Qu’est-ce à dire ?

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Honore-de-BalzacUn libraire s’est avisé que Balzac, pour aller jusqu’à la postérité la plus reculée, avait besoin qu’on publiât ses Œuvres complètes. Il n’y a rien à dire à cela, et même on peut le louer de son initiative. Deux anciens élèves de l’Ecole de Chartres, MM. Marcel Bouteron et Flenri Longnon ont été chargés de la mise en oeuvre de cette édition.

C’est parfait : les deux jeunes savants sont extrêmement sérieux, et tous deux ont déjà fait leurs preuves d’une manière qui justifie la confiance absolue des lettrés. Mais, tout de même, que dites-vous de cette annonce :

LA COMEDIE HUMAINE
Texte revisé et annoté
par MARCEL BOUTERON et HENRI LONGNON

Texte revisé. Que signifie revisé ? On aurait donc revisé le texte de Balzac ? Revisé est un peu dur. Et revisé, dans ce cas, mérite explication. Nous sommes bien sûr que MM. Marcel Bouteron et Henri Longnon sont incapables de jouer aux balzaciens ce tour : un texte de Balzac revisé par eux. 

Balzaciens, méditez là-dessus.

« La Renaissance : politique, littéraire et artistique. » 4 avril 1914.

Séquestré volontaire

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vieux-barbuIl y a quatorze à quinze ans, disparut, un beau matin, l’agent représentant d’une maison de commerce en vins, connue sous la raison N…. et Ce. Cet homme, après avoir joui de la confiance de son patron, en avait abusé pour s’approprier une somme de 9 à 10 000 francs. 

On crut d’abord qu’il était passé en Amérique, suivant la déclaration de sa famille, qui tient une maison de mercerie, et peu à peu on ne parla plus du tout de cet agent indélicat, ou qui paraissait tel, et son patron mit à l’article des profits et pertes de son grand livre le déficit constaté à la charge de son représentant.

Mais ne voilà-t-il pas que, il y a quelque temps, une servante de la maison attenante à celle de la famille de l’agent disparu depuis quatorze à quinze ans aperçut, dans la soirée, à une des fenêtres de cette maison, une grosse tête d’homme, ornée, depuis le menton jusqu’à la poitrine, d’une barbe démesurée ! La pauvre fille rentra chez ses maîtres affolée de terreur, disant qu’un revenant avec une longue barbe noire lui était apparu à une fenêtre de la maison joignante. La servante ne voulait plus rester dans une maison voisine de celle hantée par le diable. Les gens de la maison croyaient à une vision de leur servante et lui rirent au nez. Mais la fille persista, et le bruit de cette aventure se répandit au point d’amener tous les soirs des attroupements devant la maison suspecte hantée par des esprits.

La police en fut informée; mais n’ayant aucun mandat ou qualité pour s’introduire dans la demeure de personnes connues par leur honorabilité, elle refusa net d’obtempérer à la sollicitation des voisins pour vérifier ce qu’il pouvait y avoir de réel dans la vision prétendue. La servante persistant toujours dans son allégation, on prétexta, après mûre réflexion, qu’un commencement d’incendie venait de se déclarer dans la maison, et, sur cela, le commissaire de police et deux agents y pénétrèrent, malgré l’opposition des habitants de cette maison, qui déclarèrent catégoriquement qu’il n’existait aucune trace d’incendie.

Jugez de leur étonnement lorsque, pénétrant dans une petite chambre à l’étage, ils y trouvèrent un individu gros et trapu, d’environ soixante-quatre à soixante-cinq ans, ayant une barbe noire qui lui tombait jusqu’aux genoux, et qui fut reconnu être le sieur M…, disparu depuis quinze ans environ, et qui était resté là enfermé pour se soustraire à la poursuite qui pouvait être intentée à sa charge du chef de détournement au préjudice de son patron. Mais ce qui est encore plus singulier dans le dénouement de cette histoire de revenant, véritable, c’est que celui-ci se plaît dans la situation qu’il s’est faite depuis quinze ans; qu’il n’entend pas en sortir; qu’il est gai, qu’il chante et se plaît dans son cabanon, où il est nourri par sa famille, d’ailleurs honorable, « et qu’il entend mourir là où son malheur ou la fatalité l’a conduit ».

