Duel

Publié le Mis à jour le

duel

A la suite d’un différend, M. de S. et le major de cavalerie B. se donnèrent rendez-vous au bois de Boulogne.

Le premier tire, et manque; l’autre, qui se piquait d’adresse au pistolet, ajuste à son tour, vise au cœur, et, surpris de ne pas voir tomber son homme, lui dit avec humeur:

Monsieur n’est pas mort ?
Non, monsieur.
Cela est singulier; quand je tire sur quelqu’un, ordinairement je le tue.

Pendant ce dialogue, le major qui s’était approché aperçoit sur le gilet de son adversaire la marque de la balle, qui paraissait avoir glissé, et il découvre que le coup avait porté sur deux ou trois écus de cinq francs qui se trouvaient dans la poche de M. de S.

— Morbleu, monsieur, s’écria-t-il alors, vous aviez là de l’argent bien placé !

sport-1

Publicités

Kokoly

Publié le Mis à jour le

kokoly

Il y avait sur le navire que montait Bougainville un perroquet nomme Kokoly, dont l’éducation avait été soignée par tous les officiers de l’équipage, et qui répétait une foule de mots et même des phrases entières.

Cet oiseau était à bord depuis deux ans, lorsque le bâtiment rencontra un vaisseau ennemi avec lequel il eut un engagement assez sérieux. Après le combat, on chercha Kokoly; mais il avait disparu, et l’on pensa qu’il avait été enlevé par un boulet. Enfin, au bout de deux jours, on le vit sortir d’un rouleau de câble, dans lequel il s’était caché. Tout le monde s’empressa autour du ressuscité en lui prodiguant les friandises et les appels; mais à toutes ces avances le perroquet ne répondait que par une imitation du bruit du canon: Boum! boum !

On ne put jamais lui faire prononcer une autre syllabe, et plusieurs années après il continuait à répéter son éternelle canonnade en agitant les ailes d’un air épouvanté.

«  Les grands Homme de la France  » Goepp, Cordier, 1873.

Poulbot

Publié le Mis à jour le

Poulbot_pps-4
Dis maman, si t’enlevais les petits bouchons, il boirait pas mieux ?

La petite vadrouille

Publié le Mis à jour le

Capture

Un fait des plus rares, dans les annales des chemins de fer, a été raconté et garanti par un témoin oculaire, digne de la plus grande confiance. 

Un âne, qui avait été attaché dans un champ près de la station de Mireval, située entre Montpellier et Sète, se détacha et alla se promener sur la voie. Un convoi qui passait en cet instant le renversa sur le rail et le poussa, ainsi couché, avec le chasse-pierre de la machine, jusqu’à la station de Frontignan, soit à dix kilomètres environ du point de départ. Ce ne fut qu’à la station qu’on s’aperçut de sa présence; mais quel ne fut pas l’étonnement général quand, après le recul du convoi, on vit l’âne se relever tout seul et très facilement, n’ayant perdu dans cette aventure que quelques poils de la tête et de la queue !

On l’attacha de nouveau à un piquet, et le lendemain matin son maître alla le réclamer à la station de Frontignan où il le trouva intact.

 » Presse Française «  Paris,1859.

Voyage électrique

Publié le Mis à jour le

Une histoire arrivée dernièrement à un habitant de la frontière française a beaucoup égayé une partie de la ville de Charleroi.

Cet individu entrait à la station lorsque l’express de trois heures pour Erquelines venait de la quitter. Désolé d’être venu trop tard, il se lamentait de la plus tendre façon et s’adressait force injures, lorsqu’une idée parut jaillir de son cerveau. Il s’avance vers un employé de la station:

Monsieur, dit-il, j’ai quelquefois entendu parler du télégraphe, ne pourrai-je aller par là à Erquelines ? Quand je devrais payer deux fois plus que par le chemin de fer, je n’y regarderais pas, tant je voudrais être chez moi pour servir le souper des Rois.

L’employé sourit, et indiqua à notre villageois les bureaux du télégraphe.

Bonjour, tout le monde, fit-il en entrant, j’ai manqué le convoi d’Erquelines, et je voudrais m’en aller par le télégraphe. Combien qu’c’est ?

Les employés retiennent un rire homérique qui était sur leurs lèvres, prêt à éclater, et l’un d’eux répond:

Asseyez-vous, monsieur, dans ce fauteuil, le télégraphe va partir dans cinq minutes.
Combien resterai-je de temps pour faire la route ?
Trois minutes.
— Sapristi ! j’arriverai avant le convoi. Mais combien qu’c’est ?
— Vous payerez en arrivant à Erquelines,

Et au même instant l’on entend une sonnerie de carillon dans tous les bureaux.

