La vision du berger de Tirée

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Dans l’île de Tirée, comté d’Argyloshire, Ecosse, demeurait un berger appelé Angus MacDonald. Pendant qu’il rentrait chez lui à pied, une nuit éclairée par la lune, entre minuit et une heure du matin, il vit un long cortège composé d’hommes qui s’avançait vers lui en rangs de quatre. Il se dépêcha afin d’arriver à une petite ferme qui a voisinait la grande route, et avait atteint la première porte, qui était celle de la grange, lorsque le défilé s’avança près de lui et il vit, à sa grande surprise, qu’il était composé de soldats habillés en tuniques écarlates.

Il s’arrêta ébahi pendant qu’ils défilaient au nombre de trois à quatre cents hommes, ayant derrière eux un officier monté sur un beau cheval gris. Son étonnement fut tel qu’après le défilé du dernier rang, il les suivit pendant quelques moments sur la roule jusqu’à ce qu’ils débouchèrent sur une lande. A ce moment l’officier s’arrêta, et avant qu’Angus pusse se rendre compte de ce qui allait arriver, tous les soldats étaient assis sur l’herbe. Sans attendre pour voir davantage, le berger courut, vers la ferme et éveilla les habitants en leur montrant le commandant et les soldats, mais ils ne pouvaient rien voir de tout cela.

L’histoire se répandit au point qu’à la fin les jeunes gens ne voulaient jamais traverser cette partie de la route seuls pendant la nuit. Le berger raconta son histoire à tout le monde. uns disaient qu’il était halluciné, d’autres qu’il avait l’esprit dérangé, et le ministre de la paroisse lui demanda s’il n’était pas ivre ce soir-là. A la fin, il refusait, de répondre aux questions qu’on lui posait sur ce sujet et l’incident fut oublié.

Vingt-deux ans et un mois s’écoulèrent jusqu’au moment où avait lieu ce qu’on appelait dans les Highlands les émeutes des crofters (petits fermiers). Dans cette île, il y avait, une ferme inoccupée. L’intendant du Duc d’Argyle l’afficha ; mais les crofters trouvant l’occasion belle pour obtenir cette ferme, comme pâturage pour leur bétail, s’adressèrent au duc et essuyèrent un refus. Alors ils passèrent outre, prenant possession de la ferme, et devinrent de toutes façons si turbulents que l’intendant du duc fut effrayé et quitta l’île. Le duc demanda l’envoi de cinquante agents de police de l’île de Tirée: ils vinrent et arrêtèrent neuf des meneurs. Ils furent jugés à Edimbourg et condamnés à des peines variant entre neuf à douze mois de prison.

Mais cela ne suffit pas pour arranger l’affaire, et les crofters se conduisaient aussi mal qu’auparavant, jetant des pierres contre les policiers et les maltraitant de toutes les façons. Mais par une belle matinée du mois de juin les habitants se réveillèrent pour voir plusieurs vaisseaux de guerre à l’ancre dans la Baie de Scarinish. A sept heures du matin, des fusiliers marins furent débarqués et reçurent l’ordre de se rendre à Greenhill, endroit qu’ils pouvaient atteindre seulement en passant, par la petite ferme dont il a été fait mention. Le bruit se répandit comme une traînée de feu que les soldats arrivaient, et les gens affluaient de toutes les directions pour les voir.

Le vieillard MacDonald se posta dans le même portail de la grange (de sa vision) pendant le défilé. Aussitôt qu’ils furent arrivés à la lande dont, il a été question, le capitaine Eagles monté sur le cheval gris ordonna une halte, et les soldats s’assirent sur l’herbe el se mirent à déjeuner. Le ministre de la paroisse s’approcha du vieux berger et lui dit :

C’est bien ce que vous avez vu, Angus .

Celui-ci répondit :

Oui, et plusieurs de ces garçons qui viennent de passer ne devaient pas encore être nés cette nuit-là où je me suis posté dans ce lieu même, il y a vingt deux ans au mois dernier, et où je les ai vu passer de la même manière que nous les avons vu défiler tout à l’heure. Depuis le mois de juin jusqu’à la fin de septembre on pouvait, voir les soldats qui s’amusaient dans les champs à aider les paysans qui moissonnaient. Je me rappelle très bien de cela ; j’avais neuf ans à cette époque. Quelques-uns des fusiliers étaient logés dans les bâtiments de notre école. Au mois de septembre ils quittèrent l’île de Tirée pour Plymouth.*

