L’orgue à double-fond

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orgue

Un joueur d’orgue, de ces colporteurs ambulants de musique, qui parcourent la ville et la province, un buffet harmonieux sur le dos, se trouva las de l’ingratitude de son métier laborieux.

Après avoir donné audience à ses pensées, pensa qu’il serait très facile , au moyen d’un double-fond bien ménagé dans son buffet, de se faire de jolis petits bénéfices en contrebande. En effet, un luthier arrange le tout pour le mieux, et notre colporteur d’harmonie passe impunément maintes pièces de nankin, de mousseline, de piqué et de batiste. Le rusé normand ne bornant pas là sa bonne fortune, avait encore le front de jouer chaque fois qu’il passait en face des douaniers, l’air moqueur de:

Va-t-en voir s’ils viennent Jean ,
Va-t-en voir s’ils viennent.

Les douaniers l’ayant soupçonné, à force de chercher trouvèrent son secret, et en le conduisant au bureau de l’inspecteur-général, ils le forcèrent de jouer tout le long du chemin :

Va-t-en voir s’ils viennent Jean,
Va-t-en voir s’ils viennent.

« Les Farces nocturnes des contrebandiers et des fraudeurs. » Corbet, Paris, 1821.

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Les mouchettes

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mouchettes

Dans un vieux recueil, nous trouvons cette énigme:

Sans que je sois un arbrisseau,
Deux branches forment tout mon être;
L’art fait de ma tète un fourneau,
Où le feu meurt au lieu de naître.
Cependant mon premier devoir
Est de l’entretenir sans cesse
Vesta ne saurait pas avoir
De plus vigilante prêtresse.
Sur ma pupille, en certain cas,
J’opère une cure nouvelle,
Et, lui mettant le chef à bas,
Je la rends plus vive et plus belle.
On ne me voit guère à la cour,
Mais il est rare, en récompense,
Que j’aille établir mon séjour
Sous l’humble toit de l’indigence.
Enfin, pour parler sans détour,
De la nuit compagne fidèle,
Je ne fais rien pendant le jour,
Ne travaillant qu’à la chandelle.

Ce petit morceau, très gentiment, très ingénieusement tourné, est signé « Blandurel, de Beauvais ». Le mot de l’énigme, qui échappe naturellement aux lecteurs d’aujourd’hui, mais que nos pères devaient facilement trouver, est mouchettes un mot dont la génération qui suivra la nôtre ne connaîtra plus même le sens.

Le progrès des lumières, en prenant l’expression dans son acception positive, a fait disparaître peu à peu l’usage de cet instrument, que les gens d’un certain âge ont encore vu employer dans leur enfance, et qui, absolument délaissé maintenant, jouait un rôle très important chez nos pères.

Les mouchettes étaient indispensables dans toutes les maisons et Dieu sait si ces maisons étaient nombreuses, il y a un demi-siècle où l’on s’éclairait à l’aide de chandelles, dont la mèche devait être fréquemment mouchée par le haut, sous peine de ne donner qu’une triste et fumeuse clarté. D’ailleurs l’invention des mouchettes ne remontait pas à une époque bien éloignée.

On rapporte, par exemple, ce mot de Charles-Quint à un bravache qui disait n’avoir jamais eu peur « Vous n’avez donc jamais mouché la chandelle avec les doigts, car en ce cas vous auriez eu peur de vous brûler. »

Pendant longtemps, les fonctions de moucheurs de chandelles dans les théâtres furent au nombre des offices très utiles. On disait proverbialement alors d’une personne qui éteignait la chandelle en la mouchant, ou qui commettait au figuré quelque maladresse analogue « Il ne sera jamais moucheur à l’Opéra. »

Pour saisir toutes les allusions de l’énigme, il faut savoir que, au temps même où l’usage des mouchettes était le plus généralement répandu, on ne les voyait pas chez les gens très riches, qui s’éclairaient aux bougies de cire, dont la mèche très fine se consumait d’elle-même, comme celle de nos bougies de stéarine; et dans les basses classes de la ville et de la campagne, la chandelle se mouchait le plus souvent avec les doigts.

Histoire ancienne que tout cela !

« Curiosités historiques et littéraires. » Eugène Muller, Delagrave, Paris, 1897.

Outre-tombe

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Roy Louis
Roy Louis

Il vient encore, au courant de la semaine qui vient de finir (janvier 1887), de se produire un de ces faits qui font frémir d’épouvante.

