Fille de prince… et balayeuse

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burgtheaterUn journal de Vienne , le Neus Wiener Journal, vient de révéler la petite histoire suivante, qui fait quelque bruit dans la haute société :

Le feu prince Guillaume de Montenuovo , fils de l’ex-impératrice Marie-Louise et du comte Neipperg, donc demi-frère du roi de Rome, avait eu lui-même , hors mariage , une fille qui compte aujourd’hui une cinquantaine d’années.

Quoique fille de prince, elle fut malheureuse pendant toute sa vie. Elle avait six ans quand son père mourut, et à partir de ce moment ce fut la misère car la famille de Montenuovo voulut toujours ignorer cette « irrégulière ».

Il y a une dizaine d’années la pauvre femme obtint une place de balayeuse au Burgtheater de Vienne. Ces jours derniers on l’a congédiée pour « raisons d’économie ». Or, fait remarquer le Wiener Journal, le régisseur des théâtres impériaux viennois, second chambellan de l’empereur François-Joseph, n’est autre que le prince Alfred de Montenuovo, le propre neveu selon nature de la pauvre  balayeuse maintenant sur le pavé.

« Le Nouvelliste. » 1904.

Un affamé

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j_micheletJules Michelet, le gavroche parigot qui atteignit la célébrité, eut des périodes bien pénibles durant sa rude adolescence. Tourmenté par ses camarades d’école, efflanqué comme un poulain mal nourri, il excitait aussi bien la pitié que les rires. 

Dans la cave humide de la rue de Bondy, qui servait à ses parents d’imprimerie, il gelait quotidiennement et stoïquement en assemblant ses « petites lettres de plomb ». Mais, plus que le froid, la faim le tenaillait sans répit. 

Et j’avais seize ans ! s’écria-t-il plus tard avec amertume; l’âge où  la croissance rapide rend le besoin d’une nourriture abondante plus impérieuse qu’à aucun moment de la vie.

Lorsqu’il arrivait que sa grand-mère lui remît quelque menue monnaie, il avait fort envie de se précipiter dans une boulangerie; mais l’orgueil le retenait :

Mais comment trahir ma pauvreté en mangeant mon pain sec devant mes camarades ? D’avancé, je me voyais exposé à leurs rires, et j’en frémissais… 

Aujourd’hui, il conclut avec superbe :

Cette indigence née de la persécution, fièrement, noblement supportée par les miens, fait ma gloire. Alors, elle me semblait une honte, et je la cachais de mon mieux. Terrible respect humain ! 

« Lisez-moi Historique. » Paris, 1935.

Féminisme au harem 

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thailandeLe jeune roi de Siam Maha Wagirawoud a 704 femmes. Et chaque jour, il risque de voir augmenter la population de ce harem fantastique, car une antique loi siamoise oblige le roi à épouser toute jeune fille qui s’offre à lui en mariage. 

C’est ainsi que, dans son palais, s’est glissée récemment une jeune Siamoise, élevée par un officier anglais, qui, par suite de son éducation, est devenue une ardente suffragette. Elle n’a pas tardé à faire parmi ses compagnes une active propagande féministe, elle a fait des adeptes.

Les sept cents épouses de l’infortuné roi de Siam sont en révolution.

« L’Homme libre : journal quotidien du matin. » Paris, 1913.

Shimooka le sorcier

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renjoM.Shimooka Renjō, le doyen des photographes japonais, vient de mourir à Tokyo. Une photographie hollandaise apportée par un navire lui révéla le nouvel art dont l’Europe venait d’avoir la primeur.

Renjō fut émerveillé de la ressemblance et de la netteté des portraits et se rendit en Amérique pour s’initier à la photographie. Revenu à Tokyo (qui s’appelait alors Yeddo), il s’adonna avec passion à la pratique de cet art. Mais l’exercice n’en fut pas tout d’abord sans danger, car la photographie fut considérée comme une invention diabolique, assimilée à la sorcellerie et défendue par le Shogun.

Heureusement, la police ferma les yeux et tous les hauts fonctionnaires défilaient en cachette devant l’objectif de Shimooka Renjō. Depuis cette époque, le Japon a beaucoup changé.

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 1914.
Photo : https://ameblo.jp/itaru-ohyama/entry-12372213397.html

Une autre Marguerite de Bourgogne

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araignéeUn jeune étudiant, d’une vingtaine d’années environ, avait en sa possession un compotier de cristal d’un travail précieux, et, pour la plus grande joie du futur émule de Buffon, une araignée avait tissé sa toile.

