Foudre prodigieuse

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foudre

Ne sommes-nous pas habitués à voir la foudre accomplir des prodiges ? Ses faits et gestes ne sont-ils pas tels qu’on est parfois tenté de les attribuer à une pensée qui, au lieu d’être attachée à un cerveau, serait attachée à un courant électrique ?

Et qu’on ne parle pas de lois ! Les «agissements« de la foudre sont si divers, si contradictoires, si déroutants qu’il est impossible, dans l’état actuel de la science, d’en déterminer et même d’en pressentir les causes. Ce sont pour nous des caprices, caprices plus apparents que réels, c’est évident, car il est certain qu’en dépit de ses allures indépendantes, la foudre n’agit pas librement : elle obéit à certaines lois encore indéterminées, et ses gestes, désordonnés en apparence, ne sont pas le résultat de circonstances fortuites.

Mais tant que ces lois resteront inconnues, le feu du ciel nous stupéfiera. Est-il possible de soupçonner à quelle loi il obéit quand, ici, il calcine un corps humain sans endommager les vêtements, alors que là il s’attaque aux seuls vêtements, qu’il lance et projette au loin, laissant complètement nu, mais sans la moindre égratignure, l’individu qui les portail ? Peut-on expliquer pourquoi, brûlant la doublure d’un pardessus, il respecte l’étoffe extérieure: pourquoi il brûle une main gantée sans effleurer le gant, ou le gant sans toucher à la main ?

On cite ce cas extraordinaire d’un foudroyé qui, entre autres lésions, eut le pied droit très profondément déchiré, le pied gauche n’ayant pas été atteint. Or, le sabot droit ne fut pas endommagé tandis que le gauche fut brisé ! S’explique-t-on cette étrangeté ? Non. Et celle très singulière manie qu’a la foudre de raser la barbe ou les cheveux de quelques-unes de ses victimes, voire même d’épiler leur corps tout entier et de les abandonner ensuite sans leur avoir fait le moindre mal, se l’explique-t-on davantage ? Evidemment non. Et je ne parle pas des transports d’objets, de personnes d’animaux que la foudre effectue tantôt brutalement, tantôt avec une délicatesse et une adresse merveilleuses.

Cependant, puisque nous sommes sur le chapitre des singularités du feu du ciel, je veux vous citer ce très curieux exemple de puissance et d’habileté: En août 1809, la foudre tombait à Swinton, près de Manchester, sur un bâtiment dont les murs mesuraient trente centimètres d’épaisseur. Ce bâtiment lut arraché de terre avec ses fondations, profondes de soixante centimètres, et transporté, debout, dix mètres plus loin. On estime à 10.000 kilogrammes le poids de la masse ainsi transportée. Voilà, n’est-il pas vrai, un joli tour de force el surtout d’adresse !

Eh bien ! cette même foudre effleure un jour un fragile chapeau de dame, fond un fil de fer et ne roussit même pas les fleurs. Un autre jour elle détériore des fourchettes sans que la toile d’emballage qui les recouvre ait à souffrir le moins du monde. Que d’habileté dans ces évolutions, et que de malice, que d’espièglerie apparentes dans les faits suivants: Un soir, la foudre se glisse dans un salon et sans y faire le moindre bruit ni le plus petil dégât, elle escamote tous les clous d’un canapé, puis s’enfuit par la cheminée. Deux ans plus lard, en réparant le toit, on retrouva sous une tuile les clous dérobés.

Aux Etats-Unis, au moment de l’élection présidentielle, elle tombe sur un bâtiment que son propriétaire, un ardent républicain, avait extérieurement décoré avec de grands portraits de Mac-Kinley et de Hobart. Elle ne brise rien, mais elle emporte on ne sait où les portraits des candidats … après les avoir retracés sur la muraille ! Une autre fois, dans une forêt de la Haute-Vienne, elle frappe simultanément deux arbres, un chêne-rouvre et un pin sylvestre, distants l’un de l’autre de dix mètres, transporte sur le chêne les aiguilles du pin, et sur le pin le feuillage du chêne.

