Voiture à voiles

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Simon_Stevins_zeilwagen_voor_Prins_Maurits_1649

Le mathématicien hollandais Simon Stevin invente, dès 1600, une voiture à voiles actionnée par le vent. Elle est montée sur quatre roues, compte deux mâts: on l’expérimente aux environs de La Haye, chargée d’une vingtaine de voyageurs, parmi lesquels se trouvent le prince Maurice et son prisonnier Mendoza, amiral espagnol.
La distance qui sépare Scheveningue de Petten est couverte à une allure moyenne de 30 kilomètres à l’heure, ce qui laisse supposer que le vent soufflait dur !

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Le faux Sire de Mortagne

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LES-ENLUMINURES-DU-MOYEN-AGE

En l’an 1300 , la dame de Mortagne, châtelaine de Tournai, était la belle Marie , fille de Jean et de Marie de Conflans; elle épousa la même année Jean de Brabant, vicomte de Mazières, qui devint châtelain de Tournai, par le titre que sa jeune femme lui donna en l’épousant. Cette union fut heureuse pendant deux ans, que cet aimable couple passa rapidement dans la terre de Mortagne.

En 1302, le jeune prince , ayant suivi son père dans la guerre que les Français faisaient aux Anglais, assista à la bataille de Courtrai et y périt dans la mêlée, à la fleur de son âge sans que son corps ait jamais pu être ni retrouvé, ni reconnu. La jeune et jolie veuve pleura amèrement son gentil époux, et , après avoir fait faire toutes les perquisitions possibles, renonça même à la triste consolation d’avoir ses cendres près d’elle. Cette douleur, qui paraissait devoir être éternelle, fut tout-à-coup calmée par une nouvelle inattendue qui arriva jusqu’aux oreilles de la veuve inconsolable en 1309, sept ans après son immense malheur. Elle apprit que Jean de Brabant, son mari,, cru mort à Courtrai, vient tout-à-coup de reparaître à Louvain où il a été reconnu par les Brabançons.

Ceux de la ville de Louvain, enchantés de retrouver leur prince, lui donnèrent aussitôt un état conforme à son rang et à sa qualité et le montèrent en habits gens et chevaux, et c’est dans ce brillant équipage qu’il arriva, à Mortagne, près de la jeune veuve dépouillée alors, de ses habits de deuil, où il fut accueilli par des fêtes et des réjouissances, et reçu par la dame comme son mari et son véritable seigneur. Cet état de chose se maintint quelque tems, et cette seconde lune de miel était à peine expirée, lorsque, la dame de Diest, tante de Marie, vint à Mortagne pour la congratuler sur son bonheur.

Cette dame prudente avait connu le prince Jean de Brabant dans sa jeunesse, elle avait même négocié le mariage de sa nièce avec lui; malgré l’étonnante ressemblance du nouveau venu avec le prince Jean, elle conçut des doutes et il ne lui fut pas difficile de mettre l’imposteur en défaut en le questionnant sur les détails de son enfance. Celui-ci, voyant que sa tromperie commençait à se découvrir et que la dame de Diest, dans l’intérêt de sa nièce qui n’était déjà que trop compromise, faisait examiner de plus près cette affaire, crut prudent de se retirer avant sa conclusion. Il s’échappa secrètement de Mortagne et arriva devers Philippe IV Roi de France, à qui en qualité de Mainbour (tuteur, curateur), de la dame Marie, il vendit la terre de Mortagne.

Le Roi, qui ne le connaissait pas encore pour ce qu’il était réellement, lui conféra l’ordre de chevalerie et le tint en assez grande estime pendant quelque temps. Mais comme tout se découvre à là fin, on sut bientôt qu’il n’était qu’un intrigant nommé Jacques de Gistel, qui avait spéculé sur sa ressemblance avec Jean de Brabant, d’une manière indigne et déloyale surtout avec sa veuve. Il fut appréhendé au corps et jeté en une étroite prison, où il paya par une misérable captivité de tout le reste de sa vie, les quelques beaux jours qu’il avait passés triomphant dans le château de Mortagne auprès de sa belle châtelaine.

« Archives historiques et littéraires du nord de la France, et du midi de la Belgique. » bureau des archives,Valenciennes, 1837.

Fatale Méprise

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Robert Doisneau
Robert Doisneau
Philidor Colibet, le concierge du 124 bis de la rue des Canettes, balayait ses escaliers en sifflant la romance en vogue. Il était joyeux d’avoir loué, le matin même, l’appartement du second, vacant depuis deux ans, car le locataire l’avait généreusement gratifié d’un denier à Dieu de vingt francs.

Plus fier que Jupiter trônant dans l’Olympe, ses foudres à la main, il se campait sur les marches, et son balai, conduit par un bras exercé, enveloppait sa majeslé d’un nuage de poussière. Il fut distrait de son travail par des coups énergiques frappés à la vitre de la loge, tandis qu’une voix impérativement réclamait le concierge.

