Les pas du Diable dans le Devonshire

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Nous sommes le 7 février 1855. Tout le sud-ouest de l’Angleterre est balayé depuis le matin par une épouvantable tempête. Un vent d’une violence inouïe déracine les arbres, enlève les toits, abat les clochers et arrache les pierres tombales des cimetières, laissant les caveaux béants et les cercueils éparpillés …

Barricadés dans leurs maisons, les habitants du Devonshire sont terrorisés. Certains diront plus tard: « Ce fut une nuit infernale, le vent hurlait comme un millier de sorcières… »

Soudain, vers cinq heures du matin, le vent se calme, le bruit cesse et la neige se met à tomber à gros flocons. Ce silence, après la tourmente, inquiète tous ceux qui n’ont pas fermé l’œil de la nuit.

Nous avions l’impression, dira l’un d’entre eux, d’une espèce de menace … Avec ma femme qui tremblait de peur, contre moi, nous redoutions quelque chose de surnaturel. Tout était tellement étrange cette nuit-là.

C’est à Blayford que la chose va se passer.

Il est environ six heures lorsque, tout à coup, un hurlement aigu, terrifiant, éclate près du village. Un hurlement de chien que l’on entend à près d’un kilomètre à la ronde. Les braves gens s’enfouissent sous leurs édredons. Puis c’est, de nouveau, le silence.

Vers huit heures, le jour se lève et les habitants de Blayford ouvrent peureusement leurs volets. La neige ne tombe plus, mais la campagne est toute blanche. Maintes fois les villageois du petit bourg anglais ont eu ce spectacle à leur réveil et ils y ont toujours trouvé matière à émerveillement. Aujourd’hui, inexplicablement, ils sont pris d’angoisse. Une femme, malhabile à exprimer son malaise, dira: « Il flottait comme un malheur sur nous … »

Pourtant, dans la matinée, un garçon de ferme va faire un tour pour constater les dégâts causés par la tempête. Il remarque alors des empreintes étranges. Des empreintes comme il n’en a jamais vues et qui ne correspondent à aucun animal connu dans la région. Elles ont la forme d’un petit sabot de cheval et trouent la neige avec une régularité mathématique. Le garçon, fort intrigué, les suit à travers champs et arrive bientôt près des restes déchiquetés du chien qui a hurlé si atrocement au petit matin.

Il se penche et constate (ce sont ses propres paroles) « que le pauvre animal est mort de blessures qui n’ont pu lui être faites ni par un homme ni par une bête » …

Il revient en courant alerter le village:

– Venez-voir, dit-il, il y a de curieuses empreintes !

Les habitants de Blayford se précipitent et constatent que le garçon de ferme n’a pas menti.

Or, au même instant, dans tout le Devonshire, les paysans découvrent les mêmes traces de pas dans la neige fraîche. Il y en a sur plus de 160 kilomètres ! …

Les journalistes du comté relatent, bien entendu, le phénomène, faisant remarquer que les empreintes, qui forment comme des pointillés sur des lignes rigoureusement droites, mesurent chacune dix centimètre de long sur sept centimètres de large, et qu’elles sont très régulièrement à vingt-cinq centimètres les unes des autres …

L’un d’eux écrit:

« Ces empreintes ne marquent aucune pause. Quelle qu’elle soit, la créature inconnue marchait sur des sabots à pas courts, sautillants, d’une façon inexplicable sans arrêt ni repos, et elle parcourut ici plus de trente kilomètres durant la nuit tragique du 7 février, franchissant des rivières, escaladant les murs de plusieurs maisons et marchant sur les toits pour finalement aboutir au petit cimetière du village sans oser y pénétrer …« 

Des zoologistes viennent bientôt de Londres examiner ces traces étranges qui demeurent visibles dans la neige glacée. Aucun ne parvient à identifier l’animal qui a parcouru en tous sens (et toujours en ligne droite) le sud-ouest de l’Angleterre.

