M. de Fortgibu et le plum-pudding

Publié le Mis à jour le

plum-pudding

Le plum-pudding est une spécialité bien anglaise, et, vers 1800, le poète Emile Deschamps, encore enfant et en pension à Orléans, en avait goûté une tranche sur les instances de M. de Fortgibu, ami de la famille, qui revenait juste d’un séjour en Angleterre.

Dix ans plus tard, Deschamps, passant devant un restaurant de Paris, remarqua un plum-pudding de belle apparence.Il entra pour en commander une part, mais on lui dit que ce pudding avait été commandé par un autre client.  « Monsieur de Fortgibu, demanda la caissière à un monsieur qui s’approchait, auriez-vous la bonté de partager votre pudding avec ce jeune homme ? » Celui qui avait initié Deschamps au plum-pudding était un vieillard, aux cheveux poudrés, portant l’uniforme de colonel. Il partagea son plum-pudding avec joie, et les deux hommes, heureux de se retrouver, évoquèrent les souvenirs de leurs relations passées.

Bien des années s’écoulèrent. Deschamps, un jour, se trouva invité à un dîner, où on lui annonça qu’il y aurait du plum-pudding au dessert. « Alors, assurément, M. de Fortgibu sera présent », dit Deschamps à son hôtesse, et il lui raconta l’histoire.

Le soir du dîner arriva, et, en fin de repas, on servit aux dix convives un magnifique plum-pudding. A ce moment précis, la porte s’ouvrit, et M. de Fortgibu fit son apparition. Parvenu à un grand âge et un peu désorienté, il s’était trompé d’adresse et ne se présentait à ce dîner,dans une maison inconnue de lui, que par erreur.

Camille Flammarion, « L’inconnu et les problèmes psychiques », 1917.

Publicités

La chapelle Notre-Dame-des-Trois-Cayelles

Publié le Mis à jour le

 

la-voix-du-nord

La chapelle est une petite construction en briques jaunes. Elle est fermée par une porte métallique dotée de barreaux dans sa partie supérieure. A travers les barreaux, on peut distinguer, à l’intérieur, la Vierge appuyée sur un globe étoilé. C’est juste sous la descente de toit, le long du mur latéral, qu’est inscrit le nom de la chapelle. Au fronton, une œuvre moderne représente la mère du Christ couronnée par deux anges.

La tradition prétend que l’endroit ou la chapelle a été érigée fut jadis un lieu fréquenté par les druides. Mais la seule certitude que l’on ait aujourd’hui à propos de ce sanctuaire, c’est sa signalisation sur une carte d’état-major de 1780. Il fut restauré une première fois en 1835 et la dernière restauration remonte à 1989.

 L'abbé Jean Sauty a célébré l'eucharistie sur un autel fabriqué à base d'un tronc d'arbre.

Il est remarquable de constater qu’ici la dévotion, qui semble se pérenniser au fil du temps, ne fut pas pour autant encouragée par l’Eglise, qui au siècle dernier, voyait encore dans ces lieux poindre des restes de paganisme. Il faut attendre 1951 pour y voir le culte officiellement recommandé et devenir aussitôt un succès. C’est ainsi que, chaque 15 août, ce petit coin de forêt attire un nombre considérable de pèlerins venus assister aux vêpres.

Le chiffre trois (dans le nom de la chapelle) a longtemps laissé croire que ce lieu évoquait la sainte Trinité. En fait, il concrétise le souvenir de l’antique culte de trois déesses chargées de protéger un carrefour à trois voies, qui aurait été christianisé par saint Omer en personne. Par ailleurs, le terme picard cayelle, qui signifie chaise, continue d’intriguer. Il fut pourtant jadis souvent employé dans le nord de la France pour désigner un siège important. Ainsi parle-t-on de cayelle préchoire pour évoquer la chaire de l’église ou encore de cayelle batilloire pour nommer le siège en pierre où s’asseyait le seigneur qui rendait la justice.

Soixante ans après sa création, le pèlerinage de Notre-Dame des trois Cayelles toujours vivace

Les trois cayelles, ici, seraient donc, à l’instar de ces objets symboliques de pouvoir, des objets sacrés où s’asseyaient jadis les trois déesses qui protégeaient les lieux, à défaut d’avoir été de simples chaises à l’usage des personnes venues y faire leurs dévotions.

