Exécutions en effigie

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effigie

L’usage des exécutions en effigie était jadis à peu près général. Il nous venait des Grecs, chez lesquels on faisait communément le procès aux absents. S’ils étaient condamnés, comme nous disons aujourd’hui, par contumace, on suppliciait leur image, ou bien on écrivait leurs noms, avec la sentence, sur des colonnes dressées dans la place publique.

On cite à ce propos le fait dérisoire du roi de Castille, Pierre, dit le Cruel, qui, voulant se faire passer pour juste, et montrer qu’il était passible des mêmes peines que ses sujets, livra un jour son effigie à la justice, pour qu’on lui coupât la tête en expiation d’un meurtre qu’il avait commis dans un moment de colère. Il ordonna même que cette terrible exécution eût lieu devant son palais, afin qu’il put y assister, spectacle qui, naturellement, dut lui procurer une distraction assez originale.

Henry Estienne, le célèbre imprimeur, poursuivi pour son Apologie d’Hérodote, qui contenait de violentes attaques contre l’Église romaine, prit la fuite et dut errer assez longtemps sans trouver un asile sûr. Il fut condamné à être brûlé en effigie. Depuis, ayant connu la date du jour où cette sentence avait été exécutée, et se rappelant qu’au même moment, il vagabondait en plein hiver, il disait en plaisantant :

« Je n’ai jamais eu si froid que le jour où je fus brûlé. »

« Curiosités historiques et littéraires. » Eugène Muller, C. Delagrave, Paris, 1897.

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Les dormeuses

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dormeuseVous souvient-il que, il y a quelques mois (le présent récit fut publié en 1907), les journaux racontèrent une histoire vraiment extraordinaire ? Une femme, nommée Benita, de Villacienzo, dans la province de Burgos, venait de se réveiller après un sommeil léthargique qui avait duré … trente ans !

On raconte tant de choses singulières, aujourd’hui ! On enregistra cette étrange information; et on n’y pensa plus. Au demeurant, nombre de personnes n’avaient pas ajouté une foi absolue à ce récit qui paraissait, en effet, passer les bornes du vraisemblable. Parmi ces sceptiques était un médecin, le docteur Paul Farez, professeur à l’Ecole de psychologie. Trente ans de sommeil, c’est tout de même bien long, et l’imagination pouvait avoir grossi le fait, et de beaucoup. Cependant, ce phénomène morbide ne laissait pas de le préoccuper, et il s’avisa de démêler ce qu’il pouvait y avoir d’exact au fond de ce qui semblait un conte. Il se mit en rapport avec deux médecins espagnols, le docteur José Grinda, de Madrid, et le docteur de Palacios, de Salamanque. Avec leur aide, il poursuivit une minutieuse enquête, en s’entourant de toutes les garanties scientifiques.

Les résultats de cette enquête viennent d’être communiqués. Elle avait été longue pour être sûre. Et voici qu’il semble qu’on se trouve transporté dans le domaine du merveilleux, bien que ce soit de la réalité.

On n’inventa rien. Si déroutant qu’il soit, le cas est certain. Ce sommeil fut seulement progressif. Il commença par une lente dépression, par une période d’affaiblissement continu, après une première période qui avait été marquée par de grandes douleurs de tête. Benita disait alors « qu’une bête lui dévorait le cerveau ». Puis l’intelligence s’annihila, chez elle, et ce fut, ensuite, cette profonde torpeur dont rien ne put la tirer. Elle avait éprouvé une violente secousse, provenant de la frayeur que lui avait causée la poursuite d’un taureau furieux. C’était là l’origine du mal qui devait, peu à peu, prendre une forme si anormale.

La description de l’état de la « dormeuse » est véritablement saisissante. Ces longues années, elle les passa immobile, dans la même attitude « en chien de fusil ». Cependant, si on soulevait un de ses bras, et qu’on l’abandonnât, il ne restait pas contracté, mais reprenait sa position antérieure. Pendant vingt années, elle ne reçut aucune alimentation. Elle vécut (si on peut appeler cela vivre) de quelques gouttes d’eau. Les fonctions naturelles s’étaient interrompues. La peau était moite, avec une légère transpiration. Les paupières étaient baissées et la bouche close. De temps en temps, elle poussait quelques soupirs.

