abbé

Le diable au corps

Publié le Mis à jour le

dragon.

La moindre nouveauté, pour peu qu’elle soit extraordinaire, est presque toujours capable de déranger la cervelle de bien des gens. Ils regardent comme autant de prodiges tout ce qui frappe leur imagination. La contagion gagne avec une rapidité surprenante, même chez les peuples les plus éclairés. Cette  faiblesse, si humiliante pour l’humanité, paraîtrait sans doute exagérée, si nous en avions moins souvent sous les yeux plus d’un exemple.

Un abbé qui, dans une petite ville du Piémont, revenait un jour de la promenade, étant tout à coup tombé dans la rue. La populace l’environne, le porte dans une maison voisine, ou tous les secours ordinaires ne peuvent le rappeler à la vie. Arrive un distillateur qui lui remplit, sans succès, la bouche d’une liqueur très spiritueuse. Quelques-uns des assistants courent à la paroisse la plus voisine, et reviennent avec un vicaire Savoyard, qu’on prie, à tout hasard, de lui administrer les sacrements. Sur quoi le bonhomme, prétendant d’abord s’assurer de l’état du malade, demanda une lumière, et la lui portait à la bouche.

Lorsqu’un hoquet de la part du prétendu mort, ayant subitement enflammé la chandelle, le vicaire et les assistants, également épouvantés, fuient en criant, que l’abbé a le diable au corps ! et vont supplier le curé de le venir exorciser. Pendant cet intervalle, le hoquet, auteur de cet esclandre, ayant été suivi d’une explosion d’humeurs qui étouffaient le pauvre abbé, les exorcistes arrivent avec croix, bannières et bénitier. Fort surpris de le trouver debout, ils sont enfin éclaircis sur la cause de ce prodige par le distillateur.

Celui-ci leur apprend, qu’ayant été forcé de quitter pour quelques instants le malade, après lui avoir rempli la bouche de son élixir, le hoquet en le repoussant au dehors, avait naturellement produit la flamme dont l’assemblée avait été si vivement électrisée.

Le merveilleux séduit toujours le peuple.

Pierre-Antoine La Place. »Pièces intéressantes et peu connues, pour servir à l’histoire et à la littérature. » Bruxelles, 1781-1790.

Publicités

Ruses innocentes

Publié le Mis à jour le

Robert-Nanteuil.

Robert Nanteuil, le célèbre graveur du XVIIe siècle, eut, comme beaucoup d’artistes, des commencements difficiles. Né à Reims, où, en se livrant aux études qui recevaient alors le nom d’humanités, il avait acquis, presque de lui-même, une grande habileté dans le dessin, il devait chercher, pour suivre fructueusement sa vocation, un autre théâtre qu’une ville de province.

Charles Perrault qui lui donne avec raison une place dans son recueil des Hommes illustres raconte ainsi l’ingénieux expédient qu’il employa.

Comme ses talents, quoique très beaux, n’étaient pas d’une grande utilité dans son pays natal, et que, s’étant marié fort jeune, ils ne lui fournissaient pas de quoi soutenir les dépenses du ménage, il résolut d’aller chercher ailleurs une meilleure fortune. Il laissa donc sa femme et vint à Paris, où, ne sachant comment se faire connaître, il s’avisa de cette invention :

Ayant vu plusieurs jeunes abbés à la porte d’une auberge proche de la Sorbonne, il demanda à la maîtresse de cette auberge si un ecclésiastique de la ville de Reims ne logeait point chez elle. Il en avait oublié le nom malheureusement, mais elle pourrait bien le reconnaître par le portrait qu’il en avait fait. En disant cela il lui montra un portrait très bien dessiné, et qui avait tout l’air d’être fort ressemblant. Les abbés qui l’avaient écouté et qui jetèrent les yeux sur le portrait en furent si charmés qu’ils ne pouvaient se lasser de l’admirer et de le louer à qui mieux mieux.

Si vous voulez, Messieurs, leur dit-il, je vous ferai vos portraits pour peu d’argent, aussi bien faits et aussi bien finis que celui-là.