C’est le signal du départ, dit-on à notre voyageur; prenez votre place.

Il se lève, en effet, et se laisse conduire près d’une armoire dont la porte était ouverte.

Entrez là, lui dit-on, c’est le wagon du télégraphe; mais fermez bien les yeux, car si vous les ouvriez, la grande vitesse du voyage pourrait vous faire tourner la tête et, partant, vous faire tomber.

Notre homme se baisse, entre dans l’armoire, s’y accroupit, le chapeau entre les jambes, entend une fois encore la recommandation de ne pas ouvrir les yeux, puis salue en disant :

Il est fort heureux que le voyage ne dure que trois minutes, car je ne suis pas trop à mon aise dans cette position.

Sur ce, l’armoire est fermée, et toutes les sonnettes de recommencer leur carillon.

Attention, vous partez, cria-t-on à travers la porte à notre voyageur.

Une demi-heure après, on ouvrait la porte de l’armoire, et une figure que l’habitant de la frontière n’avait pas vue à son départ, lui criait :

Erquelines !
Il me semble, dit-il en retirant de l’armoire ses jambes roidies et fatiguées, que je suis resté plus de trois minutes en route. Où faut-il payer ?

Les stores étaient baissés. Notre voyageur ne voyait que des appareils.

A la porte de la station, lui répond son interlocuteur.
— Merci, fait notre voyageur; et il sort en s’étirant les bras.

Nous ne dirons pas sa figure lorsqu’il se retrouva dans la gare de Charleroi; mais il prit son parti en brave, et vint lui-même raconter sa mésaventure aux habitués des cafés voisins de la station.

 » La Féérie illustrée  » Dutertre, Paris, 1859.

Evasion

Publié le

Capture

Les potiers de Savignies

Publié le Mis à jour le

https://gavroche60.com/2014/11/02/les-potiers-de-savignies/

Au seizième siècle, un maître potier de Savignies fabriquait des plats de terre si beaux, que les échevins de Beauvais ne croyaient pouvoir mieux offrir aux rois et aux princes qui passaient dans la ville.

François 1er reçut en hommage un plat représentant la Passion avec les divers instruments du supplice: l’échelle, la lance, l’éponge à vinaigre, les clous, les tenailles, le tout entouré de sept écussons, dont le premier contenait la couronne ouverte de France, fleurdelisée, le second les armes de France, parti de Bretagne, le troisième, les armes écartelées de France et, de Dauphiné, avec couronne fermée, sans fleurs de lis, le quatrième, les armes de la ville de Beauvais, c’est-à-dire deux étoiles à huit pointes et un pal.

Sur les autres écussons de ce beau plat, on voyait, avec le monogramme du Christ, les inscriptions de Jésus et d’Ave Maria. De telles poteries étaient l’orgueil du Beauvaisis, par leur merveilleuse réussite, leur parfaite ondulation, l’harmonie des courbes et leurs brillants, émaux verts. Il est vrai que le maître potier, pour mettre sa fournée sous la garde de Dieu, dessinait une croix sous chacune de ses poteries, à l’endroit réservé habituellement à la marque.

Jésus-Christ, touché de la beauté de ces ouvrages et de l’hommage que lui rendait l’artisan, emmena un jour saint Pierre pour visiter la fabrique de Savignies. L’atelier était en plein travail : c’était merveille que de voir la glaise passer informe dans les mains des ouvriers pour se transformer en élégants profils de plats, de salières, de gobelets. Curieux d’en faire autant, Jésus-Christ monta sur le tour, prit un morceau de terre, et de ses mains sortit un vase merveilleusement réussi. Saint Pierre, pour imiter son maître, monta sur le tour et prit de la glaise, voulant, lui aussi, laisser quelque ouvrage en souvenir de sa visite. Sous les doigts de saint Pierre, la terre s’allongea démesurément et sans forme; cependant, saint Pierre s’appliquait de ses pieds à faire tourner le tour. Abaissant de la main le cône bizarre de glaise, qui prenait la figure d’une haute aiguille, pour retomber lâche et bavocheuse sur la table, saint Pierre suait à grosses gouttes, et était blessé dans sa vanité, car les regards railleurs de tout l’atelier se portaient sur ses essais.

— Mouille la terre, saint Pierre, lui dit doucement le Christ, mouille la terre, tu réussiras.

Depuis cette époque, telle est la recommandation qu’on fait aux apprentis de mouiller la glaise, en leur racontant ce qu’il advint à saint Pierre pour avoir négligé ce premier principe de l’art de terre.

Champfleury. Tradition du Beauvaisis.