Dans la commune de Distié, près de Saumur, un jeune homme a été enterré vivant: en se rendant de l’église au cimetière, les porteurs crurent entendre de légers coups venant du cercueil ; mais ils n’y prirent pas autrement garde ; on arriva ainsi au cimetière, et le corps fut descendu dans la fosse ; mais pendant que l’on jetait sur le cercueil les premières pelletées de terre, de nouveaux coups se firent entendre; cette fois, le doute n’était plus possible; on remonta la bière, on l’ouvrit, et on vit que le prétendu défunt vivait encore ; malheureusement, la bière n’avait pas été ouverte à temps, l’asphyxie s’était produite, et peu d’instants après le jeune homme expirait.

En vérité, c’est une chose extraordinaire qu’à notre époque, en France, toutes les mesures de précaution n’aient pas encore été prises pour empêcher le retour des inhumations précipitées. Et, pourtant, que de faits n’a-t-on pas cités ! Mais les réformes sont lentes à accomplir. 

Ce n’est que depuis 1792 que les funérailles sont réglementées. Avant cette époque, on faisait à peu près ce qu’on voulait. Les enterrements avaient lieu quelques heures seulement après le décès.

On adopta une loi portant que toute inhumation ne pourrait être faite que vingt-quatre heures après que le défunt avait rendu le dernier soupir. C’était un progrès sur l’état de choses ancien. Mais comme cette loi restait souvent impuissante à prévenir de funestes méprises, le préfet de la Seine, en 1806, adressa aux maires de Paris une circulaire prescrivant qu’à l’avenir le délai de vingt-quatre heures pour les inhumations ne daterait plus de l’heure donnée par les témoins, mais de celle de la déclaration, et que l’examen du décès serait fait par un médecin.

Les choses se passent ainsi à Paris; mais en est-il de même en province ?

Ce qu’il y a de certain, c’est que plus d’une fois on à entendu des plaintes s’élever sur la façon dont les décès étaient constatés, c’est que plus d’une fois l’horrible récit de l’inhumation d’une personne qui respirait encore est venu frapper douloureusement notre esprit !
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M. Camille Flammarion, racontait, il y a peu de temps, un événement terrible qui venait de se produire en Pologne.

On enterrait, près de Varsovie, une femme de vingt-sept ans, qui était enceinte de sept mois. La mort arriva, inattendue, sans avoir été précédée d’aucun symptôme de maladie. Toutefois, comme la défunte avait été souvent maltraitée par son mari, on soupçonna celui-ci d’avoir tué sa femme.

L’autorité fit exhumer le cadavre.

« Quel ne fut pas, dit M. Camille Flammarion, l’étonnement de la commission judiciaire et de toutes les personnes qui assistaient à l’exhumation lorsque, en découvrant la bière, on trouva aux pieds du cadavre de la femme un enfant nouveau-né !  Cet enfant était arrivé à son entier développement. Il était venu au monde dans la tombe, où il avait vécu quelques heures. Ainsi, le tombeau de sa mère avait été en même temps son berceau et son tombeau. Quant à la mère, on a constaté qu’elle avait été enterrée vivante, mais ayant perdu connaissance, et qu’à son réveil elle était accouchée de son enfant, au milieu de souffrances atroces. Ces souffrances ont été révélées par le sang qui s’était desséché sur les lèvres de la pauvre femme, par sa langue que ses dents avaient broyée, et par les doigts des mains qui étaient convulsivement pressés les uns contre les autres. »

Les exemples d’inhumations précipitées ne manquent pas. Un des plus récents est celui qui fut constaté à Paulhaguet (Haute-Loire) au mois de mai 1885. Des enfants qui jouaient près du cimetière entendirent des cris partant d’une fosse ouverte où le cercueil avait été déposé la veille: ils donnèrent l’alarme. On s’occupa de déclouer le couvercle du cercueil. La femme enterrée était encore vivante !
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Être enterré une fois par erreur, c’est déjà beaucoup ; l’être deux fois, cela dépasse un peu la mesure !

Pourtant, la chose est arrivée.

Au mois de mai 1884, on inhuma à Oran un boucher nommé Fauques qui avait été déjà porté deux fois au cimetière. La première fois, c’était en 1848: tombé en catalepsie, il avait été mis en bière et enterré; mais, au moment où l’on jetait la première pelletée de terre, on entendit des cris étouffés, et quand on eut décloué la bière, Fauques se leva, à la grande stupéfaction des assistants. Dix-huit ans plus tard, le malheureux boucher tomba de nouveau en léthargie : c’était pendant une épidémie cholérique; les enterrements se faisaient rapidement; on porta Fauques au cimetière; or, cette fois encore, il se réveilla au moment où on allait descendre la bière dans la fosse. Ce n’est que dix-sept ans après que Fauques se décida à mourir pour tout de bon. 