Inutile de dire encore que le patron, touché de la peine que s’est infligée à lui-même son exigeant représentant en vins, n’entend nullement l’inquiéter par une poursuite éteinte d’ailleurs par la prescription.

« Almanach astrologique : magique, prophétique, satirique et des sciences occultes. » Paris, 1871.

Contagion

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sand_chopinLa croyance à la contagion de la phtisie, que les modernes expérimentations tentent aujourd’hui à faire envisager comme scientifique, existait, depuis longtemps déjà au fond de la croyance populaire.

George Sand nous fournit dans sa Correspondance une curieuse preuve de cette croyance. Elle voyageait en Espagne, dans le courant de l’année 1839, avec Chopin, déjà atteint de la maladie (phtisie pulmonaire) qui devait l’emporter dix ans plus tard, et venait de s’établir à Mayorque.

« Au bout, d’un mois, » écrit-elle, « le pauvre Chopin, qui, depuis Paris allait toujours toussant, tomba plus malade et nous fîmes appeler un médecin, deux médecins, trois médecins, tous plus ânes les uns que les autres, et qui allèrent répandre dans l’île, que le malade était poitrinaire au dernier degré. Sur ce, grande épouvante ! La phtisie est rare dans ces climats et passe pour contagieuse. Joignez à cela l’égoïsme, la lâcheté, l’insensibilité et la mauvaise foi des habitants. Nous fûmes regardés comme des pestiférés et de plus comme des païens, car nous n’allions pas à la messe. Le propriétaire de la petite maison que nous avions louée nous mit brutalement à la porte et voulut nous intenter un procès, pour nous forcer à recrépir sa maison infectée par la contagion. La jurisprudence indigène nous eût plumés comme des poulets. »

Les tribulations des deux voyageurs recommencèrent à Barcelone. Au moment où ils quittaient l’auberge dans laquelle ils étaient descendus, l’hôte voulut leur faire payer le lit où Chopin avait couché, sons prétexte qu’il était infecté et que la police lui ordonnait de le brûler.

« La Médecine nouvelle : organe de l’Institut dynamodermique. » Paris, 27 juin 1891.

Les hommes les plus rapides

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indiensQuel est le peuple le plus rapide du monde ? C’est, s’il faut en croire le professeur Mac Gee, celui des Indiens Séris, qui vivent près du golfe de Californie.

Les Indiens Séris ne sont pas nombreux : quatre cents à peine. Ils ont le plus profond dédain pour les arcs et autres armes de jet car, en rase campagne, chacune de leurs femmes ou chacun de leurs enfants prend tous les jours des lièvres à la course.

Les hommes s’attaquent aux antilopes, aux cerfs et aux taureaux, sauvages, qu’ils rejoignent à la course et assomment, puis ramènent devant les huttes de la tribu, pour être dépecés. Le cheval le plus rapide ne saurait se mesurer avec eux et ils franchissent à pied les mêmes distances que les cow-boys sur leurs montures.

Voici l’un des jeux favoris des Séris : un enfant donne la chasse à un cheval et le fait tourner en cercle sur une piste fermée pour le lancer à toute  vitesse. On ouvre alors une barrière, la bête s’élance dans la plaine à toute allure. Elle n’a pas fait deux cents mètres qu’un homme l’a rejointe, a sauté sur son, dos, saisi d’une main sa crinière et, de l’autre, ses naseaux qu’il tord. Le cheval s’arrête et tombe sur le flanc, vaincu par son poursuivant.

C’est un spectacle, paraît-il, des plus sensationnels.

« Le Pêle-mêle. » Paris, 14 mai 1911.
Illustration : ekobutiks

Contradiction

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camille-saint_saëns

M. Saint-Saëns est un grand puriste. Il ne lui suffit point d’avoir composé Samson et Dalila. Il veut encore défendre la langue française et la défendre surtout contre les importations de mots étrangers. Il écrivait récemment :

« Pourquoi l’usage inutile des mots étrangers ? se demande-t-il. Pourquoi dire palace  pour palais, meeting pour réunion, veglione pour soirée, aficionado pour amateur, ticket pour billet ? »

Mais aussi pourquoi Camille Saint-Saëns a-t-il écrit des opéra, des oratorio, des morceaux de piano, qu’il annote avec les mots andante, adagio, allegro, scherzo, finale, tutti et tant  d’autres vocables italiens incompréhensibles, même pour des musiciens, alors qu’il lui serait si facile d’écrire en bon « français », comme son illustre aîné Rameau, lent, très lent, vif, tous ensemble ?