Aussi, ne fut-elle plus bientôt qu’une espèce de petite chose inerte. Elle appartenait à une famille qui avait quelques biens: elle avait un mari et des enfants. D’abord, on la soigna avec quelque sollicitude; mais quelle vigilance ne se lasse ? Elle était comme une morte qu’on ne peut enterrer. C’est là le côté assez tristement humain de l’histoire. Elle devint gênante. Elle était reléguée dans une chambre où, après qu’on lui avait donné un peu d’eau, personne ne faisait plus dormeuseattention à elle. Quand son mari mourut, ses filles se partagèrent la petite fortune, suivirent leur existence et confièrent, pour une somme infime, l’endormie à des soins étrangers. On tâchait, d’ailleurs, de ne pas attirer l’attention publique sur celte créature en quelque sorte anéantie. Et cela dura ainsi longtemps, longtemps, jusqu’au jour où, tout à coup, elle ouvrit les yeux. Sa faiblesse était extrême, naturellement. Pourtant, elle arriva à se lever. Aujourd’hui, elle mène une vie normale, se contentant, toutefois, de lait pour toute nourriture. Et elle se souvient ! Quelle misère que la mémoire, en de semblables circonstances, et combien dut être tragique son réveil, alors que, se rappelant l’heureuse existence familiale d’autrefois, elle se retrouvait abandonnée, personne ne s’intéressant plus à elle.

Avec bonne foi, le docteur Farez avoue que si la science peut constater, elle ne saurait encore expliquer un tel phénomène de vie pour ainsi dire suspendue et en est réduite à des hypothèses d’un état hystérique …

C’est, pour employer un mot qui sert à tout, aujourd’hui, le « record » du sommeil morbide. Ce cas qui vient d’être étudié de la façon la plus sérieuse, dépasse de beaucoup celui de la dormeuse de Thenelles, qui fut comme retranchée du monde des vivants pendant douze ans. Elle aussi, avant de tomber dans cet état, avait eu une vive frayeur, se traduisant par des attaques convulsives.

Dans le même temps, le docteur Gilles de la Tourette, jeune savant, à qui une si triste fin devait être réservée, observait, dans l’Aisne, une femme qui dormait depuis dix-huit mois. Mais, pour celle-là, quand elle se réveilla, ce fut la démence. Les observations sur des cas durant six semaines ou même trois mois sont relativement fréquentes. De quels mystères nous sommes encore entourés ! On a trouvé de grands mots pour qualifier ces inquiétantes anomalies, mais que sait-on, au fond des choses ? Quoi de plus angoissant que cet arrêt de l’aclivité, qu’une existence passée dans une demi-mort ? Et, moralement, quoi de plus étrange ? Vieillir, sans avoir partagé les émotions de ses comtemporains ! La vie vraie égale en bizarrerie les fictions les plus aventureuses : ce sommeil de Benita se retrouvant, après trente ans, au milieu de nouveaux visages et de nouvelles choses, n’est-ce pas, en fait, l’histoire de l’Homme à l’oreille cassée, d’Edmond About ? En trente années, combien d’événements se sont accomplis qu’a ignorés, durant son assoupissement, cette femme, sorte de revenante,  dans un monde qui a marché, tandis qu’elle était immobilisée en son inconscient repos !