« Ce cas est analogue, dit M. Camille Flammarion, à celui de ce gentilhomme normand du seizième siècle, François de Civille, qui disait de lui-même « trois fois mort, trois fois enterré et, « par la grâce de Dieu, trois fois ressuscité ».

Veut-on d’autres faits ? A Lecce, en Italie, au mois de décembre 4 884, un portefaix est porté au cimetière après les constatations d’usage: tout à coup, le prétendu mort défonce la bière, se fève et se met à courir. Au mois de janvier de la même année, à Belfort, on était sur le point d’ensevelir un mort, lorsqu’au milieu de l’ahurissement général, celui-ci se dressa sur son séant, ne comprenant rien à ce qui se passait: on lui donna des soins et, le lendemain, il prenait le train pour Besançon.

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Une histoire célèbre dans les annales des causes célèbres est celle de ce domestique de Toulouse qui, après la mort de sa maîtresse, fut pris de l’horrible désir d’aller la dépouiller dans sa tombe des bijoux avec lesquels elle avait été inhumée. Il se rendit dans le caveau de famille où elle reposait. La morte avait au doigt une bague d’un grand prix, mais le violateur de sépulture ne put l’en arracher. Alors, il se saisit de son couteau et trancha le doigt. Aussitôt, la malheureuse poussa un cri: elle n’était qu’endormie et la sensation du coup de couteau l’avait réveillée.

« On pourrait, écrit M. Camille Flammarion, multiplier facilement les faits. Il ne serait pas nécessaire pour cela de remonter jusqu’à André Vésale, qui vit un prétendu cadavre, dont il faisait l’autopsie, se dresser devant lui, ni jusqu’au cardinal Espinosa, qui se réveilla sous le couteau sanglant du chirurgien qui le disséquait. Nous pourrions rappeler l’ouvrage de Bruhier sur l’incertitude des signes de la mort rapportant cent quatre-vingt-un exemples d’inhumations précipitées. »

Un cas des plus curieux est celui de Victorine Lafourcade, en 1810.

Victorine Lafourcade était mariée à un banquier, M. Renelle. Elle mourut. Son amant, Julien Bassuet, eut l’idée d’aller violer sa sépulture pour lui couper une des tresses de sa chevelure. A ce moment Victorine se réveilla. Voici la suite: la jeune femme fut emportée par son amant, avec lequel elle s’enfuit en Amérique; vingt ans plus tard, Bassuet et Victorine revinrent en France, mais le banquier reconnut sa femme et voulut faire valoir ses droits devant les tribunaux: il perdit son procès. Je dois dire que beaucoup de personnes supposèrent que Victorine Lafourcade, pour se rendre libre, avait fait croire à sa mort et qu’elle s’était entendue avec son amant pour que celui-ci vînt l’arracher de sa tombe.
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 Il faut s’arrêter dans cette lugubre nomenclature.

Toutefois, de tels sujets sont d’un intérêt considérable, et il importe qu’on les aborde pour réclamer des mesures capables de mettre fin à d’épouvantables erreurs.

En 1866, à la tribune du Sénat, le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, raconta l’histoire d’un jeune prêtre frappé de léthargie et pris pour mort qui se réveilla au moment même où on allait le mettre en terre, et il ajouta: « Ce prêtre, c’est moi, et je viens demander aux dépositaires du pouvoir de veiller à ce que les prescriptions légales qui concernent les inhumations soient strictement observées et d’en formuler de nouvelles pour prévenir d’irréparables malheurs ! »

L’opinion publique réclame aussi les garanties les plus grandes pour la constatation du décès. Cette constatation doit être faite dans des conditions rigoureuses. Une plaisanterie commune consiste à dire que les médecins tuent leurs clients: ce qui n’est pas moins grave, c’est qu’il prennent des vivants pour des morts et les fassent enterrer.

« La Revue des journaux et des livres. » Jean Frollo, paris 1887. 

Invalide

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Un vieux soldat de l’empire qui avait laissé sur le champ de bataille ses quatre membres principaux, avait dû les remplacer, tant bien que mal, artificiellement.

