Imprudence

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Les Pieds nickelés

Mme Bêtantou habite une villa dans la banlieue de Paris. Devant récemment se rendre à Paris avec toute sa famille, et ne rentrer que le lendemain, elle accrocha une pancarte à sa grille pour prévenir le laitier de son absence.

« Nous sommes tous partis, disait la pancarte, ne laissez rien. »

A son retour, Mme Bêtantou eut la navrante surprise de constater que sa villa avait été cambriolée.

Le bas de la pancarte portait ces mots:

« Merci de votre avis. Nous n’avons pu nous conformer entièrement à votre désir, mais vous verrez que nous n’avons pas laissé grand-chose. »

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Encore une vacherie du sorcier du village !!!

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4La commune de Périgné, si tranquille d’ordinaire, est depuis dimanche dernier (décembre 1906 ?) le théâtre de scènes de folie qui bouleversent les cerveaux de toute la population, affolent tous les esprits et y attirent, de fort loin, des théories de gens curieux et effrayés.Dans une ferme contiguë aux dernières maisons du bourg de Périgné, la ferme de La Touche, appartenant à M. Raimpault, et exploitée par la famille Gilbert, composée du père, de la mère, un fils et une fille, on prétendait depuis longtemps déjà entendre des bruits infernaux se produire pendant la nuit.
*
Dans celle de dimanche, des jeunes gens sortant du bal de Périgné, et passant devant cette ferme de La Touche, entendirent du vacarme et des vociférations. Immédiatement ils retournèrent chercher leurs camarades restés au bal et revinrent en grand nombre. Le charivari continuait. Ils se hasardèrent à regarder en entrouvrant un volet et virent un spectacle étrange !

La fermière et toute la famille, ainsi qu’une jeune servante, dansaient et sautaient en hurlant et presque dévêtus, autour d’une table, et, dans une excitation folle, cognaient à tort et à travers, se meurtrissant et brisant le mobilier.

Les exhortations ni les paroles n’avaient aucune prise sur eux et ils n’y prêtaient point la moindre attention. Leurs forces décuplées par l’excitation nerveuse leur permettaient d’arracher des mains les plus robustes les poutres, manches d’outils, etc., qu’on leur tendait pour essayer de les séparer.

Cette tragi-comédie, au cours de laquelle ils ont brisé leur mobilier, leur vaisselle et toutes leur vitres, a duré, avec des intermittences dues à l’excès de fatigue, jusqu’à jeudi matin, où l’état empirant sans cesse, ou se décida à prendre des mesures.

Le maire de Périgné, l’honorable M. Martin, qui avait déjà demandé des instructions en haut lieu, les fit examiner d’abord par leur médecin, M. le docteur Glais, de Saint-Romans, qui fit appeler, vu la singularité et la gravité du cas et les responsabilités qui en découlent, un de ses confrères de Melle, M. le docteur Dourif.

En présence des docteurs, les mêmes scènes se déroulèrent, vociférations et imprécations de la mère répétées par les autres membres, qui semblent lui obéir, bien qu’elle ne leur parle pas. Elle les empêche de répondre aux questions posées et de les laisser alimenter (les malheureux n’ont pris qu’une fois du café au lait depuis dimanche, dans un intervalle plus lucide).

Après ces diverses excentricités, chants mystiques, imprécations à des jaloux, les médecins virent la jeune fille briser une vitre et passer la tête à travers l’ouverture, puis la mère brisa de sa main la vitre au-dessus dont les éclats couvrirent la tête et le cou de la fille qui courait ainsi plusieurs fois le risque de s’ouvrir les veines. Après cela toute la famille sautait par la croisée.

Chacun d’eux a, du reste, des plaies ou blessures produites par des bris de carreaux, tessons de vaisselle, chocs contre les meubles, etc.

Devant cet état de choses qui pouvait, d’un instant à l’autre, devenir dangereux pour eux et pour les autres (les malades tirant parfois des coups de fusil), il s’imposait de les mettre au plus vite dans l’impossibilité de nuire.

M. le maire les fit donc attacher chacun dans un drap, et vendredi matin on les conduisit à Niort.

Tout le monde, dans la contrée, est fort monté contre un sorcier ou hypnotiseur qui, depuis de longues années, aurait suggestionné les deux femmes, leur donnant des crises nerveuses (hystériformes ont dit les docteurs), et aurait, par ses manœuvres, réussi, non seulement à les rendre malades, mais à leur soutirer une petite fortune.

La région est dans l’épouvante d’un malheur aussi atroce frappant une famille d’honnêtes fermiers, et soulevée d’une juste indignation contre celui qu’elle considère comme l’auteur responsable de cette horrible situation.

Journal « Le mellois. »  1906.

Venise est un très bel endroit pour mourir

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Venise

Jadis, à Venise, l’on jouissait d’une liberté en quelque sorte absolue.

