L’homme dans la lune

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Un dimanche matin un homme alla à la forêt. Là, il abattit du bois, en fit un fagot, le lia et se le mit sur le dos.

Comme il regagnait son logis, il croisa un inconnu endimanché qui se rendait à l’église. Celui-ci, à la vue de l’homme au fagot, s’arrêta et lui dit :

— Ne sais-tu pas que c’est aujourd’hui dimanche sur terre, jour où Notre-Seigneur se reposa après avoir créé le monde ? Ne sais-tu pas que ce jour-là, tu ne dois pas travailler ?

L’autre répondit brutalement :
— Que ce soit dimanche sur terre ou lundi au ciel, que m’importe, et que t’importe à toi-même?

Or l’inconnu endimanché n’était autre que le bon Dieu en personne :

— Eh bien, reprit-il, tu porteras ton fagot éternellement, et puisque tu te soucies si peu du dimanche sur terre, tu auras désormais un lundi éternel, et resteras dans la lune, en manière d’avertissement pour ceux qui profanent le repos du jour dominical.

C’est depuis ce temps-là que l’on aperçoit toujours dans la lune un homme portant un fagot de bois. Jusqu’à la fin des siècles, vous l’y verrez.

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La cloche de la mort

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clocheUne horloge qui ne sonne que dans des circonstances tragiques qu’elle semble discerner, comme pourrait le faire un être vivant et conscient, voilà qui est étrange et  tiré, semble-t-il, d’un conte de fées. C’est cependant un fait réel et qui m’a été rapporté par une personne digne de foi.

Il y a une quinzaine d’années, une famille habitant un petit village de la Beauçe, eut en héritage une vieille horloge à sonnerie et à balancier. L’horloge marchait, mais la sonnerie semblait cassée.

Il y avait déjà six ou sept ans que la famille X possédait cette horloge quand se produisit le premier phénomène. La famille X était composée alors du père de M. X, de la femme de ce dernier et de trois enfants dont l’aînée, une jeune fille de près de vingt ans, n’habitait plus la maison paternelle. A cette époque, le dernier des enfants, un bébé de vingt-deux mois, tomba malade; aussitôt, et tout le temps assez court de la maladie, l’horloge sonna régulièrement les heures et les demies.

L’enfant mourut et le vieux meuble redevint muet.

Cinq ans passèrent, et durant ce laps de temps aucune sonnerie (quoiqu’on ait pris le soin de remonter le mécanisme) ne se fit entendre. Mais il y a trois ans, le second des enfants, un jeune homme de vingt ans s’alita. II avait une méningite et dès le lendemain le médecin le jugea perdu. Comme obéissant à un signal, l’horloge sonna alors toutes les demi-heures pendant les trois longs jours que dura l’effroyable agonie du malheureux qui, lorsque minuit sonnait, rendit le dernier soupir. Les sonneries cessèrent alors.

Les époux X désespérés, rappelèrent alors auprès d’eux leur fille aînée qui était mariée.

Enfin, l’année dernière, le grand-père tomba malade et l’horloge sonna de nouveau régulièrement, pour se taire le jour de son décès.

Voilà les faits, sans aucun commentaire. Quelle force inconnue réside dans cette horloge ?… Nul ne le sait et il est peu probable qu’on le sache Jamais.

Ceci me remet en mémoire une autre curieuse histoire dont j’ai été témoin et que j’ai vérifiée pendant deux ans, dans l’Hérault.

J’habitais alors une propriété de famille près de Béziers, dans le petit village de Puissalicon. Ce village possède une très vieille cloche qui, pendant la Révolution, fut enterrée, ce qui la sauva de la destruction.

Quand, à la sonnerie de l’Angélus, les derniers tintements de la cloche se prolongent en une sonore vibration, on peut être sûr que dans les huit jours un des habitants du village mourra. Il ne peut être question ici de coïncidence.

M’intéressant beaucoup au merveilleux, j’ai très attentivement et je le répète, pendant deux années consécutives, contrôlé la régularité, on pourrait dire mathématique, avec laquelle chaque fois que la cloche « vibrait », quelqu’un mourait.

Ne me mêlant pas beaucoup à la vie villageoise, je ne savais pas quand il y avait, des gens malades et je ne pouvais par conséquent être victime d’une sorte d’autosuggestion.