L’un d’eux devait écrire quelques jours plus tard dans l’Illustrated London News:

« Ce mystérieux visiteur n’est généralement passé qu’une fois à travers chaque jardin ou chaque cour, et il l’a fait dans presque toutes les maisons de nos différentes villes, ainsi que dans les fermes éparses aux alentours; cette piste régulière passe, dans certains cas, sur les toits, sur des meules de foin, ou escalade des murs très élevés (dont un de 4,50 m) sans déplacer la neige ni d’un côté, ni de l’autre, et sans que soit modifiée la distance entre les empreintes, comme si l’obstacle n’avait pas gêné cette étrange créature. Les jardins entourés de haies hautes ou de murs, et avec des portes fermées, furent visités aussi bien que ceux qui n’étaient pas clos. »

Un autre note que « deux habitants d’une commune ont suivi une ligne d’empreintes pendant trois heures et demie, en passant sous des rangées de groseilliers et d’arbres fruitiers en espaliers; perdant ensuite les empreintes et les retrouvant sur le toit de maisons auxquelles leurs recherches les avaient menés« .

Plus loin, il ajoute que ces empreintes  » passaient par une ouverture circulaire d’une trentaine de centimètres de diamètre et dans une conduite de drainage de 15 cm; enfin qu’elles traversaient un estuaire de près de 3,500 km de large « 

Un troisième écrit: « Ces traces sont étranges car la neige est complètement enlevée, comme si elle avait été taillée au diamant ou marquée au fer chaud … »

Naturellement, de nombreuses hypothèses furent émises aussi bien par les journalistes que par les savants qui se penchèrent sur cette affaire. Certaines étaient extravagantes. Quelqu’un suggéra, par exemple, que ces marques étranges avaient pu être faites « par un ballon traînant son anneau d’amarrage au bout d’une corde« . Mais cette explication parut absurde. En effet, comment un anneau de métal aurait-il pu déchiqueter le chien de Blayford; et par quel miracle cet anneau, attaché à un ballon poussé par le vent, aurait-il laissé des traces sans bavures, disposées en ligne droite et régulièrement espacées de 25 centimètres ? …

Un journaliste proposa qu’il pouvait s’agir de traces laissées par un kangourou échappé d’une ménagerie. Les zoologistes lui répondirent qu’il était extrêmement rare que des kangourous sautent sur une seule patte, et qu’en outre, ils n’ont pas de sabots …

D’autres enquêteurs essayèrent d’expliquer la présence de ces traces par un phénomène atmosphérique. Il leur fut répondu avec pertinence qu’on n’avait jamais encore vu un phénomène atmosphérique laisser des empreintes de sabot …

Finalement, aucune des hypothèses émises n’ayant été retenue, les journaux publièrent les propos embarrassés des zoologistes, des physiciens et des météorologues. L’un d’eux, le Dr Williamson, alla jusqu’à écrire ceci :

« Ces millions d’empreintes constituent une énigme absolue. Ni un homme, ni un animal, ni une machine n’est en effet capable de laisser de telles marques. Ce phénomène est inexplicable. En conséquence, le mieux, à mon avis, est de l’oublier. »

Déclaration surprenante, on en conviendra, de la part d’un savant.

Mais les paysans du Devonshire, eux, n’oublièrent pas et ils donnèrent un nom à ces traces mystérieuses: ils les appelèrent les Pas du Diable … Appellation peu scientifique, sans doute, mais qui leur est restée. Et c’est sous ce nom que les historiens les désignent encore aujourd’hui …

« Nouvelles histoires magiques. »  Guy Breton & Louis Pauwels, Albin Michel, 1978.

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Le baiser de la mort

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Egon Schiele

Egon Schiele est né le 12 juin 1890 dans une petite ville de la vallée du Danube autrichien. Sa mère est une Allemande du sud de la Bohême. Son père est viennois, cheminot, et exerce à Tulln an der Donau le noble métier de chef de gare.

Schiele le Jeune est un dessinateur et peintre d’un immense talent, à tendance nettement scandaleuse. Sa mère dira plus tard de lui: « – Il a eu beaucoup de succès. Il avait de beaux yeux. Il les a toutes ensorcelées. »

Il se forme à l’Ecole des arts décoratifs de la capitale autrichienne, dispensé d’examen d’entrée tellement ses dons sont évidents. Ensuite, il retourne en province, où les péripéties d’une jeune modèle lui vaudront l’opprobre public et un mois de prison.