Le tourneur de son village s’était chargé de la chose; car l’art d’articuler un membre artificiel n’était pas arrivé à la hauteur qu’il a atteinte de nos jours. Chaque soir, le vieil invalide se débarrassait de ses membres inutiles pour se mettre au lit. Un jour ayant changé de domestique, la nouvelle fille qui le soignait ne connaissait pas toutes les infirmités dont son maître était affligé. Le soir venu :

« Tiens, lui dit-il en lui tendant le bras, tire-moi ce bras. »

Et le bras resta entre les mains de la fille ; c’était un bras de bois. Mais jugez de son étonnement quand l’invalide, présentant tous ses membres l’un après l’autre, ne cessait de lui dire :

« Tire-moi cette jambe ; tire-moi l’autre. »

La pauvre fille se mit à trembler de se trouver en face d’un homme de bois, qui n’avait que le tronc, et qui semblait poser sur la chaise, devant elle, comme un de ces antiques dieux de pierre dont le temps avait mutilé les membres. Mais ce n’est pas tout ; le vieux soldat, voulant se réjouir jusqu’au bout de la frayeur qu’elle éprouvait, tendit le cou en lui disant :

« Maintenant, tire-moi la tête. »

Pour le coup, la malheureuse servante, épouvantée, se mit à pousser un cri de terreur, et s’enfuit comme si le diable menaçait de l’emporter.

Le chien du couvent

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Dans un couvent, vingt pauvres recevaient à dîner à une certaine heure du jour. Un chien de la maison ne manquait jamais d’assister à ces repas de charité pour recevoir quelques débris qu’on lui jetait de temps à autre.

Les convives ainsi qu’on peut le penser, étaient pourvus d’un grand appétit, et par conséquent peu prodigues de ce qu’on leur donnait, de sorte que le chien du couvent ne faisait guère que respirer l’odeur d’un repas auquel il aurait bien voulu prendre part. Les portions étaient servies par une personne aussitôt qu’on avait tiré une cloche, et livrées par le moyen de ce qu’on appelle, dans les maisons religieuses, un tour, machine qui tourne sur un pivot, et présente ce qu’on place dans un de ses compartiments, sans découvrir la personne qui fait mouvoir le tour.

Un jour, le chien qui n’avait reçu que quelques croûtes de pain, attendit que les pauvres fussent tous partis, prit le cordon de la sonnette dans sa gueule et le tira de toutes ses forces. Son stratagème ayant réussi, il y eut recours le lendemain avec le même succès.

Enfin le cuisinier s’apercevant qu’il avait donné vingt-une portions au lieu de vingt, voulut découvrir la ruse, ce qu’il effectua sans peine; car s’étant caché et ayant observé les mendiants les uns après les autres, à l’instant où ils venaient chercher leur pitance, il vit aussi le chien sonner la cloche et s’emparer d’une part. Il raconta aux moines le stratagème du chien qui d’après leurs ordres, reçut toujours depuis, au moyen de la cloche et du tour un plat bien ample de toutes les bribes de la cuisine et du réfectoire, en récompense de son intelligente adresse.

L’auto ensorcelée

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Le départ du Paris-Pékin en 1907; au premier plan l' Itala qui va remporter l' épreuve
Le départ du Paris-Pékin en 1907; au premier plan l’ Itala qui va remporter l’ épreuve.

Le journaliste Jean du Taillis, qui accompagnait les concurrents de la course Pékin-Paris, raconte cette aventure dont il a été témoin, le 12 juillet 1907, entre Tomsk el Omsk, à Krasnoiarsk. Toute cette région est habitée par des peuplades prestigieuses de Mongols, Bourials chamanistes, qui pratiquent le culte des esprits. Si les anecdotes que l’on raconte dans le pays sont vraies, c’est à faire dresser les cheveux sur la tête. Mais je ne veux narrer rien que de précis. Arrière donc les anecdotes plus ou moins contrôlées ; il nous suffit d’une histoire vraie et la voici:

Nous roulions donc avec volupté sur cette vraie route où se rencontrent des cantonniers, quand, subitement, un grand diable d’homme, ni blanc, ni jaune, avec des yeux verts, immenses, une barbe rare, mais inculte, des cheveux en broussaille, nous fait des gestes incohérents.

Le rustre porte un accoutrement singulier, une sorte de dalmatique boulonnée; sur ses épaules, comme des reliques, des bottes préhistoriques; sur le chef, un bonnet de velours crasseux, sorte de double toque en soie qui fut jadis rouge. Sa vue nous communique un fou rire.

Calamité des cieux ou enfer ? Le grand diable se démène, gesticule comme un possédé et avance avec des geste menaçants.