Du reste, ma famille a, comme moi, constaté le phénomène et bon nombre d’habitants du pays le connaissent sans le discuter. C’est d’ailleurs le sonneur qui me le fit remarquer et il y a vingt ans qu’il s’en est aperçu.

J’ai quitté le Midi depuis un an mais je suis certaine que la cloche continue à vibrer quand la mort plane sur le village.

Geneviève de Lagarine
« L’Écho du merveilleux. »   Gaston Mery, Paris, 1910.

Le pari de Rembrandt

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Rembrandt, extrêmement lié avec un bourgmestre de Hollande, allait souvent à la campagne de ce magistrat.

Un jour que les deux amis étaient ensemble, un valet vint les avertir que le dîner était prêt. Comme ils allaient se mettre à table, ils s’aperçurent qu’il leur manquait de la moutarde. Le bourgmestre ordonna au valet d’aller promptement en chercher au village. Rembrandt paria avec le bourgmestre qu’il graverait une planche avant que le domestique fût revenu. La gageure acceptée, Rembrandt, qui portait toujours avec lui des planches préparées au vernis, se mit aussitôt à l’ouvrage, et grava le paysage qui se voyait des fenêtres de la salle où ils étaient. Cette planche, très jolie, fut achevée avant le retour du valet, et Rembrandt gagna le pari.

Cette planche est en conséquence désignée dans les catalogues de l’oeuvre complète sous le titre de Paysage à la moutarde.

« Curiosités historiques et littéraires. »  Eugène Muller, C. Delagrave, Paris 1897.

Pour devenir « maître coupeur de bourses »

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Dans son cinquième livre, Sauval expose la manière de recevoir, parmi les voleurs, sous Louis XIII, un maître coupeur de bourses.

Pour devenir maître coupeur de bourses, il faut, entre autres choses, faire deux chefs-d’oeuvre, en présence des frères. Le jour pris pour la première épreuve, on attache aux solives d’une chambre une corde à laquelle pend un mannequin chargé de grelots et portant une bourse. Celui qui veut être passé maître, doit mettre le pied droit sur une assiette, tenir le pied gauche en l’air, et couper la bourse sans balancer le corps, sans que le mannequin fasse le moindre mouvement, et sans faire sonner les grelots. S’il manque à la moindre de ces choses, s’il ne déploie pas toute l’adresse qu’on exige, on ne le reçoit point et on l’assomme de coups. On continue de le bien étriller les jours suivants, afin de l’endurcir et de le rendre en quelque sorte insensible aux mauvais traitements. C’est ce qui faisait dire au comédien Hauteroche qu’il fallait montrer de la vertu et du courage pour être reçu fripon.

Quand l’aspirant au noble métier de coupeur de bourses réussit dans sa première épreuve, on exige qu’il fasse un second tour d’adresse plus périlleux que le premier. Ses compagnons le conduisent dans un lieu public, comme la place Royale, ou quelque église. S’ils y voient une dévote à genoux devant la Vierge, avec sa bourse au côté, ou un promeneur facile à voler, ils lui ordonnent de faire ce vol en leur présence, et à la vue de tout le monde. A peine est-il parti, qu’ils disent aux passants, en le montrant du doigt: « Voilà un coupeur de bourses qui va voler cette personne ! » A cet avis, chacun s’arrête pour l’examiner, et aussitôt qu’il a fait le vol, ses compagnons se joignent aux passants, le prennent, l’injurient, le frappent, l’assomment, sans qu’il ose, ni déclarer ses compagnons, ni laisser voir qu’il les connaît.

Cependant le bruit qui se fait amasse beaucoup de monde, les fripons pressent, fouillent, vident les poches, coupent les bourses, finissent par tirer subtilement leur nouveau camarade des mains de la foule, et se sauvent avec lui et leurs vols, pendant que chacun se plaint qu’il est volé, sans savoir à qui s’en prendre. Après cette expérience, on enrôle le candidat dans une compagnie, et on lui donne la patente de maître coupeur de bourses.

« Le Magasin pittoresque. » »  édité sous la direction de Édouard Charton, Paris, 1837.

L’effroyable messe de Charles IX

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Perdue au fin fond du Marais, la petite ruelle Sourdis, qui a gardé jusqu’à nos jours ses bornes et son ruisseau, abritait du temps des guerres de religion des ateliers d’artisans et de fondeurs. L’un d’eux est occupé par un fondeur de cloches allemand, venu à prix d’or de Maxence.