Ce sont là des gamineries bien innocentes, mais remarquablement exécutées, et j’en connais des centaines qui ne leur cèdent en rien. Le champ de manoeuvre de la foudre est illimité. Ici, elle s’introduit dans une maison, détruit tout, mais ne blesse personne, comme elle le fit en 1904 à Malo les-Bains où elle a saccagé le mobilier d’une villa, détruit les cloisons, ébranlé à tel point l’immeuble qu’il dut être démoli par la suite, mais où elle n’a touché aux êtres humains que pour faire ce bon tour: subtiliser les épingles à cheveux de la maîtresse de maison. Là, elle pénètre dans un appartement par la cheminée, arrache deux grosses pierres au foyer, les transporte près de la tête d’un enfant endormi, en pose une de chaque côté sans effleurer le bambin.

N’est ce pas charmant et exquis ? Ailleurs, au contraire, elle visite une habitation, frappe sauvagement un homme à la tête, lui fait d’horribles blessures, le laisse mort au milieu de son sang, prend une partie de ce sang et va le coller au plafond de l’étage supérieur.

Que déduire de toutes ces extravagances ? Ici la foudre tue, là elle passe inoffensive et indifférente, plus loin elle semble s’amuser, et, dans des circonstances absolument identiques, elle agit différemment. Un jour, elle se distrait aux dépens d’un bœuf auquel elle ne fait aucun mal, mais qu’elle prive de tous ses poils blancs, sans toucher à ses poils roux. Un autre jour, elle entre dans une bergerie, et, dédaignant celte fois le blanc, elle s’en prend aux seuls moutons noirs et les tue tous.

Mais il y a mieux encore: La foudre, un jour, pénètre dans une étable qui abrite vingt vaches. Elle en tue dix en commençant par la première, en continuant par la troisième et tous les nombres impairs. Il existe quelques exemples d’arbres et de poteaux télégraphiques ainsi frappés de deux en deux. Par quelle fantaisie, en vertu de quelle loi la foudre agit-elle ainsi ? Nous n’en savons rien. Et qui pourrait donner une explication de ce fait étonnant: la foudre éventrant un placard, avisant une pile d’assiettes, brisant la première, la troisième, la cinquième, et ainsi de suite jusqu’au bout de la pile, sans ébrécher les numéros pairs. N’est-ce pas Prodigieux !

Et ce travail de précision qu’elle exécuta, le 19 août 1866, ne défie-t-il pas la concurrence de nos plus adroits prestidigitateurs: ce jour-là, elle tomba sur une pile de vaisselle où les assiettes en faïence alternaient avec les assiettes en porcelaine et brisa les premières sans loucher aux secondes ! Pourquoi cette immunité des assiettes en porcelaine ? Et pourquoi toutes ces contradictions absolument inexplicables: ici, la foudre frappe un fusil chargé, le coup part; là, elle s’attaque à un autre fusil, fond une partie du canon et toutes les balles des cartouches sans mettre le feu à la poudre; ici, elle touche une poudrière ce qui provoque une explosion formidable; là, au contraire, comme à Maromme, il y a quelques années, elle réduit en petites parcelles deux tonneaux remplis de poudre sans y mettre le feu; à Hambourg, pendant un bal, elle éteint toutes les bougies qui éclairent les salons, ailleurs, elle rallume une chandelle qu’on vient d’éteindre. Ici, elle fend un homme en deux; là, elle prend délicatement trois enfants dans leur lit et, sans leur faire une égratignure, les transporte, du premier étage où ils dormaient, au milieu de la rue. N’est-ce pas incroyable, fantastique !