Plus tard, il rencontre Edith Harms, qui ne voit pas d’inconvénient à devenir sa femme: le couple convole en noces simplifiées en juin 1915, avant de s’installer à Vienne. Schiele fera dès lors de très nombreux portraits de son épouse, qui était moins jolie que ne pourraient le laisser penser les œuvres en question. Adèle, la petite sœur, est plutôt mieux. Schiele éprouvera les délices du partage fraternel, dont la cadette semble aussi posséder un sens aigu.

A l’automne 1918, l’épidémie de grippe espagnole prend les allures d’une hécatombe à Vienne. Il faut rappeler que cette grippe extrêmement virulente a fait, en Europe, plus de morts que la Grande Guerre. Naturellement, quatre années de conflit et les privations afférentes ne sont pas pour améliorer les défenses immunitaires.

Edith, enceinte, tombe malade. Faisant preuve d’un dévouement surprenant, Egon la veille assidûment. Malgré ses écarts de conduite, Schiele aime sincèrement sa femme, qui bientôt sera emportée avec leur enfant. Conscient d’un danger fatal, il étreint une dernière fois Edith, le 28 octobre. Elle meurt quelques heures après.

Par cet ultime baiser, le trop tendre Egon Schiele s’est contaminé: il tombera bientôt malade à son tour, avant de mourir le 31 octobre, à l’âge de vingt-huit ans.

Il aura fait vivre, avec Gustav Klimt et Oscar Kokoschka, le groupe des « peintres de la Sécession ». Ses principales œuvres sont visibles à Vienne et à New York.

Olivier Chaumelle

« La tortue d’Eschyle et autres morts stupides de l’Histoire. »  Editions des Arènes, 2012

La fin mystérieuse de Charles d’Amboise

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Charles d'Amboise

Tous les chroniqueurs de l’époque sont d’accord: jamais on ne vit plus abominable massacre. Jamais on ne vit plus de sang, de cervelles et d’entrailles répandus dans les rues d’une cité.

Cela se passa le 25 mai 1479. Ce jour-là, à six heures du matin, les habitants de Dole, qui était assiégée depuis trois mois par les troupes royales commandées par Charles d’Amboise, entendirent soudain  » grand fracas et grandes rumeurs « : un groupe d’Alsaciens venait de pénétrer dans leur ville « par ruse et félonie« . Aussitôt, par ces traîtres, la herse fut relevée, le pont-levis descendu et la résidence préférée des ducs de Bourgogne livrée aux soldats de Louis XI. Tremblant de peur au fond de leurs maisons, les Dolois entendirent d’abord un piétinement de chevaux et des cliquetis d’armure, puis une voix terrifiante leur parvint, une voix inhumaine qui hurlait:

Tuez-les tous !

Terrorisés, la plupart allèrent se cacher dans leurs caves. Quelques-uns, pourtant, voulurent voir le visage de cet homme qui les condamnait ainsi à mort. S’approchant des fenêtres, ils aperçurent par les fentes de leurs volets, un cavalier « aux prunelles étincelantes » qui, debout sur ses étriers, incitait ses hommes au carnage. C’est de la sorte que les Dolois virent pour la première fois ce prince diabolique, connu dans le royaume pour son goût du sang, ce grand favori de Louis XI, cette bête humaine sans pitié aucune dont le nom faisait trembler de peur des provinces entières: Charles d’Amboise.

Parcourant les rues sur son cheval noir en lançant ses cris de mort, il arriva bientôt devant l’église Notre-Dame où des compagnies doloises d’archers et d’arquebusiers tentaient de se défendre. Alors, avec un gros rire, il hurla: –

Tuez-les tous ! Qu’il n’en reste pas un ! … Je veux voir le sang des Comtois couler comme une rivière dans les rues de Dole … Allez ! Tuez-les ! Tuez-les tous !

