Ainsi font, font, font …

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polichinelleJean Brioché était arracheur de dents qui, vers l’an 1650, se rendit fameux par son talent dans l’art de faire jouer les marionnettes. Après avoir amusé Paris et les provinces, il passa en Suisse et s’arrêta à Soleure.

Brioché avait décidé de donner une représentation en présence d’une assemblée nombreuse, qui ne se doutait pas de ce qu’elle allait voir, car les Suisses ne connaissaient pas les marionnettes.

A peine eurent-ils aperçu Pantalon, le diable, le médecin, Polichinelle et leurs bizarres compagnons, qu’ils ouvrirent des yeux effrayés. De mémoire d’homme, on n’avait entendu parler dans le pays d’êtres aussi petits, aussi agiles et aussi babillards que ceux-là. Ils s’imaginèrent que ces petits hommes qui parlaient, dansaient, se battaient et se disputaient si bien ne pouvaient être qu’une troupe de lutins aux ordres de Brioché.

Cette idée se confirmant par les confidences que les spectateurs se faisaient entre eux, quelques-uns coururent chez le juge, et lui dénoncèrent le magicien.

Le juge, épouvanté, ordonna à ses archers d’arrêter le sorcier, et l’obligea à comparaître devant lui. On garrotta Brioché, on l’amena devant le magistrat, qui voulut voir les pièces du procès ; on apporta le théâtre et les démons de bois, auxquels on ne touchait qu’en frémissant; et Brioché fut condamné à être brûlé avec son attirail. Cette sentence allait être exécutée, lorsque survint un nommé Dumont, capitaine des gardes suisses au service du roi de France : curieux de voir le magicien français, il reconnut le malheureux Brioché qui l’avait tant fait rire à Paris. Il se rendit en toute hâte chez le juge : après avoir fait suspendre d’un jour l’arrêt, il lui expliqua l’affaire, lui fit comprendre le mécanisme des marionnettes, et obtint l’ordre de mettre Brioché en liberté. Ce dernier revint à Paris, se promettant bien de ne plus songer à faire rire les Suisses dans leur pays.

« Dictionnaire infernal. »  J. Collin de Plancy, Plon, 1863.

 

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Un homme comme vous

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cavaliers

Corbinelli, qui mourut à plus de cent ans, assistait sur ses vieux jours à un souper ou Mlle de Maintenon fut très librement chansonnée. Le lieutenant de police d’Argenson, en ayant été informé, envoya chercher Corbinelli.

Ou avez-vous soupé tel jour ?
Je ne m’en souviens pas.
N’étiez-vous pas avec tels princes ou tels seigneurs ?
Je n’en ai pas mémoire.
N’avez-vous pas entendu certaines chansons ?
Je ne me le rappelle pas.
Mais il me semble qu’un homme comme vous devrait répondre autrement que cela.
Possible, Monsieur;  mais devant un homme comme vous, je ne suis pas un homme comme moi.

Mystère au hameau de Teigneville

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poltergeist

C’est en plein pays noir, à deux lieues de Béthune et aux environs de Beuvry, gros bourg de 7.000 habitants, pour la plupart mineurs, que s’est passée cette terrifiante histoire.

A 1.500 mètres du bourg, sur la grand’route qui va de Béthune à Lille, en passant par Labassée, se dressent cinq ou six petites maisons basses, aux toits de tuiles roses, aux murs de brique noircis, par la fumée. C’est le hameau de Teigneville. Dans l’une de ces maisons (la seconde à main droite, en venant de Beuvry) habitent les époux Sénéchal-Jacquin, qui tiennent un petit commerce de rouenneries et de farines : tous deux septuagénaires; lui, dru et guilleret encore; elle, impotente et paralytique, n’ayant pas quitté depuis six ans le vieux fauteuil près de la fenêtre où elle se tient rigide et les mains « retournées ».

Ils ont eu quatre enfants, quatre filles; trois sont mortes, la troisième il y a quelques mois; la dernière est mariée avec un briquelier de Bruay, M. Leclerc. Las de leur existence solitaire, sans autre compagnie que celle d’un gros chat noir, d’un petit toutou blanc el d’une « ch’tiote » blonde d’une quinzaine d’années, servant de bonne à tout faire, les époux Sénéchal avaient résolu, il y a deux mois, de liquider leur commerce, de vendre leur maison et de se retirer à Bruay, chez leurs enfants.

