Les merveilles de Tilly

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paysansTilly-sur-Seulles recommence à faire parler de lui. Il s’agit, avant tout, d’un curieux phénomène optique, météorologique, ou de quoi que ce soit, dont la Libre Parole rendit compte, le 13 août, en ces termes :

Le 7 juillet, vers sept heures du soir, un habitant de Tilly, M. Yon, homme robuste et de sang-froid, âgé d’une quarantaine d’années, reconduisait sa mère chez elle sur la route de Caen. A un certain moment, Il porta ses regards du côté du soleil couchant. En les reportant ensuite sur un autre point, il fut un peu surpris d’apercevoir à plusieurs reprises un rayon d’un éclat singulier. Il n’y attacha pas toutefois d’importance, sachant bien que lorsqu’on a fixé un objet brillant, on continue à voir pendant quelque temps des points lumineux.

Mais, après avoir marché une vingtaine de mètres environ, arrivé à un endroit où le soleil se trouvait caché par des arbres et des maisons, il aperçut devant lui, très distinctement une multitude de petites boules, ressemblant aux ballons que l’on vend les jours de fête pour les enfants. Il y en avait de différentes couleurs, des vertes, des violettes, des roses, des jaunes.
Il n’était pas encore revenu de son étonnement, lorsque sa mère, qui marchait devant lui, lui dit tout à coup :

C’est malheureux de vieillir ! C’est étonnant comme la vue me fait défaut ! Je ne vois devant moi que des petits ballons. La route en est couverte.

M. Yon lui demanda de quelles couleurs ils étaient.

Ils sont verts, répondit-elle.

Et immédiatement après :

En voilà des violets !

C’était exactement ce que voyait son fils. Un peu plus loin, le spectacle leur apparut si magnifique, que tous deux s’arrêtèrent pour le contempler à leur aise. La pâture et les arbres qu’ils avaient devant eux étaient absolument couverts de ces globes lumineux, ce qui produisait un effet féerique dont la plus splendide illumination électrique n’aurait pu donner une idée.

De plus en plus surpris, M. Yon alla prévenir différentes personnes. Ces personnes constatèrent exactement le même phénomène que lui. D’autres témoins ne tardèrent pas à accourir. Ils virent ce qu’avaient vu les précédents. Les boules partaient de dessous ou de derrière le soleil et s’avançaient dans diverses directions. Elles devenaient de plus en plus innombrables et de teintes de plus en plus variées.

Le Révérend Père L… s’est fait remettre par chacun des témoins une déposition écrite et signée.

Les jours suivants, les mêmes faits furent encore constatés. On peut dire que tout le village les a vus. Voilà le témoignage du curé-doyen de Tilly :

Le mardi 9 juillet, a-t-il déclaré, vers sept heures et demie du soir, je sortais de l’église après ma visite au Saint-Sacrement. Je vis plusieurs groupes de personnes regardant dans l’espace, du côté du soleil, et je les entendais jeter des cris. Passant près du premier groupe, ils m’exprimèrent leur saisissement, à la vue de toutes les boules qui, sortant du soleil, sillonnaient l’espace. Je m’arrêtai un peu, et à peine eus-je regardé comme les autres, je vis moi-même toute une explosion de globes noirâtres, très opaques, parfaitement dessinés, des boules très nettes, d’un diamètre de trente centimètres environ, lancées par le soleil à des hauteurs immenses. Je suivis des yeux quelques-unes de ces boules éparpillées dans l’air; elles retombaient en faisant une courbe parfaite et s’évanouissaient dans l’espace, et tout d’un coup. Les cris de la foule (des enfants surtout) avec leurs réflexions, me firent voir que tous avaient vu la même explosion et de la même manière… Le soleil était étrange : il semblait un foyer vivant, se roulant à droite et à gauche, et avec des lueurs indéfinissables. Je compare ce que j’ai vu à un mortier de feu d’artifices, d’où s’élancent une série formidable de globes, qui franchissent l’espace et retombent comme en cascade, avec cette différence que les boules ne subissaient aucune transformation dans leur trajet et disparaissent, tout d’un coup, sans explosion.

Le Révérend Père L…, après avoir fait son enquête à Tilly, s’est rendu dans divers Observatoires, pour demander si des phénomènes du même genre avaient été parfois constatés, et on lui a répondu que non.

Paris, 1901.

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Ce n’était vraiment pas son heure

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Un homme se disputait le 8 avril avec sa femme, au sujet de l’argent du loyer qu’il ne pouvait lui fournir. Accablé d’injures par elle, il voulut en finir avec la vie.