Qu’est-ce que vous lui voulez ? demandait Colibet en se penchant par-dessus la rampe.
Nous avons deux mots à vous dire, répondit un des deux visiteurs moustachus, dépêchez-vous de descendre.

« Ils viennent sans doute pour le rez-de-chaussée du fond de la cour », songeait Colibet, et, tout guilleret, il dévalait les escaliers quatre à quatre.

Arrivé devant sa loge, il souleva poliment sa casquette et demanda, avec son sourire du 31 décembre, un sourire en tirelire:

Qu’y a-t-il pour votre service, messieurs ?
Vous êtes bien Philidor Colibet, concierge du 124 bis, questionna l’un deux en dardant sur lui un regard scrutateur dont il se sentit intérieurement troublé.
Oui, Monsieur, c’est bien moi.
En ce cas, mon gaillard, ordonna le second acolyte sur un Ion dépourvu de courtoisie, vous allez nous accompagner illico chez le commissaire. Allons, ouste ! enlevez votre tablier et faites garder la loge … des fois que vous ne reviendriez pas tout de suite.

Plus mort que vif, Colibet retira son tablier, pria une obligeante voisine de rester dans la loge jusqu’au retour de sa femme, puis, en se demandant pour quel motif il pouvait bien être convoqué, docilement il suivit les deux inconnus.

Le commissaire accueillit Philidor de son air le plus rébarbatif.

Ah ! vous voilà, vous, fit-il. Les étrennes, les pourboires, les deniers à Dieu ne vous suffisent plus à ce qu’il paraît, puisque vous vous permettez d’entretenir chez vous une agence de paris ! Et pour racoler les dupes dont vous égarez l’argent sur tous les hippodromes, vous bravez la loi en affichant votre louche profession avec un révoltant cynisme ! … Vraiment, vous ne manquez pas de culot, Colibet, mais je ne vous en fais pas mon compliment.

Le concierge, ahuri, idiotisé, allait risquer une timide protestation. Le commissaire lui imposa silence du geste et reprit:

Non, certes, vous ne manquez pas d’aplomb ! Vous auriez pu continuer ainsi longtemps votre illicite industrie, si une lettre
anonyme, émanant de l’une de vos nombreuses victimes — c’est plus que probable — n’était venue nous éclairer sur vos agissements malhonnêtes. Votre affaire est claire, Colibet. Dans un instant le panier à salade vous conduira à la Tour Pointue … Maintenant, si j’ai un bon conseil à vous donner, c’est d’avouer purement et simplement. En raison de vos bons antécédents, nous tiendrons compte de votre franchise et votre délit, j’en ai l’absolue conviction, bénéficiera des circonstances atténuantes.

Pourquoi voulez-vous que j’avoue puisque je suis complètement innocent du méfait que vous me reprochez ? gémissait l’infortuné portier, plus larmoyant qu’un saule pleureur.
Ah ! vous persistez dans vos stupides dénégations, rugit le commissaire; eh bien, je vais vous confondre immédiatement. Brigadier, faites-moi passer la pièce à conviction saisie sur la fenêtre de l’inculpé.

Le brigadier fit demi-tour, s’absenta deux minutes et revint portant un écriteau. A sa vue, le sang de Philidor ne fit qu’un tour, un tour et demi, tout au plus. Dans l’espace d’une seconde, son esprit avait pressenti l’inutilité de sa défense et de ses protestations réitérées.

Cet écriteau surgissant devant lui, comme le spectre de Banco, l’écrasait de son impitoyable accusation et le condamnait sans appel ! …

Une sueur moite mouilla ses tempes; ses yeux se voilèrent … ses jambes se dérobèrent sous lui … il s’affaissa inanimé dans les bras du brigadier.

Il avait lu, calligraphié par une main savante qui l’avait enjolivé d’arabesques, cet avis qu’il avait payé de ses propres deniers:

LE CONCIERGE FAIT LES COURSES.

 » Ma revue  » Jo. Valle, Paris, 1907.

Communication

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Cent vingt-trois ans

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 Vieille femme - Camille Pissaro
Vieille femme – Camille Pissaro

On a, dans ces derniers temps, mentionné l’existence d’une femme qui, à force de jours mis au bout d’autres jours, est arrivée à l’âge extraordinaire de cent vingt-trois ans. Vétusté rare. Savez-vous quand on parle d’un ou d’une centenaire à quoi l’on pense ? Au nombre énorme d’atrocités que cet homme ou cette femme a vu commettre

Celle-ci habite le petit village d’Aubérive-en-Royens. entre Valence et Grenoble. On l’appelle, dans le pays la Girard. Elle a conservé toutes ses facultés intellectuelles. L’oreille seulement est un peu dure. Elle ne possède rien. Les voisins lui viennent en aide; les touristes à qui on la montre comme curiosité lui font de petites aumônes. Du reste, ses besoins sont limités. Sa nourriture se compose presque uniquement d’une soupe au vin, mêlée quelquefois d’eau-de-vie. Sa peau est parcheminée; elle se tient relativement droite. Elle est d’une propreté rigoureuse. Le trait saillant de son histoire est d’avoir été cantinière sous le premier empire.