Le docteur Farez, avant l’examen du « sujet »,avait eu l’idée d’une simulation. Les hystériques sont parfois de grands simulateurs. Une famille pouvait avoir aussi intérêt à exploiter une situation anormale, à l’exagérer, tout au moins. Mais il vit que c’était, au contraire, le détachement complet des parents de la malade, qui l’avaient à peu près oubliée. Au demeurant, on ne fait pas durer trente ans une supercherie.
Le cas de simulation d’une léthargie le plus long est celui du soldat autrichien Adam Philnéas. relevé par un autre docteur. Ce soldat avait encouru une punition grave … Pour y échapper, il feignit un sommeil dont rien ne pouvait le réveiller. Les médecins, qui avaient des doutes, employèrent tous les moyens pour que la sensibilité se manifestât chez lui. Il résista à tous pendant quarante-trois jours. Sa bouche restait fermée et on le nourrissait avec des oeufs et du vin par les brèches des dents qui lui manquaient. Il n’eut pas un moment de défaillance dans le rôle qu’il jouait. Il fallait bien le prendre au sérieux. Alors, on supposa qu’il avait une lésion dans la tête, et on lui fit des incisions dans le crâne. Il ne bougea point. Le mal fut déclaré incurable et le soldat transporté chez ses parents. Il consentit alors à se réveiller…
*
Je ne puis m’empêcher de trouver qu’il eût été moins douloureux pour lui de subir sa punition que de supporter les tortures que lui infligeaient les chirurgiens, sous le prétexte de le soigner…

 

« L’Écho du merveilleux. » Jean Frollo, Paris, 1907.

La bonne affaire

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 — Qu’est-ce qu’il vend ?
 — Je ne sais pas, mais j’en ai acheté parce que ce n’était vraiment pas cher.

Seigneurs et vilains

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La façon cavalière dont certaines communes traitaient leur seigneur et ses représentants au xvui* siècle (Beaufort, Villers-sire-Nicole, Louvroil, etc.) n’était pas générale et, si l’on s’en rapporte à l’historien d’Etroeungt, les moeurs féodales étaient encore singulièrement barbares, il y a 150 ans (ce texte fut édité en 1898), entre Avesnes et La Capelle.

«la_croix_joseph_petit En parcourant le chemin rural de Montreuil, lorsque vous arrivez aux confins du territoire d’Etroeungt, vers la limite de la Rouillies, vous voyez à votre gauche, au pied d’une haie d’épines, une croix en pierre calcaire bleue, haute d’environ un mètre cinquante. Elle porte cette inscription: « Ici malheureusement a esté tué d’un coup de pistoulet, Joseph Petit, âgé de vingt-sept ans, le 27 de septembre 1732. Priez pour lui. Il était à son travail dans un pré bordant le chemin et avait à ses côtés un tout petit chien, remarquable par sa taille minuscule. Un cavalier vint à passer, c’était le seigneur de Monplaisir. L’animal aboya, poursuivant te cheval. Le seigneur furieux saisit un pistolet dans les fontes de sa selle. Joseph Petit s’était élancé, rappelant le roquet et suppliant le noble homme de ne pas tuer sa bête; mais le sire de Monplaisir lui répond: « Ce n’est pas ton chien que je vais tuer, c’est toi, pour l’apprendre à le tenir. » Le coup de feu part, Petit tombe, et, un instant après, il rend le dernier soupir. Quant au meurtrier, il n’arrêta pas sa marche. »

« Le seigneur de Floyon avait fait l’acquisition d’une superbe carabine, qu’il chargeait tout en l’admirant, Pour vérifier la justesse du tir de la nouvelle arme, il ouvre la fenêtre et cherche un but. A quelques pas, il voit un ouvrier, nommé Delvaux, occupé à réparer un toit en chaume: la cible est trouvée. Il vise, presse la détente et le malheureux paysan route sur lui-même et tombe sur le sol qu’il ensanglante de ses blessures. Il était mort. » L’auteur à qui nous empruntons ces faits laisse entendre que les assassins ne furent point inquiétés. Mais ce qui est sûr, c’est qu’ailleurs les paysans n’eussent point attendu la descente du grand bailli ou du prévôt royal pour exiger la punition du meurtrier: celui-ci ne fût probablement pas sorti vivant de leurs mains.

« La vie dans le nord de la France au XVIIIe siècle. »  René Minon, E. Lechevalier, Paris, 1898.

