Remèdes contre la rage

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chien-enragé

M. Bouchardat ayant lu à l’Académie de médecine, sur différentes communications relatives à des remèdes contre la rage, un rapport dont les conclusions sont toutes négatives, M. Renault remarque avec raison que l’inefficacité des remèdes n’autorise pas toujours à accuser de mauvaise foi les personnes qui prétendent en avoir obtenu les meilleurs résultats.

Il y a en effet une cause d’illusion dont il faut tenir compte, savoir: que le plus grand nombre de personnes mordues par des chiens enragés ne contractent pas la rage, et, à ce propos, M. Renault raconte le fait suivant:

« Un vieillard vint me trouver, il y a quelques années, exhibant des certificats constatant qu’il avait guéri un grand nombre de cas de rage. J’avais à cette époque, à Alfort, un chien enragé au plus haut degré. Le vieillard se précipite sur ce chien pour se faire mordre; je le saisis et le renverse en arrière pour le soustraire aux attaques de l’animal. Que fait-il alors? Il ordonne à son fils, qu’il avait avec lui, d’aller se faire mordre; je parvins heureusement aussi à l’en empêcher.

Vous voyez à quel point cet homme était convaincu de l’infaillibilité de son remède !

« Je fis à cette occasion les expériences suivantes: Je fis mordre plusieurs chevaux, des moutons et des chiens, soumettant les uns au traitement proposé par cet homme, abandonnant les autres sans traitement. Eh bien aucun des animaux mordus et abandonnés à eux-mêmes sans traitement ne contracta la rage. Je laisse à penser ce qu’on en aurait conclu s’ils avaient pris le remède. »

« L’Ami des sciences. »   Victor Meunier, 1855.

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Trait de reconnaissance

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Lionne

L’ingratitude est un vice odieux, et malheureusement trop commun: je n’en connais pas qui décèle mieux une âme basse et méprisable. Les animaux les plus féroces l’ont en horreur: il en est qui, à la honte de l’humanité, ont donné des exemples frappants de reconnaissance: l’histoire suivante en fournira une preuve authentique.

Les Espagnols, étant assiégés dans Buenos-Ayres, par les peuples du canton, le gouverneur avait défendu à tous ceux qui demeuraient dans la ville, d’en sortir. Mais craignant que la famine, qui commençait à se faire sentir, ne fit violer ses ordres, il mit des gardes de toutes parts, avec ordre de tirer sur tous ceux qui cherchaient à passer l’enceinte désignée.

Cette précaution retint les plus affamés, à l’exception d’une femme, nommée Maldonata, qui trompa la vigilance de ses gardes. Cette femme, après avoir erré dans les champs déserts, découvrit une caverne qui lui parut une retraite sûre contre tous les dangers; mais elle y trouva une lionne dont la vue la saisit de frayeur. Cependant les caresses de cet animal la rassurèrent un peu ; elle reconnut même que ses caresses étaient intéressées: la lionne était pleine et ne pouvait mettre bas ; elle semblait demander un service que Maldonata ne craignit pas de lui rendre.

Lorsqu’elle fut heureusement délivrée, sa reconnaissance ne se borna pas à des témoignages présents: elle sortit pour chercher sa nourriture; et depuis ce jour, elle ne manqua pas d’apporter, aux pieds de sa libératrice, une provision qu’elle partageait avec elle. Ces soins durèrent aussi longtemps que ses petits lionceaux la retinrent dans la caverne. Lorsqu’elle les en eut retirés, Maldonata cessa de la voir, et fut réduite à chercher sa subsistance elle-même; mais elle ne put sortir souvent sans rencontrer les Indiens qui la firent esclave.

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Le ciel permit qu’elle fût reprise par les Espagnols, qui la ramenèrent à Buenos-Ayres. Le gouverneur en était sorti, un autre Espagnol qui commandait en son absence, homme dur jusqu’à la cruauté, savait que cette femme avait violé une loi capitale; il ne la crut pas assez punie par ses infortunes. Il donna ordre qu’elle fût liée en pleine campagne pour y mourir de faim, qui était le mal dont elle avait voulu se garantir par la fuite, ou pour y être dévorée par quelque bête féroce.