« Ma revue. » Paris, 9 juin 1907.

Jeunes filles électriques

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femme electriqueOn sait depuis longtemps, dit le Phrenological Magazine, que certaines personnes sont fortement électriques, c’est-à-dire qu’elles sont à un tel point chargées d’électricité qu’elles peuvent donner des chocs comme le font la gymnote et d’autres poissons.

Le cas de la jeune fille électrique de London (Canada) est cependant le plus extraordinaire dont nous ayons connaissance. Elle a été malade pendant deux ans, mais elle est maintenant en bonne santé. Les médecins ne pouvaient pas s’expliquer ce qu’elle avait, mais depuis sa guérison elle semble être une batterie ambulante.

A moins d’être très nerveux, personne ne peut lui toucher la main, ni mettre sa main avec la sienne dans un seau d’eau. En joignant ses mains, elle peut donner un violent choc à quinze ou vingt personnes se trouvant dans une chambre, et elle possède le pouvoir d’attraction de l’aimant. Si elle veut saisir un couteau, la lame lui saute dans la main, et des aiguilles renfermées dans leur enveloppe de papier restent suspendues au bout de ses doigts.

Si elle entre dans un salon, toutes les personnes présentes éprouvent une influence perceptible; les unes sont assoupies, d’autres indisposées et énervées jusqu’à son départ. Un enfant s’éveille à son approche, mais une légère caresse de sa main le rendort de nouveau.

Les animaux sont également sujets à être influencés par elle, et le chien favori de la maison reste pendant des heures entières à ses pieds aussi immobile que s’il était mort. Ce cas est réellement trop extraordinaire, croyons-nous, pour que les savants spécialistes américains ne s’empressent pas de l’étudier et de l’expliquer, si c’est possible.

« Almanach de France et du Musée des familles. » Paris, 1881.

Voici le témoignage du docteur Tanchon, qui découvrit, dans un village de l’Orne, Boussigny, une jeune fille nommée Angélique Cottin, âgée de treize ans, petite, robuste, mais apathique au physique et au moral.

Les objets touchés par elle ou par ses vêtements étaient violemment repoussés; parfois même, à sa seule approche, des commotions étaient ressenties par les personnes présentes, et on voyait s’agiter meubles et ustensiles. Arago vit Angélique Cottin et parla d’elle à l’Académie des Sciences, car elle était devenue l’objet de l’attention des savants. Ces faits, notamment, furent relevés : une table à manger, d’une moyenne grandeur et assez lourde, fut plusieurs fois poussée et déplacée par le seul fait du contact des vêtements d’Angélique Cottin; une petite roue en papier, placée verticalement ou horizontalement sur son axe, reçut un mouvement rapide « par les émanations qui sortaient du poignet et du pli du bras de cette enfant ». Un canapé très grand et très lourd fut violemment poussé jusqu’au mur au moment où elle vint s’y asseoir.

Ces émanations électriques semblaient avoir lieu par « ondées » d’une manière intermittente. Au reste, chaque phénomène était marqué chez cette étrange fille par la frayeur, la fuite, l’inquiétude. Un des faits qui frappèrent le plus les médecins qui l’observèrent fut celui-ci : des ciseaux suspendus à sa ceinture, au moyen d’un ruban de fil, furent lancés au loin sans que le cordon fût brisé ni qu’on pût savoir comment il avait été dénoué. Ce fait avait une certaine analogie avec les effets de la foudre. D’ailleurs, un parquet ciré, un morceau de taffetas gommé, une lame de verre placée sous ses pieds annihilaient entièrement sa propriété électrique.

Quelque temps plus tard., une autre jeune fille, précisément du même âge, Honorine Séguin, qui vivait à La Haye, un village d’Indre-et-Loire, présenta des particularités aussi curieuses. Seulement, elles ne durèrent que deux ou trois mois.

Autre cas analogue celui d’une fillette de onze ans, Philippine Singer, observée par le docteur Depping dans la maison de santé de Frankenthal, en Bavière. Mais elle offrait aussi le rare exemple des phénomènes d’attraction. Des objets adhéraient à ses mains, souvent très lourds. Ainsi un officier, un jour, fit-il cette expérience de faire adhérer son sabre à son doigt du milieu, et le sabre resta assez longtemps suspendu, en se balançant. L’officier eut l’idée de mettre une boussole près de l’enfant elle dévia aussitôt de 15 degrés.

