Reliques 

Publié le Mis à jour le

abbe-mugnier

M. l’abbé Mugnier a bien de l’esprit. Il fait concurrence à Tristan Bernard lui-même. Et dans les salons on colporte précieusement ses mots. Voici son petit dernier : 

Se trouvant assise à côté de lui, une vieille dame outrageusement décolletée minaudait, la main posée sur sa croulante gorge nue : 

— Ceci vous offusque peut-être, Monsieur l’abbé…
— Oh ! Madame, en ma qualité de prêtre, je suis de longue date habitué aux reliques… 

Envers et contre tout

Publié le Mis à jour le

prohibition

Va-t-on rapporter la loi de prohibition ? Certains le prétendent. A cette seule annonce, les purs et les irréductibles ont protesté.

Parmi eux, Henry Ford, l’industriel. Il a déclaré que si l’on abrogeait le régime sec, il fermerait ses usines. Cette mesure mettrait évidemment un nombre considérable d’ouvriers en état de chômage.

Rien n’embarrasserait plus le gouvernement. 

C’est, au fond, là, une véritable méthode d’intimidation et de chantage. Réussirait-elle ? Tout est là. Ford a-t-il donc peur que si ses ouvriers buvaient quelque vin ou quelque alcool de France, ses automobiles seraient construites de travers ?

« L’Impartial. » Djidjelli, 1931.

Mickey Rooney  va entrer au collège

Publié le Mis à jour le

mickey-rooney

Le 12 septembre prochain, Mickey Rooney, qui a passé avec succès ses examens d’entrée à l’école supérieure, fera ses débuts à l’Université de Californie, à Los Angeles. 

Sa plus grande ambition est d’être patron de chaloupe de l’Université. Tant par ses connaissances que par son poids et sa taille, il est en me- sure de tenir ce rôle très envié ! Mickey, qui, lorsqu’il sera « grand », veut être metteur en scène et chef de production, suivra à l’Université les cours de l’enseignement ès arts

« Figaro. » Paris, 1938. 

Chien et chat

Publié le Mis à jour le

 

port-dieppe

Le Journal de Dieppe rapporte un acte de sauvetage accompli par un chien de Terre-Neuve A Dieppe. 

C’était jour du Mardi-Gras, vers onze heures du matin, un chien de Terre-Neuve poursuivait un chat. Ce dernier ne trouva d’autre moyen, pour se soustraire à cette poursuite, que de se jeter dans l’avant-port, en face de la poissonnerie. Mais le chien, obéissant A son instinct, se précipite dans le port pour sauver la victime. Celle-ci, qui ne paraît pas comprendre les intentions du Terre-Neuve, l’accueille à coups de griffes, de sorte que le sauveteur est obligé de le happer pour l’amener  à bord d’une barque. Les matelots de cette barque rejetèrent le pauvre chat dans le port, et le chien, toujours dévoué, se jeta à l’eau après la victime, et parvint à la sauver une seconde fois. 

Chien et chat, de nouveau sur le pont de la barque, eurent une altercation qui fut fatale au malheureux chat. Celui-ci, exaspéré par les tribulations qu’il subissait depuis quelques instants, donna quelques coups de griffes à son sauveur, qui, outré de cette ingratitude, étrangla son protégé sans autre forme de procès. 

« Le Journal de Dieppe. » 1869.

Manuel du parfait fonctionnaire

Publié le Mis à jour le

asterix

Sous la forme plaisante de conseils « d’un vieil employé à son fils », la République française nous donne quelques-unes des formules que le parfait rond-de-cuir, auquel nous sommes tous appelés à nous heurter, emploie pour assurer son repos, dit l’auteur de l’article, M. Albert Ladvocat, ou pour plus simplement parler, se défaire du public.

Quand un solliciteur (après une douloureuse station sur une banquette mal rembourée) se décide à frapper à ton carreau, tu commences à lui crier rageusement et à tout hasard : Adressez-vous à l’autre guichet, SVP !

S’il insiste pourtant, au lieu de répondre à ce qu’il te dit, tu lui demandes avant tout : Avez-vous des papiers ?

Il n’a pas de papiers, ou s’il en a, ce ne sont pas, bien entendu, ceux qu’il faudrait. Tandis qu’il fouille lamentablement dans ses poches, tu refermes ta petite grille en disant : C’est bon vous repasserez. S’il repasse en effet, pour couper court aux explications diffuses qu’il te donne, tu laisses tomber de tes lèvres ces simples mots : Nous aviserons : faites une demande écrite.

Tu ajoutes gravement que cette demande n’a pas besoin d’être affranchie, ce que le visiteur considère comme une faveur insigne. Il se confond en remerciements.

A la demande on oppose deux objections : La demande doit être faite sur papier timbré : puis, plus tard : Il faudrait faire légaliser les signatures.

La demande est mise dans un carton. Au bout d’un mois ou deux le solliciteur vient savoir « où en est son affaire ». On ne s’en est pas occupé, mais il faut bien répondre quelque chose.

Je te recommande cette phrase : Votre dossier est incomplet.

On demande bien entendu les pièces une à une : extrait de naissance, actes de décès, certificat de bonne vie et moeurs, etc., etc. Si l’importun résiste à toutes ces épreuves, on lui oppose autant de petites barrières. En voici un échantillon : Votre demande est transmise : l’affaire est dans les bureaux : le dossier ne nous est pas revenu; je dois en référer à mes chefs; écrivez une lettre de rappel, etc. 