Le vent du nord …

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Gustav_Vasa

On sait que Gustave Vasa, pour arriver à la couronne de Suède, provoqua l’insurrection des paysans de la Dalécarlie contre Christian II, qui l’avait emprisonné et qu’il détrôna.

Depuis plus d’un an, ce prince, échappé de sa prison et fugitif, parcourait les montagnes en excitant les montagnards à la révolte. Quoique prévenus par sa bonne mine, par la noblesse de ses traits, par sa haute taille, les Dalécarliens hésitaient à le suivre, lorsqu’un jour, où il avait harangué avec beaucoup d’énergie une foule de gens, les anciens de la contrée remarquèrent que le vent du nord s’était élevé pendant qu’il parlait. Ce coup de vent leur parut un signe certain de la protection du Ciel, et ils y virent un ordre de s’armer. Aussitôt fut décidée l’insurrection qui ne tarda pas à triompher.

C’est donc en réalité au vent du nord que Gustave Vasa dut de devenir roi de Suède.

Les trois souhaits

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Les-trois-souhaits

Il y avait une fois un homme qui n’était pas fort riche; il se maria, et épousa une jolie femme. Un soir, en hiver, qu’ils étaient auprès de leur feu, ils s’entretenaient du bonheur de leurs voisins, qui étaient plus riches qu’eux.   

— Oh ! si j’étais la maîtresse d’avoir tout ce que je souhaiterais, dit la femme, je serais bientôt plus heureuse que tous ces gens-là.  

— Et moi aussi, dit le mari, je voudrais être au temps des fées, et qu’il s’en trouvât une assez bonne pour m’accorder tout ce que je désirerais; mais malheureusement ces temps-là sont passés, et nous resterons pauvres toute notre vie.

Au même instant ils virent dans leur chambre une très belle dame, qui leur dit:  

— Je suis une fée, je vous promets de vous accorder les trois premières choses que vous souhaiterez; mais, prenez-y garde, après avoir souhaité ces trois choses, je ne vous accorderai plus rien.

La fée ayant disparu, cet homme et cette femme furent très embarrassés.

 — Pour moi, dit la femme, si je suis la maîtresse, je sais bien ce que je souhaiterai. Je ne souhaite pas encore; mais il me semble qu’il n’y a rien de si bon que d’être belle, riche et de qualité.  

— Mais, répondit le mari, avec ces choses on peut être malade et chagrin; on peut mourir jeune: il serait plus sage de souhaiter de la santé, de la joie et une longue vie.   

— Et à quoi servirait une longue vie, si l’on était pauvre ? dit la femme; cela ne servirait qu’à être malheureux plus longtemps. En vérité, la fée aurait dû nous promettre de nous accorder une douzaine de dons; car il y a au moins une douzaine de choses dont j’aurais besoin.  

— Cela est vrai, dit le mari ; mais prenons du temps. Examinons d’ici à demain matin les trois choses qui nous sont le plus nécessaires, et nous les demanderons ensuite.   

— J’y veux penser toute la nuit, dit la femme. En attendant, chauffons-nous; car il fait froid.

En même temps, la femme prit les pincettes et raccommoda le feu; et comme elle vit qu’il y avait beaucoup de charbons bien allumés, elle dit sans y penser :  

— Voilà un bon feu; je voudrais avoir une aune de boudin pour notre souper, nous pourrions le faire cuire bien aisément.

A peine eut-elle achevé ces paroles, qu’il tomba une aune de boudin par la cheminée.  

— Peste soit de la gourmande avec son boudin ! dit le mari; ne voilà-t-il pas un beau souhait ! nous n’en avons plus que deux à faire. Pour moi, je suis si en colère, que je voudrais que tu eusses le boudin au bout du nez.

Dans le moment, l’homme s’aperçut qu’il était encore plus fou que la femme; car, par ce second souhait, le boudin sauta au bout du nez de cette pauvre femme, qui ne put jamais l’arracher.  

— Que je suis malheureuse ! s’écria-t-elle; tu es un méchant d’avoir souhaité ce boudin au bout de mon nez.  