Prenant un petit poignard long de dix centimètres, il le plaça verticalement sur le sommet de la tête et à l’aide d’un marteau il l’enfonça jusqu’à la garde. Cela fait, il n’en fut pas plus avancé. Non seulement il ne lui était pas venu d’argent, mais il n’en avait pas fini avec l’existence et il ne sentait rien. II avait toute son intelligence et l’usage de ses sens et de ses mouvements. Très embarrassé d’avoir si mal placé son poignard, il dut faire appeler le médecin qui essaya d’arracher ce couteau de la boite du crâne, mais tous ses efforts furent infructueux.

On appela M. Dubrisay nos deux confrères ensemble ne furent pas plus heureux. Ils soulevaient le malade en tirant sur le manche du poignard, mais l’arme solidement fixée dans les parois du crâne ne bougeait pas. On conduisit le malade dans un atelier du voisinage pour avoir des moyens de traction suffisamment énergiques. 

Placé entre deux portants ayant dans leur intervalle une forte pince de fer mise en mouvement par une force mécanique, assis par terre et bien maintenu, la lame du poignard fut saisie, tirée sans secousse et arrachée, enlevant un peu le malade qui retomba sur le sol, il se leva aussitôt, se mit à marcher, à causer et reconduisit M. Dubrisay à sa voiture en lui disant « merci ». La lame de l’instrument était un peu courbée vers la pointe. On voyait qu’elle s’était heurtée à un corps dur qui est la fosse occipitale. 

Craignant de voir apparaître des accidents de méningite, le malade fut conduit à Saint-Louis, dans le service du Dr Péan, mais il en sortit au bout de huit jours, sans qu’il se soit développé d’accidents inflammatoires ou paralytiques.

Comme procédé de suicide, celui-là est curieux et on peut le publier sans crainte de produire une épidémie d’imitation.

« Suicides et crimes étranges. »   Dr Moreau de Tours,  Société d’éditions scientifiques, Paris, 1899.

Les soeurs du suicide

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filles-du-suicide

Il existe en Chine, dans un district appelé Sheing-Teh, une étrange coutume: des femmes se forment en communautés, sous les titres de: Les Toutes-Pures ou les Jamais-Mariées. Chaque communauté se compose de dix jeunes filles qui s’engagent par les serments les plus solennels à ne jamais contracter mariage. En vain leurs parents s’efforcent de les détourner de cette voie. Voici ce qui s’est passé dernièrement :

Une troupe de jeunes filles s’est noyée dans la rivière du Dragon, parce l’une d’elles avait été forcée par ses parents à se marier. Elle était fiancée depuis son enfance, bien avant qu’elle entrât dans la communauté. Quand ses parents eurent tout disposé pour son mariage, elle informa du fait ses sœurs en célibat, qui s’engagèrent à mourir avec elle, si elle tenait son serment de virginité. Si au contraire elle obéissait à ses parents, elle serait punie par les plus affreuses persécutions, même par des tortures. Elle chercha alors avec elles le meilleur moyen d’échapper à ce mariage, et ses sœurs promirent de se tuer avec elle si elle parvenait à s’enfuir lors de la nuit de noces. Mais elle était trop étroitement surveillée pour pouvoir s’évader; elle essaya de se tuer en avalant une bague d’or, mais on pu la sauver. Alors elle corrompit une servante et put enfin rejoindre ses sœurs qui, fidèles à leur promesse, se précipitèrent avec elle dans le rapide courant qui les entraîna.

En cette partie du pays chinois, pareilles tragédies ne sont pas rares. Il y a loin de là à l’idéal de civilisations dont le général Tcheng Ki-Tong se montre si fier.

« La Science française. »  Paris. 1890

Le bout de bois bizarre

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Chateau

Ces faits se sont produits au château de la Sudrie (propriété de la famille) et ont eu pour témoins quatorze personnes de la famille du comte de Larmandie et de sa domesticité.

Entre autres choses, un morceau de bois formant l’extrémité d’une vieille allonge, qui gisait dans l’angle d’une chambre, vint tomber aux pieds du comte et de sa soeur, après avoir frappé le plafond. A plusieurs reprises, le bout d’allonge bondit et alla cogner la porte, le parquet, les murailles.

La soeur du comte, très effrayée, eut recours aux prières et à l’eau bénite, mais le morceau de bois continua ses évolutions. Ensuite, une petite sonnette hors de service et privée de son battant rendit une série de tintements multipliés, puis s’abattit sur le parquet.

Le père du comte, qui l’avait traité de farceur, vint le lendemain soir avec toute la famille dans la chambre hantée. Au bout de quelques instants, les mêmes phénomènes se renouvelèrent avec plus de force encore que la veille. Peu à peu les phénomènes vinrent à se produire en plein jour, ce qui rendit l’observation plus facile, et le contrôle plus sincère aux yeux des incrédules.

