Achille

Les courses de chevaux.

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Théodore Géricault
Théodore Géricault

Le grand prix de Paris fournit à l’Evénement le thème d’une étude historique qui remonte jusqu’à Achille, instituant, après avoir rendu les derniers devoirs à Patrocle, une course en son honneur.

Le héros grec, pour stimuler l’ardeur des concurrents, fonde séance tenante plusieurs prix qui peuvent soutenir la comparaison avec ceux de la Société d’encouragement. Le premier est une femme irréprochable, habile aux travaux de son sexe, et un trépied à anses contenant vingt-deux mesures; le second, une jument indomptée, de six ans, et bientôt mère d’un mulet; le troisième, une chaudière encore blanche qui n’a point été au feu, contenant quatre mesures; le quatrième, deux talents d’or, et le cinquième une urne à deux anses qui ne va pas au feu.

En France, il existait des courses dès l’année 1370, dans le département de la Côte-d’Or. Mais il faut aller jusqu’au règne de Louis XV pour trouver les courses établies en France d’une manière sérieuse. Encore ne citent-on, à cette époque, que des paris entre gentilshommes. En 1776, des courses eurent lieu dans la plaine des Sablons. L’année d’après, plusieurs gentilshommes firent à Fontainebleau une poule où figurèrent quarante chevaux.

Ce goût naissant devint bientôt une fureur, et les gentilshommes de la cour consacrèrent à ce divertissement des sommes folles. Lorsque vint le règne de Louis XVI, ce prince s’en émut et fut contraint de prendre des mesures pour empêcher que la noblesse ne se ruinât avec les courses. Le moyen qu’il employa ne manque pas d’originalité; il se mêla parmi les parieurs et ne paria que de très petites sommes, espérant les amener à une sage modération par esprit de courtisanerie et d’imitation.

« A la dernière course, dit Mme de Genlis, M. de X… a perdu 7,000 louis, M. le comte de X… en a gagné 6,000. Le roi a parié un petit écu; c’est une leçon bien douce et de bien bon goût sur l’extravagance des paris. »

La leçon fut en pure perte, car les gros paris continuèrent.

Les courses, abolies par la Révolution, furent rétablies par Napoléon 1er. Mais c’est seulement en 1827 qu’elles commencèrent à entrer dans le mouvement ascendant qui s’est continué jusqu’à nos jours.

« La Revue des journaux et des livres. » Paris, 1885.

Découverte de l’antique Troie

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Quel est celui d’entre vous qui, en lisant les sublimes poésies du vieil Homère ou tout au moins en écoutant leur analyse, ne s’est senti ému au récit des malheurs de l’infortunée ville de Troie ? Qui de vous, tout en admirant la valeur d Achille, la grandeur d’Agamemnon, la témérité d’Ajax ou la prudence d’Ulysse, n’a plaint du plus profond de son cœur ce pauvre roi Priam, précipité par la légèreté de l’un de ses fils dans tant d’épouvantables malheurs ? Avec quel intérêt n’avez-vous pas suivi toutes les péripéties de ce drame, qui se termine par tant de catastrophes et laisse vaincus et vainqueurs épuisés, appauvris, ruinés. Quelle ardeur on a cherché à recueillir sur les lieux mêmes décrits par Homère des souvenirs de cette grande époque prouvant l’authenticité d’une si belle tradition.

Car beaucoup de gens n’avaient voulu voir dans Homère qu’un mythe et dans ses œuvres une série de légendes copiées par les poètes grecs sur les traditions indiennes du Ramayana.

Les archéologues, après de longues recherches, avaient cru pouvoir fixer l’emplacement probable de l’antique Troie sur les côtes occidentales de l’Asie Mineure, non loin d’un village appelé par les Turcs Bounarbachi. Mais toutes les fouilles opérées sur ce point n’avaient amené aucune découverte pouvant rappeler l’existence de l’antique capitale de Priam.

