Le compte est bon

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cigaresCertains marchands de cigares allemands ont la peu louable habitude d’envoyer, sans les aviser au préalable, à des personnes connues et solvables, tels que médecins, avocats, etc., des boîtes de cigares qu’ils font suivre d’une lettre ainsi conçue : 

« Monsieur, vous ne m’avez pas, il est vrai, commandé de cigares; néanmoins, je me permets de vous en envoyer cent cinquante, convaincu que je suis que vous en apprécierez le fin arôme. Veuillez trouver, ci-inclus, ma facture s’élevant à quinze marks. » 

Sur dix personnes à qui l’envoi est ainsi fait, deux ou trois se laissent prendre au piège. Il s’est trouvé cependant un médecin, à Strasbourg, qui vient de se venger spirituellement de ces peu scrupuleux commerçants. Il a tranquillement fumé les cigares, puis, de sa  plus belle plume, a écrit à son importun fournisseur, le billet suivant : 

« Monsieur, vous, ne m’avez pas, il est vrai, demandé de consultation; néanmoins, je me permets de vous envoyer, sous ce pli, cinq ordonnances, convaincu que je suis que vous trouverez à les utiliser et que vous en serez aussi satisfait que je le suis de vos cigares. Le prix de mes ordonnances étant de trois marks, nous sommes quittes. » 

Le marchand allemand l’a trouvée mauvaise…

« La Semaine politique et littéraire de Paris. » Paris, 1912.

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Quel est cet artiste ? 

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peintreMidi ! La cloche immortelle de l’Institut égrène, dans l’air salé de neige, ses douze coups engourdis. Les passants se hâtent sur le pont des Arts, balayé par l’aigre bise de la rivière boueuse. 

Impassible aux intempéries, un peintre installe au beau milieu du pont, à l’endroit le plus mortel, son barda. Et quel barda ! Un chevalet — non portatif — mais monumental, à roulettes, un chevalet d’exposition. Sur le chevalet, une toile vierge, de un mètre carré. 

Et bravement., dans la bise homicide, devant les curieux qu’un pareil stoïcisme rend eux-mêmes stoïques, le peintre couvre la toile de véritables truellées de couleurs. Il dédaigne le pinceau, trop lent… A la manière de certaines grandes coquettes, surannées, il crépit le tableau. avec le couteau à palette. Après chaque touche appliquée comme un soufflet, il se recule, frénétique, de deux pas. Grâce au recul, il juge de l’effet. Visiblement, il est content de lui… Il a, d’ailleurs, autant de couleurs sur son pardessus que sur sa toile. Sur l’un et sur l’autre, on discerne, vaguement, la perspective de la pointe de la Cité; et, par derrière, les vieux logis rosissants, les deux hautaines tours de Notre-Dame qui se dressent, curieuses, sur le ciel d’étain. 

Mais quel est ce peintre, intrépide, aux traits mystérieusement masqués par un  énigmatique passe-montagne ? Peint-il bien? Peint-il mal ? Il n’est pas très facile d’en juger, sans, risquer la congestion pulmonaire… Mais il peint vite et brave les intempéries. Il en remontrerait, et comment ! au peintre en bâtiment le plus déluré.

« Excelsior. » Paris, 1920.

Un doyen

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hotel_invalides

Y aura-t-il encore au XXIe siècle quelque survivant de la guerre actuelle qui pourra raconter ses exploits ? Ce n’est pas impossible. 

II y a eu jadis, à l’hôtel des Invalides, un vieux soldât qui avait cent vingt ans lorsqu’il fut admis comme pensionnaire, le 21 juin 1850. C’était un Polonais nommé Jean Kolombeski, né à Orstrowa le ler mars 1730. Il entra au service de la France comme volontaire au régiment de Bourbon-Infanterie en 1774 à l’âge de quarante-quatre ans. 

Il était âgé de soixante ans quand il fut nommé caporal en 1790, ce qui ne l’empêcha pas de parcourir de nombreuses étapes avec différents régiments d’infanterie. En 1808, il fut incorporé au 3e bataillon de la Vistule. Blessé en 1814, il fut soigné à l’hôpital de Poitiers, d’où il sortit pour être placé en subsistance au 2e régiment d’infanterie légère. Le 11 octobre 1814, il fut admis à la 1re compagnie de sous-officiers sédentaires; puis en 1846, à la 5e compagnie de sous-officiers vétérans. 

Kolombeski ne paraissait pas plus de soixante-dix à quatre-vingts ans. Il montait encore la garde aux sous-officiers vétérans lors d’un voyage que Louis-Philippe fit à Dreux, où il tenait garnison. Il fut présenté au roi qui, tirant sa propre décoration, la lui attacha sur la poitrine. 

Il comptait 75 ans et demi de service et 29 campagnes. 

A l’occasion de son entrée aux Invalides, le prince Jérôme Bonaparte, gouverneur, décida que désormais les centenaires de l’hôtel auraient rang d’officiers.

Avancement à l’ancienneté ! 