Le prix qu’il demanda était si modique qu’ils se firent tous peindre l’un après l’autre, et ces abbés ayant amené  leurs amis, les clients lui vinrent en si grand nombre qu’il n’y pouvait suffire. Cela lui fit augmenter le prix qu’il en prenait. En sorte qu’ayant amassé en peu de temps une somme d’argent assez considérable, il s’en retourna à Reims trouver sa femme, à qui il conta son aventure et lui montra l’argent qu’il avait gagné.

Ils vendirent aussitôt ce qu’ils avaient à Reims et vinrent s’établir à Paris. En peu de temps son mérite fut connu de tout le monde…

 » Musée des familles. »  Charles Delagrave, Paris, 1897.
Illustration : Autoportrait de Robert Nanteuil.

Un prédicateur rusé

Publié le Mis à jour le

predicateur

Un prédicateur célèbre, dont nous avons oublié le nom, était en tournée pastorale et venait de s’arrêter dans la ville de Nîmes. Chaque fois qu’il prêchait à la cathédrale, les fidèles étaient fort émus et toutes les femmes pleuraient.

Sa sainte éloquence lui valut de si grands succès, qu’elle finit par lui attirer bon nombre de dévotes qu’il lui fallait confesser. Dès le matin, le confessionnal était encombré, et le pauvre abbé, au bout de quelques jours, tombait de fatigue ! Il se vit forcé, dès lors, d’écarter ces scrupuleuses pénitentes, et voilà l’idée qui lui vint pour y parvenir :

Le lendemain, il monta en chaire et avertit, dans son sermon, qu’étant très fatigué, il ne pourrait plus confesser désormais que les fidèles qui auraient d’énormes péchés sur la conscience.

L’innocent stratagème lui réussit pleinement. Pour preuve, le lendemain, il ne vint personne au confessionnal.

« L’Album photographique universel. »  Bordeaux, 1865.

La confession d’un soldat

Publié le Mis à jour le

soldat

Parbleu ! Monsieur l’abbé, disait un vieux soldat à l’aumônier de son régiment, si jamais il me prend l’envie d’aller vous raconter mes péchés, ma confession ne sera pas longue.

Mon ami, l’homme le plus sage pèche au moins sept fois par jour, et s’il y a longtemps que vous ne vous êtes confessé…

Oui, il y en aurait long ; mais je vous expliquerais cela en peu de mots ; je vous dirais simplement ; tout ce qu’on peut faire de mal, je l’ai fait.

Vous mentiriez.

Non, foi de soldat , je ne connais pas de péché que je n’aie commis.

Vous vous flattez, mon cher.

Comment je me flatte ? puisque je vous dis que j’ai commis tous les péchés connus.

Mon enfant, la miséricorde de Dieu est infinie, et il laisse toujours au pécheur le plus endurci un moyen d’avoir recours à sa clémence. Je suis bien sûr qu’il y a des péchés bien condamnés par la réligion et que vous n’avez pas commis.

Oh ! mille bombes, s’écria le soldat, je parierais bien que non.

Ne pariez pas, mais répondez-moi. Avez-vous quelquefois prêté à usure ?

Prêté à usure ! comment ?

C’est un gros péché et que l’église défend et punit.

Ma foi, non ; j’ai quelquefois prêté et on ne m’a pas toujours rendu, mais à usure, jamais.

Vous voyez donc bien, mon ami, qu’il y a des péchés que vous n’avez pas commis, et quand vous voudrez que nous causions, je vous en indiquerai bien d’autres.

« Les souvenirs d’un vieux de la vieille. »  Arthur Halbert d’Angers, Paris, 1845.

Le Bon Samaritain

Publié le Mis à jour le

abbéL’abbé Grécourt s’habillait dans la sacristie de la cathédrale de Tours, dont il était chanoine; une bonne femme vint lui apporter de l’argent pour faire dire une messe.

A quelle intention faut-il la dire ? demanda Grécourt.

C’est pour demander à Dieu la grâce d’avoir un enfant

Allez, ma bonne, dit Grécourt en lui rendant son argent, je ne demande jamais à Dieu ce que je puis faire par moi-même.