La seule et majeure condition pour n’être nullement inquiété consistait à ne parler ni en bien ni en mal du gouvernement, car à le louer on risquait presque autant qu’à le dénigrer. Un sculpteur génois s’entretenait un jour avec deux Français qui critiquaient ouvertement les actes du sénat et des conseils. Le Génois, autant par crainte que par conviction, défendit autant que possible les Vénitiens.

Le lendemain il reçut l’ordre de se présenter devant le conseil. Il arriva tout tremblant. On lui demanda s’il reconnaîtrait les deux personnes avec lesquelles il a eu une conversation sur le gouvernement de la république. A cette question sa peur redouble. Il répond qu’il croit n’avoir rien dit qui ne fût en tous points l’apologie des gouvernants.

On lui ordonne de passer dans une chambre voisine, où il voit deux Français pendus morts au plancher. Il croit sa dernière heure venue.

Enfin on le ramène devant les conseillers, et celui qui le présidait lui dit « Une autre fois, gardez le silence, notre république n’a pas besoin d’un apologiste comme vous. »

« Curiosités historiques et littéraires. »  E. Muller, C. Delagrave, Paris, 1897.

Certificat de vie

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charles-robert-leslie-le-colporteur-de-bijoux

Un colporteur, pour mieux exciter la curiosité du peuple, criait à tue-tête:

Mort de l’abbé Maury  ! Mort de l’abbé Maury  !

L’abbé passe, l’entend, s’en approche, lui donne une baffe virile, et lui dit :

Tiens  ! si je suis mort, au moins tu croiras aux revenants.

Les obsèques d’un tzigane en Alsace

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tziganes
Laura Knight

Jeudi, le 29 juin 1933 a marqué dans les annales du village de Kaltenhouse (Bas-Rhin), autrement si paisible, sur lequel un vent romanesque a soufflé durant quelques heures.

Comme par enchantement, un second village est surgi durant la nuit sur la grand’route conduisant à Haguenau. Il arriva sur des roues… il se composait de baraques de tziganes.
De petits enfants aux regards curieux, aux têtes frisées et aux cheveux entremêlés comme ceux des Méduses, regardaient par les petites fenêtres, des femmes à l’allure alerte, au front soucieux, au teint bronzé et aux yeux étincelants marchaient à côté des maisons roulantes.
Toutefois ce nouveau village était plus silencieux que de coutume, car une de ces maisons roulantes était arrivée, la veille, contenant la dépouille mortelle d’un tzigane, d’un de ces tziganes qui, à travers les viscissitudes de la vie et malgré ses goûts vagabonds avait enfin trouvé son repos.
Une famille extrêmement nombreuse regardait comme son chef le vieux Berthold Hoffmann, âgé de 65 ans. Dans sa jeunesse, il comptait plus d’une douzaine de frères et soeurs. Deux de ses frères vivent encore aujourd’hui. Quant aux autres, ils ne sont enfants les représentent en grand nombre, et ce sont eux que les 40, roulottes ont amenés de tous les points cardinaux appelés la plupart par la voix (nullement romantique) du téléphone.
C’est un événement remarquable que de voir de ses propres yeux et d’assister aux préparatifs des obsèques d’un tzigane.
La veille, une douzaine de roulottes s’étaient alignées entre les dernières maisons du village et la lisière d’une forêt de sapins. Près de l’une d’elles, un feu de branchages flambait qu’entretenaient des tziganes : c’était la veillée funèbre du propriétaire de la maison roulante, du vieil Hoffmann, dont la volonté dernière avait été d’être enterré à Kaltenhouse, le village, où l’année précédente, le sympathique curé Kieffer lui avait donné le viatique et auquel des souvenirs intimes, sans doute (vous le verrez, les tziganes ont aussi du cœur) le rattachaient.
Le jour précédant les obsèques, toutes les femmes tziganes se dispersent dans le village pour recueillir des fleurs, surtout des roses (puisque l’événement se passait à la floraison des roses) destinées à parer la couche funèbre du roi des tziganes. Ne s’agissait-il pas de pas de le faire accompagner par les parfums de cette nature qu’il avait tant aimée : par les brises caressantes du printemps, les rayons bienfaisants du soleil d’été, par les souffles capricieux de l’automne ou les vents glacials de l’hiver ? Puis les femmes ornèrent son chapeau de feutre noir, aux larges bords, d’un minuscule bouquet, l’enguirlandèrent de fleurs et de verdure, et les amassèrent sur sa poitrine. C’est ainsi que leur chef devait entreprendre son dernier et éternel voyage.
Le jour des funérailles est arrivé.
Par un ciel couvert, qui semble pleurer, la bière est apportée au milieu des roulottes. Les uns après les autres arrivent : hommes, femmes et enfants. Ils viennent dans une attitude de sympathie et de recueillement lui rendre un dernier hommage et asperger le cercueil d’eau bénite.
M. le curé Kieffer, accompagné de quatre enfants de choeur, commence la cérémonie funèbre.
Des hommes de Kaltenhouse chargent le cercueil sur leurs épaules, car ce serait infliger un grave affront aux tziganes que de leur refuser cet honneur, et le cortège se met lentement en branle, ayant à sa tête, après le clergé, le nouveau roi des tziganes.