— Je te jure, ma chère femme, que je n’y pensais pas, répondit le mari. Mais que ferons-nous ? Je vais souhaiter de grandes richesses, et je te ferai faire un étui d’or pour cacher ce boudin. 🙄  

— Gardez-vous-en bien, reprit la femme; car je me tuerais s’il fallait vivre avec ce boudin à mon nez. Croyez-moi, il nous reste un souhait à faire, laissez-le-moi, ou je vais me jeter par la fenêtre.

En disant ces paroles, elle courut ouvrir la fenêtre; et son mari, qui l’aimait, lui cria:  

— Arrête, ma chère femme ! je te donne la permission de souhaiter tout ce que tu voudras.  

— Eh bien, dit la femme, je souhaite que le boudin tombe à terre. 

A l’instant le boudin tomba, et la femme, qui avait de l’esprit, dit à son mari:

 — La fée s’est moquée de nous, et elle a eu raison. Peut-être aurions-nous été plus malheureux étant riches que nous ne le sommes à présent. Crois-moi, mon ami, ne souhaitons rien, et prenons les choses comme il plaira à Dieu de nous les envoyer. En attendant, soupons avec notre boudin puisqu’il ne nous reste que cela de nos souhaits.

Le mari pensa que sa femme avait raison; ils soupèrent gaiement, et ne s’embarrassèrent plus des choses qu’ils avaient eu dessein de souhaiter.

« Le cabinet des fées : nouveau livre des enfants. »  [contes de Mme Leprince de Beaumont, de Charles Perrault, de Mme de Caylus et de Mme d’Aulnoy] ; illustré par Gérard Seguin et Watier.

Le paysan et le Loup-Garou

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loup-garou

Le Loup-Garou était un être diabolique particulier. C’était un homme qui avait la propriété de se déguiser en loup; sautant sur les épaules du voyageur attardé, il l’affolait, l’aveuglait et le précipitait dans une mare où la victime périssait noyée.

Idiot, mendiant ou fossoyeur, il vivait en bons termes avec les fauves du bois, les renseignait sur les enfants et les bestiaux à enlever, sur les battues qu’on organisait pour s’en débarrasser. Les bonnes femmes donnaient des conseils souverains à quiconque craignait la rencontre du loup-garou.

« Au lieu de continuer votre chemin, couchez-vous sur le sol, récitez l’oraison de saint Leumeret et attendez l’aurore pour reprendre votre route » : le moyen est toujours excellent pour gagner une fluxion de poitrine. Près d’Avesnes était l’ermitage de la Croisette qui avait son Loup-Garou. Un paysan, s’étant égaré pendant une  nuit obscure dans un sentier étroit de la forêt voisine, fit rencontre d’un animal qu’il prit pour un mouton.

« C’est, pensa-t-il, une bête qu’un pâtre aura perdue, ou bien une offrande échappée des mains de saint Antoine. »

Il s’approcha de la brebis docile, lui passa au cou sans difficulté la courroie qui lui servait de ceinture et la chargea sur ses épaules, avec la pensée de la restituer à son propriétaire ou, à défaut, d’en faire son profit. A peine avait-il fait quelques pas, qu’au loin il entendit l’appel de la chouette :

« Hou ! Hou ! »

Auquel l’animal répondit d’un ton aigu :

« On me carriole ! On me carriole ! »

Le paysan, justement effrayé de ce dialogue, voulut se débarrasser de son fardeau; mais grand fut son étonnement en se rendant compte de la disparition de la bête fantastique. Il aperçut un amas de vapeurs lumineuses, au milieu duquel lui apparut très distinctement l’image du Saint avec son cochon et ses autres attributs.

Une chapelle fut érigée en cet endroit; elle existait encore en 1818. Par les nuits sombres, l’animal errait dans le voisinage, les passants le voyaient et l’entendaient, mais personne ne fut assez hardi pour en charger ses épaules.

« La vie dans le nord de la France au XVIIIe siècle. »  René Minon, E. Lechevalier, Paris, 1898.