Beaucoup plus récemment, le docteur Foré, médecin en chef de l’hôpital de Bicêtre, eut l’occasion de soigner une jeune femme présentant des propriétés analogues, mais d’un degré moindre. Ses doigts attiraient les corps légers, tels que papiers, rubans; ses cheveux donnaient des étincelles au contact du peigne. Quand son linge était approché de sa peau, il se produisait une crépitation lumineuse cette adhérence était si intense qu’elle entravait ses mouvements. Lorsqu’elle avait frotté une douzaine de fois avec ses deux mains une étoffe de laine où simplement une serviette étendue sur un meuble de bois, l’étoffe, chargée d’électricité, adhérait fortement au meuble et on pouvait en tirer des étincelles.

Les émotions morales avaient une influence sur la production d’électricité. On remarquait, par exemple, que la crépitation s’exagérait lorsqu’un morceau de musique l’avait vivement émue. Les temps secs favorisaient aussi ces phénomènes électriques, qui étaient surtout intenses au moment des gelées. Les temps humides ou brumeux produisaient un effet contraire.

Le colonel de Rochas raconte lui-même l’histoire d’une dame âgée de cinquante-trois ans qui, à deux reprises, éprouva une impression qui l’effraya beaucoup. La première fois, en se réveillant et en voulant se découvrir pour se lever, elle s’aperçut avec étonnement que ses draps de lit présentaient une adhérence extraordinaire. Elle fit un effort pour les séparer, et aussitôt elle se vit baignée comme dans une nappe de feu. Quelques mois après, le même fait se représenta, cependant qu’elle voyageait à bord du paquebot qui la menait en Algérie.

Voilà bien du merveilleux. Bien qu’il le paraisse encore, ce a’est plus, cependant, que de l’inexpliqué. Mais quand de tels faits, quoique les exemples aient été scientifiquement groupés, surprennent encore, comment, jadis, n’eût-on pas crié à la sorcellerie ! Hélas ! que de prétendus « possédés » furent cruellement suppliciés qui n’étaient que des malades !

Jean Frollo. « Le Petit Parisien. » 8 juin 1896.

Chien bien élevé

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ecosseUn journal anglais, traduit par la Revue britannique de 1831, raconte le fait suivant :

Un homme riche, qui se trouvait à Edimbourg comme voyageur, avait acheté, sans penser à mal, à haut prix, une chienne épagneule de toute beauté, qui avait reçu la plus étrange éducation. Ce ne fut pas sans surprise et sans mauvaise humeur qu’il la vit plusieurs fois rapporter au logis des objets qu’il avait touchés en les marchandant.

Mais lorsqu’il eut reconnu que c’était chez sa chienne un système de vol résultant sans doute des principes qu’on lui avait inculqués, il se faisait un jeu, pour l’amusement de ses amis, de mettre son savoir-faire à l’épreuve, en prévenant toutefois les marchands chez lesquels elle devait exercer son industrie, de prendre leurs mesures de sûreté. Voici le procédé qu’elle mettait en pratique, et l’on s’étonnera sans doute des soins qu’il avait fallu donner à son éducation pour la conduire à ce degré d’habileté.

Lorsque son maître entrait dans une boutique, l’animal rompait extérieurement avec lui et s’établissait ensuite, comme pour son propre compte, avec un air d’aisance et de liberté parfaitement joué. Cependant son maître examinait les marchandises et marquait du doigt en jetant un coup d’œil à sa chienne, l’objet qu’il recommandait à son adresse et sortait.

L’épagneule qui n’avait pas perdu, dans son apparente distraction, un seul des mouvements de son maître, au lieu de le suivre, restait couchée sur le seuil de la porte, sous la cheminée ou près du comptoir, épiant le moment où l’attention des commis, portée sur un autre point lui permettait de faire son coup.  Lorsqu’elle voyait que l’occasion était favorable, elle ne manquait jamais de se dresser sur ses pattes de derrière à la hauteur du comptoir, pour saisir l’objet que son maître lui avait désigné. Et elle s’enfuyait à toutes jambes.

Ce manège lui réussissait toujours.

« Musée des familles : lectures du soir. » Paris, janvier 1899.