Et que conclure de ce mélange de violence et de douceur: en 1897, la foudre descend brutalement sur une maison de Ligny, dans l’Eure-et-Loir. La cheminée s’est écroulée, le pignon est disloqué, le toit s’est effondré. A l’intérieur, les pierres des murailles sont lancées avec une telle force qu’elles s’incrustent dans le mur opposé, une chaise est déplacée, une lampe et une boite d’allumettes sont déposées à terre sans le moindre dommage. Toutes les vitres volent en éclat; pendant ce temps, une pierre est descellée de la muraille et posée délicatement à terre, absolument intacte. Ce charivari terminé, la visiteuse perce le mur et pénètre dans la laiterie contiguë. Alors elle transporte d’un côté à l’autre, sans les casser, une rangée de pots à lait vides, découvre une autre rangée de pots pleins de lait sans en renverser aucun, mais brise tous les couvercles. Dans une pile de douze assiettes, elle en casse quatre et laisse les autres intactes. A un petit fût de grès, elle arrache le robinet. Enfin elle s’enfuit par la fenêtre en la brisant, laissant les habitants absolument ahuris, mais indemnes.

Je vous parlais de ce phénomène constaté aux Etats-Unis de la foudre déplaçant des portraits et les reproduisant sur un mur. La foudre est un artiste photographe. Il existe de nombreux exemples d’images reproduites par le feu du ciel sur des objets, sur des plantes, et même sur !a peau des hommes et des animaux. Je vous citerai ce seul cas qui est vraiment curieux: Une fois, en Angleterre, en dépouillant six moutons foudroyés la veille, on remarqua, sur la partie intérieure de la peau de ces animaux, le dessin du paysage d’alentour. Ce paysage était si fidèlement reproduit, qu’on pouvait distinguer jusqu’aux accidents de terrain.

Devant tant de faits extraordinaires, inexplicables, et une foule d’autres que j’ai notés dans mes deux ouvrages, les Phénomènes de la foudre et les Caprices de la foudre, il est permis de se demander si on parviendra jamais à suivre le feu du ciel, dans le mystère de ses énigmatiques voyages. Loin d’élucider le mystère, chacun de ses actes présente l’énoncé du problème sous une forme différente, nouvelle et déconcertante. Impossible de tirer aucune conclusion de tant de faits contradictoires ! Les hypothèses se multiplient avec les observations.

« L’Echo du merveilleux. »   Camille Flammarion, Paris, 1907.

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Les seigneurs du haschisch

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Marco Polo, dans le récit de son voyage en Asie (qui fait partie de la collection des Voyages dans tous les mondes)), raconte l’histoire des Vieux de la montagne, seigneurs de la forteresse d’Allamont en Syrie, qui s’étaient rendus redoutables aux souverains d’Orient par le fanatisme qu’ils savaient inspirer à un certain nombre de jeunes gens.

Séduits par la promesse des félicités de la vie future, ceux-ci devenaient autant de sicaires aveuglément soumis aux volontés du chef, et prêts à braver tous les périls, pour accomplir les sanglantes missions dont ils étaient chargés. Quand tel ou tel d’entre eux était désigné pour aller commettre un meurtre qu’avait résolu le chef, on lui faisait prendre un breuvage, qui n’était autre que cet extrait du chanvre connu sous le nom de haschisch. Cette liqueur le jetait dans une sorte de délire, où il avait toute espèce de visions et de sensations délicieuses, et qu’il croyait être un avant-goût des joies célestes à lui promises, pour son absolue soumission aux ordres du chef.

Du nom de la drogue enivrante se forma le mot haschischin, buveur de haschisch, devenu assassin dans les langues occidentales et synonyme de meurtrier.

 » Curiosités historiques et littéraires  » Delagrave, Paris, 1897.

Le caractère des autruches

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autruches
Les autruches sont d’un caractère à peu près aimable. Leur élevage, cette industrie si prospère aujourd’hui en quelques colonies, n’est pas sans présenter quelquefois des dangers tout aussi considérables que ceux de l’élevage des bêtes à cornes en liberté.

M. James Andrew, dans une note présentée à la Société Royale de Tasmanie, nous apprend qu’à l’époque de la reproduction, le mâle de l’autruche devient un animal terrible, d’une susceptibilité farouche, toujours prêt à attaquer, et que l’on ne doit approcher qu’avec les plus grandes précautions. A ce moment, il ne souffre la présence d’aucun visiteur, et s’oppose violemment a l’envahissement des terrains qu’il regarde comme son domaine.