« A la découverte de la France mystérieuse. »   Sélection du Reader’s Digest

Les Gaulois n’étaient pas d’horribles barbares

Publié le Mis à jour le

Photo d'un guerrier gaulois du Ier siècle av. J.-C.

Ils ne se lavent pas, mangent du sanglier cru, ne connaissent pas l’écriture et, en plus, pratiquent le sacrifice humain : FAUX

Les Gaulois seraient un agrégat de guerriers frustres, pillards et bagarreurs avant que Jules César ne les transforme en un peuple gallo-romain civilisé. S’ils sont effectivement divisés en communautés qui entretiennent des rapports conflictuels, ils obéissent avant tout à des institutions et à des mœurs semblables.

C’est une véritable civilisation gauloise que les récentes découvertes archéologiques ont mise en évidence. La société est formée de tribus, unité de base réunissant plusieurs familles. Elles sont dirigées par un roi entouré d’une aristocratie guerrière qui commande une plèbe composée d’artisans, de paysans et d’esclaves. Très tôt des échanges commerciaux sont entretenus à travers le Bassin méditerranéen, avec les Grecs notamment.

gaulois au champs

Les Gaulois pratiquent la salaison des aliments pour les conserver, en particulier de la viande de porc. Il développent l’agriculture en mettant au point l’ancêtre de la moissonneuse, sorte de grande caisse à roues dentelées tractée par un bœuf, alors que les Romains se servent encore de faucilles. Ils inventent le tonneau plus commode que l’amphore pour le transport et la conservation du vin.

L’artisanat est le domaine dans lequel ils excellent. Leurs poteries sont réputées mais c’est en orfèvrerie et dans la production d’outils en fer qu’ils sont passés maîtres, en témoignent les fibules et autres broches dont la réalisation fait preuve d’un réel soucis esthétique. Cela démontre une bonne connaissance des minerais et de la difficile technique de leur extraction.

gaulois

Les Gaulois accordent en outre une grande importance à leur apparence et à la propreté. Ils adoptent les braies, ancêtres du pantalon, et inventent le savon à base de cendres et de suif utilisé, il est vrai, essentiellement pour laver leur longue chevelure. Les druides, qui jouent un rôle de premier plan dans la société gauloise, pratiquent la médecine et la découverte dans leurs tombent de scalpels et de lancettes laisse supposer qu’ils avaient des notions de chirurgie. Ils s’intéressent au calcul, à la géométrie et à l’astrologie pour déterminer les lieux de cultes mais également pour élaborer des calendriers.

Au moment de la conquête de César en 52 av. J.-C., un début d’urbanisation existe avec les oppida, ensemble d’habitations fortifiées où la voirie est présente.

ouvrage scolaire d’Ernest Lavisse
Page d’un ouvrage scolaire d’Ernest Lavisse : La première année d’histoire de France, cours moyen (de 9 à 11 ans), Armand Colin éditeur, 1909. © Kharbine Tababor

Leur mauvaise réputation leur vient des textes anciens. Les Grecs avaient le souvenir du sac de Delphes en 279 av. J.-C. et les Romains celui de la prise de Rome par les Celtes en 390 av. J.-C. Si les premiers reconnaissaient leurs qualités guerrières et les utilisaient comme mercenaires, les seconds, humiliés, en donnèrent une image de fanfarons, désordonnés au combat et pillards. En fait, ils considéraient tout ce qui n’étaient pas grec ou romain comme barbare.

Et César, devant tirer le plus de prestige possible de sa conquête, fit le reste pour laisser dans l’imaginaire collectif des traits qui se prêtent plus à la bande dessinée qu’à la réalité historique.

Olivier Tosseri

« 50 idées reçues sur l’histoire » – HISTORIA

Dans Le Tour de France de deux enfants par G. Bruno, paru en 1877, on trouve cette évocation des Gaulois :

«La France, notre patrie, était, il y a bien longtemps de cela, presque entièrement couverte de grandes forêts. Il y avait peu de villes, et la moindre ferme de notre village, enfants, eût semblé un palais. La France s’appelait alors la Gaule, et les hommes à demi sauvages qui l’habitaient étaient les Gaulois.

Nos ancêtres les Gaulois étaient grands et robustes, avec une peau blanche comme du lait, des yeux bleus et de longs cheveux blonds ou roux qu’ils laissaient flotter sur les épaules.

Ils estimaient avant toute chose le courage et la liberté. Ils se riaient de la mort, ils se paraient pour le combat comme pour une fête.