tziganes
John Atkinson

Ils sont là environ 45 hommes et 35 femmes : les hommes vêtus de leurs plus beaux habits; les femmes, elles, ont échangé leurs mouchoirs, fichus et tabliers, aux couleurs bariolées, contre des vêtements noirs.
L’une d’elles marche au centre, revêtue d’une jupe de soie plissée, lui tombant sur les genoux : c’est sans doute la compagne du nouveau roi des tziganes. Sur tout le parcours conduisant à l’église les femmes récitent leurs prières à haute voix.
Toute la population de Kaltenhouse, elle aussi, a voulu s’associer à la seconde partie du suprême voyage du père Hoffmann.
La cérémonie liturgique est terminée.
Nous nous retrouvons au cimetière, au bord de la tombe encore béante, sur laquelle chaque homme, en venant s’incliner, a encore tenu à asperger le cercueil d’eau bénite. Quant aux femmes, elles sont restées en dehors du cimetière.
Dans le coin spécialement réservé aux nomades, émergent trois ou quatre croix rongées par le temps, l’herbe et les ronces.
Combien de fois reviendront-ils ces éternels pèlerins errants revoir la tombe du vieux chef qu’ils vénéraient? Rarement … peut-être jamais !
Ils pleurent et se lamentent en entourant une dernière fois la sépulture qui, bientôt, se refermera pour toujours …
Dans l’après-midi qui a suivi l’enterrement, comme le veut le rite tzigane, la roulotte du défunt a été brûlée publiquement avec tout son inventaire.
C’est ainsi qu’opère cette curieuse gilde, dont la patrie n’est nulle part et dont le roi ne repose ici de son dernier sommeil que parce qu’il l’a voulu.
En regardant mélancoliquement ce petit peuple errant, avant qu’il ne se disperse à tous les coins de l’horizon, nous nous adonnons à des réflexions empreintes de la plus profonde sympathie à son égard.
De petits enfants, pieds nus, inconscients et insouciants, nous accostent en nous tendant la main. Par pitié, nous leur donnons. Ils nous quittent avec un sourire reconnaissant sur les lèvres.
Le ciel est chargé de nuages.
Nous apercevons sous l’une des dernières maisons roulantes un marmot, couché sur des chiffons, qui crie à pleins poumons, à vous fendre l’âme. Il est si beau et fort pour son âge, ce petit, que nous pensons malgré nous que ce sera peut-être un jour un des dignes successeurs du père Hoffmann. Laissant derrière eux le roi des tziganes, qui dort son dernier sommeil, au pied de l’église de Kaltenhouse, la troupe entière a repris  son incessant voyage en donnant un dernier regard au champ de manoeuvres de Hagueneau et d’Oberhoffen, où le sable mouvant évoque des routes sans direction, ni limites.

« Revue de folklore français. »   Louis  Schély, Paris, 1934.

Aux ânes bien nés …

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savants

Dans les démolitions et fouilles faites à Belleville et aux environs des carrières, par ordre de la police, on a trouvé une pierre avec des caractères.

on l’a crue digne de l’examen de messieurs de l’Académie des inscriptions et belles-lettres ; en conséquence elle leur a été apportée à grands frais. Les commissaires nommés pour l’explication se sont donné beaucoup de peine, afin de rendre les lettres lisibles. Voici quelles elles sont, et l’ordre figuré de leur arrangement:

Anes

Mais quand il a fallu rechercher dans quelle langue étaient écrits ces caractères, et ce qu’ils signifiaient, ils se sont inutilement cassé la tête. Ils ont consulté M. Court de Gébelin, le savant auteur du Monde primitif, et l’homme le plus versé dans la connaissance des hiéroglyphes ; il s’est avoué incapable d’y rien comprendre. Le bedeau de Montmartre, entendant parler du fait et de l’embarras des académiciens, a prié qu’on lui fit voir la pierre ; et, sans doute instruit de son existence antérieure, il en a donné sans difficulté la solution en assemblant simplement les lettres, qui forment ces mots français : Ici le chemin des ânes. Il y avait dans ces cantons des carrières à plâtre, et c’était une indication aux plâtriers qui venaient en charger des sacs sur leurs ânes, dont ils se servent pour cette expédition.

Bachaumont, « Mémoires secrets.«