Et les incrédules se frottaient les mains, en disant:

« Vos peines sont bien inutiles; la Troie que vous cherchez n’a jamais existé ou du moins, si elle a existé, c’est dans l’Inde qu’il faut aller la chercher, parmi les épaisses forêts du royaume de Pavana. »

TroieC’est à un archéologue inconnu, guidé par son seul enthousiasme et sans aucune assistance, à M. Schliemann, que devait revenir l’honneur de prouver l’authenticité de la légende d’Homère et l’existence de la ville de Priam. S’écartant de la ligne suivie jusqu’ici par les savants, M. Schliemann résolut de chercher Troie sur l’emplacement de l’Ilium novum, aujourd’hui Hissarlik, non loin des rivages de la mer. Il dut déployer à la poursuite de ce but une rare persévérance avant de pouvoir remuer une pelletée de terre, il lui fallut obtenir d’abord un firman du sultan, puis réunir un grand nombre d’ouvriers et dépenser des sommes considérables pour ouvrir dans le sol de larges tranchées, qui ne donnèrent de résultats importants qu’à une profondeur de 14 à 16 mètres. A cette profondeur, M. Schliemann mit au jour des débris de tours et de remparts qui attestent en ce lieu l’existence d’une ville remontant a la plus haute antiquité, détruite par le feu et qu’on peut sans témérité identifier avec Troie. Dans cette accumulation de décombres, on ne rencontre ni bronze ni fer; tous les objets de métal sont en cuivre pur, en argent, en or ou en électron, alliage très beau d’or et d’argent.

M. Schliemann réussit à déblayer l’entrée principale, qui est pavée et flanquée de bâtiments solides. A côté, le mur n’a pas moins de 13 mètres d’épaisseur. Près de là, dans une situation dominante, sont les restes d’un grand bâtiment que l’heureux explorateur croit pouvoir désigner comme la demeure du roi Priam. En effet, dans les décombres du palais il a découvert, outre une foule d’objets divers, des vases d’or pur, d’argent ou d’électron, des lingots d’argent, deux magnifiques parures de femmes d’or pur, composées d’une multitude de paillettes et de petites chaînes, d’un art primitif, mais déjà avancé, plusieurs milliers de perles d’or ayant fait partie de colliers, huit bracelets, trente-six boucles d’oreilles en or. Il n’est pas douteux que ces richesses n’aient appartenu aux propriétaires du château, et que le maitre n’ait été en même temps le roi du pays.

Les ruines de la ville troyenne laissent distinguer au moins trois couches superposées.

TroiePar la nature des restes qu’il contient, le dépôt supérieur, le moins ancien par conséquent, épais de 2 mètres, donne à supposer qu’à l’époque où il s’est formé les maisons étaient en bois et qu’elles ont péri par le feu. Le dépôt moyen présente au contraire nombre de murailles formées de pierres cimentées avec de la boue, exactement comme les constructions récemment découvertes a Santorin sous les déjections du volcan. Enfin, dans le lit inférieur, épais de 3 mètres, les murs sont en briques crues, selon l’antique usage de l’Asie centrale.

Il faudrait un volume pour décrire les objets rapportés de la Troade par M. Schliemann le nombre en est de plus de quinze mille. Beaucoup d’entre eux sont des vases de terre cuite, les uns faits au tour, les autres modelés a la main; tous sont dépourvus de peintures. Les instruments de cuivre pur, avec les moules et les creusets servant à leur fabrication, les outils et armes de pierre dure, des restes de lyres à sept et à quatre cordes; des ornements de femme, des mortiers, des moulins, des poids en pierre, une foule d’objets d’un usage inconnu, forment un ensemble tel qu’aucun musée de l’Europe n’en renferme de semblable et fourniront des sujets inépuisables d’étude.

C’est toute une civilisation antique qui se trouve révélée par cette merveilleuse découverte. Mais son plus important résultat aura été de nous affirmer l’authenticité de l’existence du vieil Homère, existence que déjà les Grecs de Pericles traitaient de légende et de mythe.

P. Vincent.

« Le Journal de la jeunesse. » Paris, 1873.