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Je soussigné, lsabella Sinclair Low, me souviens des soldats et de l’émeute des Crofters, etc. Je les ai vu défiler devant la maison de mon père en route pour Greenhill. J’avais dix ans et demi au moment où les soldats étaient logés dans le bâtiment de l’école, à environ un quart de mille de la maison de mon père. Je me rappelle aussi que les soldats sont venus dans notre maison pour boire du lait. Mr. Mac Dealmid est encore l’agent du duc d’Argyle, et Angus Macdonald, le visionnaire, est mort à son service comme berger. La veuve, de Macdonald est décédée il y a environ trois ans, à l’âge de 99 ans. Au moment de l’émeute des crofters, le duc en possession du titre était le septième duc d’Argyle. Le huitième duc était alors Marquis de Lorne. Je suis âgée actuellement de quarante-deux ans. Angus MacDonald a parlé de sa vision à beaucoup de monde, mais ne croyait pas qu’il vivrait assez longtemps pour la voir se réaliser. Il avait l’habitude de parler de la belle manière dont les soldats défilaient et faisait la remarque que les hommes du dernier rang de quatre levaient leurs pieds en même temps que ceux du premier rang. N’ayant aucune connaissance militaire, ce fait le frappa comme une chose merveilleuse, et la vision fut connue sous le nom des « soldats d’Angus » pendant des années avant l’arrivée des soldats. Angus était aussi un notable joueur de cornemuse.

Déclaration de Miss Low, de Mill of Ross, Cowrie, Perthshire, Ecosse.

1er novembre, 1918. (Signé) : Isabella Sinclair Low. Pour traduction- conforme : C. G. H. Hamilton.*

Note du traducteur : L’émeute des crofters eut lieu en l’an 1886, et la vision du berger Angus MacDonald vingt-deux ans et un mois auparavant ; donc en 1864. Dans son récit. Mme Low dit que les troupes sont débarquées dans l’île de Tirée « un matin de juin ». Dans une note qui nous a élé communiquée par M. Hamilton, le War Office précise qu’elles débarquèrent le 25 juillet : cette petite rectification de date n’a d’ailleurs, qu’une importance minime. Un autre document, émanant de l’Admiralty britannique, confirme qu’en 1886 la Royal Marine Light Infantry, à laquelle appartenaient les troupes débarquées, portaient « des tuniques écarlales et des pantalons bleus ».
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« Annales des sciences psychiques. »  Alcan, Paris, 1919.
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Le cas de M. Hildwein

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Image: Alain Houpert

Une affaire des plus étranges a été jugée le 22 de ce mois de décembre 1900 par le tribunal de Stockerau. Voici les faits:

L’accusé, M. Hildwein, propriétaire jouissant d’une très large aisance, était accusé d’exercice illégal de la médecine et sa femme était poursuivie comme complice du même délit. M. Hildwein est en butte à l’hostilité la plus acharnée de tous les médecins des environs, et il n’avait pas moins de neuf condamnations à son actif, avant la dixième et dernière qui vient de lui être octroyée.

Ce qui embarrasse ses adversaires, c’est qu’il n’accepte aucune sorte d’honoraires pour ses soins, et en second lieu qu’il ne fait suivre aucune espèce de traitement aux malades, ne leur administre pas de remèdes, ne leur impose pas de régime. Il est donc impossible de lui reprocher d’exploiter la naïveté humaine et il n’est pas davantage possible de l’accuser sérieusement d’exercice illégal de la médecine, puisque son action reste étrangère à toute médication.

En quoi consiste donc son traitement? M. Hildwein le déclare lui-même à l’audience. Il possède un crucifix qui lui a été donné par un haut dignitaire de l’Eglise; il appose ce crucifix au malade, à qui il recommande de prendre pour tout médicament, un peu de thé ou quelques gouttes inoffensives que les pharmaciens délivrent à tout venant sans ordonnance.

De nombreux témoins sont venus déclarer qu’ils devaient la santé à M. Hildwein qui ne leur avait jamais demandé un centime mais à qui ils avaient cru pouvoir se permettre d’offrir un présent. Le guérisseur confirme leur dire : sa femme fait quelques dépenses en linge et elle accepte à titre de simple dédommagement de modestes présents qui ne peuvent être regardés comme des honoraires, Chose singulière, il se trouve même un médecin, le docteur Hirsch, qui reconnaît le fait des heureux  résultats obtenus par M. Hildwein, en sorte qu’il n’est pas possible de révoquer en doute les guérisons, non plus que le caractère extra-matériel de l’action du guérisseur sur les malades.