Enfin après un an, deux ans, quelque fois plus, il faut se résoudre à trouver une solution : à ce moment-là, le solliciteur n’est plus très dangereux. Il a usé son énergie : il n’a plus la force de menacer, de se mettre en colère. En un mot, il est à point.

On l’accueille avec un sourire engageant : J’ai le regret de vous dire que nous ne pouvons donner suite à votre demande : elle n’est pas de notre ressort

Le malheureux se laisse choir accablé sur la banquette et demande d’une voix lamentable : Mais alors à qui faut-il que je m’adresse ?

Tu hausses les épaules et tu réponds simplement en fermant ton guichet : Adressez-vous à qui de droit. 

Et s’il parle de retirer son dossier, tu exiges d’abord un certificat d’identité, puis… Mais c’est assez, n’est-ce pas ?

« Le Progrès de Mascara. » 1895
Illustration : « Les Douze Travaux d’Astérix. » Goscinny / Uderzo.

Surprise aérienne

Publié le Mis à jour le

bombe

Le premier bombardement aérien a eu lieu le 16 décembre 1912. Il fut effectué par le lieutenant Raoul Milkov, de l’armée bulgare qui, lors du siège de la forteresse d’Andrinople jeta sur celle-ci deux bombes fabriquées avec des moyens rudimentaires.

Ces bombes étaient fixées à la place de l’observateur, dans une caisse pleine d’avoine pour éviter les secousses. 

Les dégâts causés par ces deux engins furent modestes. Quelques trous aux environs de la gare. Mais ils eurent un effet psychologique si important qu’ils amenèrent la reddition de la citadelle quelque temps après.

Echos singuliers

Publié le

montagne

J’ai lu, je ne sais où, qu’il existe, dans les environs de la tour d’Ouchy, une place que les gens de la contrée indiquent aux voyageurs, et d’où l’on entend dix ou douze fois de suite le son réfléchi par cette tour. J’ai tenté vainement, une fois, de vérifier la chose : il est vrai que je n’ai pris aucune information auprès des habitants d’Ouchy et des environs, et c’est à cette cause, sans doute, qu’il faut attribuer mon manque de succès. Quoi qu’il en soit de ce singulier écho, je serais fort obligé à la personne qui pourrait me donner sur ce sujet des renseignements certains.

Du reste, la chose n’est pas aussi invraisemblable qu’on pourrait bien le croire. Un auteur ancien parle d’un écho qui répétait six et même sept fois les mêmes mots, ce qui, toutefois, serait peu de chose auprès de ce qu’on raconte d’un autre écho qui se trouve dans la maison de plaisance d’un noble Italien, à une demi-lieue de Milan. Cet écho, dit-on, répète plus de cent fois la dernière syllabe. II suffit, pour entendre ce prodige, de se tenir sous une galerie ouverte de l’une des ailes de la maison : l’écho répond de l’autre aile, et les intonations se suivent sans interruption et avec le même intervalle entre elles. Seulement, elles vont diminuant peu à peu d’intensité, jusqu’à ce qu’elles semblent se perdre dans le lointain, à peu près comme on voit bondir une boule élaslique depuis le moment qu’elle touche le sol qui la repousse,  jusqu’à l’instant du repos. Un voyageur, qui n’est pas très crédule, affirme qu’il a fait exprès le trajet de Milan à cette campagne, et il parle de l’écho en homme qui l’a mis à l’épreuve.

On voit, près de Mantoue, une maison de campagne qu’on désigne sous le nom singulier de T, sans doute à cause de la forme qu’on a donnée aux bâtiments. II y a, dans cette maison, un grand cabinet voûté où l’on remarque un phénomène d’un autre genre. Si, de deux personnes, l’une applique sa bouche, et l’autre son oreille, aux deux angles opposés de ce cabinet, la seconde entend très distinctement tout ce que dit la première, parlant assez bas pour n’être pas entendue de ceux qui sont à côté d’elle.

Puisque je suis en Italie et au chapitre des échos, permettez-moi de vous rapporter encore une malice que j’ai lue dans un journal charivarique allemand : Die fliegende Blätter (si mon érudition ne me fait pas défaut). 

On sait que, après la bataille de Solférino, les monarques belligérants eurent une entrevue à Villafranca. Napoléon III, arrive le premier au lieu du rendez-vous, crut de son devoir d’aller au-devant de S. M. l’empereur d’Autriche. Après la conférence celui-ci accompagna à son tour S. M. l’empereur Napoléon. Enfin, les monarques arrivèrent au lieu où ils devaient se séparer, et ils convinrent entre eux de consacrer le souvenir de ce lieu par un signe quelconque. Comme il y avait là un très bel écho, il fut décidé que chacun crierait le nom de sa femme ! et voilà l’empereur des Français qui commence et crie :

— Eugénie !… et l’écho dans le lointain répète : génie !

Puis l’empereur d’Autriche :

— Elisabeth !… et l’écho répond : bête !

J’avoue que je trouve cet écho-là passablement impertinent, et je ne vous aurais certainement pas rapporte une pareille fable, si je n’avais pas eu l’intention de faire ressortir que même dans ce domaine il y en a.

« Le conteur vaudois. » Lausanne, 1863.