En 1870, les phénomènes recommencèrent avec un caractère encore plus étrange. Un bâton de cire à frotter, qui se trouvait au sommet de l’escalier, descendit bruyamment du haut en bas. Quand le comte ou ses soeurs allaient aux appartements hantés, ils étaient précédés par une pluie de petites pierres, ne pouvant venir des plafonds qui étaient en bon état et nullement lézardés.

« Ce qui donne du prix à mes récits, dit le comte, ce sont les sources immédiates de mes véridiques narrations. »

En effet, on peut avoir parfaitement confiance dans la bonne foi du comte. Quant à supposer que quatorze personnes ont été hallucinées pendant trois mois et jamais après, ce serait enfantin.

« Le psychisme expérimental : étude des phénomènes psychiques. » Alfred Erny, E. Flammarion (Paris), 1895.

Un étrange suicide

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spencer-tracy

Les Annales médico psychologiques ont rapporté le fait suivant:

Un Français, nommé C… vient de se suicider à Castellamare. Ce malheureux était atteint de détire religieux. Bizarre à l’excès dans son fanatisme, il pratiquait l’usage du maigre, d’une façon assez singulière. Les jours gras, il mangeait régulièrement un poulet entier, auquel, sous peine de damnation, il fallait toujours le même poids; il en était de même les jours maigres, pour le poisson. H vivait absolument seul, et personne ne pénétrait chez lui. Depuis quelques jours, comme on ne l’avait pas vu sortir, on avertit la police qui força le domicile. On aperçut alors le cadavre de M. C. la tête séparée du tronc.

Il s’était guillotiné lui-même. On trouva en effet dans l’ouverture d’une porte, un appareil fort ingénieusement construit, muni d’une hache pendante qui glissait entre deux coulisses par l’échappement brusque d’un ressort facilement maniable, l’individu avait opéré la section du cou, lui même. Le testament a fait voir que M. C. travaillait depuis deux ans à ce singulier genre de mort.

M. H. C. était depuis longtemps en état de démence et avait été en fermé par mesure administrative, en 1857, dans l’établissement de M. le Dr Blanche, et déclaré plus tard interdit par jugement du tribunal civil de Langres (1851).

Depuis son enfance, M. C. avait toujours été très exalté. Dès 1836, il avait été atteint d’une maladie dont le principal caractère avait été de se croire toujours entouré d’ennemis et en butte à des complots tramés contre lui par sa famille. Une monomanie de haine et de rage contre son père et ses frères ne fit que s’accroître, et se manifesta dans tous les actes de sa vie, oblitérant complètement ses facultés mentales. Un testament, trouvé dans ses papiers, donna lieu à une intéressante consultation médico-légale du professeur Tardieu qui conclut à l’aliénation mentale de M. H. C. Le testament fut déclaré nul.

« Suicides et crimes étranges. » Dr Moreau de Tours, Société d’éditions scientifiques, Paris,  1899.

La Gazette

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La Gazette de France, année 1764, n°. 46, a publié le fait suivant:

Des pêcheurs des environs de Lisbonne, qui, le 13 mai de la même année, remontaient en bateau la rivière avec beaucoup de rapidité, renversèrent dans leur passage une chaloupe pleine de monde, et continuèrent tranquillement leur route, sans égard aux cris et aux prières des gens de la chaloupe, qui demandaient du secours. Le Comte Doeyras, qui dans ce moment passait sur la rivière, fit faire force de rames, et ce secours fut si prompt, qu’il recueillit tous ces malheureux dans sa chaloupe. Après s’être fait débarquer au rivage, il envoya une escouade de soldats à la poursuite des pêcheurs , qui furent pris et condamnés aux galères pour leur vie.

Par une loi des Egyptiens, lorsqu’un citoyen ou un étranger était trouvé mort sur un chemin, soit par assassinat, soit de besoin et par défaut de secours, la ville ou le village le plus prochain du lieu où le corps étoit trouvé, était obligé de lui faire les plus superbes funérailles, en réparation de fa négligence à le secourir. En Chine, dans les chemins fréquentés, outre les sentinelles qu’on rencontre dans des tours , de distance en distance on trouve encore des Monastères de Bonzes où l’on exerce l’hospitalité. A Alger, ceux qui ont leur porte devant la maison où il a été fait un vol, sont punis sévèrement, et quelquefois de mort. Par l’institution de la Nature, tous les hommes ressentent  les maux de leurs semblables. Ainsi un homme qui fait du mal à un autre, qui néglige ou refuse d’en secourir un autre, fait du mal à quiconque le voit, à quiconque le sait.

