Les membres du Dîner de la Soupe à l’Oignon

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immortelsDeux fauteuils sont vacants à l’Académie française. C’est dire que les Trente-Huit sont, actuellement, assiégés de visiteurs. Oh ! ces visites académiques, que d’encre elles ont déjà fait couler ! A tant d’anecdotes de circonstance, — les unes plaisantes, les autres sournoises ou perfides, — laissez-moi en ajouter une qui a, du moins, ce mérite, étant rétrospective, de ne porter préjudice à personne :

Vers le milieu de la Restauration, une Société s’était formée, qui avait pris pour enseigne : Dîner de la Soupe à l’Oignon. Les membres de l’association étaient au nombre de vingt — dont quatre faisant déjà partie de l’Académie — et les réunions avaient lieu tous les trois mois. Tous les sociétaires avaient juré que les réunions dureraient jusqu’au jour où les vingt convives confédérés seraient entrés à l’Académie.

Chaque repas débutait, par une soupe à l’oignon, naturellement. Après quoi, fourchette en main, on renouvelait l’engagement de s’appuyer, de se produire, de se pousser mutuellement. On blaguait bien un peu ces Immortels déjeuneurs qui agiotaient dans tous les journaux, qui se tenaient à l’affût de toutes les places, de tous les emplois littéraires, qui « chauffaient » toutes les réputations et qui, pour prendre d’assaut la place académique, se contentaient de charger à la fourchette. On fit même courir là-dessus, dans les journaux, quelques strophes :

Pour être académicien,
Esprit et talent ne sont rien,
Il faut intrigue et cætera,
Alléluia !

Pourtant, dans ce beau temps-là,
Sans trop d’effort l’on entrera
En se baissant et cætera,
Alléluia !

Un déjeuner l’on donnera
Où large pâté paraîtra,
Jambon, saucisse et cætera,
Alléluia !

Mais l’union fait la force. En dépit des critiques, les vingt membres s’assirent sur les fauteuils académiques; le dernier franchit les portes de l’Institut en 1845. Dès lors, les dîners de la Soupe à l’Oignon cessèrent. Cependant, plus d’une fois depuis, un vénérable académicien invita à dîner quelques-uns de ses collègues qui, comme lui, avaient fait partie de la ténébreuse association. Alors, la soupe à l’oignon était de rigueur. Et, en 1860, l’Académie comptait encore onze membres du groupe de la Soupe à l’Oignon !

Si j’en avais le loisir, je m’amuserais à faire une « Histoire de l’Académie… en chan-
sons « . Car elle en a inspiré de bien amusantes ! Bien qu’en ces dernières années, on
n’aurait que l’embarras du choix. Je vous citerai, entre autres, comme modèle du genre, la romance ironique que le bon chansonnier Pierre Trimouillat a composée sur l’air célèbre de
Tagliafico

I

Un jour, lors d’une élection
A l’Académie incomplète,
D’en être j’eus l’ambition :
Ma supplique fut bientôt faite.
J’allai jusqu’en son entresol
A chaque momie immortelle
Dire : « Votre oeuvre est de haut vol,
Autant que je me la rappelle… »
Un jour, lors d’une élection
A l’Académie incomplète,
D’en être j’eus l’ambition :
Ma supplique (bis) fut bientôt faite !

II

Puis (foin des fanges du ruisseau !),
Pour la princesse, la marquise,
J’écrivis un bouquin nouveau,
Tout plein de poésie exquise…
Je n’y parlais que du printemps
Et des beautés de la nature,
Et de nos cœurs les battements
N’étaient décrits qu’avec mesure…
Chacun, me faisant des mamours,
Me dit : « L’Institut Vous réclame !  »
Et de voter pour moi toujours
Tous me jurèrent sur leur âme…

…Les candidats ont leur destin :
M’ayant dit :  » Vous êtes le nôtre.  »
Lorsque vint le jour du scrutin,
Tous les vieux (bis) votaient pour un autre !