L’avocat du prévenu s’est trouvé, comme le sont généralement les gens de sa confrérie, juste à côté de la question. Comme il ne fallait pas songer à nier que le prévenu eût essayé d’améliorer l’état sanitaire des gens qui s’adressent à lui, ce qui constitue un délit aux yeux des médecins diplômés, il a imaginé de soutenir que son client n’avait pas toute sa raison et qu’il obéissait à une sorte d’impulsion inconsciente, vivant dans l’idée chimérique qu’il avait un pouvoir et qu’il en devait user pour le bien de l’humanité.

Mais les docteurs du tribunal ont dû constater que le prévenu jouit de la plénitude de ses facultés, et que par ailleurs aucun fait sentant la duperie et encore moins l’escroquerie ne pouvait être relevé à sa charge..

Néanmoins, ils ont décide que si les intentions du prévenu étaient droites, et que si ses moyens étaient incapables de porter préjudice, le délit n’en subsistait pas moins, puisqu’il recevait des visiteurs, les interrogeait sur leur santé et prétendait améliorer leur santé. En conséquence, M. Hildwein a été condamné à quatre mois de prison et sa femme à deux mois, pour complicité.

La réputation de ce merveilleux guérisseur est considérable. Il reçoit chaque jour de 70 à 80 visiteurs et deux omnibus sont à la gare pour l’arrivée des trains qui amènent des malades des environs, de tous les points de l’Autriche et même de l’étranger. Mais la médecine. officielle n’admet ni qu’on guérisse sans diplôme et sans pharmacien, ni qu’on renvoie le malade sans lui demander d’honoraires.

Quant aux témoins qui sont venus certifier qu’ils avaient été guéris, les uns constatent tout simplement que l’apposition du crucifix leur a rendu la santé, les autres, comme le Dr Hirsch, doués d’une culture évidemment plus étendue, expliquent le phénomène en disant, que M. Hildwein « guérit par suggestion », ce qui jette une vive lumière sur le problème !

Aussitôt sorti de prison, M. Hildwein recommencera, comme il l’a déjà fait neuf fois, à recevoir ses visiteurs. Sa dernière condamnation remonte à l’année 1898, et quoiqu’il s’introduise chez lui une moyenne de 80 personnes par jour, il a fallu deux ans aux médecins et à leurs émissaires pour établir la base de leur accusation. L’opinion publique est pour lui, car non seulement son entier désintéressement attire la sympathie, mais même, sans parler des résultats merveilleux de l’apposition du crucifix, on est bien forcé de reconnaître la puissance de l’idée, qui anime cet homme puisque, riche et dédaigneux de tout profit, il va en prison délibérément pour la dixième fois en attendant la onzième.

« L’Écho du merveilleux. »  Paris, 1901.

Le chien et le tabouret

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Le Ciel de Leyenda

Le Ciel de Leyenda

Le Ciel de Leyenda

Flagrant délit

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photographe

C’est parfois une terrible chose pour une jeune femme que d’être mariée à un savant ! Les inventions de celui-ci peuvent avoir, en effet, des résultats tout à fait inattendus pour elle. La preuve nous est donnée par M. de Parville, qui conte, en substance, une authentique aventure où la science joue son rôle et qui a fini par un drame.

M. X. (mettons cette initiale, qui en vaut une autre) s’était retiré aux environs d’Orange, dans une propriété où il s’occupait d’études photographiques.Ce n’était pas un de ces amateurs qui braquent sans cesse et au hasard leur objectif partout où ils sont; non, c’était scientifiquement qu’il se livrait à cette occupation; il prétendait trouver de nouveaux moyens pour décupler la puissance des appareils. Il cherchait à résoudre ce problème : la photographie à grande distance. Il ne l’a, comme on va voir, que trop résolu pour son repos et pour son bonheur !

Il y a quelque temps, donc, madame X. annonçait son intention d’aller se promener seule, désormais. Le médecin lui avait recommandé, disait-elle, de longues courses à pied, et elle avait besoin, pour marcher, de toute sa liberté. Son mari insista galamment pour l’accompagner, mais elle refusa, prétextant qu’elle aurait grand plaisir à aller à l’aventure… Il se résigna.
Demeuré seul, il reprit ses études et eut tout à coup cette idée, en regardant son appareil : l’objectif est un oeil comme un autre, l’oeil voit loin avec une longue-vue; donc, avec une lunette installée devant l’objectif, l’appareil photographique verra loin et reproduira fidèlement ce qu’il aura vu. L’inventeur avait précisément comme point saillant, dans le panorama qui se développait sous ses fenêtres, un vieux château classé parmi les monuments historiques du département.