La belle action du Comte Doeyras n’est ignorée de personne: on l’inscrit ici, parce que tout s’oublie, les dates surtout, et elles sont souvent précieuses. Peut-on trop se rappeler le moment où une belle action honora l’humanité et consola l’infortune ?

 » Variétés littéraires. L’année historique, ou Recueil d’événements & époques mémorables. »   Jean-Marie-Louis Coupé, Paris, 1785-1787.

La noce au village

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ronde
Ding! Ding ! Dong ! Ding ! Ding ! Dong !
La cloche du village sonne à pleine volée. Les gens sortent sur leurs portes; les enfants courent en criant, et l’on entend, au loin, des cris de joie qui montent jusqu’au ciel. Cette fois, tout le monde sort des maisons ; quelques femmes s’avancent au milieu du chemin et, la main en visière sur les yeux, regardent au haut du village, du côté de l’église..
Ding ! Ding ! Dong ! Ding ! Ding ! Dong !
Tout dans la nature respire le bonheur. Les visages sont souriants, les hommes rient tout bas entre eux, et les femmes caquètent comme des poules. Dans les arbres, les oiseaux s’égosillent au milieu des feuilles ; les cigales, cachées dans, l’herbe, jettent leur cri mélancolique : les boeufs mugissent dans les étables, et tout au fond de la vallée, on entend le grondement sourd de l’eau qui se brise contre les digues. Le soleil darde ses rayons brûlants Bur les petites maisonnettes de la côte, dans les sentiers qui serpentent à travers les vignes et les blés, où l’on aperçoit parfois des groupes solitaires, qui cueillent la marguerite et le, bluet.
Ding ! Ding ! Dong ! Ding ! Ding ! Dong !
Les derniers sons de la cloche semblent s’éteindre comme un murmure. Au même instant, les cris se rapprochent ; on entend la voix criarde d’une, clarinette et on voit déboucher tous les enfants du village, deux à deux, bras dessus, bras dessous, chantant à tue-tête: puis, le boiteux Pedon, qui joue delà clarinette à toutes les noces ; enfin la mariée, vêtue d’une robe blanche et le front couvert de fleurs d’oranger, la main dans celle de son époux ; ils marchent lentement, elle la tête baissée et lui la relevant comme un coq…. entourés de vieux parents et des amis accourus de tous côtés pour être les témoins de leur bonheur.
La noce s’engouffre dans une ferme; les poules, effarouchées s’enfuient au poulailler et les pigeons rentrent par leurs lucarnes. Des tables ont été dressées dans la grange ; des tonneaux sont rangés en bataille le long de la porte grande ouverte ; au fond, une estrade, ornée de fleurs et débranches feuillues, est préparée pour le boiteux, et chacun se hâte de prendre place afin de boire et de rire.
Enfin, lorsque le jour a fui depuis longtemps, les tables sont enlevées, de nouveaux flambeaux sont accrochés aux murs, et aux premières notes, les époux s’élancent, tout pâles ; ils dansent la première valse : ces deux corps enlacés l’un à l’autre, pleins de chastes désirs.» ont des mouvements d’une grâce et d’une douceur infinies.
Le bal est ouvert.
Pedon recommence alors la même valse et les autres se précipitent à leur tour.
Ding ! Ding ! Dong ! Ding! Ding! Dong!
L’Angelus du matin vient de sonner.
L’aube blanchit déjà les murailles sombres de la ferme et les échos de la côte retentissent des chansons des moissonneurs et moissonneuses, qui descendent dans la prairie, au fond de la vallée.
Le boiteux Pedon est toujours sur l’estrade; ses yeux se ferment involontairement et sa tête s’incline de gauche à droite, comme un balancier d’horloge; sa clarinette est encore plus nasillarde, et de nouveaux danseurs viennent remplacer les premiers qui vont se coucher. Pedon, lui, n’entend et ne voit rien: il est payé pour trois jours et il soufflera des danses et des polkas jusqu’à extinction de force humaine.
Ding ! Ding ! Dong ! Ding ! Ding ! Dong !
Dans une petite alcôve, fermée et bien discrète, deux voix murmurent tout bas des paroles d’amour.
— Quelle heure est-il ? dit la première.Il me semble que l’on danse encore.
— Le jour vient de paraître., répond l’autre. L’Angelus est sonné. C’est l’heure où la nature s’éveille, où l’alouette, humide de rosée, commence à gazouiller au-dessus des blés mûrs, la fauvette dans les haies… C’est l’heure où le coq jette son premier cri de triomphe.
*
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O Amour, dans la nature, tous les êtres te rendent hommage, depuis l’homme sur terre jusqu’au plus petit insecte qui bourdonne dans l’espace; tous te connaissent et cherchent à pénétrer ton ineffable mystère !

Auguste Georgel