Ces petites malices ne tirent pas à conséquence. Et les chansonnés eux-mêmes s’amusent volontiers de ces épigrammes…, mais plutôt après leur élection !

« Les Annales politiques et littéraires. » Paris, 17 décembre 1905.

La poulette-au-bon-Dieu

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peggy_nilleIl y a longtemps qu’on a pu dire avec raison, en parlant de l’enfance, que cet âge est sans pitié, surtout pour les pauvres êtres inoffensifs qui, comme le crapaud, le hérisson, les petits oiseaux et certains insectes ailés, semblent plus spécialement visés par les bourreaux imberbes en quête de jouets vivants et de souffre-douleurs. Hérissons condamnés à se débattre et à agoniser dans l’eau, crapauds embrochés et suspendus par une patte, petits oiseaux plumés tout vifs, hannetons enfilés ou cloués sur un carton, libellules froidement désarticulées : tout cela, hélas ! un peu partout et depuis toujours, fait partie du programme en quelque sorte obligatoire des distractions enfantines…

Toutefois, certaines créatures privilégiées sont ordinairement exceptées de cette proscription et doivent à leur popularité — presque universelle — non seulement d’être à l’abri de toute cruauté, mais encore de se voir entourer d’un respect quasi religieux. Tel est, par exemple, le joli petit coléoptère que les naturalistes nomment coccinelle et que nous appelions vulgairement la bête à bon Dieu ou la poulette-au-bon-Dieu.

D’après la croyance populaire, trouver une bête à bon Dieu est d’un heureux présage, et lui faire du mal porte malheurs. Aussi les enfants eux-mêmes, si cruels envers la plupart des petits animaux sans défense, ont-ils soin de respecter la gracieuse bestiole. Tel gamin
impitoyable, qui passera des heures entières à se repaître des souffrances d’un malheureux hanneton ou à martyriser froidement un pauvre petit pierrot tombé du nid, se gardera bien de faire le moindre mal à la bête à bon Dieu dont il aura réussi à s’emparer : il se contentera de la faite grimper le long de son index ou de la caresser doucement dans le creux de sa main, en attendant qu’elle s’envole.

Tout en caressant la petite bête privilégiée, les enfants du Bocage ont coutume de lui adresser certaines paroles qui ressemblent à une sorte d’incantation plus ou moins superstitieuse, et dont la formule varie suivant les cantons. Voici celle qu’il me souvient d’avoir employée dans mon enfance :

Vole, vole, vole,
Petite bête à bon Dieu ;
Vole, vole, vole
Jusqu’en Paradis.

Une autre formule m’a été signalée naguère, je ne saurais dire par qui. Je la trouve ainsi notée dans mes carnets traditionnistes :

Vole, vole, vole,
Petite bête à bon Dieu.
Vole, vole, vole
Dessus la maison d’école.

Le privilège dont jouit la bête à bon Dieu serait-il un effet de la reconnaissance à laquelle a droit ce petit coléoptère qui, très carnassier, compte parmi les meilleurs destructeurs de pucerons ? C’est possible, mais non certain : car ne manque pas d’autres bestioles qui, bien qu’éminemment utiles comme insectivores, n’en sont pas moins, tous les jours et partout, en butte aux froides cruautés de l’espèce humaine. Le secret de ce privilège me paraît plutôt se rattacher à l’une de ces gracieuses légendes chrétiennes dont bénéficient, surtout depuis le Moyen Age, certains animaux symboliques qui ont ainsi la chance de se faire classer à part et, pour parler comme le bon saint François, d’être admis à se prévaloir du titre de « frères inférieurs ».

D’après une vieille tradition vendéenne, la bête à bon Dieu devrait sa popularité à un touchant épisode de la Passion :

Lorsque Notre-Seigneur, sur le point d’expirer, demanda à boire et qu’un des bourreaux lui présenta une éponge imbibée de fiel et de vinaigre, une coccinelle, qui se trouvait au pied de la Croix, courut bien vite se tremper dans le cours d’eau voisin et s’en revint, à tire d’aile,humecter d’une fraîche goutte les lèvres du divin crucifié. Celui-ci, en reconnaissance, promit à la charitable bestiole qu’elle porterait désormais son nom, et que sa postérité serait bénie dans la suite des âges. Et voilà pourquoi la coccinelle s’appelle la bête à bon Dieu et est respectée de tout le monde, même des enfants les plus cruels; pourquoi aussi sa robe est marquée de taches rouges, produites par le sang tombé du front du Sauveur.