Personne ne l’a vu, ce fondeur, qui habite l’atelier et n’en sort jamais. Il reçoit ses ordres d’un petit homme toujours habillé de noir et qui est d’une laideur phénoménale avec sa barbichette et son nez démesuré, encore plus pointu que camus, et qui dénote, outre la malice, des origines méditerranéennes …

Tous les jours, un carrosse dépose à l’entrée de la ruelle le petit homme noir. Dans ses chausses rondes à l’italienne, coiffé d’un éternel bourrelet de feutre, il se dépêche de refermer la porte derrière lui: en fait, il y a six mois maintenant que le fondeur d’outre-Rhin n’a pas mis le nez dehors. A l’intérieur, son œuvre prend forme. Il s’agit de trois statues dont il a d’abord fait le moule d’après trois portraits en pied des chefs huguenots de France: Condé, Coligny et d’Andelot. Hier, il a cassé les moules après y avoir coulé l’airain et depuis des heures il finit d’ébarber le bronze pour rendre les statues lisses et brillantes. Maintenant, elles sont alignées là, au fond de l’atelier, grandeur nature et prêtes à être enlevées. Mais le fondeur qui a travaillé sans nulle aide (c’était la clause essentielle de son contrat) n’a pas encore terminé tout à fait son ouvrage …

Voici qu’il les couche, ces statues, sur un établi et qu’il les serre dans des étaux. Puis (l’isolement l’aurait-il rendu fou ?) il se met à forer des trous en divers endroits du métal, les jointures et la poitrine notamment. Des trous qui ont le diamètre de vis en acier qu’il a conçues. Il vérifie une dernière fois qu’elles s’adaptent bien aux trous et puis, l’air infiniment las, il boucle son sac et attend.

Le petit homme est revenu et inspecte attentivement son travail. Puis il lui compte trente doubles ducats d’or, le prend amicalement par les épaules et le conduit vers la porte. Là, il s’efface pour laisser passer l’homme. Celui-ci n’a pas fait trois pas dans la venelle qu’il tombe, le dos percé d’une dizaine de coups d’épée.

La figure du petit homme noir n’a même pas tressailli. Il revient lentement vers les statues, tire de sa poche un livre écrit en caractères hébraïques  et, regardant fixement l’effigie de Condé, se met à psalmodier des invocations, en serrant lentement, très lentement les vis …

Côme Ruggieri
Côme Ruggieri

C’est ce qu’on appelle un « envoûtement d’airain », et le petit homme qui est à l’œuvre est l’astrologue favori de Catherine de Médicis. Il se nomme Cosme Ruggieri et est le fils du médecin de Laurent le Magnifique, un des plus grands savants de la Renaissance italienne. Sans cesse en butte aux divisions religieuses de ses sujets, la régente, qui vient de signer la paix précaire de Saint-Germain, estime redoutable l’influence de Coligny sur son fils Charles IX. L’aventurier florentin a offert de l’en débarrasser magiquement. Quinze ans avant ces faits déjà, en 1655, il a prédit à la reine la mort de son époux Henri II dans le fameux tournoi des Tournelles, et Catherine, qui est de plus en plus adonnée aux superstitions et n’entreprend rien sans recourir à ses augures, a accepté. Ce n’est pas qu’elle croit sans réserve à ces sortilèges et elle sait que rien n’est possible sans cette chance qui lui a souvent souri, aidée il est vrai par un usage « très Médicis » du poison …

L’envoûtement d’airain a-t-il réussi ? Quelques mois plus tard, Condé tombe de cheval à la bataille de Jarnac et est lâchement abattu par Montesquiou, un gentilhomme de la garde royale. D’Andelot, le frère de l’amiral de Coligny, le suit quelques mois plus tard, expédié par une mauvaise tisane. Pourtant, les médecins qui pratiquent l’autopsie des deux corps sont formels: sur la poitrine, les cuisses et les articulations des bras, les deux hommes portent des stigmates très nets. Quand à Coligny, il tombe gravement malade mais résistera encore trois ans, jusqu’à ce que le couteau de l’Allemand Besme, homme de main des Guises, l’abatte, avec les milliers d’autres victimes de la Saint-Barthélemy.