Il décida de le photographier, bien qu’il fût à trois kilomètres environ. Il se mit à l’oeuvre: il tâtonna bien un peu et ne parvint qu’après plusieurs fois à placer solidement sa longue-vue devant l’appareil ; mais enfin, il crut avoir réussi. Il ne s’était pas trompé. Le monument était venu dans tous ses détails, avec ses tours crénelées, ses mâchecoulis, ses remparts, les fossés, les arbres ..

Notre homme poussait un cri de satisfaction quand, tout à coup, en regardant l’épreuve, entre deux églantiers surchargés de roses sauvages, il crut distinguer deux visages. Ces visages étaient même si rapprochés qu’ils ne faisaient qu’un… Très intrigué, il grossit aussitôt l’image. Stupéfaction ! La moitié du joli visage de sa femme apparaissait souriant; l’autre moitié portait des moustaches. C’était le flagrant délit constaté  (à trois kilomètres) le flagrant délit reconnu à distance !

Qui aurait pu redouter à ce point les indiscrétions de la photographie ? Il n’y avait pourtant pas moyen de nier, et l’on imagine la stupeur de la pauvre femme lorsque, à son retour, son mari lui présenta l’épreuve révélatrice ! Elle envoya de bon coeur la science au diable ! Cette découverte, qui a commencé par une aventure conjugale, aura les plus féconds résultats. Il est acquis, maintenant, que, avec une bonne lunette, on peut photographier à deux, trois et quatre kilomètres. Il n’y aura pas que les maris jaloux qui profiteront de celle ingénieuse invention !

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1886.

Punition

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Une des principales punitions à l’adresse des gentilshommes bretons qui s’étaient déshonorés par une bassesse ou une lâcheté, était de faire détruire la double allée d’arbres qui conduisait à leurs châteaux, et dont l’établissement constituait un des privilèges de la noblesse.

« Papa… bateau… sur l’eau »

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frégateLe 23 janvier 1893, la frégate-Ecole Iphigénie, en croisière d’instruction se trouvait au large des Antilles, faisant route pour rentrer en France.

Devant prendre le quart de 4 h. à 8 h. du matin, je me retirai vers 11 h. du soir dans ma chambre, dont je fermai la porte. A peine ma lumière éteinte, fus-je tombé dans l’état de demi-connaissance qui précède le sommeil, je perçus sur ma poitrine la sensation du poids et l’impression tactile d’un petit corps humain qui s’y serait appuyé soudain, sans effort, préalable apparent pour se glisser dans ma couchette, qui se trouvait pourtant surélevée au-dessus du plancher. La place est, en effet, fort ménagée dans une chambre de navire de guerre, et le petit lit était installé sur un caisson ou armoire à linge de hauteur appréciable. Simultanément à la sensation de contact et d’oppression de la poitrine, j’eus l’impression fort nette que deux petits bras entouraient mon cou et qu’une bouche embrassait la mienne.

Plus que surpris, je saisis le corps à deux mains et le repoussai brusquement. En dépit du nombre d’années écoulées depuis, ma mémoire des sens a parfaitement conservé le souvenir du poids soulevé. Puis, je frottai vivement une, allumette et l’approchai de la bougie placée à ma portée immédiate. La flamme jaillit aussitôt et je constatai que la cire n’était pas encore figée. Par habitude professionnelle, sans doute, j’avais retrouvé très vite toute ma lucidité, et je conclus que j’avais dû tomber presque instantanément dans le demi-sommeil. L’hypothèse d’un rêve me paraissant dans ces conditions invraisemblable, je ne jetai en bas de ma couchette et explorai rapidement ma petite chambre. Je visitai la grande armoire qui me servait de penderie d’effets : j’étais le seul être vivant dans la cabine.

Il me revint alors à l’esprit que je n’avais entendu ni le bruit du corps tombant sur le plancher ni celui qu’aurait fait la porte en se refermant.

Je ne possédais, au temps que j’évoque, aucune connaissance des phénomènes du Psychisme. Tout au plus avais-je vaguement entendu parler de manifestations dites télépathiques. Je compris néanmoins qu’un être humain qui avait pour moi de l’affection était mort en France.