La légende ajoute que si la bête à bon Dieu, lorsqu’on la touche, laisse échapper une liqueur quelque peu nauséabonde, c’est en souvenir du fiel dont elle se souilla en accomplissant son acte de charité, et pour rappeler à l’ordre les oublieux de la promesse divine.

« La Vendée historique. » Luçon, 20 décembre 1908.
Illustration : Peggy Nille.

Le cercueil blindé

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russell_sage.Même défunts, les milliardaires doivent être défendus contre les convoitises. Lorsqu’en 1906 mourut Russel Sage à New-York, son inhumation fut entouré des précautions les plus extraordinaires.

Russel Sage fut sans doute le premier millionnaire que son coffre-fort ait suivi dans la tombe. Selon sa volonté, le cercueil de cuivre qui contenait sa dépouille fut enfermé dans un coffre d’acier trempé, muni de quatre frettes de blindage et d’un couvercle que défendaient d’énormes serrures à secret.

Ce sarcophage colossal pesait trois tonnes; il avait coûté 75.000 fr. Le caveau où repose le milliardaire est relié électriquement au poste des gardiens du cimetière.

Russel Sage était persuadé que certains cambrioleurs s’étaient fait une spécialité d’enlever les défunts riches et de ne les rendre à leurs familles que moyennant une sérieuse rançon. Il a voulu se mettre à l’abri de ce chantage posthume.

« L’Éclaireur du dimanche. » Nice,  23 décembre 1923.
Auteur de la photo seule du mausolée (sans l’incrustation-montage) : UpstateNYer

Le sorcier de Chavigny

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paranoiakÀ Chavigny, village de la commune de Faverolles (Loir-et-Cher), il vient de s’en passer une bien bonne.

Un cultivateur ayant son fils atteint de tuberculose et dont l’état, malgré les soins du médecin, allait toujours en s’aggravant, fit venir d’Indre-et-Loire, pour le soigner, un devin, qui ne put l’empêcher de mourir.

Aussitôt arrivé, celui-ci s’écria :

 Je vois ce que c’est : un sorcier a jeté un sort à votre fils; heureusement pour vous, j’ai le pouvoir de le conjurer.
— Seulement, ajouta-t-il, je prévois que le sorcier reviendra dans le village, vers le coucher du soleil, et, à la première personne qu’il rencontrera, jettera le même sort.

Voilà pourquoi, pendant plusieurs semaines, à Chavigny, vers le coucher du soleil, vous n’auriez pas rencontré âme qui vive. Toutes les portes étaient closes.

On se barricadait chez soi et si un étranger venait à. circuler à cette heure fatidique, blottis craintivement derrière le rideau, on se chuchotait à l’oreille, bien bas :

 C’est le sorcier !

« L’Écho du merveilleux . » Paris, 15 mai 1901.
Illustration : « Paranoïak »  D. J. Caruso, 2007.

Tubes

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gaston_lagaffeNous exprimions, hier, l’espoir de voir les automobiles s’agrémenter de moteurs à musique. Un ingénieur américain va nous donner satisfaction… ou à peu près.

Ce savant homme a imaginé un système de tubes sonores qui, convenablement placés dans le châssis du teuf-teuf, émettent sous l’influence du vent, les sons les plus harmonieux. Double avantage. Le touriste, enveloppé d’accords célestes, ne s’ennuie plus de la solitude ni du grincement de sa machine; il chauffe en beauté.

D’autre part, il n’a plus à se préoccuper de signaler au public son approche par des appels de trompe rauques et discordantes. A l’encontre des sirènes dont les chants harmonieux entraînaient vers la mort les matelots charmés, les chauffeurs nous sauveront désormais la vie par leurs divins concerts.