Massacre de la Saint-Barthélemy
Massacre de la Saint-Barthélemy

« Tant plus de morts, tant moins d’ennemis ! » commente Catherine de Médicis, tout en se désolant que le massacre ait aussi fait une victime inattendue: son propre fils Charles IX. A vingt-quatre ans, il a l’air d’un vieillard, dont les crachements de sang augmentent chaque fois que défilent dans son cerveau égaré les horribles images du massacre. Il sait que son frère, le duc d’Alençon, n’attend que sa mort pour s’emparer du trône. Contre Catherine et le roi, il a même formé un parti, « les Malcontents « , qui réprouve la Saint-Barthélemy et veut prendre des mesures d’apaisement.

Pas brillant non plus, pourtant, le duc d’Alençon, surtout préoccupé de coiffer la couronne, fût-ce au prix de la mort de son frère. Mais l’implacable Catherine veille. Elle découvre un complot, fomenté par deux amis intimes du duc, le comte de La Môle, amant de Marguerite de Navarre, la spirituelle et nymphomane « Reine Margot « , fille de Catherine et future femme d’Henri IV, et un noble piémontais, Annibal Coconas. On arrête les conjurés et on découvre une correspondance qui prouve que Ruggieri est non seulement au courant de tout, mais qu’il a encore trempé dans l’affaire en préparant des petites statuettes de cire percées d’épingles … L’une d’elles ressemble d’une manière frappante à Charles IX: elle est percée au niveau du cœur d’un clou acéré. Ainsi Ruggieri, qu’elle comble de ses bienfaits, jusqu’à mettre à sa disposition le château de Chaumont où il engloutit des sommes énormes à la recherche de l’or alchimique, prépare des envoûtements contre elle et son malheureux fils !

Catherine de Médicis
Catherine de Médicis

Le mage florentin est une canaille, mais non pas une poule mouillée … Atrocement torturé, il n’avoue rien. Et il sait que la reine est bien trop superstitieuse pour oser le mettre à mort. Pour la forme, on l’envoie quand même faire un séjour  aux galères. Ruggieri n’ira pas plus loin que la maison de l’amiral d’où l’on jouit d’une vue magnifique sur la rade de Marseille. Il y vivra comme un coq en pâte pendant quelques mois, y faisant un fructueux commerce d’horoscopes. Coconas et La Môle auront moins de chance: ils seront écartelés à quatre chevaux et les morceaux des corps cloués aux portes de Paris. Voilà donc les coupables punis. Mais pour autant la santé de Charles IX ne s’améliore pas. Pour conjurer l’acharnement du mauvais sort, Catherine de Médicis gracie Ruggieri et le fait revenir auprès d’elle. Nous sommes alors au printemps de 1574, et c’est cette année-là qu’a lieu une des plus effroyables scènes de magie noire de l’histoire.

Entre les frères qui l’assiègent et les factions qui l’oppriment, quel va être le sort du jeune monarque ? Sa mère doit-elle renoncer à toute autorité sur le royaume ? Il faut le savoir, car le complot est partout et les troubles qui agitent le royaume exigent que l’on mise sûrement et sans délai sur l’avenir. Alors Ruggieri décide la reine, pour qui l’intérêt de sa dynastie passe avant tout, à la plus sombre des cérémonies divinatoires, la cérémonie de la tête qui parle …

Charles IX
Charles IX

C’est la nuit du 28 mai 1574. Nous sommes à Vincennes dans l’une des neuf tours du château, celle qu’on appelle encore aujourd’hui la tour du Diable. La reine est là, avec deux intimes et son fils qui, le souffle court, délire de fièvre et tient à peine debout. On a dressé un autel couvert d’un drap noir. Une statue, drapée dans un triple voile noir, représente la mère des Ténèbres, la déesse des suicides et des démences, divinité pour laquelle on va servir la messe. Des chandelles noires, elles aussi, éclairent cet autel sur lequel est posé un calice d’ébène, rempli de sang coagulé et de deux hosties, l’une blanche, l’autre noire. L’homme qui va dire cette messe est un moine apostat, converti à la magie.

Alors au milieu de cette lugubre assemblée s’avance un petit garçon de dix ans. C’est un enfant juif volé qu’on a de longue date préparé à la communion. On l’a revêtu d’une robe blanche, il est aussi beau qu’innocent et s’attend à recevoir Dieu. Le magicien commence l’office en plantant sur la table d’autel un long poignard dont le manche représente un serpent, puis il récite des invocations à la Vierge, lance des anathèmes au Dieu des chrétiens, et consacre les hosties à Satan. L’enfant, qui ne sait pas ce qui se passe, joint les mains et ferme les yeux pour recevoir l’hostie blanche sur la langue. Mais à peine a-t-il communié qu’un des aides du prêtre infernal lui enfonce une dague dans le cou. Puis c’est le choc sourd d’une épée qui résonne sur la pierre d’autel: l’enfant vient d’être décapité et le mage brandit cette pauvre petite tête innocente et la pose sur l’hostie noire dans une grande patère d’argent …

Charles IX mourant dans les bras de sa nourrice
Charles IX mourant dans les bras de sa nourrice

On a prévenu le jeune souverain. C’est à cet instant précis qu’il doit se pencher et poser une question à la tête. La tête lui répondra, et lui dévoilera tout l’avenir.