Les français se ruèrent aussitôt sur les maisons, enfonçant portes et fenêtres, et le prince donna le signal du massacre en faisant sauter la tête d’une femme d’un coup de hache. Immédiatement, ce fut la ruée. Jamais on ne vit pareille boucherie. Pendant quatre heures, on tua, on viola, on éventra, on fit éclater des crânes à coups de masse. Des familles entières furent passées au fil de l’épée, d’autres brûlées vives dans des caves (dont l’une sera appelée Cave d’Enfer) … Il y eut des cadavres partout. On pataugeait dans le sang, dans les boyaux et les débris de cervelle … Vers dix heures, les soudards les plus féroces, les plus cruels, commencèrent à se lasser de tuer. Mais Charles d’Amboise, Charles le satanique, dont la cuirasse était rouge de sang, les excitait. Les yeux hors de la tête, la bave aux lèvres, il s’égosillait:

Tuez, tuez ! …

Et la boucherie continua. Quand on n’eut plus d’épée, on égorgea, on poignarda, on assomma, on étrangla. Il n’y eut bientôt plus personne à exterminer. Alors Charles d’Amboise s’en prit aux cadavres. Comme il n’y avait plus personne de vivant, il coupa la tête des morts; et cette épouvantable besogne l’amusa. Il hurlait de rire :

Regardez-les, ces vers de terre ! criait-il.

Tandis qu’il s’acharnait sur son vingtième corps décapité, un soldat vint lui apprendre qu’un groupe de Dolois s’était réfugié sur une maison. Il se redressa, l’œil mauvais, et allait s’y précipiter quand il se ravisa:

Qu’on les laisse pour graines ! dit-il. Ils feront des petits que nous aurons plaisir à venir tuer dans dix ou quinze ans ! …

Le lendemain et les jours suivants, Charles d’Amboise, poussé par une véritable folie meurtrière (ses contemporains diront: « possédé par l’Ange du Mal »), va continuer à incendier des villages, à violer et à occire de malheureux Comtois par centaines. Pendant tout le printemps 1479 et pendant tout l’été et pendant tout l’automne, inlassablement il va tuer « avec un sourire de loup ». L’hiver le ramènera auprès de Louis XI qui en fera son conseiller et le gouverneur de la Bourgogne. Mais, dès les premiers beaux jours de 1480, il repartira, l’épée à la main, affamé de cadavres et assoiffé de sang. En le voyant passer avec ses yeux verts trop brillants, son visage triangulaire et ses longues mains fines, les gens disent :

C’est le Diable !

A la fin de l’année, il décide de se rendre dans son château de Chaumont-sur-Loire pour y organiser une fête. Mais à Tours, un mal le terrasse soudain. Transporté dans un manoir voisin, il s’alite, ruisselant d’une sueur fétide, et se met bientôt à pousser des cris horribles … Les médecins accourent et veulent l’ausculter. Il les injurie et continue à hurler de douleur. Il fait des bonds, des soubresauts sur sa couche.

« Il se tord, nous dit un témoin, comme s’il était la proie des flammes. »

Finalement, il entre en agonie. Une agonie si étrange, si peu naturelle que les gens qui l’approchent ne cessent de faire des signes de croix. Or, ces gestes semblent, non seulement l’épouvanter, mais le faire souffrir. Il émet des plaintes effroyables, inhumaines, qui font penser, tantôt à des hennissements, tantôt aux cris d’un porc qu’on égorge. Après quoi, il hurle des blasphèmes, insulte Dieu, injurie les saints, outrage la Vierge et maudit le pape, à la consternation de son entourage. On pense alors sérieusement qu’il est possédé du démon. Des moines viennent pour l’exorciser. Il les repousse grossièrement, leur crache au visage et prononce tant de phrases sacrilèges que les malheureux se sauvent, épouvantés …

Enfin, le 14 février 1481, après une crise de convulsions qui le jette presque hors du lit, Charles d’Amboise meurt. Il a sur le visage un rictus si repoussant que personne n’accepte de veiller son cadavre. Trois jours plus tard, on va l’enterrer. Pour ce personnage considérable qui est conseiller intime du roi, gouverneur général de l’Ile-de-France, de la Champagne et de la Bourgogne, c’est-à-dire l’un des plus hauts dignitaires du royaume, des obsèques solennelles ont lieu en l’église des Cordeliers d’Amboise. Il y a là, sous un dais, l’évêque d’Albi, frère du défunt, des princes, des abbés mitrés et des pénitents en cagoule. A l’autel, un cordelier dit la messe des morts. Mais voilà que, soudain, au moment de la consécration, ce moine se met à gesticuler. Les assistants, stupéfaits, le voient agiter les bras comme s’il repoussait quelque chose ou quelqu’un d’invisible. Plusieurs fois, il descend et remonte les marches en trébuchant. Puis il s’arrête, adossé au tabernacle, l’air terrifié. A ce moment (il le racontera plus tard) une voix qu’il est seul à entendre, lui clame à l’oreille.  