Leurs femmes, les Gauloises, nos mères dans le passé, ne leur cédaient en rien pour le courage. Elles suivaient leurs époux à la guerre ; des chariots traînaient les enfants et les bagages ; d’énormes chiens féroces escortaient les chars…»

Cette présentation précède l’« histoire » de la conquête de la Gaule par César qui met surtout en relief la résistance de Vercingétorix ; elle résume ce qui demeure trop souvent encore l’idée que l’on se fait des Gaulois avant la conquête romaine.

http://www.cndp.fr

Depuis qu’elle a vu un OVNI passer dans le ciel, ma fille refuse de sortir de sa chambre

Publié le Mis à jour le

 

© anne-marie lebron
© anne-marie lebron

Témoignage

Un soir, Lydie est rentrée très agitée d’une balade à vélo. Elle bafouillait un peu, ne parvenait pas à se calmer. Avec son père, nous avons vraiment eu peur que notre fille ait subi une agression.

Quand enfin, elle a pu retrouver son calme, elle nous a raconté qu’elle venait d’apercevoir un OVNI dans le ciel. Lydie nous a décrit la scène : elle pédalait sur le sentier qui mène à notre maison quand, soudain, elle a ressenti une violente douleur à la tête. Un bourdonnement très aigu, presqu’un ultrason, lui a fait lever la tête vers le ciel. C’était au début du mois de juillet, et il faisait encore très clair à cette heure-là.  Lydie a donc vu très précisément un engin démentiel traverser le ciel, une sorte de grand vaisseau brillant, très lisse. Il est passé rapidement et, en quelques secondes, a disparu.  Notre fille a mis quelques minutes à reprendre ses esprits, avant de pédaler vers notre maison, complètement paniquée.

En entendant son récit, son père et moi avons échangé un regard d’incompréhension. Ce n’est vraiment pas le genre de la famille de partir dans des délires surnaturels. Lydie a tout de suite senti que nous n’étions pas très réceptifs à son histoire.  Mon mari a marmonné qu’il devait simplement s’agir ULM ou d’un avion de tourisme,  moi j’ai dit à ma fille qu’avec l’année scolaire qu’elle venait d’avoir,  elle devait se sentir très fatiguée. Evidemment, Lydie s’est mise à bouder et est allée s’enfermer dans sa chambre. Nous avons préféré la laisser se calmer toute seule. C’était le début des vacances pour elle, et après sa première année de fac,  elle avait besoin de repos et de calme.  Jamais je n’aurais pu imaginer ce soir-là que cette histoire absurde prendrait autant d’importance.

Francis, mon mari, et moi, nous travaillons toute la journée, et cet été-là, nous n’avions pu avoir qu’une semaine de vacances, en août, si bien que Lydie restait seule toute la journée à la maison. Même son grand-frère n’avait pas pu se libérer, et ne passerait pas chez nous avant fin juillet. J’avais proposé à Lydie d’inviter quelques copines pour lui tenir compagnie. L’idée lui  avait plu, mais cela,c’était avant l’épisode de l’OVNI. Car depuis ce soir-là,  Lydie s’est enfermée dans un mutisme quasiment complet, et refuse de sortir de sa chambre.Francis n’a pas tardé à se mettre en colère, il trouve à juste titre que l’attitude de Lydie est immature et irrespectueuse: “mademoiselle ne daigne même pas venir dîner à la même table que nous !” 

A chaque fois que nous allons la voir dans sa chambre pour tenter de dialoguer,  nous nous heurtons toujours au même mur: Lydie répète son histoire d’OVNI, et refuse de sortir de sa chambre. Parfois, je la retrouve en train de pleurer sur son lit, et entre deux hoquets, elle m’avoue qu’elle est morte de peur à l’idée de sortir dehors. Désormais, elle semble croire que des “petits hommes verts”se dissimulent partout autour de la maison,dans les champs alentour , tapis dans les bosquets de fleurs du jardin. J’essaye bien de la raisonner, mais rien à faire. Ce n’est vraiment pas sain pour une grande fille comme elle de rester enfermée toute la journée; forcément, elle passe son temps à s’inventer des histoires et se complait dans ses craintes.

A la rentrée dernière, j’avais hâte qu’elle reprenne le chemin de la fac. Mais Lydie, sans même nous consulter a décidé de prendre une année sabbatique. Elle passe ses journées sur internet, à consulter des sites concernant les OVNI, les extraterrestres et tout un tas de sujets du même genre. Pour une fille qui se destinait à être professeur d’histoire, c’est vraiment désespérant !


