Le pêcheur est donc sauvé ? Non. Dans la nuit, il succombe à une congestion. Le bain ne convient pas aux ivrognes qui ont trop bien déjeuné.

Et le chien ? Recueilli par les habitants du hameau, on ne l’entendit plus hurler à la mort.

Ce qu’il avait pressenti et annoncé par ses mystérieux aboiements venait de se réaliser.

Texte de Jean-Camille Fulbert-Dumonteil. « Le Chenil. » Paris, 1902.
Peinture de Jan Brueghel l’Ancien.
Peinture de Corot.

Simple comme bonjour

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dumas filsDumas fils aimait à choisir ses affections. Au dessert d’un dîner artistique, un auteur dramatique lui disait : 

 Quelle singulière chose ! votre père me tutoie, je tutoie votre père, et nous ne nous tutoyons pas; il faut pourtant régulariser cette position.
— C’est facile, répondit l’auteur du
Demi-Monde, ne tutoyez plus mon père.

Peinture : Ernest Meissonier