Après avoir longtemps observé les mœurs de l’animal solitaire, il se décida à marier la recluse, et il se mit en quête d’un mâle de bonne apparence et digne de la tendresse d’une si belle conquête. La chose ne fut pas difficile. Une fois possesseur d’un beau mâle, aux palpes bien renflées, aux pattes longues et sveltes, aux yeux vifs, à l’allure conquérante et dégagée, il vint l’apporter en triomphe à son hôtesse. Il le posa doucement sur la toile, vers l’extrémité opposée au nid de l’araignée, et s’éloigna un peu, de façon à observer néanmoins tout ce qui allait se passer. 

Bientôt il vit la coquette sortir de son boudoir et s’avancer vers le bel inconnu avec ce mouvement voluptueux qui donne des charmes si vifs à la démarche. Et je vous jure que cette hideuse créature était belle à voir ainsi, dorée par les reflets glorieux de sa passion, et étincelante de l’auréole de l’amour.

De son côté, le mâle ne restait point oisif et faisait preuve de fashion et de galanterie : ses pattes de devant caressaient d’une façon conquérante les demi-boucles formées par ses  tarses; il s’avança après au pas de charge, frappant du pied, piaffant, voletant… L’araignée recula et s’enfuit, mais de manière à laisser deviner qu’elle voulait être suivie. L’heureux amant s’élança sur ses traces, mais en y mettant toutefois une réserve et une crainte singulières. L’araignée le guettait avec une ruse qui donnait à son cercle d’yeux une expression étrange. Enfin, elle tourna la tête et marcha droit, devant elle, préoccupée en apparence de franchir quelques fils dans lesquels se prenaient ses pattes. Alors le mâle bondit, la saisit, lui donne un baiser et prend la fuite. Elle se retourne… mais ce n’est plus en coquette audacieuse qu’elle marche, c’est une lionne qui chasse sa proie ! Le mâle cherche à fuir. Il s’efforce à gravir les parois du compotier. Vains efforts ! l’araignée marche à sa victime, la fascine et l’arrête. L’infortuné s’accule, tremblant… Elle, la griffe haute et menaçante, le frappe, le tue, et après avoir contemplé celui qui venait d’être son époux, elle le dévore. 

Le lendemain, curieux de connaître les motifs de tant de barbarie, le jeune étudiant voulut savoir si la mort du pauvre mâle était le châtiment d’une faute personnelle, ou le résultat d’une férocité naturelle et inhérente à la femelle. Il mit donc un second mâle dans le compotier… Hélas ! il n’y eut plus à en douter ! le crime de la cruelle était sans excuse,  sans circonstance atténuante ! la seconde victime subit le même sort que la première. A cette infâme, il fallait le meurtre après l’amour. 

Durant un mois entier, elle vécut ainsi des cadavres de ses amants… Marguerite de Bourgogne fut le nom que l’étudiant donna à l’araignée, non pas à cause du drame de la Tour de Nesle, dont l’auteur n’était pas encore né, mais à cause de l’histoire bien connue de Buridan et de Marguerite. Le jeune élève devint plus tard un naturaliste célèbre. De l’araignée du compotier, il passa à l’étude des merveilles de la nature et rendit ainsi à jamais illustre le nom de Bernard-Germain de Lacépède.

« L’Entr’acte versaillais. » Versailles, 1864.
Illustration de Victo Hugo.

Dépêches électriques

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boeuf grasLe télégraphe électrique a transmis aujourd’hui à Paris les dépêches télégraphiques suivantes :

PONTOISE, 3 HEURES l/2.

La promenade du bœuf-gras s’achève au milieu de l’enthousiasme universel. Ce retour à un ancien usage a vivement impressionné les populations. Plusieurs vieillards se sont évanouis de joie sur le passage du cortège.

AMIENS, 4 HEURES.

Les dentistes de notre ville, au nombre de quinze, se sont cotisés pour donner à notre ville le spectacle du passage du bœuf-gras.
Quelques pharmaciens se sont joints aux dentistes ainsi que nos trois chemisiers. Les fabricants de pâtés de canard n’ont pas voulu se fusionner avec eux.
Ils ont fait une cavalcade à part.
Le bœuf-gras a parcouru la ville au milieu d’une foule enthousiaste qui faisait retentir l’air de ses acclamations :
Vive le bœuf-gras ! vive le bœuf-gras !