Deux jours après, il voulut savoir ce qu’elle était devenue; quelques soldats, qu’il chargea de cet ordre, furent surpris de la trouver pleine de vie, quoiqu’environnée de tigres et de lions, qui n’osaient s’approcher d’elle , parce qu’une lionne, qui était à ses pieds avec plusieurs lionceaux, semblait la défendre. A la vue des soldats, la lionne se retira un peu, comme pour leur laisser la liberté de délier sa bienfaitrice. Maldonata leur raconta l’aventure de cet animal, qu’elle avait reconnu au premier moment: et lorsqu’après lui avoir ôté ses liens, ils se disposaient à la reconduire à Buenos-Ayres, elle la caressa beaucoup en paraissant regretter de la voir partir.

Le rapport qu’ils en firent au commandant, lui fit comprendre qu’il ne pouvait, sans paraître plus féroce que les lions mêmes, se dispenser de faire grâce à une femme dont le ciel avait pris si vivement la défense.

« La morale en action, ou Élite de faits mémorables et d’anecdotes instructives. »   Laurent-Pierre Bérenger, Paris, 1813.

Pierre Vassiliu –  » La baie d’Along « 

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La rosée immobile a surpris les oiseaux rares
Et les jonques fragiles glissent entre les nénuphars
Les nénuphars
De la baie d’Along, de la baie d’ Along
Les parfums, les couleurs et les métrages de soie
Font rêver les jeunes filles qu’ont des larmes
Qu’on ne voit pas qu’on ne voit pas
Dans la baie d’Along, dans la baie d’Along
Les coolies costauds portent des colis postaux
Et moi je suis dans mon lit
Les oiseaux dans le ciel si pur
Chantent quelques mélodies
Dans la baie d’Along, dans la baie d’Along
Les beautés en sari, et les buanans en sarong
Des marchands aux passants everybody sing the song sing the song
De la baie d’Along, de la baie d’Along
Les pommiers sont en fleur et les femmes chantent en coeur
Les cascades bondissent dans le jardin des iris et des ibis
De la baie d’Along, de la baie d’Along
Les coolies costauds portent des paquets si hauts
Que leurs maîtres sont inquiets
Je ne sais plus dans quel lit j’étais
Ni les airs qu’elle me chantait
Dans la baie d’Along, dans la baie d’Along
Et les soeurs du couvent frappent dans leurs mains flétries
Pour chasser les oiseaux qui volent dans les bols de riz les bols de riz
De la baie d’Along, de la baie d’Along
Et partout dans le monde
Les enfants refont des rondes
Et les salauds immondes
Viennent y poser des bombes pour poser des bombes
Dans la baie d’Along, dans la baie d’Along

Cas extraordinaire d’aberration de la vue

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aberration optique

Un Monsieur J. V. de Bruxelles, âgé de quarante ans, est tourmenté depuis quelque temps de mouches volantes qui l’inquiètent beaucoup.

Dans le but de faciliter l’exploration des organes, quelques gouttes d’une solution d’extrait de Belladone sont instillées un soir dans les deux yeux. M.V. passe une bonne nuit; mais, à son réveil, il est très étonné de voir les objets qui l’environnent sous un aspect tout nouveau. Le journal lui paraît composé en caractères microscopiques il ne peut les déchiffrer qu’à grand’ peine; et grâce, se dit-il, à ce qu’il a toujours eu une vue excellente.

Il sonne, et sa servante, qui entre aussitôt, ne lui semble pas plus grande qu’une fille de dix ans. Il se lève, de plus en plus surpris les vêtements qu’il saisit sont des vêtements d’enfant; cependant il s’y introduit sans effort. Il descend dans la salle à manger, et au lieu de sa femme et de ses enfants rangés autour de la table, il n’aperçoit. qu’une naine et des poupées.

Sa frayeur est au comble; il s’empresse de courir chez son médecin, non sans se faire accompagner, tant ses embarras sont grands; les chevaux qu’il rencontre ont la dimension de chiens, les chiens ont la taille de rats; en un mot, tous les êtres qui l’entourent lui semblent appartenir au monde lilliputien, créé par l’auteur des voyages de Gulliver. Cependant les objets sont aussi clairs que de coutume: ni nuages, ni auréoles lumineuses ne les entourent; les dimensions seules en sont amoindries.