« Mon mari et moi, nous nous remettons beaucoup en question »

On se dit que nous avons dû rater quelque chose dans l’éducation de notre fille pour qu’elle se mette à perdre les boulons ainsi, à 19 ans. Peut-être qu’il lui faudrait tout simplement un petit ami, reprendre une vie normale,pour qu’elle s’aperçoive que ses délires sont négatifs pour elle ? Mais à force de traîner sur internet, elle trouve un certain réconfort dans les témoignages des gens: elle m’a dit l’autre jour qu’elle ne se sentait plus toute seule, à présent. Elle se fait des amis virtuels, des gens qui, eux aussi, ont aperçu des OVNI.  Je ne comprends plus grand-chose à ma fille, je dois bien l’avouer.

Une seule chose est sûre: ce soir de juillet, ma fille a vécu traumatisme qui a totalement bouleversé sa vie. Mais je n’arrive pas à croire que ce traumatisme soit une soucoupe volante, malgré toute la bonne foi dont elle semble faire preuve lorsqu’elle me raconte son histoire.

Laurence, 51 ans
Revue: "MYSTERES ! Témoignages", mai-juin 2012

L’éternueu

Publié le Mis à jour le

 

campagne.

Près de la route d’Englebelmer se tenait autrefois un homme qui passait toutes les nuits à éternuer d’une façon continue. A quelque heure que l’on pût passer en cet endroit, on n’entendait que des atchi ! atchi ! sans cesse répétés. Aussi les passants s’enfuyaient-ils en se disant : C’est « l’éternueu ! »

Bien des fois les jeunes gens du village voisins s’étaient réunis le soir pour surprendre l’éternueu, mais quand ils étaient arrivés au lieu d’où partaient les atchi ! atchi ! ils n’entendaient plus rien et le bruit ne reprenait que quelques minutes après et à cinquante pas plus loin. L’homme ou le lutin se donnait le plaisir de faire courir les jeunes paysans le long de la route d’Englebelmer et toujours il demeurait insaisissable. On avait fini, de guerre lasse, par s’habituer à l’éternueu, et, comme le lutin n’avait jamais fait de mal à personne, on en vint à ne plus craindre de passer par la route et l’on se contenta de se signer dévotement quand le bruit bien connu parvenait aux oreilles.

Un soir d’été, par un beau clair de lune, un paysan revenait d’un marché voisin. Bientôt il entendit les atchi ! de l’éternueu, mais il ne s’en inquiéta pas. Sans doute, le lutin n’avait pas autre chose à faire, car il se donna le plaisir de suivre le paysan pendant un bon quart de lieue en poussant son atchi ! incessant. A la fin, le paysan ennuyé s’écria tout à coup :

— Avez-vous bientôt fini d’éternuer ainsi ? Que le bon Dieu vous bénisse, vous et votre rhume !

Il n’avait pas fini ces mots qu’un fantôme revêtu d’un grand drap s’offrit à ses yeux : c’était l’éternueu.

— Merci, ami; tu viens de me délivrer d’un grand supplice. A la suite de mes péchés, Dieu me condamna à errer autour de ce village en éternuant sans trêve ni repos, du soir au matin, jusqu’à ce qu’un vivant charitable me délivrât en me disant : « Dieu vous bénisse ! » Bien des années se sont passées depuis ce temps; il y a pour le moins cinq cents ans que je viens ici éternuant toujours dès que je vois un voyageur. Aucun ne m’avait dit : « Dieu vous bénisse ! » Heureusement que ce soir j’ai eu la bonne idée de te suivre et que tu m’as délivré pour toujours. Encore une fois, merci. Adieu.

Le fantôme disparut aussitôt et l’homme put rentrer à Englebelmer pendant que l’éternueu, délivré de son supplice, prenait sans doute le chemin du ciel. A partir de ce jour on n’entendit plus le soir sur la route les atchi ! du lutin. C’est de là, ajoute-t-on, que date la coutume de dire à celui qui éternue : « Dieu vous bénisse ! » et celle de répondre à ce souhait par un : « Dieu vous le rende ! ».

« Littérature orale de la Picardie. »   Emile-Henri CARNOY,1883

Narré en 1881 par M. Emilien Guilbert, d’Englebelmer, dans la Somme.