DIJON, 2 HEURES.

L’Académie de Dijon sort à l’instant du lieu ordinaire de ses séances, le président et le secrétaire perpétuel en tête.
Dans sa dernière séance, l’Académie a décidé qu’elle se joindrait en masse au cortège du bœuf-gras.
Cette magnanime résolution a rallié à l’Académie les sympathies populaires. La popularité dont jouissent l’Académie et le bœuf-gras est un sûr garant du retour des esprits aux saines idées.

MACON, 2 HEURES 1/4.

Le bœuf-gras quitte son étable au bruit du canon. Une salve de vingt-un coups fait partie du programme.
Le peuple parle de dételer le bœuf-gras et de le traîner. C’est une belle journée.

BRIVES-LA-GAILLARDE, 5 HEURES.

Le bœuf-gras de Brives-la-Gaillarde est entièrement copié sur le modèle de celui de Paris.
On lui a donné un nom romain. Il s’appelle
Curtius.
Il est entouré de druides et d’eubages. Une gardeuse de poulardes renommée pour sa beauté remplit le rôle de Velléda.
On ne saurait se faire une idée de l’enthousiasme général des habitants en revoyant le   bœuf-gras de leurs pères.
Curtius entre en ce moment à l’Hôtel-de-Ville. Le maire de Brives-la-Gaillarde lui adresse une allocution.

CARPENTRAS, 9 HEURES DU MATIN.

Une triste nouvelle a frappé notre ville de stupeur.
Le conseil municipal de Carpentras faisait depuis un mois des efforts prodigieux pour se procurer un bœuf gras.
Malheureusement, la Provence ne produit que des bœufs-gras maigres.
M. Bourbousson avait proposé de faire venir un bœuf gras de Lyon. On adopta cette motion.
Le bœuf-gras devait arriver ce matin. Il est mort en route d’une phthisie pulmonaire au troisième degré.
Le conseil municipal n’a pu supporter l’idée de ne point donner l’exemple salutaire du retour aux vieilles coutumes. Quand ils ont appris que le bœuf-gras allait manquer, les conseillers municipaux se sont percés de leur épée.
C’est M. Bourbousson qui a donné l’exemple.

boeuf-gras

De tous les points de la France, de la Provence comme de la Normandie, de l’Auvergne comme du Poitou, de l’Aunis comme de la Saintonge, du Limousin comme de l’île de France, de la Guyenne comme du Languedoc, de la Gascogne comme du Béarn, le télégraphe électrique a transmis des dépêches aussi consolantes.

Tout le monde sait ce qui s’est passé à Paris. Il a parcouru toute la ville. Partout sur son passage, on chantait des cantiques d’actions de grâces. A l’heure où nous écrivons l’enthousiasme dure encore.

Taxile Delord. « L’Argus : revue théâtrale et journal des comédiens. » Paris, 1852.

Impôts et célibataires

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maineLes législateurs américain ont au moins le mérite d’apporter un peu de fantaisie dans la création d’impôts nouveaux. C’est ainsi que les parlementaires de l’Etat du Maine vont avoir à s’occuper d’un projet de loi qui reprend l’idée, déjà vieille, de l’impôt sur les célibataires incorrigibles, en lui donnant une forme nouvelle et tout à fait amusante. 

Pour enlever à l’impôt sur les célibataires le caractère de représailles ou de châtiment inhérent à tous les anciens projets du même genre, le législateur du Maine propose de transformer toutes les sommes que les célibataires seront obligés de verser dans les caisses de l’Etat, en allocations qui seront offertes, à titre de dommages-intérêts aux vieilles filles ayant dû coiffer sainte Catherine, du fait que personne n’a jamais demandé leur main. 

Pour avoir droit à cette rente, qui ne pourra pas être supérieure à 500 frs., les éternelles jeunes filles devront avoir dépassé la quarantaine et prouver qu’elles n’ont jamais éconduit un prétendant honnête, tout jeune homme n’ayant jamais été interné dans un asile d’aliénés et n’ayant pas subi de condamnation infamante. 

Quant à l’impôt, il sera prélevé sur tous les hommes non mariés qui auront accompli la trentième année et ne pourront pas faire la preuve qu’à trois reprises déjà, ils ont demandé, dans les formes usuelles, la main d’une jeune fille née dans l’Etat du Maine. 

« Le Signal de Madagascar et dépendances. » Tamatave, 1909.