L’examen de l’oeil ne décela qu’une dilatation assez considérable de la pupille d’ailleurs rien d’anormal dans les autres parties de l’organe. Des lotions froides furent appliquées, et dès le lendemain, tout rentra dans l’ordre; mais les mouches volantes persistèrent,

« L’Ami des sciences. »  Victor Meunier, Bureaux du Magasin pittoresque, Paris, 1855.

D’où vient le nom de tandem ?

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tandem

Voici ce que nous lisons dans le Traité de la conduite en guides et de l’entretien des voitures, publié en 1889 par M. le commandant Jouffret:

« L’attelage avec deux chevaux placés en file est dit attelage en tandem; on devrait plutôt dire attelage à la Tandem, car le nom vient de celui de lord Tandem, célèbre écuyer du temps de Louis XIII, qui attela le premier ainsi, et qui, dit-on, menait tellement vite qu’il faisait faire à son cheval de devant, dressé à la selle, mais attelé pour la première fois, tous les mouvements que l’on peut obtenir au manège, changement de pieds, d’allure, etc. »

C’est donc par analogie avec ce mode d’attelage qu’on a donné aux vélocipèdes portant deux ou plusieurs personnes, placées l’une à la suite de l’autre, ce nom de tandem, qui déroute d’autant mieux les curieux d’étymologies qu’ils croient voir là l’adverbe latin qui signifie « enfin » dont on cherche vainement le rapport avec un appareil locomoteur.

N’exagérons rien

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paquebot

Le populaire romancier italien Ulysse Barbiéri avait la spécialité d’écrire des romans où les gens, par suite d’accidents ou de crimes, décédaient avec une abondance inquiétante.

Mais comme ce genre plaisait à un public simpliste et sensible, l’éditeur Perino commanda un jour un nouveau roman, très dramatique, à Barbiéri, en spécifiant qu’il lui verserait dix francs pour chaque personne qui succomberait de mort Violente.

Barbiéri, un véritable bohème, « tirait toujours le diable par la queue. ». Aussi pour garnir sa bourse ne se priva-t-il pas, dans sa nouvelle oeuvre, de tuer plusieurs personnes à chaque chapitre.

Et ces chapitres, toujours par besoin d’argent, ils les adressait un à un à son éditeur.

Or, il advint qu’à la fin de l’un de ces chapitres un grand paquebot surpris par la tempête menaçait de s’engloutir avec les six cents passagers qu’il transportait.

Et immédiatement Perino effrayé dépêcha ce mot à Barbiéri :

—  Je vous préviens que si le navire sombre je paierai seulement dix francs pour l’ensemble des passagers.

A ce tarif, Barbiéri préféra sauver le paquebot.

Impressions psychométriques dans un cimetière

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Cimetière

Le Mercure de Norwich, du 23 mars dernier, cité par le Light, donne un compte rendu détaillé de quelques expériences faites dans le cimetière de cette ville par deux de ses rédacteurs en compagnie de plusieurs autres personnes, dont trois très sensibles aux manifestations psychiques et une dame possédant des facultés médianimiques psychométriques.

« Quelque temps auparavant, dit le journal, l’un de ceux qui nous accompagnaient, et qui est affecté d’une sensibilité psychique très développée, fut frappé, en se promenant dans le cimetière, d’éprouver alternativement des impressions de joie et de tristesse. Il pensa, d’après une expérience passée, que ces impressions pouvaient être dues à des influences psychométriques ou télépathiques provenant de choses qui l’entouraient et probablement des tombes elles-mêmes, des cercueils, du sol environnant et des restes humains ».

Les journalistes avaient donc choisi, pour les expériences, trois sépultures sur lesquelles ne se trouvait aucune pierre tombale pouvant donner une indication quelconque sur les personnes qui s’y trouvaient inhumées. Les « sensitifs » se rangèrent autour d’une tombe en plaçant un pied sur elle; ils s’efforcèrent d’éloigner de leur esprit tout sujet pouvant les distraire de l’objet de leurs recherches et de lui donner la faculté réceptive. Puis, au fur et à mesure que leur vinrent les sensations, ils les révélèrent aux journalistes.