Tremblant, ce prince dénaturé s’approche et pose sa question d’une voix inintelligible. On attend. Effroyable silence. Enfin, un soupir s’exhale des lèvres mortes de l’enfant et on croit entendre que ce soupir signifie:  » J’y suis forcé ! … J’y suis forcé !  » C’est tout. Puis le bruit d’un corps qui s’écroule. C’est le roi, déjà agonisant, qui vient de s’évanouir. On lui impose les sels, on le ranime. Il se débat et pousse des hurlements effroyables: « Qu’on éloigne cette chose de moi ! Qu’on éloigne cette chose de moi ! … »

On le ramène en toute hâte dans sa chambre. Il délire maintenant, il crache du sang, il voit du sang partout, il s’enfonce dans un fleuve de sang. Il passe ainsi deux jours de terreur hallucinée puis meurt le 30 mai. Il avait à peine vingt-cinq ans. A l’autopsie, on vit que son cœur était tout racorni, comme s’il avait été exposé longuement à l’action d’un feu …

« Histoires fantastiques »  G. Breton & L. Pauwels, Albin Michel, 1983.

Langue universelle

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La question de savoir si toutes les langues proviennent d’une langue primitive universelle n’a pas encore été élucidée complètement. Que de volumes n’a-t-on pas écrits sur cette question ! et que d’expériences, aussi, n’a-t-on pas faites !

La plus étrange est, certainement, celle de ce savant, un peu barbare, qui, pour découvrir la langue naturelle de l’homme, celle qu’il devait parler abandonné à lui-même, eut l’idée de séquestrer deux enfants nouveau-nés et de les faire allaiter par une chèvre, loin du contact de tout être humain.

Quand ils eurent atteint l’âge où les enfants commencent à parler, il ouvrit avec une grande solennité les portes de leur prison. Quel allait être le premier mot proféré par eux ? Ce mot fut « bèèe ! »

Aussitôt notre savant de le rechercher dans la nomenclature de toutes les langues anciennes, et de déclarer, après maintes recherches, que le phrygien est la langue primitive : « bèèe », en phrygien, signifiait pain.

Il était enchanté de sa découverte, lorsqu’une brave femme, qui ne se piquait point d’érudition, vint faire, celte remarque judicieuse que les enfants avaient tout simplement imité le cri de la chèvre leur nourrice.

Toute la belle théorie, si péniblement édifiée, s’écroulait donc en un instant !

« La Revue des journaux.« , Paris, 1886.

Soyons modestes

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Le prince Napoléon racontait un jour à son secrétaire, M. Bourgogne, qui l’a racontée dans ses Mémoires pour nuire à l’histoire de mon temps (un joli titre !), la stupéfiante anecdote que voici :

Une pauvre fille, misérable et désolée, demandant l’aumône au prince, alors représentant du peuple, celui-ci lui donna une pièce de 5 francs à l’effigie de Napoléon Ier, et, tandis qu’elle la dévorait des yeux, le prince lui demanda :

— Trouves-tu que je lui ressemble ?

— A qui ? dit-elle, un peu hagarde, les yeux étonnés.

Le prince Napoléon montrait la pièce blanche.

— Mais, à lui.

— Qui, lui ?…

— Napoléon.

La fille regarda celui qui lui parlait comme un fauve regarderait un passant. Elle répéta, sans comprendre, comme si on lui eût parlé une langue inconnue :

— Napoléon !… Na… po… léon !

— Tu ne connais pas Napoléon ? demanda alors le prince stupéfait…

— Non.

— Tu n’en as jamais entendu parler ?

— Jamais !

A Paris, rue de Rivoli, un être se trouvait qui ne savait pas ce que c’était que Napoléon !

Et le prince Napoléon-Jérôme ajoutait, en contant l’aventure :

— Messieurs, vous le voyez, soyons modestes !