C’est à coups de pied qu’il attaque alors les hommes ou les animaux qui l’approchent. Il balance une patte d’avant en arrière jusqu’à ce que son pied, armé d’une griffe formidable, s’élève assez haut; alors il le fait retomber sur sa victime, avec une force terrible, capable de lui rompre les membres s’il l’atteint avec le plat du pied, et de lui causer des blessures encore plus graves s’il l’atteint avec les doigts armés d’ongles puissants.

On a vu des hommes tués net, d’un seul coup de cette arme redoutable, et M. Andrew cite le fait d’un cheval dont l’arrière-train fut rompu par un de ces coups de pied, destiné au cavalier qui le montait.

Un homme attaqué par un de ces animaux furieux chercherait inutilement son salut dans la fuite; en un instant, l’oiseau l’aurait atteint, et on sait ce qui en résulterait. On n’a d’autres ressources que de se laisser tomber étendu sur le sol, et d’y rester en se soumettant, avec toute la résignation possible, aux coups inévitables et cruels qui seront répétés certainement, à intervalles rapprochés, jusqu’au moment où une occasion se présentera de s’échapper, ou jusqu’à celui où un mouvement de l’autruche permettra de lui saisir la tête. En la tenant alors fortement, et inclinée vers le sol, on empêchera l’animal de poursuivre son œuvre meurtrière.

On n’est pas sauvé cependant dans ce cas. M. Andrew a vu, dans ces circonstances, une autruche calculer assez bien son effort pour s’appliquer à elle-même, sur la tête, un coup si violent, qu’elle s’est brisé le crâne.

« La Science française. » Paris, 1890.

Le chardon d’Ecosse

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L’histoire ou la légende explique ainsi comment le chardon a été choisi pour emblème national par les Écossais.
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C’était à l’époque des premières incursions des Normands sur les côtes de la Grande-Bretagne. Des pirates danois, s’étant avancés vers le nord, avaient résolu de surprendre le château de Slaine, qui était la clef de l’Écosse. Profitant d’une nuit obscure, ils avaient abordé près de la forteresse, qu’ils savaient à peu près abandonnée. Mais au moment ou, pleins de confiance, ils s’élançaient en groupes pressés dans les fossés du château, des chardons qui y avaient poussé par centaines firent tout à coup l’office de chevaux de frise. Aux cris lamentables poussés par ces malheureux qui ne pouvaient se dépêtrer de cette foret d’épines, la petite garnison se réveilla et en fit un horrible carnage. Les Écossais reconnaissants prirent la fleur du chardon pour emblème national.

Le jeu des ombres

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Les lumerettes

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La mare Apia dans la forêt de Fontainebleau, 1861, Louvre, Georg Saal.

Les morts revenaient, c’était une croyance généralement répandue; les âmes en peine, qui gémissaient en purgatoire, qui souffraient en enfer, étaient à redouter.

Fantômes blancs se promenant mélancoliquement au clair de lune; lumerettes fantastiques, sautillant dans les nuits d’été;car le peu de profondeur qu’on donnait aux sépultures, la négligence avec laquelle on laissait les charognes se putréfier à l’air, les eaux croupir dans les mares, donnaient naissance aux feux follets dont on n’avait pas alors l’explication scientifique, la rencontre d’une lumerelte était aussi redoutable que l’étreinte du loup-garou; l’on racontait aux veillées qu’un voyageur attardé, surpris par un de ces esprits infernaux, s’en était débarrassé en s’étendant sur la terre, en y fichant son couteau, la lame en l’air. La iumerette était venue s’y jeter ; le lendemain, une large flaque de sang marquait le théâtre de la lutte.

Sous la prélature de Dom Ansbert Petit, d’après la tradition, l’abbaye d’Hautmont fut le théâtre d’un drame affreux dont les paysans ont gardé le souvenir. Les chanoinesses de Maubeuge étaient en bons rapport avec les religieux, et les visites étaient fréquentes. Plusieurs étaient au couvent en partie de pêche; deux d’entre elles étaient assises sur un saule qui surplombait le grand étang, et, vives, enjouées, se croyant en complète sécurité, plaisantaient agréablement avec leurs compagnes. Tout à coup la fragile et trompeuse passerelle s’effondre, elles disparaissent dans une eau bourbeuse et profonde sans qu’on puisse rien tenter pour les sauver.