– Arrête, prêtre, arrête ! Ta messe est inutile ! Sans objet ! Risible ! … Ce damné est déjà chez moi, corps et âme … A quoi bon bénir un cercueil vide ! … Car ce cercueil est vide ! …Vide !

Le pauvre cordelier, l’espace d’un instant, croit voir devant lui un personnage grimaçant. Tremblant, livide, il se signe, descend les degrés de l’autel, marche vers le catafalque et crie:

– Ouvrez ce cercueil ! …

L’évêque d’Albi se lève et demande des explications.

– Ouvrez ce cercueil ! répète le cordelier. Je ne continuerai à dire cette messe qu’après avoir acquis la certitude que le corps du seigneur d’Amboise est bien là …

Alors, les gardes retirent le drap mortuaire et ouvrent le cercueil. L’assistance pousse un cri: – Il est vide ! Aussitôt, princes, évêques, prêtres mitrés, moines, pénitents et gens du peuple, pris de panique, courent vers la porte et s’enfuient. Et jamais, jamais, on ne retrouva le corps de Charles d’Amboise …

« Histoires extraordinaires. »  Guy Breton & Louis Pauwels, Albin Michel, 1980.

Durandal, l’épée de Roland

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chapelle Notre-Dame de Rocamadour
La chapelle Notre-Dame de Rocamadour. photo: dansmabonjotte.canalblog

Suspendu à un rocher à pic dominant la gorge de l’Alzou, le village de Rocamadour est l’un des hauts lieux de pèlerinage Français.

D’après la légende, on aurait retrouvé en 1166, dans une grotte, le corps miraculeusement intact de saint Amateur (ou Amadour), lequel donna son nom au site. Dès lors, Rocamadour, consacré  » rocher marial de l’Europe  » (on vient y adorer une Vierge noire) attira de l’Europe entière et même de Proche-Orient des milliers de de pèlerins, parmi lesquels Raymond Lulle, saint Bernard et des rois de France .

Une autre légende entoure le rocher mystique, celle du célèbre paladin Roland, pair de Charlemagne vaincu par les sarrasins dans les Pyrénées, au VIIIème siècle. Lors de la bataille de Roncevaux, qui lui fut fatale, Roland aurait lancé sa fameuse épée Durandal, en criant que là où elle tomberait, Rocamadour serait.

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L’épée de Durandal. Photo: alexdesign.free.fr

De fait, l’épée est toujours visible, fichée dans le rocher, à proximité du toi de la chapelle Notre-Dame. Pour l’apercevoir, il vous aura fallu, à l’exemple des pèlerins du Moyen Age, gravir les 216 marches du grand escalier qui conduit du village aux sanctuaires dédiés à saint Amadour; pas moins de sept églises et chapelles en tout.

Un chemin de pénitent qui est aussi un retour aux origines, où se conjuguent les héritages chrétien et chevaleresque.

« A la découverte de la France mystérieuse. »  Sélection du Reader’s Digest, 2001.

Le fantôme de Borley

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Le fantôme de Borley

Le rectorat de Borley, dans l’Essex, en Angleterre, a connu des ennuis dès sa fondation vers 1860. Il se peut que son apparence d’édifice hanté (une monstruosité architecturale de trente pièces) y soit pour quelque chose.

Ses premiers locataires, le pasteur Henry Dawson, sa femme et leurs quatorze enfants, racontaient d’étranges histoires de bruits et prétendaient avoir vu à plusieurs reprises le spectre d’une religieuse. Après la mort du pasteur, son fils aîné, Harry Bull, assuma les charges de la cure de 1892 à 1927. Des événements hors du commun continuèrent de se produire. On voyait si souvent la religieuse que le domaine finit par être appelé la Promenade de la Religieuse. On prétendait même avoir vu un cocher sans tête conduire une diligence dont les chevaux crachaient le feu.