Le lendemain, au déjeuner, je confiai mon aventure nocturne à un camarade de promotion ami intime, qui était mon voisin de table au Carré. Bien que fort sceptique en général, cet officier m’avoua plus tard que la précision de mon récit n’avait pas laissé de l’impressionner. Et plus le croiseur se rapprochait d’Europe, plus mon camarade s’efforçait de dissiper ma préoccupation. Je sentais, pourtant, que son ton plaisant sonnait faux.

A la relâche de Gibraltar, le courrier m’apprit que mon petit garçon, âgé de deux ans à peine, avait été atteint du croup et était décédé à Paris le jour même où j’avais reçu un baiser dans ma chambre solitaire. Et, après avoir fait soigneusement la correction d’heure pour la longitude par laquelle je naviguais à cet instant, je constatai que l’heure de décès coïncidait exactement avec l’heure de l’hallucination tactile.

En arrivant à Toulon, je trouvai les miens en grand deuil.

« Si quelque chose, me dit-on, peut en quelque mesure atténuer notre cruel chagrin, c’est d’apprendre que notre enfant, atteint de diphtérie, est mort d’une embolie au moment précis où, embrassant votre photographie, il balbutiait : Papa… bateau… sur l’eau » !

Y a-t-il eu simple coïncidence dans la simultanéité de l’ultime baiser posé par l’infant sur un portrait et de la sensation tactile éprouvée par le père à plusieurs milliers de kilomètres de distance ?

L’ensemble des circonstances que j’ai rapportées avec fidélité  (en de telles conjonctures les détails les plus précis se gravent dans la mémoire) ne me permet pas de le croire. Je reste persuadé que j’ai reçu un adieu télépathique, que j’ai été le sujet d’une hallucination véridique.

Cet adieu, s’il est admis, émanait-il d’un être encore en vie ou la mort avait-elle déjà fait son oeuvre ? Je ne le saurai  jamais.
 

« Annales des sciences psychiques »  F. Alcan, Paris, 1919.

Singulier attachement du cheval pour son maître

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chevaux

Ce noble compagnon de l’homme , non seulement se montre reconnaissant des égards qu’on lui témoigne, mais contracte pour son maître un attachement inviolable.

L’an 724, le rebelle Ngan-lo-Chan pilla le palais du souverain de la Chine ; il trouva dans les écuries cent chevaux dressés à danser devant l’empereur. Le perfide Ngan-lo-Chan voulut qu’ils montrassent devant lui leur habileté; mais ces animaux, par un instinct sans doute bien admirable, ne le reconnurent point pour empereur, refusèrent de danser à ses yeux, et aimèrent mieux se laisser tous tuer.

Le roi Nicomède ayant perdu la vie, son cheval se laissa mourir de faim.

Phylarque rapporte, suivant Pline, qu’un Galate, nommé Centarète, après avoir tué Antiochus dans un combat, saisit son cheval et le monta d’un air triomphant; mais que l’animal, indigné, prit le mors aux dents, et se jeta dans des précipices où ils périrent tous deux.

Les cavaliers scythes racontaient mille faits glorieux de leurs chevaux. Ils disaient qu’un de leurs rois ayant été tué dans un combat singulier, son cheval écrasa sous ses pieds, et déchira, avec ses dents, le vainqueur, qui s’était approché pour s’emparer des dépouilles du vaincu.

Les chevaux, à la guerre, pressentent l’instant du combat, et s’affligent de la mort de leur maître; quelquefois ils expriment leur douleur par des larmes.

Un fait, qui vient d’arriver de nos jours , confirme ce que les anciens ont écrit sur l’attachement dont les chevaux sont susceptibles. Dans une de leurs premières insurrections, en 1809, les Tyroliens s’ étaient emparés de quinze chevaux bavarois ; ils les firent monter par autant de leurs compatriotes, qu’ils crurent avoir transformés en cavaliers. Mais à leur rencontre avec un escadron du régiment de Bubenhoven, dès que ces chevaux entendirent la trompette, et reconnurent l’uniforme du régiment, ils prirent le galop, malgré tous les efforts de leurs nouveaux écuyers, qu’ils amenèrent jusque dans les rangs bavarois, où ils furent faits prisonniers, au milieu des éclats de rire de toute la troupe

« Histoire des chevaux célèbres. »   Nougaret, Pierre-Jean-Baptiste, Depelafol (Paris), 1821.