A moins toutefois que cette nouvelle musique, trop ravissante pour les oreilles humaines, n’arrête au beau milieu des routes les promeneurs extasiés et ne les écrase à coups de points d’orgue.

« Gil Blas. » Paris, 19 août 1906.
Illustration : Gaston Lagaffe, de Franquin.

Dévoré par les rats

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ratsUn simple fait divers : un soir de cette semaine, dans le quartier de la Butte-aux-Cailles, un vieux chiffonnier, le père Jérôme, rentre absolument ivre dans l’infect taudis où il vit seul au milieu de détritus immondes.

Le lendemain, sa porte reste close, tandis qu’autour de la cabane isolée, c’est un hideux va-et-vient de rats énormes. Le sol en paraît grouillant. Les voisins arrivent à disperser la terrifiante procession de ces monstrueux rongeurs; puis ils pénètrent dans le taudis et reculent épouvantés devant l’horrible tableau qui frappe leurs regards. Le vieux chiffonnier a été dévoré par les rats.

Ça et là, près du corps affreusement déchiqueté, des lambeaux d’habit, des débris de chair, des flaques de sang. Le désordre de la misérable chambre, une table renversée, une chaise brisée, un buffet défoncé, une terrine en morceaux, attestent la suprême résistance du vieillard contre la légion de ces voraces assaillants. Le malheureux n’est sorti de son ivresse que pour entrer dans la mort.

Le sort affreux du père Jérôme dont le plus grand défaut, paraît-il, était de trop « lever le coude » a consterné les rares voisins de sa misérable retraite. C’était un brave homme de joyeuse humeur, serviable, estimé, aimé.

Sa mort terrible rappelle l’épouvantable aventure de Jean Madine, l’un des gardiens de Montfaucon. Elle fut contée devant moi par le préfet de la Seine, le baron Haussmann.

C’était une veille de Noël. Retardé, ce soir-là, dans son inspection quotidienne, ce Madine se trouve tout à coup prisonnier dans les cours immenses et silencieuses. Par mégarde les portes ont été fermées sur lui

La nuit arrive, est arrivée. Il est seul. II appelle au secours, mais sa voix se perd dans ces solitudes. Qui donc pourrait l’entendre ? Deux cours vastes et complètement désertes se succèdent au delà de celle où le malheureux se trouve enfermé. Impossible de franchir les hautes murailles, impossible d’ébranler les portes massives. L’obscurité se fait complète et des flocons de neige, violemment poussés par un vent glacé, blanchissent le sol. Nul bruit, si ce n’est, au loin, les cloches qui égrènent sur Paris leurs joyeux carillons.

Comme un fou, Madine s’élance vers la porte, la frappe, la pousse, la secoue, l’ébranle, mais c’est en vain ! Elle résisterait aux efforts de vingt hommes. Le gardien appelle, crie, crie encore. Les cloches seules y répondent. Sous le ciel noir et bas, la neige tourbillonne et s’entasse, se glace en tombant.

Tout-à coup, un frôlement bizarre, mystérieux, frappe son oreille. Il se tourne, il regarde : de tous cotés arrivent des nuées de rats, piquant la neige de taches noires, taches immondes et vivantes qui courent, glissent, fourmillent, entourent le gardien affolé. Il les sent grimper le long de ses jambes, de ses cuisses, sur son dos, sur sa poitrine, sur ses bras, sur ses mains. Près de lui est une échelle ; il l’a saisit et l’enlève avec une vigueur d’hercule que centuple le péril extrême. Il l’appuie contre le mur et s’élance sur les barreaux qui fléchissent sous le poids de son corps et se brisent… L’échelle tombe et, d’ailleurs, elle n’atteindrait pas les deux tiers de la muraille. A chaque instant, la troupe, famélique des rats augmente, se presse, se renforce, se bouscule, s’excite. Madine en est couvert…