« Le Pêle-mêle : journal humoristique hebdomadaire. » Paris, 1918.
Photo d’illustration.

Corbeaux voyageurs 

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corbeaux

Une curieuse expérience vient d’être tentée pour remplacer les traditionnels pigeons voyageurs par des corbeaux. Une société de dressage a été formée dans ce but en Allemagne. 

Les premiers essais ont été satisfaisants. Les corbeaux amadoués par des victuailles qu’on leur offrait au dressoir, y revenaient avec ponctualité, rapportant les messages dont -on les avait chargés.  La chose alla bien ainsi durant tout l’été. Mais, sitôt que les brumes d’automne eurent ramené les bandes ordinaires des corbeaux, on constata avec stupéfaction que le service des messageries allait de mal en pis : les corbeaux facteurs ne rentraient plus au logis. 

Une surveillance exercée durant ces derniers temps a permis de constater ce fait étrange : les bandes de corbeaux sauvages, apercevant les corbeaux dressés, se précipitaient vers eux et, soit par la persuasion, soit par la violence, ils les contraignaient à rester au milieu d’eux. On a vu des corbeaux messagers, qui se refusaient sans doute à abandonner leur mission, massacrés par leurs collègues indépendants. 

« Le Rappel. »Paris, 1908.
Photo © DR

Sosie de Lincoln ?

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Un sculpteur américain de 22 ans est l’heureux lauréat d’un concours ouvert  entre tous les artistes pour édifier une statue d’Abraham Lincoln destinée au palais fédéral de Los Angeles.

James Lee Hansen remporta le prix de 7.200 dollars en présentant la statue de plâtre qu’on voit en illustration en « calcaire d’Indiana ». N’ayant pas à sa disposition de document montrant les traits de Lincoln jeune, Hansen se contente de reproduire les siens. Il faut croire que le sculpteur ressemble à Lincoln, puisque sa statue a été choisie entre des centaines d’autres.

Il fut lui-même si étonné de remporter le prix qu’il courut acheter une auto, eut le même jour un terrible accident et passa 15 jours en prison.

« 7 jours : grand hebdomadaire d’actualités. » Lyon, 1940.

L’illustre inconnu

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Félix Mayol raconte volontiers cette histoire : 

Pendant la guerre il allait dans les gares pour donner des cigarettes quand passaient les trains de blessés, et, un jour, se trouvant à Genève, dès cinq heures du matin, il avait été sur le quai de la gare principale avec un petit assortiment de tabac. 

Arrive le convoi. Les blessés valides se mettent à la portière, ce sont des Parisiens pour la plupart. 

Une infirmière dit à Mayol : 

Parlez-leur, ils vont vous reconnaître.

Mais le chanteur qui avait revêtu un long pardessus noir, ne se faisait pas d’illusion. En effet, aucun des soldats auxquels il s’adressa et auxquels il remit cigares ou cigarettes ne reconnut le créateur des Mains de femme

Mais quand le train se mit en marche doucement, quelques soldats, touchés de la bonté et des égards que leur bienfaiteur avait eu pour eux, crurent qu’il était correct de faire le salut militaire et de dire en chœur en regardant Mayol à la face rasée qui avait un air attristé (cela se conçoit) : 

Au revoir et merci, monsieur le curé ! 

Car ils avaient pris le chanteur de Cousine pour un bon prêtre. 

« Candide : grand hebdomadaire parisien et littéraire. » 1924.

Les plus intelligents

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dumb_dumberLes éthnologistes modernes offrent certainement un spectacle amusant lorsque, avec un seul crâne, deux tibias et un pot d’ocre pour barbouiller une carte, ils prétendent démontrer que les habitants de l’Irlande, d’une partie de l’Angleterre, de l’Italie, de  l’Egypte et du Maroc appartiennent tous à un type d’humanité fort dépourvu d’intelligence. 

La palme, cependant, doit être décernée à ce génie de l’Université de Princeton qui, grâce à on ne sait quelle épreuve compliquée, vient de découvrir qu’un Hollandais est beaucoup plus intelligent qu’un Autrichien et qu’un Turc l’est plus qu’un Italien Dans la liste des honneurs, les Italiens n’arrivent qu’avec le numéro 16. On demeure assez surpris lorsqu’on songe que durant deux siècles l’Italie a eu l’honneur de donner au monde plus de géants intellectuels et artistiques que le reste du monde. 

Mais, sans doute, il y a quelque erreur grossière dans cette affirmation, et c’est ainsi que  l’Université de Princeton établirait la nationalité des grands hommes suivants : 

Léonard de Vinci, l’homme le plus intelligent que le monde ait jamais produit, était un Turc; Michel-Ange était un Suédois; Christophe Colomb, né à Yorktown, partit de New York pour découvrir Gênes; Dante était un Petit Prussien; Virgile un Hollandais et  Bonaparte un Wallon.

« L’Écho annamite. » Saïgon, 1925.
Photo-illustration : Jim Carrey & Jeff Daniel. « Dumb and Dumber. » 1914.