Une étrange malédiction semble hanter la chaussée Brunehaut

Publié le Mis à jour le

image d’illustration
image d’illustration

Accidents mortels, meurtres sordides, suicides à répétition : y aurait-il un lien entre la légende de la chaussée Brunehaut et les drames qui s’y déroulent depuis des années ? Une malédiction s’acharnerait-elle sur la chaussée Brunehaut ? Quelle idée, a-t-on envie de répondre ! Pourtant une succession de drames pourrait nous faire douter.

Les villages d’Auchy-au-Bois, de Rely, d’Ames, d’Amettes traversés par la chaussée, semblent frappés de plein fouet. Petit coup d’oeil dans le rétro qui fait froid dans le dos… Certains d’entre vous se rappellent peut-être que dans les années 80, un garçon a tué son père à la ferme du Fromentel située sur la chaussée Brunehaut à Auchy. Quelques années plus tard, à Rely, c’est un homme qui, après avoir tué sa femme et ses enfants, s’est donné la mort dans sa maison. Pour terminer ce sordide trio, nous avons tous encore en mémoire cet octogénaire qui a tué sa femme d’un coup de carabine, il y a quelques semaines à Auchy.

Suite à ce drame, les langues se délient doucement… « C’est quand même bizarre cette succession de drames et c’est sans compter tous les suicides. Rien qu’en 2010, j’en ai cinq en tête ! » La chaussée Brunehaut est aussi tristement connue pour être la scène de terribles accidents de la route. Un riverain se souvient : « Il y avait tout d’abord ce gamin de deux ou trois ans qui est mort en revenant de vacances, je me rappelle aussi d’un ado de 15-16 ans qui s’est fait renverser en sortant d’un bus en provenance d’Auchel. Je n’oublierais pas non plus les deux jeunes de Blessy qui ont trouvé la mort en revenant de discothèque, et cet homme qui s’est tué en moto. Voilà ceux qui me reviennent à l’esprit mais il y en a tant d’autres… »

Et si il y avait vraiment un lien avec l’étrange histoire de la chaussée Brunehaut ? Plusieurs versions s’entremêlent mais il semblerait que cette route soit l’héritage d’une reine impétueuse et légendaire qui lui a d’ailleurs laissé son nom : Brunehaut. Fille du roi Wisigoth d’Espagne, elle est belle, cultivée, éblouissante. La reine Brunehaut fit une chaussée toute pavée de pierres du royaume d’Austrasie jusqu’au royaume de France, et de Neustrie jusqu’en Aquitaine et en Bourgogne… Et tout cela en une seule nuit au prix d’un pacte avec le diable. S’il avait fini la chaussée au lever du jour, il pourrait partir avec l’âme de la troublante reine. Il y mit donc de l’ardeur… Mais la belle, qui n’aimait pas perdre, fit chanter le coq avant le lever du soleil. Elle mourut attachée par les cheveux à la queue d’un cheval fougueux qui fit des lambeaux de son corps.

Cette légende aurait-elle laissé une malédiction sur la chaussée Brunehaut ? Certains commencent sérieusement à se poser la question… De son côté la maire d’Auchy-au-Bois, Claudine Vincent, relativise, « c’est surtout une longue ligne droite, où les gens roulent vite, qui traverse des petits villages… » Elle termine en plaisantant : « C’est peut-être parce qu’il n’y a plus de curé ici pour conjurer le mauvais sort ! »

Charlotte POHIER

 http://www.lechodelalys.fr

Le « suicide » d’André Gide

Publié le Mis à jour le

andre-gide

Extrait du journal de Gide :

Il m’est arrivé déjà deux ou trois fois dans la vie d’envisager la possibilité du suicide; mais jamais, je crois, avec autant de force et de netteté que ce soir-là, durant le peu de temps entre les Champs-Élysées et la rue Vaneau, dans le taxi qui me déposa devant ma porte.

Que me veut ce Monsieur, qui s’approche de moi tandis que je paie le chauffeur ?

— Monsieur Gide ?

Je réponds par un grognement.

L’autre insiste:

 Vous êtes bien Monsieur André Gide ?

A cette heure de nuit, dans la rue à présent déserte, que peut-il me vouloir ?

— C’est, me dit-il, que le bruit de votre suicide a couru tout Paris ce soir; je suis rédacteur au Petit Journal et, ainsi que nombre de mes collègues, j’étais venu m’informer…

Journal de Gide – 1934