Epouvantées, celles qui sont restées sur la berge appellent au secours; les moines et leur personnel arrivent à la hâte; mais il est trop tard : la surface de l’étang a repris sa sérénité première et rien ne décèle l’endroit où sont les victimes. En vain de hardis nageurs plongent dans l’abîme, au risque de périr embarrassés dans les herbes: ils doivent renoncer à retirer les cadavres. L’étang fut vidé quelques jours plus tard, et les malheureuses chanoinesses, avec un immense concours de religieux et de peuple, furent ramenées en grande pompe à Maubeuge au milieu de la désolation générale.

Chaque année, au jour anniversaire de l’accident, les esprits de ces pauvres filles errent dans le voisinage et apparaissent sous ta forme de follets légers: malheur à celui qui, tenté par une vaine curiosité ou par une pitié déplacée, ne fuit pas leur approche. La mort appelle la mort : rien de plus féroce qu’une âme en peine: elle a des instincts de cannibale, des ruses de bête sauvage; il lui faut des compagnes, elle veut peupler le royaume des ténèbres. Le passant est bientôt ébloui par ces lueurs phosphorescentes, il perd toute conscience du danger. Comme dans la célèbre ballade de Goethe, l’eau l’appelle et l’attire; il entre dans les roseaux se croyant au seuil de la Terre promise, il pense y trouver une vie nouvelle et des plaisirs surnaturels. Au lieu de rencontrer la sirène enchanteresse près de qui il videra la coupe des jouissances et goûtera toutes les joies, c’est ta sinistre faucheuse qui l’enserre de ses bras glacés, tandis que l’asphyxie comprime les mouvements de sa gorge et éteint les derniers spasmes de sa poitrine.

Ah ! si vous voyez quelques-uns de ces feux follets par une chaude nuit de juillet, rebroussez chemin, ne vous attardez pas dans ces lieux maudits: et dès le lendemain, pour apaiser le courroux des revenants, demandez pour eux quelques messes qui hâteront ta fin de leur long purgatoire et abrégeront leur expiation.

« La vie dans le nord de la France au XVIIIe siècle : études, scènes et récits. »   René Minon,  E. Lechevalier, Paris, 1898.

Distraction de savant

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C’est de Geoffroy Saint-Hilaire qu’on a raconté l’anecdote suivante, dont à aucun prix, d’ailleurs, nous ne voudrions assumer la responsabilité.

Un jour, Mme Geoffroy Saint-Hilaire s’aperçoit qu’une parure de diamants d’un grand prix lui a été dérobée, et la réclame à tous les échos. Grand émoi dans la maison, comme on pense; on se livre, toute autre affaire cessante, à des recherches minutieuses, sans grand espoir de retrouver les diamants perdus. Tout à coup, le savant naturaliste se frappe le front, comme sous l’impression d’une révélation soudaine.

—  Mais, dit-il, j’ai vu ces jours-ci le babouin, là-haut, jouer avec un collier de diamants. Ne serait-ce pas, par hasard, celui que vous cherchez ?
Sans aucun doute, lui est-il répondu, non sans aigreur. Et vous le lui avez retiré, naturellement ?
Ma foi ! non. J’ai pensé qu’il lui appartenait !

Ainsi, Geoffroy Saint-Hilaire, par un long commerce d’intimité avec les animaux les plus divers, en était venu à leur accorder une dose d’intelligence assez copieuse et à trouver naturel, par exemple, qu’un très vilain singe se parût d’un collier de diamants comme une jolie femme. Il y aurait évidemment exagération à le croire. Qu’un naturaliste en rapports habituels et prolongés avec les bêtes s’aperçoive à la longue que les moins douées sont encore supérieures à beaucoup d’hommes, nos frères, c’est en conscience tout ce que nous pouvons accorder. Mais l’anecdote n’en est pas moins drôle.