Si je n’avais pas ri jusqu’aux larmes, j’aurais eu grand’peur. Mon chauffeur, lui, eut une pensée: embrayer et filer bon train. Mais, à peine avait-il la dextre sur le levier qu’une autre main d’acier saisissait ce levier, le remettant à la position première. Bien plus, le gaillard, saisissant le frein, le manoeuvrait à fond.

Alors Godard me cria :

Quel ivrogne ! Je vais bientôt le remiser !

Mais un coup de poing avait déjà fait lâcher prise à l’homme et, en un clin d’oeil, la Spyker prenait son vol. Au détour du chemin, j’eus à peine le temps de voir un lama, le Rouryate —je juge que c’en était un — agenouillé au bord d’un fossé, le corps ployé vers la terre el mâchonnant des herbes, tout en levant des bras vengeurs dans notre direction .Cinq cents mètres plus loin, sans prévenir, sans raison apparente, pour la première fois, la Spyker arrêtait net.

L’allumage nous joue un tour ! affirma le chauffeur.

Ce sont les esprits offensés qui se vengent ! déclara le reporter.

Qui de nous avait raison ? Je l’ignore encore.

Cormier, Collignon et le fidèle mécanicien Bizac nous rejoignaient 10 minutes plus tard, et, avec Godard, nous examinons attentivement la machine. Comme un médecin se penche sur le malade, tous lui tâtèrent le pouls, écoutèrent la respiration de ses cylindres, interrogèrent successivement le jeu normal des organes, rien, rien, nulle part. Seulement, la magnéto, tournant à merveille, se refusait à donner en bonne place ses étincelles.

Ah ! l’électricité ! Encore un génie en connivence avec les  » sources génies  » et les  » forêts génies  » des Bouryates.

Godard, qui est simpliste, affirma qu’il réparerait promptement et rejoindrait sous peu.

C’est possible, mais pour plus de sûreté et à défaut du mage qui eut son heure de célébrité dans la recherche de l’abbé Delarue, nous vous prions d’insérer dans le Matin cette annonce:  » On demande un spirite capable, pour désensorceler Godard et sa magnéto. « 

 » L’Echo du merveilleux. » n°257, Paris, 1907.

Un bon commercial

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vigne

En 1660, le Beaujolais et le Maçonnais n’avaient d’autres débouchés que la consommation locale et celle des pays environnants. La culture de la vigne était négligée le vin ne se vendait pas.

Claude Brosse, qui avait une cave bien garnie, conçut le hardi projet d’aller jusque dans la capitale chercher un débouché à sa récolte. Il mit deux pièces de son meilleur vin sur une charrette, attela à cette charrette les bœufs les plus robustes de son écurie, et se mit en route pour Paris; le trente-troisième jour de son voyage il y arrivait.

La semaine suivante, la messe du roi, qu’on célébrait au château de Versailles, fut troublée par un curieux incident. Lorsque l’officiant arriva à un moment de la cérémonie durant lequel tous les assistants devaient être à genoux, le roi, promenant son regard sur la foule, remarqua une tête d’homme qui dépassait toutes les autres. Il supposa qu’un des assistants était resté debout. Il ordonna à l’un de ses officiers d’aller faire agenouiller cet irrespectueux personnage. L’officier revint, quelques instants après, annoncer au roi que l’homme qui avait attiré son attention était réellement agenouillé, mais que sa haute taille avait pu causer l’erreur de Sa Majesté. Louis XIV ordonna que cet homme lui fût amené à l’issue de la messe.

Une heure après, on introduisit auprès du roi Claude Brosse, vêtu comme les paysans du Mâconnais, coiffé d’un large feutre et la poitrine couverte d’un grand tablier de peau blanchie, qui descendait jusqu’aux genoux, ne laissant voir que les jambes chaussées de longues guêtres de toile grise.

« Quel motif vous amène à Paris ? » lui demanda le roi.

Claude Brosse fit un beau salut et répondit, sans se troubler, qu’il arrivait de la Bourgogne avec un char traîné par des bœufs, amenant avec lui deux tonneaux de vin. Ce vin était excellent, et il espérait le vendre à quelque grand seigneur.

Le roi voulut le goûter sur-le-champ. Il le trouva bien supérieur à celui de Suresnes et de Beaugency, qu’on buvait à la cour. Tous les courtisans demandèrent alors à Claude Brosse des vins de Maçon, et l’intelligent vigneron passa le reste de sa vie à transporter et à vendre à Paris les produits de ses vignobles.

Le commerce des vins de Maçon était fondé.