Les locataires suivants, le pasteur G. Eric Smith et sa femme, n’y demeurèrent que quelques mois et mirent leur départ précipité sur le compte de l’étrangeté de ce qui se passait.

Enfin, arrivèrent le pasteur Lionel Foyster, sa femme Marianne et leur fille. Les histoires reprirent de plus belle et Marianne s’entêta même à soutenir qu’un fantôme l’avait giflée au visage et l’avait fait tomber de son lit.

Harry-Price
Harry Price

Le laboratoire britannique de parapsychologie décida de mener sa propre enquête. Son fondateur, Harry Price, passa une petite annonce dans le Times de Londres afin de trouver des gens disposés à l’aider à surveiller le rectorat hanté. L’annonce faisait appel à des observateurs objectifs, dotés d’esprit critique et intelligents. Price en prit quarante avec lui. Cette fois encore, il fut question d’objets qui se déplaçaient et de bruits inexplicables. Le commandant A.B. Cambell raconta avoir été frappé par une savonnette volante tandis qu’un autre bénévole, un professeur de philosophie du nom de C.E.M. Joad, affirma avoir vu un thermomètre descendre de 10 degrés sans raison apparente.

Les Foysters finirent par abandonner les lieux et Price lui-même s’y installa. Il put alors signaler des phénomènes très divers. Assez en tout cas pour remplir un livre. Ce qu’il ne manqua pas de faire par la suite. Après sa mort, certaines mauvaises langues prétendirent pourtant que Price avait lui-même fabriqué certains phénomènes et qu’il en avait grossi d’autres pour attirer l’attention.

Harry Price aux côtés du révérend et de sa famille.
Harry Price aux côtés du révérend et de sa famille.

Les choses prirent une autre tournure après l’incendie qui rasa l’édifice en 1939. Le révérend W.J. Phytian-Adams, un chanoine de Carlisle, au Canada, émit alors l’hypothèse qu’il se pouvait que la religieuse que l’on avait si souvent vue n’ait pas été anglaise, mais française. On racontait en effet qu’une femme du nom de Marie Lurie avait déserté son couvent au XVIIIème siècle pour s’enfuir avec son amant. Elle serait venue en Angleterre, mais son vaurien d’amant l’aurait assassinée. Après l’avoir étranglée, il l’aurait enterrée sous les fondations de l’édifice qui se trouvait à l’endroit où le rectorat de Borley fut construit ultérieurement. Après l’incendie, on découvrit réellement une tombe qui contenait en effet quelques reliques religieuses et un crâne de femme.

Il semble que la destruction du rectorat ait mis fin aux pérégrinations de la religieuse, mais l’histoire ne s’arrête pas là: une équipe de chercheurs qui faisait des fouilles sur le site a entendu d’étranges bruits dans la nuit, a enregistré de surprenantes variations de température, a aperçu des feux d’origine inconnue et détecté des odeurs inhabituelles dans les ruines.

« Les phénomènes étranges du monde. »  Robert Laffont.

L’homme à ressorts

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On peut se demander si Charles Dickens lui-même, avec le sens de l’humour qu’on lui connaît, aurait pu inventer un personnage comme Jack Talons-à-Ressort .

Celui qu’on surnomma ainsi fit son apparition vers 1830. Il hantait Barnes Common, dans le Sud-Ouest de Londres, sautant sur les passants, les assaillant physiquement et s’enfuyant aussitôt au moyen de ses sauts invraisemblables. L’une de ses premières victimes fut une jeune fille de 18 ans, Lucy Sales, qu’il attaqua alors qu’elle rentrait chez elle dans Green Dragon Alley. La forme voilée surgit de l’ombre, cracha des flammes qui aveuglèrent temporairement Lucy, puis disparut comme elle est était venue.