A quoi pourraient lui servir et sa jeunesse et sa bravoure et sa vigueur ? D’un bout de la cour à l’autre, ce sont des flots vivants qui ondulent, se succèdent, se poussent, montent toujours. Je ne sais quelle mer grouillante et sombre, ponctuée de têtes frémissantes, de corps palpitants, de gueules avides, de queues sordides, de museaux pointus. Le gardien essaie de fuir, d’appeler au secours, mais il suffoque, il tremble, il chancelle et ses pieds glissent sur les bêtes entassées…

Et du reste où irait-il ? Est-ce que l’on sort de Montfaucon ? Soudain, par un suprême effort,il secoue cette lèpre grimpante, cette masse acharnée qui l’accable et l’étreint, le déchire, le ronge. Puis, affolé, couvert de sang, les habits en lambeaux, les chairs déchiquetées, ruisselantes, il bondit en faisant un écart prodigieux comme s’il espérait changer les chances de la lutte en portant plus loin le théâtre du combat.

Peine inutile ! Déception cruelle ! La bande affamée des rats reste, comme un seul crochet, rivée à ses chairs et, en grappes hideuses, le long des reins, pendent les opiniâtres assaillants. C’est à peine si, entre deux cris d’intolérable souffrance Madine parvient à arracher de sa poitrine un des rats le plus acharné qui le ronge.

Mais voici, qu’à ce moment où tout est perdu, le gardien aperçoit au pied du mur une barre de fer, son salut peut-être. Il fait un bond et, de ses deux mains vigoureuses, la saisit. Et c’est avec une ardeur désespérée qu’il s en défend contre l’invasion qui monte toujours plus grouillante et plus avide. Si Madine fait un pas en frappant avec sa massue, tout recule. S’il fléchit tout se précipite à l’assaut

Il lutte, lutte encore; puis, il tombe et disparaît sous un tertre vivant, fourmilière gigantesque de corps velus, de têtes, de pattes, de queues et de museaux barbouillés de sang qui se pressent et se confondent en une masse horrible.

Le lendemain, on trouva le squelette du gardien gisant à côté de la barre de fer et, tout autour, une trentaine de rats monstrueux qu’avec une vigueur surhumaine Jérôme Madine avait assommés. A ce squelette adhéraient quelques fragments de chair, pareils aux dents rouges d’une scie.

Moins dramatique et moins long sans doute, mais épouvantable aussi le supplice du vieux chiffonnier de la Butte-aux-Cailles qui vient, après une vaine et intrépide résistance, d’être dévoré par les rats.

Fulbert Dumonteil.

« Le Chenil. » Paris, 1er décembre 1904.

Les singes aéronautes

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2_singes_ballonLâchez tout ! Pauvres singes ! eux aussi, ils ont voulu monter en ballon et aller faire une promenade sentimentale au milieu des nuages et des oiseaux !

Lâchez tout ! Le ballon monte et flotte dans l’espace; on surplombe les montagnes, on passe les fleuves, on a les forêts et les villes à ses pieds.

C’est charmant.

Mais tout à coup survient la tourmente; les cordages crient et se rompent, l’aérostat pirouette comme une toupie dans l’air. Alors nos bêtes-aéronautes se cramponnent aux cordages flottants et s’entrelacent comme deux noyés. Celui-ci fait une horrible grimace aux nuées, celui-là regarde avec effroi la terre qui s’éloigne toujours et qui s’évanouit.

Une catastrophe se devine et il est facile de prévoir que nos personnages lâchant tout vont faire une cabriole suprême dans l’espace. Bientôt, leurs cadavres velus et difformes porteront l’effroi dans les populations en tombant sur la place d’un village ou le long de quelque rivière. Les bonnes femmes se signeront dévotement à deux lieues à la ronde et l’on parlera longtemps autour du foyer de ces deux diables tombés du ciel.

Lâchez tout ! Pauvres singes ! comme il eût mieux valu rester à gambader sur la terre et dire : Ne lâchez rien.

« La Petite presse. » Paris, 2 mai 1866.