Or, samedi dernier, M. Sénéchal était au dehors, et la paralytique somnolait dans son grand fauteuil, et le chat sur sa chaise, et aussi la « ch’tiote » blonde et le petit toutou, quand soudain, dans le vieux bahut de la salle à manger, un fracas retentit d’assiettes entrechoquées, comme si une main mystérieuse les empoignait une à une pour jouer avec aux petits palets. En même temps, le globe de la suspension, se détachant du plafond, tombait à terre et s’écrasait en mille miettes. Puis c’était le tour des brocs, des carafes et des lasses qui, parties à la queue-leu-leu… comme une potée de souris, se poursuivaient sous les meubles, lesquels, pris de berlue, se dandinaient comme des personnes ivres, cependant qu’une demi-douzaine de petites boules bleues, destinées à la lessive, quittant subrepticement le petit sac où elles se morfondaient dans un coin, accouraient, effrénées, danser la sarabande devant les lunettes, écarquillées d’épouvante, de la paralytique.

Sans vouloir rien préjuger sur la valeur de ces faits, nous ferons simplement remarquer que, comme dans toutes les maisons hantées, il faut constater, cette fois encore, la présence d’une jeune fille, qui, selon toute apparence, sert de médium.

 « L’Écho du merveilleux. » Gaston Mery, Paris, 15/01/1907.

Le tableau de Michel-Ange

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Le Ciel de leyenda-Michel-Ange

Michel-Ange avait fait un tableau pour André Doni, homme fort avare, mais qui connaissait et aimait les bons ouvrages de peinture.

Afin de s’amuser à ses dépens, le peintre (qui n’était rien moins que cupide) lui envoya sa nouvelle production avec un billet par lequel il lui demandait soixante-dix ducats. Doni, trouvant cette somme excessive, n’en fit tenir que quarante au peintre. Michel-Ange lui renvoya son argent et lui manda de payer cent ducats ou de rendre le tableau. Doni, qui tenait à le garder, se résolut enfin à compter les soixante-dix ducats d’abord demandés. Mais l’artiste lui renvoya de nouveau son argent, en déclarant que, d’après les offres d’un grand seigneur, il ne pouvait plus donner son tableau à moins de cent quarante ducats.

Doni fut au désespoir; mais comme le goût pour les chefs-d’œuvre de peinture était aussi fort en lui que l’avarice, il donna la somme exigée, non sans soupirer et se plaindre de n’avoir pas tout de suite payé les soixante-dix ducats demandés.

 » Curiosités historiques et littéraires  » E. Muller, Delagrave, 1897.

Guignol en plein air

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Guignol en plein air

La messe des morts (conte auvergnat)

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chateau

Il y avait une fois une veuve qui alla prévenir ses amis et ses voisins que, suivant l’usage, on célébrerait la messe de bout de l’an de son mari.

La veille elle se coucha comme d’habitude; mais au milieu de la nuit, elle se réveilla; l’on était en hiver et la cérémonie devait avoir lieu au petit jour. Comme elle ne savait pas quelle heure il était, elle se leva et alla regarder à la fenêtre.

L’église était tout près de sa maison, et elle vit les fenêtres éclairées, comme si les cierges étaient déjà allumés pour la messe. Elle se hâta de prendre ses habits de deuil et de s’y rendre.

Elle entra dans l’église, mais ne reconnut aucune des personnes présentes; plusieurs, de même qu’elle, portaient, comme c’est l’usage, un voile sur la figure. Le prêtre dit la messe des morts, et quand arriva l’offrande, elle s’aperçut qu’elle n’avait aucune pièce de monnaie sur elle. Elle ôta sa bague de noce et la mit dans le plateau des offrandes, se proposant de la redemander au prêtre le lendemain et de la remplacer par une pièce d’argent.

Lorsqu’elle s’en alla après Vite missa est, l’officiant et les deux assistants l’accompagnèrent jusqu’à la porte. Elle ne reconnut pas le prêtre; et s’étant retournée, elle vit que l’église était vide et retombée dans l’obscurité.

Le jour n’était pas encore levé; elle se remit au lit et s’endormit.

Il était tard quand elle s’éveilla dans la matinée, et elle rencontra ses voisines qui lui demandèrent pourquoi elle n’était pas allée à la messe de bout de l’an de son mari.

Si, répondit-elle, j’y ai assisté, et la preuve c’est que mon anneau de noce n’est plus à mon doigt; comme je me suis aperçue au moment de l’offrande que je n’avais pas de monnaie, je l’ai donné à l’officiant. Il disait la messe à l’autel de la Vierge.

Comme ses voisines continuaient à lui affirmer que personne ne l’avait vue à l’église, elle alla trouver le curé qui lui assura qu’il ne l’avait point vue à la messe. On chercha la bague dans l’église, et on vit qu’elle s’était incrustée dans la pierre de l’autel où le prêtre fantôme avait dit la messe.

Dr Paulin  » Revue des traditions populaires « , Musée de l’homme, Paris, 1886.

 

Victoire !

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Le Ciel de Leyenda

Le Ciel de Leyenda

Le Ciel de Leyenda