« Pour la première tombe, dit l’article, tous s’accordèrent à reconnaître une extrême faiblesse, une sensation de frisson, comme celle qui provient d’une nervosité exaspérée, avec une vive douleur à la tête; enfin les plus sensibles accusèrent une sensation de choc à la gorge.

« Mentalement, ils tombèrent d’accord qu’il s’agissait d’une impression de dépression extrême, ce qui pouvait bien être exact, car le corps enterré dans cette tombe était celui d’un homme dont le système nerveux avait été si violemment ébranlé, qu’il avait été incapable de le dominer et avait fini par se pendre.

« En approchant de la seconde tombe, les expérimentateurs avaient éprouvé une influence répulsive, comme la présence de forces antagonistes, et il leur fallut un grand effort de volonté pour rechercher les impressions et obtenir la passivité de l’esprit.

« La dame médium dont les impressions étaient mentales, tandis que celles de ses compagnons étaient physiques, éprouva des sensations dépressives comme de profond désespoir, et elle ressentit, ainsi que les autres, de vives douleurs à la tête, en même temps que des souffrances moins accentuées dans le reste du corps, enfin une tendance au vomissement.

« Le plus sensitif parmi les hommes déclara qu’il lui paraissait d’abord perdre toute force aux deux bras ; puis il retrouvait la force dans l’un des bras, tandis que le bras droit restait inerte. Ces impressions étaient tellement fortes que tous ceux qui les éprouvaient ne purent s’y soustraire pendant quelque temps.

« L’homme enterré dans cette tombe, un an auparavant, s’était, selon un mot populaire, « enivré à mort », et depuis une année avant sa fin, il avait perdu l’usage de son bras droit. Un seul des journalistes connaissait cette particularité ; mais il l’avait oubliée jusqu’au moment où cherchant à comprendre ce que lui disaient les médiums, il s’en souvint tout à coup ; de sorte que, dans ce cas, au moins, on ne pouvait soupçonner aucune possibilité de télépathie inconsciente entre les assistants et les médiums.

« La troisième expérience fut faite après une série d’autres, alors que les facultés psychiques étaient quelque peu émoussées par la fatigue, et fut moins réussie, quoique tous accusèrent une sensation d’extrême faiblesse; l’un des médiums ajouta même qu’il sentait une impression mentale comme s’il n’avait pas fait ce qu’il devait pour ceux qu’il laissait après lui.

« En ce qui concerne les impressions physiques, le décédé avait succombé à la phtisie et s’était éteint à bout de souffle. Personne ne put expliquer l’impression mentale. »

Les journalistes alors essayèrent leur réceptivité personnelle, et après une certaine difficulté à provoquer chez eux une passivité suffisante, ils obtinrent quelques résultats satisfaisants:

« Sur une tombe où était inhumée une fillette qui avait été scalpée par une machine, un des investigateurs éprouva une violente douleur autour de la tête; à une autre tombe où était enterré un homme qui avait été brûlé, il vit des lueurs rouges et éprouva une impression de tintement aigu dans un côté de la tête; tandis qu’à la tombe d’une femme qui s’était suicidée en se jetant dans une rivière, il éprouva une sensation de chute. Au même endroit, son confrère sentit la terre s’ouvrir sous ses pieds, puis un choc, enfin son coeur cessa de battre, et il lui fallut un violent effort de volonté pour échapper à cette obsession. »

Dans quelques autres expériences, dit encore le journal que nous citons, la nature de la mort était connue à l’un ou à plusieurs des assistants, mais non à ceux qui recevaient les impressions. A la tombe d’un homme qui avait été tué d’un coup violent sur la tête, puis brûlé en partie, ces faits furent relevés exactement par les sensitifs. Dans le cas d’une fillette dont les cheveux avaient été pris dans une machine, les sensitifs sentirent le sommet de leur tête tiré en arrière.

Quelques résultats très exacts furent aussi obtenus sur des tombes de trente-cinq ans de date; mais le impressions étaient généralement plus vives sur les tombes plus récentes.

« L’Echo du merveilleux. »   Gaston Mery, Paris, 1907.