Cent vingt-trois ans Elle est donc née en 1760. Elle avait quatorze ans quand Voltaire écrivait ces paroles prophétiques: « Les jeunes gens sont heureux, ils verront de grandes choses. » Quand la Bastille croula sous l’effort populaire, elle avait vingt-neuf ans déjà. Trente-trois, quand tomba la tête de Louis XVI. Trente-neuf ans, quand les grenadiers de Bonaparte chargèrent, baïonnette au canon, les membres épouvantés du conseil des Cinq-Cents. L’année d’Austerlitz fut la quarante-cinquième de sa vie. Elle perdit un de ses fils à Friedland, l’autre en Espagne.

En 1813, lorsque Napoléon cria à M. de Metternich: « Un homme comme moi se fout pas mal de la vie d’un million d’hommes », elle avait cinquante-trois ans. Les deux Restaurations, la Terreur blanche passèrent. Quand Charles X emporta dans un éternel exil la fortune morte à jamais des Bourbons, elle avait soixante-dix ans. Déjà très vieille, parvenue à un âge où peu arrivent. A quatre-vingt-huit ans, elle vit Louis-Philippe se sauver, éperdu. Elle entendit encore le grand mot de République et put se croire redevenue jeune. Elle avait quatre-vingt-onze ans quand un second Bonaparte, singe féroce, plagia Brumaire, assassina la seconde République; cent neuf ans quand le bandit de Décembre rendit son épée à « monsieur son frère », le roi de Prusse. Elle revit une troisième fois la République et l’invasion. Maintenant, à ses oreilles, qu’on fait tressaillir la parole de Mirabeau et de Danton, l’écroulement de tant de trônes, le canon de tant de guerres, arrive l’écho des discours de M. Waldeck-Rousseau

Un tel siècle et cela au bout Tant de morts, tant de blessures, tant de sang, tant d’œuvres, un si prodigieux amas d’épouvantes, et que rien ne soit sorti de cela ! Rien ? Peu de chose. Certes on a marché, mais si l’on mesure la distance parcourue au temps employé, on reste confondu de l’impuissance humaine.

On s’est remué, agité, on a brisé les hommes et les choses, on a démoli, on a reconstruit. Qu’y a-t-il encore à faire ? Tout. Et aujourd’hui, en plein gouvernement du peuple par lui même (à ce que disent les gouvernants), s’il ne se trouvait pas dans ce petit village du Dauphiné quelques âmes charitables, si les voyageurs ne jetaient pas dans sa main quelques sous, elle, cette vieille femme, cette centenaire, ce témoin d’une si effrayante histoire, mourrait de faim.

Que voit la centenaire en regardant autour d’elle ? Ce qu’elle a vu autrefois, toute sa vie. Des maîtres et des esclaves des pauvres et des riches; des gens qui ont tout et des gens qui n’ont rien; la justice injuste; l’armée dévoratrice; les hommes préoccupés de futilités; les grands principes délaissés; les hauts problèmes niés; le vice respecté, la vertu foulée aux pieds. Comment voulez-vous que la centenaire ne se demande pas parfois si c’était bien la peine d’égorger tant de nobles et de prêtres en septembre 1792 ?

Et, dites, votre enfant, celui qui vient de naître, à qui vous souriez, heureux, si l’on vous disait qu’il dut vivre un siècle, puis après cent ans voir encore l’humanité désolément échouée dans la même ornière, répondez, n’auriez-vous pas envie de lui épargner ces longues souffrances stériles?

Stériles ! Qu’ai-je dit là ? Non ! ces constatations désolantes au lieu de nous décourager, ne doivent que faire bouillonner dans nos veines un sang plus chaud et plus généreux. Puisqu’en un siècle, en ce long espace pendant lequel tant d’hommes vivent et meurent, si peu de bien peut être fait, hâtons-nous donc, nous que demain la mort enlèvera peut-être, afin que la trace de nos pas reste marquée sur les sables du temps, prodiguons-nous donnons-nous tout entiers à l’œuvre immense. Pour l’accomplir, il faudra encore de longues, longues années; qui en doute ? Mais ceux qui jouiront de l’immuable bonheur et de l’éternelle vertu souriront aux malheureux dont les morts laborieuses auront, accumulées, aplani la route à l’Humanité de demain.

« Les clameurs du pavé. » Lucien-Victor Meunier, Éditeur: L. Baillière et H. Messager, Paris, 1884.