Une autre de ses victimes fut Jane Alsop, qui habitait dans Bearhind Lane. On frappa à sa porte et, lorsqu’elle ouvrit, elle se trouva en face d’une forme enveloppée dans une cape qui lui dit:

   » – Je suis policier. Pour l’amour de Dieu, donnez moi de la lumière. Nous avons attrapé Jack Talons-à-Ressort dans la rue, près d’ici. « 

Elle revint avec une chandelle, mais le « policier » s’était entre-temps débarrassé de ses vêtements. Jane se retrouva devant l’horrible spectacle d’un être vêtu de collants couleur chair et d’un uniforme blanc ajusté surmonté d’un casque orné de cornes. Il sauta aussitôt sur Jane et commença à la caresser avec insistance. Par la suite jane décrivit son assaillant comme un homme au « visage monstrueux », aux yeux brûlants comme des boules de feu. Ses mains étaient terminées par des griffes glacées et il crachait des flammes bleues et blanches.

L’hystérie se répandit dans le quartier. On organisa des détachements armés chargés de monter la garde mais Jack Talons-à-Ressort se jouait, en sautant, de ceux qui voulaient le capturer. L’une de ses dernières manifestations se produisit dans les baraquements militaires d’Aldershot en 1877. Là, il attaqua trois sentinelles qui tirèrent en vain sur lui.

On a prétendu que Jack Talons-à-Ressort était un fils de famille prodigue, Henry, marquis de Waterford, à qui on prêtait l’agilité extraordinaire de Jack et qui avait, croyait-on, fixé des ressorts de voiture à ses chevilles. Une telle hypothèse est aussi tirée par les cheveux que les récits de Jack crachant le feu. Il eu alors fallut que le marquis de Waterford tienne son rôle pendant une quarantaine d’années, ce qui n’aurait pas été une mince prouesse pour un homme qui aurait alors eu près de soixante ans à l’époque des événements.

Quant à la théorie des ressorts, elle n’est en rien renforcée à la suite de l’expérience faite par des parachutistes allemands durant la Seconde Guerre mondiale. Ils avaient eux aussi essayé de porter des ressorts destinés à faciliter leurs atterrissages. Il n’en résulta que des chevilles brisées.

Extrait de: « Les Phénomènes étranges du monde« , Editions du Rocher.

Son « ami » le fantôme

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Frederick-Fisher

Un soir du mois de juin 1826, Frederick Fisher sortit ivre mort d’un pub de Cambelltown, dans les New South Wales. C’est là que l’on perd sa trace, et, malgré les recherches, il ne donnera plus aucun signe de vie.

Fisher avait déjà connu les hauts et les bas de la vie: il avait fait de la prison et s’était enrichi comme fermier. Justement, à peine quelques mois plus tôt, on l’avait mis sous les verrous pour dettes et, avant de purger sa peine, il avait confié sa ferme à un ancien camarade de cellule, George Worrall.

Dans le pays, on commença à avoir des soupçons après que Fisher eut disparu en sortant du pub et que l’on eut aperçu Worrall vêtu d’un de ses pantalons. S’il fallait en croire Worrall, Fisher s’était embarqué pour l’Angleterre à bord du Lady Vincent. La police n’ajouta pas foi à ses déclarations et promit 100 livres à qui fournirait des informations permettant de découvrir son cadavre.

On poursuivit l’interrogatoire de Worrall, qui finit par reconnaître que quatre de ses amis avaient tué Fisher. Les policiers se méfièrent et préférèrent arrêter Worrall. pourtant, sans cadavre, il était difficile de faire la preuve de sa culpabilité. Les autorités et Worrall restèrent sur leurs positions jusqu’à l’hiver suivant.

Un soir, James Farley, un fermier bien connu des environs, fit par hasard un détour par la maison de Fisher. Un personnage sinistre, assis sur la balustrade du perron de la maison, scrutait fixement un point dans l’enclos de chevaux de Fisher. Convaincu d’avoir affaire à un fantôme, Farley prit la fuite. Il prévint l’agent Newland, qui fit une battue sur le domaine de Fisher, en compagnie d’un guide du pays.

Ils trouvèrent d’abord des traces de sang sur la balustrade, puis en creusant à l’endroit où, selon Farley, le fantôme semblait regarder, ils tombèrent sur le corps de Fisher. Il avait été battu à mort.

Worrall finit sur l’échafaud, le fantôme de l’ami qu’il avait assassiné avait lui-même apporté la preuve de sa culpabilité.