14/18

Le clown Footit chez les aviateurs 

Publié le Mis à jour le

george-footit
George Footit, près de
sa loge, photographié par trois aviateurs

De tous les artistes qui se rendent sur le front pour les distraire, nos soldats préfèrent ceux qui les font rire. Personne peut- être ne sait les faire rire comme Footit, parce que sa fantaisie de clown, de personnage inhumain, s’étend sans limites, et personne ne les émeut peut-être davantage parce qu’il évoque leur enfance.

Tous ne sont pas des Parisiens, tous n’ont pas connu Footit, mais bien rares sont ceux qui n’ont pas admiré autrefois, dans le plus petit bourg de France, le pitre magnifique d’un cirque ambulant dont leur imagination d’enfant rendait la parade féerique. 

footitFootit obtient au front un succès considérable, et ce succès lui est cher, car il a deux fils soldats. Ces jours derniers, il alla rendre visite aux aviateurs. Les aviateurs, qui sont un peu des acrobates, le reçurent à bras ouverts et Footit se sentit comme en famille. Il s’amusa autant en voyant rire les spectateurs que les spectateurs se divertirent de ses pitreries. 

« Excelsior. » Paris, 1917.

Le postiche du poilu

Publié le Mis à jour le

tardi

Un grand coiffeur parisien nous communique la lettre suivante émanant d’un poilu, d’un vrai !

19 novembre 1916.
« Monsieur,
Dans un combat terrible advenu, il y a quatre mois passés, j’eus la moustache brûlée. Depuis, les racines pilaires n’ont jamais repoussé.
Navré, avec un immense désespoir, je n’ose même plus me regarder dans un miroir. Le cœur brisé, ce n’est plus qu’avec un souvenir douloureux que je regrette ma moustache qui était blonde, forte, très fournie, et même dont j’étais un peu fier. Ç’a toujours été mon défaut la coquetterie. J’ai toujours placé la beauté au-dessus de tout, la mettant plus haut même que l’humanité ! Et puis, il me semble que la beauté donne la bonté, car la laideur occasionne souvent l’amertume, la jalousie, les bassesses de la vie. Mais que faire ? Je ne vois qu’un seul moyen : les postiches. Mais comment fixer une moustache postiche ? Celle-ci ne peut-elle pas quelquefois tomber ? Comment la fixer sur la lèvre supérieure ? Comment peut-on l’enlever à volonté ? On dit que l’art a réalisé des merveilles. Tellement artistement faits sont les postiches, invisibles, qu’il est impossible à quiconque de s’en apercevoir. J’espère voir cette guerre maudite bientôt finie. Alors je reviendrai à mon idéal, ce que fut toujours mon rêve : la beauté.
Ayez donc la bonté de me rendre la réponse me donnant quelques détails, le prix d’un postiche si ce que je demande est très possible.
Recevez… etc.
Voici mon adresse (suit le numéro du régiment et celui du secteur). Je vous envoie un timbre pour frais de papier et d’enveloppe.
Inutile d’affranchir la réponse. »

Au reçu de cette lettre, le grand coiffeur, qui avait du cœur, envoya gracieusement au poilu un postiche, qui dut le combler d’aise si nous en croyons la réponse émue qu’il adressa en remerciement.

« La Pomme cuite. » Paris, 1917.
Illustration : Jacques Tardi. 500 témoins de la Grande Guerre, sous la direction de Rémy Cazals.

La « bouffarde »

Publié le Mis à jour le

grande-arméePoilus qui fumez avec tant d’amour votre « bouffarde », envoyez donc en regardant s’envoler la fumée, un souvenir ému et reconnaissant au brave maréchal Canrobert. A propos de «bouffarde», sait-on quelle est l’origine de ce mot ? 

Dans un régiment de la Grande Armée, il y avait un vieux grognard qui s’appelait Bouffard et qui était un enragé fumeur de pipes. A la bataille de Friedland, il eut les deux bras emportés. Le lendemain, un de ses camarades trouva sur le champ de bataille un bras détaché du tronc et qui était affreusement raidi. 

Je le reconnais, s’écria-t-il, c’est le bras de Bouffard : la main tient encore sa pipe si bien culottée. 

La pipe de Bouffard fut recueillie par la compagnie du vieux soldat mort au champ d’honneur et garda son nom. On l’appela « Bouffarde ». Et voilà qui prouve que, pour les poilus d’autrefois comme pour ceux d’aujourd’hui, la pipe était la compagne inséparable, la compagne fidèle jusqu’à la mort. 

« Le Pêle-mêle. » Paris, 1918.
Dessin de Louis Frégier.

Le dernier pigeon voyageur

Publié le Mis à jour le

 PIGEON-VOYAGEUR-raynal

Expédié lors du siège, l’héroïque oiseau parvint à destination malgré gaz et obus. L’exposition d’Aviculture du Grand Palais a permis d’admirer et de récompenser les pigeons militaires du colombier de Verdun.

Combien émouvant le dernier message du commandant Raynal expédié au cours de la bataille, le 4 Juin de l’année 1916 à 11 h, 30, quelques heures avant la fin de l’héroïque défense du fort de Vaux.

pigeon

« Mon dernier pigeon » ajoutait le commandant, et malgré les difficultés énormes et la mitraille, fortement intoxiqué, blessé, presque mourant, l’oiseau fidèle parvint au colombier.

« Le Miroir : publication hebdomadaire. »  Paris, 1920.